Le Sahara n’est pas désert

Le Sahara est le plus grand désert du monde, mais il n’est pas aussi désert. On y croise notamment nombre d’anciens barbouzes de nombreuses nationalités.

Par Abed Charef

Le ministre de l’Energie, M. Youcef Yousfi, a exclu le recours à une aide étrangère pour assurer la sécurité des sites pétroliers au Sahara. Au lendemain de la sanglante prise d’otages de la semaine dernière à Tiguentourine, près d’In-Amenas, cette affirmation parait bien dérisoire. Non seulement le mal est fait, avec des dégâts énormes, mais cette sanglante affaire a révélé d’étrangers pratiques dans le domaine de la sécurité au Sahara.

Première grande révélation, le Sahara algérien grouille d’anciens barbouzes, anciens membres de services spéciaux, de forces spéciales, de troupes de choc et d’unités d’élite provenant de nombreux pays étrangers. Employés par des entreprises de sécurité, dont quatre ont réussi à imposer leur forte présence dans le pays, ces spécialistes de l’action sillonnent le Sahara, utilisant leurs nombreux talents selon leur bon vouloir, après s’être reconvertis dans une activité très demandée dans les pays instables. Au détour d’un article de presse, on découvre qu’un ancien général figure dans l’effectif d’une de ces compagnies. Que fait un ancien patron du service action de la DGSE, les services spéciaux français, dans une entreprise au Sahara ? L’otage français mort dans la prise d’otages était, lui aussi, un ancien des forces spéciales.

Ces révélations ont quelque peu calmé les ardeurs des commentateurs et dirigeants occidentaux, fortement tentés, lors de la prise d’otages d’In-Amenas, de mettre en cause le dispositif de sécurité mis en place autour des installations pétrolières, notamment celles où sont présents des techniciens étrangers ou celles directement gérées par des entreprises étrangères. Car critiquer le dispositif de sécurité revient à critiquer ces entreprises occidentales dites spécialisées, et considérées comme leaders dans leur domaine. Ce sont elles qui définissent les normes de sécurité, fixent les procédures, mettent en place les dispositifs et assurent un complément de formation au personnel en cas de nécessité. Elles sont supposées être performantes, connaissant leur boulot et appliquant les meilleures procédures. Autre élément important, elles sont supposées mettre en confiance les ressortissants occidentaux travaillant dans les champs gaziers ou pétroliers, à l’inverse des entreprises de sécurité algériennes, qui peuvent être infiltrées, ou faire preuve de négligence, quand elles ne sont pas tout simplement incompétentes.

Les autorités algériennes avaient accepté ces concessions dans le domaine de la sécurité dans les années 1990, quand les techniciens se faisaient rares dans les champs pétroliers, quand les ingénieurs hésitaient à travailler au Sahara, alors que la situation sécuritaire se dégradait au même rythme que la situation économique. Le pays était prêt à fermer les yeux sur certaines choses, offrant à ces spécialistes une marge de manœuvre importante pour rassurer les techniciens dont le pays avait besoin.

Depuis cette époque, la situation de l’Algérie s’est considérablement améliorée dans de nombreux domaines, y compris sécuritaire, mais le pays s’est installé dans un confort qui n’imposait plus les mêmes exigences. On a fini par laisser s’installer une certaine routine, avec la lassitude qui l’accompagne. La vigilance est retombée, les réflexes sont devenus moins rapides, les réactions plus lentes et, pour tout dire, un nouveau climat s’est installé, dominé par la routine et l’insouciance.

Cela ne suffit pas pour autant à expliquer la prise d’otages d’In-Amenas. Car tout ce qui a été écrit sur les « défaillances » du dispositif de sécurité occulte deux éléments essentiels. D’une part, le terrorisme reste largement imparable. Quand il bénéficie des financements aussi importants, d’armements comme ceux de l’ancien arsenal de l’armée libyenne, quand les groupes terroristes disposent d’un fief inviolable, aussi immense que le nord du Mali, ils ne peuvent pas être contrés. Il est possible d’atténuer la portée de leur action, d’en réduire le rythme et l’intensité, de la circonscrire à certaines zones, à l’exclusion d’autres zones, mais il n’est pas possible de parler d’un risque zéro pour n’importe quel point du pays, comme il n’est pas possible d’en venir à bout sans en détruire les fondements.

D’autre part, le Sahara n’est pas un terrain découvert comme on le pense, mais il peut être aussi protecteur qu’une forêt pour celui qui sait en exploiter toutes les ressources. Certes, le Sahara ne peut pas abriter des groupes terroristes avec la même densité que les zones montagneuse ou boisées, mais il offre un refuge parfait pour des groupes qui savent s’y mouvoir, franchir des frontières impossibles à contrôler, et en exploiter les ressources, notamment en cohabitant avec les réseaux de contrebande et de trafic, et en se fondant parmi des populations habituées à des déplacements continus. Ce n’est pas un hasard si les éléments qui forment aujourd’hui Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), le MUJAO (Mouvement du Jihad en Afrique de l’Ouest) et le dernier, celui de Mokhtar Belmokhtar, auteur de la prise d’otages d’In-Amenas, si ce n’est pas un hasard si ces éléments ont une étonnante longévité, certains d’entre eux ayant réussi à survivre près de deux décennies.

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