Ould Kablia battu à plate couture par les « spécialistes » du mensonge

M. Ould Kablia, qui a menti avec un aplomb remarquable pendant la prise d’otages d’In-Amenas. Mais cette fois-ci, il l’a fait pour la bonne cause. Mais quel que soit son mensonge, il ne peut rivaliser avec les spécialistes, qui ont trouvé un terrain béni pendant trois jours.

 Par Abed Charef

Ah ! Ces experts ! Squattant les salons d’Alger et les salles de rédaction du monde entier, principalement celles des chaines d’information en continu, des centaines de spécialistes ont expliqué, pendant trois jours, ce qui se passait à Tiguentourine, près d’In Amenas, où une sanglante prise d’otages avait été organisée par un groupe d’illuminés. Tinguentourine, c’est un endroit où ces spécialistes n’ont jamais mis les pieds, où ils n’iront probablement jamais. Aucun journaliste ne s’est approché à moins de 300 kilomètres de Tiguentourine durant la prise d’otages. Personne ne savait ce qui s’y passait vraiment. Le dispositif mis en place pour gérer le périmètre de la prise d’otages était totalement inaccessible.

Mais pour les spécialistes, tout ceci était secondaire. Ce qui compte, c’est leur parole. Eux savent. Ils savent tout. Ils ont des préjugés, une idéologie, ou, le plus souvent, des intérêts politiques et économiques à défendre. Et ils les défendent bien. L’assaut a-t-il été un succès ? Un échec ? On ne sait pas. On bafouille un peu, à Paris comme à Londres. Jusqu’à ce que la bonne parole tombe du Ciel. En l’occurrence, le ciel, ce sont les compagnies pétrolières qui décident. Et si elles disent que ce fut un beau succès, les experts appuieront, et expliqueront pourquoi, en hochant gravement la tête.

L’Algérie avait-elle raison de se montrer aussi ferme, en excluant toute idée de négociation avec les preneurs d’otages ? ça, c’est les Etats-Unis qui le décident. Les experts ont donc ont hésité un moment. Mais à partir du moment où le secrétaire américain à la Défense Léon Panetta a fait sa fameuse déclaration – « les terroristes doivent être avertis qu’ils ne trouveront aucun refuge et n’auront aucun endroit où se cacher »-, tout le monde a trouvé que l’Algérie a eu la réponse adéquate. On ne parlait plus de risques pour la vie des otages, ni de « méthode soviétique » utilisée par les forces spéciales algériennes, une formule qui avait fleuri, notamment en France et en Grande-Bretagne, avant que le silence ne soit rétabli dans les rangs.

Dans l’affaire d’In-Amenas, tout a été dit, sans que les choses ne deviennent plus claires. Certains points méritent pourtant qu’on y revienne, non parce qu’ils sont plus importants, ou parce qu’ils ont plus de signification, mais parce qu’ils contiennent un élément, un détail, qui tranche avec le reste. Comme par exemple les déclarations faites le premier jour de la prise d’otages par le ministre de l’intérieur, M. Daho Ould Kablia. Celui-ci avait affirmé que les terroristes étaient de la région d’In-Amenas,  et qu’ils ne venaient pas de l’étranger. Deux mensonges grossiers, apparemment. Mais deux mensonges proférés pour la bonne cause. En fait, le ministre ne s’adressait pas à l’opinion, encore moins aux citoyens algériens, pour satisfaire leur droit à être informés. Il s’adressait plutôt aux terroristes, ou aux dirigeants des pays qui avaient des ressortissants parmi les otages. Probablement aux deux. Il voulait délibérément induire les uns et les autres en erreur, minimisant la portée de la prise d’otages, pour atténuer la pression et avoir la marge nécessaire pour gérer la situation. Le coup a été très bien réussi, et sur ce point, M. Ould Kablia mérite l’hommage nécessaire.

Ceci renvoie immédiatement à un autre aspect, la communication, qui a révélé une Algérie ringarde, archaïque, hors du temps, totalement dépassée, travaillant selon des méthodes héritées d’un autre temps. Mais pouvait-il en être autrement ? Pour le pouvoir algérien, l’affaire In-Amenas a immédiatement provoqué un chamboulement, une transformation qui a totalement inversé les priorités. Le pouvoir s’est replié sur lui-même, autour de son noyau dur, constitué d’un nombre de personnes très restreint, des responsables de l’armée et de différents corps de sécurité. Aucun civil n’y avait accès. Peut-être même pas le président de la république, pour des raisons pratiques. On l’informait en temps réel de l’évolution de la situation, mais la décision se trouvait entre les mains de ce groupe, qui a géré seul l’opération. C’est ainsi que l’Algérie a retrouvé, pendant trois jours, un vrai pouvoir, qui décide, agit, et assume sa responsabilité ; un pouvoir ferme, déterminé, agissant sur un terrain qu’il connait le mieux.

Mais ceci ne pouvait durer que le temps d’une crise. Entretemps, les civils, membres du gouvernement et autres hauts responsables à différents niveaux de la hiérarchie, pouvaient être informés, voire consultés sur des aspects techniques. Mais pas plus. Ils se mettent naturellement à la disposition du vrai pouvoir, attendant ses choix, et appliquant avec la dextérité nécessaire les directives que ces choix impliquent.

Il est évident que dans ce cercle restreint qui a pris les choses en main, la communication n’est pas une préoccupation centrale. C’est là un euphémisme. Il s’agit de militaires. Ni leur formation, ni leur itinéraire, ne les prédisposent à s’occuper de ce volet. Pour eux, la seule question posée était : comment régler la question de manière radicale, avec le minimum de dégâts possible, mais en donnant un message tel que ce type d’incident ne se répète plus jamais.

C’est la réponse à cette question qui a déterminé le dénouement de la prise d’otages. Plus tard, bien plus tard, quand la crise a été réglée, sont venus les autres, les civils, pour expliquer, animer la scène, organiser des conférences de presse, parler de nif, et essayer d’aiguillonner l’opinion algérienne vers le football, et orienter les entreprises pétrolières vers les promesses de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, opportunément votée par l’Assemblée Nationale au lendemain de la crise des otages. Ce qui a nous a rapidement ramené à la véritable Algérie, celle de tous les genres, avec des dirigeants incompétents, menteurs, irresponsables. Il était temps.

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