Miracle à Barcelone

 Le FC Barcelone a élevé le sport à un niveau inégalé, en faisant confiance à deux hommes atteints d’une grave maladie.

Par Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 7 avril 2013)

Le FC Barcelone a créé une nouvelle légende, samedi 6 avril 2013. Ce soir-là, le fameux Barça était attendu sur plusieurs fronts. Entre deux matches de gala, selon la formule d’un journal français, devant l’opposer au Paris Saint-Germain du célèbre Zlatan Ibrahimovic, en champion’s league, le Barça devait affronter un modeste adversaire en championnat d’Espagne. Comment se comporterait le Barça ? Allait-il faire preuve de la même hargne, pour poursuivre sa marche à un rythme infernal, ou bien allait-il prendre de haut cette modeste équipe de Majorque ? Allait-il maintenir son rythme de jeu et ses résultats, ou bien allait-il sombrer, en raison des absences de nombreux cadres de l’équipe ?

Et puis, le monde entier se demandait ce que serait Barcelone sans son messie, Lionel Messi. Le petit argentin, blessé au match aller contre le Paris Saint-germain, ratait son premier match depuis longtemps. On parlait déjà de messi-dépendance, et des résultats médiocres obtenus par le Barça quand Messie jouait mal. En réalité, il a raté deux matches, en tout et pour tout, mais ce fut suffisant pour émettre l’hypothèse selon laquelle le doute s’était introduit dans la meilleure équipe du monde.

En plus de Messie, Barcelone enregistrait, samedi, de nombreuses défaillances : ses défenseurs Carlos Puyol et Alejandro Mascherano sont blessés, et Jordi Alba a été laissé au repos. Le précieux demi défensif Sergio Bousquets et le maître à jouer de l’équipe, Xavi Hernadez, étaient égalent absents. En attaque, il n’y avait ni le Messi, ni David Villa, ni Pedro Rodriguez.

Tito Vilanova, convalescent, était de retour sur le banc. Mais l’entraineur de Barcelone était soumis à une forte pression. Il devait prouver que le départ e Pepe Gardiola n’avait pas déséquilibré l’équipe ; que l’esprit du jeu de Barcelone était encore là, basé sur les mêmes valeurs, avec ce jeu collectif typique, qui a fait la légende du Barça.

Autre défi, Barcelone devait également marquer son territoire. Le titre de champion est acquis, mais il y a aussi la Champions’s league. En prévision du match contre le Paris Saint-Germain prévu pour mardi, le Barça devait rappeler tout le monde à l’ordre. Le jeu de Barcelone, dont les fondements ont été mis en place depuis une décennie, devait à nouveau triompher, face à un PSG qui apparait comme une équipe de nouveaux riches, bâtie en six mois par un émir amoureux du clinquant, et convaincu qu’il suffit d’exposer ses pétrodollars pour tout conquérir. Face à ce nouveau défi, Barcelone devait prouver qu’il reste une valeur sûre, basée sur le travail, l’abnégation, la force collective, la solidarité et l’esprit du sport.

En cette soirée du 6 avril 2013, le Barça a non seulement réussi ses objectifs, mais il a accompli un nouveau miracle. Dans le jeu, l’équipe, a montré une maitrise exceptionnelle, peut-être parce que les joueurs alignés étaient plus frais, et qu’ils avaient envie de briller, de prouver qu’ils n’étaient pas de simples remplaçants ou des talents en devenir. Ils ont été étincelants, gagnant sur un score barcelonais, 5-0.

Mais c’est au-delà du sport que Barcelone a montré sa supériorité. Son entraineur, Vilanova, est atteint d’un cancer, et il dirige son équipe en alternance avec des soins, sous forme de pénibles séances et de périodes de convalescence. Opéré une première fois, il a rechuté, et il est contraint à un suivi très strict.

Cet esthète du jeu a également ressuscité un autre opéré d’un cancer, Eric Abidal. Noir, originaire des Antilles, musulman, marié à une ancienne sportive algérienne, Abidal a été opéré une première fois d’un cancer du foie. Il a rechuté, et été contraint de subir une greffe du foie début 2012. Cet  international français a ensuite entamé une lente remontée, avec de longs mois de convalescence, suivis d’une reprise progressive des entrainements, avant d’espérer revenir en première ligne. A 33 ans passés, il avait peu de chances de retrouver le haut niveau, en raison de la maladie, mais aussi de l’âge. Alors, quand il cumule les deux handicaps, revenir au plus haut niveau, au sein d’une «équipe aussi exigeante que Barcelone, relevait du miracle.

C’est ce miracle que Barcelone a précisément réalisé : jouer un match de très haute facture, avec un entraineur qui se remet d’un cancer, et faire un footballeur qui vient de subir une greffe du foie, après un cancer. Dans ce geste, qui ne se réduit pas uniquement à de la com, Barcelone a élevé très haut le niveau du sport. Le prestigieux club a prouvé que dans un football où dominent l’argent, les affaires, la pub, le marketing, les calculs et les coups tordus, il y avait encore de la place pour des valeurs humaines. Le jeu de Barcelone l’a prouvé depuis des années, en mettant en avant le sens du collectif, de l’individu au service du groupe, et de ce sens du beau et du beau geste qui reste une dominante au sein de l’équipe, plus forte que le résultat lui-même. En maintenant sa confiance à ces deux hommes qui passent par une période délicate, la plus difficile de leur vie, Barcelone a écrasé tous les clubs du monde. Il a déjà remporté une champion’s league, celle de l’humain.

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