Bouteflika prépare sa propre succession

La prochaine constitution n’est pas conçue pour réorganiser les pouvoirs, mais pour confirmer, ou non, un accord destiné à maintenir M. Abdelaziz Bouteflika au pouvoir.

 

Par Abed Charef (lanation.info, 07 avril 2013)

Le président Abdelaziz Bouteflika a engagé la troisième opération d’amendement de la constitution depuis qu’il a accédé au pouvoir, en 1999. Une opération périlleuse, menée dans la logique de celle de 2009, mais encore plus délicate, car cette fois-ci, le chef de l’Etat descend encore d’un cran, préoccupé par une seule idée : rester au pouvoir que coûte. Quel qu’en soit le prix pour le pays. Malgré un environnement défavorable et un climat très difficile.

Le cadre est dressé dès l’annonce de la composition de la commission qui sera chargé de préparer l’amendement de la constitution. Il s’agit d’une commission d’experts, qui travaillera sur la base d’un document rédigé par les services de la présidence de la république, et dans le cadre des orientations du chef de l’Etat, qui se réserve d’ailleurs le droit de valider le texte final lorsqu’il sera soumis à son « appréciation ».

L’amendement de la constitution n’est donc pas un texte politique, préparé et débattu publiquement par les acteurs politiques, comme il est de tradition pour ce texte fondamental pour l’organisation des pouvoirs. Les fameux « acteurs politiques » ont été invités par la commission Bensalah à remettre des propositions, été dument répertoriées, par une commission plus proche du secrétariat ou de greffe que par une institution politique. Ce qui aura pour résultat inévitable un texte au contenu insignifiant : on demande aux experts de de se limitera à élaborer une formule qui permettre à M. Bouteflika de se maintenir. Le reste n’est que de l’habillage.

Derrière cet amendement, il n’y a pas un projet politique vers lequel on veut mener le pays, en utilisant une constitution comme le cadre légal devant permettre d’atteindre cet objectif. On est, en fait, dans un monde radicalement différent. La nouvelle constitution permettra simplement de légaliser un accord conclu, ou à conclure, entre le chef de l’Etat et les détenteurs du vrai pouvoir en Algérie. Les grandes lignes de cet accord ont été fixées dans la fameuse déclaration  d’un « proche » de M. Bouteflika à un quotidien algérien, à la mi-mars. En résumé, M. Bouteflika, qui a toujours refusé l’idée de l’institution d’un vice-président, accepte cette fois-ci, mais de mauvaise grâce ; en contrepartie de quoi, il obtient de rester à la présidence pour un nouveau mandat.

L’accord a-t-il été scellé ? A-t-il reçu le feu vert de la partie adverse ? L’appareil militaire et sécuritaire, qui conserve la décision finale dans les grandes questions liées à l’exercice du pouvoir, n’a rien montré. Ni dans un sens ni dans l’autre. Certes, la conjoncture est plutôt défavorable, avec les affaires qui se succèdent et le printemps arabe, pas encore totalement oublié. De plus, l’état physique de M. Bouteflika devrait constituer un facteur qui le pousserait lui-même à ne pas briguer un nouveau mandat, comme il devrait pousser tout haut responsable soucieux de la bonne gestion du pays à considérer le maintien de M. Bouteflika comme un choix à écarter.

Mais en engageant l’opération de révision de la constitution, M Bouteflika semble solliciter une réponse. Comme s’il y avait une part d’inconnue, et que lui-même n’a pas toutes les réponses. Pourquoi a-t-il choisi de se lancer dans cette nouvelle aventure ? Veut-il mettre ses adversaires devant le fait accompli ? Veut-il les pousser à prendre position? Veut-il avancer pas à pas, en jaugeant, à chaque étape, la réaction de la rue et celle du sérail ? A-t-il obtenu un accord, tacite ou ferme, pour y aller ? Ou bien se sent-il assez fort pour imposer sa décision à un pouvoir qui ne serait pas aussi puissant qu’on le dit ?

Quelle que soit la réponse, une certitude s’impose. La constitution en Algérie n’est pas ce document suprême auquel on fait traditionnellement référence. Elle n’est pas considérée comme un texte régissant le rapport entre les pouvoirs, mais comme un document que le maitre du moment peut changer à sa convenance pour se maintenir au pouvoir et faire ce qu’il veut. Le gouvernant n’a pas à se plier à la constitution, c’est à la constitution de se plier à sa volonté. Il n’a pas être légitime, c’est plutôt lui qui donne de la légitimité à la constitution. Au final, la constitution, et la loi de manière générale, n’est pas au-dessus de tous. Le gouvernant est au-dessus de la constitution. Et il peut faire bénéficier ses amis, ses proches, sa famille, ses serviteurs de ce privilège immense de planer au-dessus de la loi. Comme les font les Bedjaoui, Khelil, et autres cousins et proches du Roi.

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2 Commentaires

  1. En somme, j’y suis j’y reste, le propre à toutes les dictatures ! pourquoi ne pas  »SAVOIR PARTIR » comme dit la chanson  »SAVOIR QUITTER LA TABLE avant que…etc… » – là on se pose la question sur le cas de BELKHADEM que tout le monde fustige parce-qu’il croit qu’il peut lui aussi prétendre à la magistrature suprême ; pourquoi pas puisqu’on y est puisque, Boutef continue à gérer ce pays comme une épicerie ? Qu’il y est une pléthore de prétendants d’ici 2014 il ne faut pas s’étonner, comme pour les dernières élections où nous avons assisté à l’émergence de 65 partis en quelques semaines ! S’en remettre à Dieu, voila ce qui reste aux algériens ; les leçons passées n’ont pas donné de résultats, et le pouvoir n’en a rien retenu ; les algériens n’ont qu’à prier pour qu’un ouragan vienne les débarrasser de ces racailles qui nous gouvernent en épargnant les innocents

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  2. Cherifi

     /  14 avril 2013

    On est encore au stade de la principauté régit par cheikh Echouyoukh , pour arriver à un Etat de Droit , une révolution est devenue un passage obligé pour instaurer la légitimité et la souveraineté populaire .

    Réponse

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