Solide alliance entre bureaucratie et corruption

La gestion bureaucratique, c’est tout un art. M. Benmiradi en offre un brillant exemple. En voulant résoudre un problème, il le complique, et crée des mécanismes générateurs de corruption.

 

Par Abed Charef (lanation.info, 17 avril 2013))

 

M. Mohamed Benmiradi, vous connaissez ? Ancien haut fonctionnaire promu ministre, l’homme a réussi de nombreux exploits dans sa carrière. Toute son œuvre se résume en un point : ne rien faire. Ne rien réaliser. Ne jamais avancer. Maintenir les choses en l’état. Préserver le statuquo. Multiplier les procédures impossibles à démêler, mettre en place des règles impossibles à franchir. Pour, au bout du compte, amener les membres du gouvernement à perdre leur temps et leur énergie à contourner des règles absurdes mises en place par le gouvernement lui-même.

M. Benmiradi avait été ministre de l’industrie dans le gouvernement de M. Ahmed Ouyahia. Il a négocié pendant des années le projet d’implantation d’une usine automobile en Algérie. Quand il a entamé les négociations, l’Algérie importait autour de 200.000 véhicules par an. Quand il a quitté le ministère, l’Algérie en importait plus de 550.000. Mais M. Benmiradi n’a pas réussi à faire aboutir le projet.

Il avait voulu pousser ses partenaires de Renault à aller vers la zone industrielle de Bellara, près de Jijel. Ni sécurité, ni main d’œuvre qualifiée, ni infrastructures commerciales, ni environnement. Renault avait décliné l’offre. Après des mois et moi de négociations et d’hésitations, et lorsque toutes les régions du pays furent passées en revue, le premier ministre Ahmed Ouyahia, excédé, et peu convaincu par la viabilité du projet, mettait lui-même en doute le sérieux des négociations. « Il parait » qu’un projet est en en cours de négociations, déclarait en mai 2012 M. Ouyahia, pourtant peu habitué aux dérapages verbaux et aux déclarations irréfléchies.

Mais M. Benmiradi ne tenait guère compte de ce genre de propos. Et c’est ainsi qu’en septembre 2013, maintenu dans le gouvernement de M. Abdelmalek Sellal, il héritait d’un autre secteur, celui du tourisme. Allait-il changer de méthode ? Non. Il maintenait vaille que vaille une démarche qui lui a permis d’exister. Au début de l’année, au lendemain de la prise d’otage de Tiguentourine, M. Benmiradi faisait une déclaration fracassante. L’Algérie dispose d’un atout fabuleux, sur lequel elle doit miser : le tourisme saharien, disait-il. Et au moment où des agences de voyages se plaignaient d’instructions très officielles les invitant à éviter les circuits sahariens pour les ressortissants étrangers, il affirmait que ce qui s’était passé à In Amenas n’avait pas d’impact sur le tourisme !

Aujourd’hui, M. Benmiradi se retrouve dans son élément. Il nage dans un univers bureaucratique qui a totalement paralysé le secteur. Et il promet de dénouer la crise. Que dit-il ? D’abord, que le secteur du tourisme est complètement gelé. Que sur 205 zones d’extension touristiques, les fameuses ZET en dehors desquelles le tourisme serait interdit, seules 22 sont à jour sur le plan réglementaire.

M. Benmiradi explique comment on en est arrivé là. D’abord, il y a la loi, qui institue les fameux PDAU (plans d’aménagement urbain) et POS (plan d’occupation des sols). Une sorte de carte grise des terrains à construire. Sans eux, impossible de lancer le moindre projet. Dans ces périmètres, ont été prévues des zones touristiques. Mais la loi prévoit que l’aménagement de la ZET soit à la charge de l’Etat, qui doit préparer le terrain, l’aménager, pour ensuite le vendre ou le confier à des entreprises.

Mais l’Etat n’arrive pas à aménager ces ZET. Pas de temps, pas d’argent, pas d’entreprises pour le faire, pas de bureaux d’études, tout manque. Les appels d’offres sont infructueux, les offres non satisfaisantes, et les terrains restent en friche, pendant que des investisseurs attendent. Evidemment, les plus puissants, les mieux introduits, et ceux qui savent « huiler les mécanismes » réussissent à contourner ces obstacles. La loi n’est pas faite pour bloquer les amis.

Quant aux autres, ils attendent que M. Benmiradi réussisse à dépasser cette absurdité juridique mise en place par l’administration. Comment va faire M. Benmiradi ? Changer la loi ? Non, c’est trop compliqué. Il va publier une circulaire, qui permet, sur la base de simples esquisses, de donner les terrains aux investisseurs. Ceux-ci vont réaliser les travaux d’aménagement nécessaires, et seront ensuite remboursés par l’Etat.

Pour ceux qui connaissent les rouages de l’administration, et savent comment ça se passe, inutile de faire un dessin : le terrain étant cédé à un prix dérisoire, le bénéficiaire pourra présenter une facture qui lui permettra à la fois de payer le terrain, de couvrir les travaux et de faire des bénéfices. Ce qui montre le talent de la bureaucratie à générer la corruption, et à créer des situations encore plus compliquées, en essayant de simplifier. Car M. Benmiradi va, par le biais d’une circulaire, un texte qui n’a pas de valeur juridique, contourner la loi. Il créera des situations inextricables. Car en cas de contentieux, comment fera la juge ? Va-t-il respecter la primauté de la loi, ou bien va-t-il faire prévaloir un texte sans valeur juridique ? M. Benmiradi lui-même ne pourra répondre à cette question.

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