Bad boy

A défaut de fabriquer de fabriquer de héros, l’Algérie produit des bad boys en série. Omar Ghrib est bien parti pour détrôner Chakib Khelil.

 Par Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 9 mai 2013)

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L’Algérie a trouvé son bad boy. Avec Omar Ghrib, c’est le top. Le modèle absolu, définitif. Le nirvana. On est au-dessus de tout. C’est le soleil. Impossible de faire mieux. A côté de lui, les mauvais garçons de la politique et du spectacle font figure de petits garçons innocents. Avoir trouvé ce personnage, c’est le jackpot. Il représente tout ce qu’il est possible de détester, sans risque. Particulièrement après sa disgrâce. Car avant la disgrâce, il y avait un petit doute.

Omar Ghrib, c’est d’abord un look. Blouson cuir, jeans, crâne rasé. Au stade, au bureau, au milieu des supporters, dans les tribunes, il est toujours habillé ainsi. Ça fait populo, c’est supposé proche du supporter, qui aime ce profil de dirigeant en lequel il peut s’identifier. Omar Ghrib est aussi un enfant de la balle, un garçon des rues, un self made man qui a réussi à se frayer un chemin à la force du poignet. Parti de rien, il a monté son petit commerce, tout en devenant un supporter très proche des joueurs du Mouloudia. Il franchi un nouveau palier en entrant dans le cercle des dirigeants du club. Et là, surprise : il a rapidement découvert qu’il n’y avait rien en face, que ce grand club, avec toute son histoire, était entouré du vide. Il suffit d’un peu de bluff, de crier plus fort que les autres, de s’attirer la sympathie des supporters pour prendre possession du club. Il l’a fait avec une facilité déconcertante.

Il, a certes, bénéficié d’un coup de pouce d’appareils de l’Etat et de structures de la FAF, qui cherchaient alors des hommes à poigne, capables de parler aux supporters et de se battre avec eux. Des dirigeants qui cherchent à percer, mais capables de descendre dans l’arène. Et les terrains de foot sont devenus une arène depuis longtemps. Les services de sécurité ont dénombré sept morts autour des stades durant les dernières années. En parallèle, une impunité totale s’est développée dans les terrains de football. On peut y faire ce qu’on veut, y compris des actes qui devraient valoir à leurs auteurs des années de prison. Mais dans un stade, c’est permis. On a le droit de cracher sur un joueur, d’insulter un arbitre, de jeter une bouteille d’eau ou un  siège sur un dirigeant ou un adversaire. Le tout, sous l’œil indifférent de Mohamed Raouraoua, le grand ordonnateur de toutes ces fêtes du week-end, qui a plus ou moins parrainé l’ascension de Omar Ghrib.

Dans ce nouveau climat, le public qui fréquente encore les stades de football a été trié au fil des ans. Pères de famille tranquille, bobos, quadras et quinquas ont été progressivement expulsés par des jeunes au comportement de plus en plus violent. Comme si un accord tacite avait été conclu entre les autorités et une fraction de la jeunesse, accord au terme duquel les jeunes ont le droit de tout faire, de tout casser, de tout dire, pendant une heure et demie, au stade, dans une sorte de parenthèse de type Mad Max.

Dans ce monde-là, Omar Ghrib était dans son élément. Il gérait tant bien que mal ses troupes, se faisant tantôt insulter, tantôt applaudir, au gré des résultats et de l’humeur du moment. Il joutait convenablement son rôle, mais il était dans son itinéraire à lui. Et il voulait aller encore plus loin, franchir un pas supplémentaire dans la hiérarchie de la respectabilité et du pouvoir. A un point tel qu’il a voulu devenir le parrain du quatrième mandat ! Il faut dire que la présidence d’un club de foot est quelque chose de fascinant. Quand il s’agit du Mouloudia, c’est le nirvana. On fréquente les plus grands, on serre la main des ministres et des cadres de Sonatrach, on tutoie ces hommes qui gèrent 70 milliards de dollars, et qui deviennent des familiers, prêts à toutes les bassesses pour se faire photographier avec un joueur que Omar Ghrib peut engueuler à n’importe quel moment, ou pour discuter avec un entraineur que Ghrib peut renvoyer chaque matin.

Pour compléter ce portrait de bad boy parfait, Omar Ghrib tient un langage à la limite de la vulgarité. Inculte, il a longtemps vécu à la frontière de la légalité. Il sait brasser des sommes énormes au noir, payer des milliards sans rien déclarer au fisc. Un quotidien a même rapporté qu’il a été condamné à trois ans de prison avec sursis dans une affaire de drogue. La rumeur lui accorde un passé sulfureux, hérité de cette époque grise de sa vie. Et c’est ce volet précisément qui lui a permis de triompher de nombre de ses adversaires. Ceux-ci hésitaient à affronter un homme au passé trouble, mais bénéficiant visiblement d’appuis aussi occultes que puissants, ce qui lui a permis de faire main basse sur le club le plus populaire du pays, refusant de le céder à Ali Haddad et à ses milliards.

Voilà donc le nouveau bad boy du pays, l’homme qui n’a peur de rien, et qui ose tout, qui défie l’Etat et ses symboles. L’homme que déteste les bobos et les intellos, qui le considèrent comme un intrus dans le personnel chargé de gérer les affaires du pays, parce qu’il n’est pas des leurs. C’est, enfin, l’homme qui ose déployer une banderole appelant à un quatrième mandat au profit de M. Abdelaziz Bouteflika.

Comme bad boy, c’est mieux que Chakib Khelil, non ?

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1 commentaire

  1. amyne

     /  1 juin 2013

    enfin c est le meilleur papier que tu as ecris depuis que je te lis…je me demande pourquoi nedjma ne t a pas primé…

    Réponse

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