Sonatrach, en pleine crise de gouvernance, tarde à définir une stratégie de négociations

Sonatrach est en pleine tempête. La compagnie algérienne doit négocier des dossiers délicats, au mauvais moment, alors qu’elle subit une sérieuse crise de gouvernance.

Abed Charef

Sonatrach subit une très forte pression. Au pire moment. Comme si le sort s’acharnait sur cette entreprise qui assure 40% du PIB de l’Algérie. Mais pour les spécialistes, ce n’est pas la pression en elle-même qui pose problème, car Sonatrach a traversé bien des tempêtes, et a toujours pu s’en sortir, même si elle a pu y laisser quelques plumes. Ce qui inquiète cette fois-ci, c’est la conjonction de plusieurs facteurs, internes et externes, contribuant à donner de l’entreprise l’image d’un boxeur à demi groggy, acculé dans un coin, et contraint de subir les coups, sans avoir une stratégie de défense.
Premier handicap, la situation interne de l’entreprise. Sérieusement ébranlée par le scandale qui a mis en cause son ancien PDG, Mohamed Meziane, Sonatrach traverse une grave crise de gouvernance. Son actuel PDG, Mohamed Zerguine, est dans une situation très délicate, car sa marge de manœuvre est particulièrement réduite, alors que l’entreprise a précisément besoin d’un patron capable de faire feu de tout bois.
Déjà placée sous haute surveillance, Sonatrach se retrouvait doublement surveillée après le tragique épisode de Tiguentourine. Comment allait-il elle faire face aux nouveaux impératifs de sécurité imposés par cette prise d’orages, et comment allait-elle réagir face à ses partenaires devenus de plus en plus exigeants ? Son patron, annoncé sur un siège éjectable depuis des mois, semble avoir perdu toute initiative, ce qui contribue à paralyser l’entreprise. Même si, dans les milieux spécialisés, on affirme que toutes les décisions importantes se prennent au ministère de l’Energie.
Faut-il ajouter à cela tous les déboires subis à cause de la gestion de M. Chakib Khelil ? Tous les contrats passés par l’entreprise durant la décennie écoulée sont, de facto, sujets au doute. D’autant plus que les révélations continuent, et qu’on en est à Sonatrach 2, avec peut-être des prolongations.

Emploi de jeunes et contrats internationaux
Dans cette conjoncture délicate, Sonatrach apparait singulièrement désarmée pour faire face aux pressions d’un autre type, liées à ses choix de gestion. Dans le grand sud, l’entreprise est accusée, à tort ou à raison, de privilégier des gens du nord dans son recrutement, ce qui provoque la colère des habitants du Sahara. Du coup, Sonatrach est invitée à réviser sa politique, et à faire de l’emploi.
Mais le plus dure est encore à venir. Et de l’extérieur cette fois-ci, après la brèche ouverte par la compagnie américaine Anadarko. Remettant en cause des règles fiscales imposées par Chakib Khelil, Anadarko a eu recours à un arbitrage international, qui lui a offert le jackpot. Elle a obtenu des dédommagements pour 4.4 milliards de dollars. Cerise sur le gâteau, elle a obtenu de ne pas être payé cash, mais d’être dédommagée sous forme de livraisons de pétrole.
Un quotidien a révélé ensuite que la compagnie italienne Edison a obtenu, à son tour, 300 millions d’euros de dédommagements, à la suite d’un arbitrage rendue par la chambre internationale de commerce. A son tour, la grande compagnie ENI, accusée d’avoir versé des pots-de-vin pour décrocher des contrats en Algérie, menace elle aussi de recourir à des arbitrages pour exiger la baisse du prix du gaz livré par l’Algérie, aux termes de contrats à long terme.
Pour des spécialistes que nous avons interrogés, cette offensive multiforme subie par Sonatrach n’est pas fortuite. Bien au contraire, et c’est de bonne guerre, les partenaires de Sonatrach l’attaquent passivement parce qu’ils savent qu’elle est en pleine tourmente. Dans cette période creuse, elle est vulnérable, sa défense est faible, sans véritable stratégie.

Défaillance dans la gouvernance

Un économiste de premier plan relève ainsi que « la révision des contrats est prévue à la fin des contrats, en 2015 pour le contrat GDF, et 2017-2018 pour le contrat ENI ». ces compagnies veulent « remettre en cause la rigidité des volumes dans les contrats à long terme, et revoir les prix en les liant plus directement à ceux en cours sur le marché spot». Ces compagnies ont beau jeu de profiter d’une abondance du gaz, due à l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis, et à la crise, qui a provoqué une baisse de la consommation, alors que le Qatar est toujours prêt à alimenter le marché, pour élargir ses parts.
Mais ce que souligne ce spécialiste, c’est que « les derniers résultats de l’arbitrage international reflètent la dégradation des capacités d’engineering juridique de Sonatrach, dans la rédaction des contrats et d’anticipation des résultats de l’arbitrage ». Autrement dit, Sonatrach négocie mal ses contrats, et n’arrive pas à anticiper pour éviter ce genre de déboires.
Un autre spécialiste est encore plus dur envers Sonatrach. « ll n’y a pas de stratégie tout court ; il n’y a plus de pilote à bord pour prendre des initiatives au bon moment», dit-il. « Que les clients demandent des révisions à la baisse, c’est normal et c’était prévisible depuis deux ou trois ans », pour plusieurs raisons, notamment parce que « tout le monde savait que Sonatrach allait arriver entre 2013-2015 à une phase, prévue contractuellement, de renouvellement de presque tous ses contrats de vente ». Mais, relève-t-il, « en face, et avec tous les bouleversements vécus jusqu’à aujourd’hui, le secteur était plus préoccupé à panser ses blessures » et à gérer l’immédiat. La défaillance dans la gouvernance a finalement amené l’entreprise à « rater les opportunités de négocier les bons dossiers, au bon moment ».

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