La Tunisie et la Libye empruntent des chemins différents pour régler le sort des anciens dirigeants

La Tunisie et la Libye tentent, de manière différente, de gérer le dossier des collaborateurs de l’ancien régime. Avec une certaine pondération en Tunisie, de la surenchère et des dérapages en Libye.

Sur le site source: http://www.maghrebemergent.info/actualite/maghrebine/item/24063-la-tunisie-et-la-libye-empruntent-des-chemins-differents-pour-regler-le-sort-des-anciens-dirigeants.html

Ebullition et règlements de comptes en Libye, tentatives d’apaisement en Tunisie. Les deux pays du Maghreb qui ont changé de régime à la faveur du « printemps arabe » suivent des trajectoires opposées, dans leur manière de gérer le dossier des responsables de l’ancien régime. Faisant preuve d’un sens de l’Etat et de la justice nettement plus relevés, le président tunisien Moncef Marzouki a imposé sa modération au gouvernement Ennahdha, et tente de désamorcer un dossier devenu brûlant, alors qu’en Libye, la surenchère continue, avec les dérapages et les abus inévitables.

Dans les deux cas, une sorte de ligne rouge semble avoir été tracée. Ceux qui faisaient partie du premier cercle de l’ancien pouvoir sont poursuivis et jugés, en Tunisie, victimes de règlements de comptes ou de sévices en Libye. Les organisations des Droits de l’Homme ont noté une prédominance de solutions violentes en Libye, alors qu’en Tunisie, les dérapages sont rares. Une affaire a cependant défrayé la chronique, celle de l’ancien premier ministre libyen, Baghdadi Al-Mahmoudi, réfugié en Tunisie, livré ensuite à la Libye dans des conditions opaques par le gouvernement Ennahdha, et torturé à son retour en Libye, selon des organisations des Droits de l’Homme. Mais la tendance générale, en Tunisie, est à l’apaisement. Le président Marzouki y joue un rôle central. Il veut favoriser une réconciliation nationale, de crainte que l’instabilité ne débouche sur une dégradation de la situation économique. Agissant avec une certaine prudence, il veut lever les restrictions qui touchent des dirigeants sur qui pèsent encore de sérieux soupçons de collaboration avec le régime de Zine El-Abidine Ben Ali. Il a ainsi appelé, en début de semaine, à lever l’interdiction de voyage qui frappe des hommes d’affaires soupçonnés de corruption. « Nous devons œuvrer à lever immédiatement ces interdictions pour mettre en place un mécanisme de réconciliation », a-t-il déclaré, affirmant son souci de « de relancer l’économie et d’établir la justice ». Mais cette réconciliation doit se faire « dans la transparence », a insisté le président Marzouki, alors que la tendance, en Tunisie, était jusque-là dominée par des soupçons systématiques : tout homme d’affaires prospère était considéré, peu ou prou, comme un proche de l’ancien régime. Le passé de M. Marzouki, ancien militant des Droits de l’Homme, a été déterminant dans ces choix.

« Les débris de l’ancien régime »

En Libye, le climat est nettement plus violent. L’Etat s’est écroulé, et les milices, auréolées de leur succès contre le régime de Maammar Kadhafi, imposent encore leur loi, face à un gouvernement incapable de rétablir l’ordre. La chasse aux sorcières se poursuit dans une atmosphère de désordre et de chaos. Des opposants indésirables sont accusés d’être des partisans de l’ancien régime et pourchassés. A Tripoli, on parle de « fouloul ennidham essabik » (les restes, ou les débris de l’ancien régime), que les « thouar », les révolutionnaires, continuent de les pourchasser, en Libye et à l’étranger, en vue d’« assainir » le pays, son administration, ses services de sécurité et sa diplomatie, en chassant tous les dirigeants et fonctionnaires qui ont travaillé pour l’ancien régime. Une loi, préparée à cet effet, a provoqué de nouvelles violences, avec des milices qui ont encerclé ou occupé le siège de nombreux ministères, pour exiger des mesures radicales contre tous les anciens fonctionnaires soupçonnés de collaboration. Il a fallu deux semaines de négociations pour arriver, dimanche, à un accord en vue de mettre fin au siège du ministère des affaires étrangères, encerclé par des miliciens. Le ministère de la justice a également été bloqué par des hommes armés. Pris dans une surenchère meurtrière pour demander des sanctions contre les partisans de Kadhafi, les miliciens ont fini par demander le départ du premier ministre Ali Zeidane lui-même. Celui-ci avait été diplomate sous le régime Kadhafi, et s’en tire ainsi à bon compte en obtenant de rester à son poste, alors que d’autres ministres ont été révoqués pour satisfaire les miliciens. Mais le dérapage n’est jamais loin. Les dirigeants libyens craignent en fait une réédition de l’épisode du 11 septembre, lorsque le consulat des Etats-Unis à Benghazi avait été attaqué, provoquant la mort de l’ambassadeur et de quatre autres personnes. La répétition des actes de violence peut en effet favoriser des actions terroristes, d’autant plus que la Libye semble être devenue une terre de repli pour nombre d’organisations jihadistes chassées du Mali.

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