Les ratés de Sonatrach dans le dossier du gaz

Sonatrach se trouve en difficulté au moment de négocier les contrats de gaz. Des experts expliquent, pour Maghreb Emergent, les principaux ratés de cet itinéraire.

Abed Charef

Sur le site source: http://www.maghrebemergent.info/energie/hydrocarbures/item/24027-les-rates-de-sonatrach-dans-le-renouvellement-des-contrats-de-gaz.html

Sonatrach a raté le virage de la négociation sur le gaz. Elle n’a pas vu le changement venir, faute de stratégie. Brutalement, déclare à Maghreb Emergent un économiste, « le patron de Sonatrach ne peut pas négocier avec Omar Ghrib le rachat du Mouloudia d’Alger, faire de l’emploi des jeunes dans le sud, et négocier en même temps les contrats à long terme pour la fourniture du gaz à l’Italie et à la France ». « On gère le Mouloudia, ou le marché international du gaz. Pas les deux », dit-il, excédé par la tournure des évènements.
Cette attaque frontale contre les dirigeants de Sonatrach montre le décalage entre le poids et la puissance de la compagnie publique des hydrocarbures, qui pèse plus de 70 milliards de dollars par an, et le rôle qui lui est imposé dans un système défaillant. Résultat : elle ne fait pas bien son métier, et ne peut pas faire des métiers étrangers à sa vocation.
Un de ses métiers, c’est précisément de vendre le gaz. C’est-à-dire connaitre le marché, en suivre l’évolution, anticiper les bouleversements, en disposant de la marge nécessaire pour négocier les bons dossiers, au bon moment, dans le cadre d’une stratégie cohérente. Des spécialistes énumèrent, pour Maghreb Emergent, les ratés accumulés par Sonatrach dans cette affaire.
Le marché du gaz, nous dit un ancien haut responsable du secteur, a subi de profonds bouleversements depuis plusieurs années, en raison des mutations chez les grands consommateurs, incluant des économies d’énergie, des coupes budgétaires, le développement des énergies renouvelables, etc. A cela s’est ajouté l’effet de la crise économique, avec une baisse de la consommation d’énergie, ainsi que le développement vertigineux de l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis, et la compétition entre deux poids lourds du marché du gaz, la Russie et le Qatar.

Prix et parts de marché, il faut choisir

Selon lui, Sonatrach ne s’est pas adaptée à ces changements. Elle n’en pas tenu compte. Elle a aussi eu « une attitude hésitante ou de rejet des différentes possibilités de négocier ». Elle avait la possibilité de négocier les volumes, ou les prix, ou une combinaison des deux, en fonction de ses atouts, à condition de le faire au bon moment. A défaut, elle risquait de mener le dossier à l’arbitrage international, « croyant que les besoins énergétiques des clients et les dispositions des contrats en vigueur allaient pousser les clients à éviter les arbitrages ». Dans le même temps, les russes ont déjà lâché sur une partie des prix il y a un an, en acceptant une indexation sur le spot d’une partie des livraisons, alors que les qataris ont privilégiés les parts de marchés plutôt que les prix.
« Mais il ne faut pas se voiler la face », nous dit un économiste. Sonatrach n’a pas négocié parce que la confiance a disparu. Les négociateurs n’ont même pas confiance en eux-mêmes, dit-il. Ils préfèrent aller à l’arbitrage, qui engage moins leur responsabilité ».
Ce spécialiste note également que « la plupart des négociations entamées par Sonatrach ces dernières années ont abouti à des accords transitoires, sur un très court terme, comme si les dirigeants du secteur se disaient : on règle le problème pour une ou deux années, et puis on verra ; ce qui prouve soit une absence de vision à long terme, soit un attentisme d’indécision, en pensant qu’il ne faut pas se précipiter, les choses vont changer ».

Pas d’effet Fukushima

Autre erreur d’appréciation, Sonatrach semble avoir misé sur un hypothétique effet Fukushima. La catastrophe qui a frappé le Japon pouvait amener une désaffection envers le nucléaire et booster la consommation de gaz. C’est le contraire qui s’est produit, le lobby du nucléaire réussissant à limiter les dégâts sans trop de problèmes. C’est même le gaz qui est dans le collimateur, avec l’opposition à l’exploitation du gaz de schiste !
Autre problème pour Sonatrach, elle était préoccupée par le déclin de la production et la réduction de sa marge destinée à l’exportation, en raison de la consommation interne. Bien qu’ayant consenti des investissements exceptionnels pour augmenter les exportations, avec le développement du GNL, MEDGAZ, GALSI et l’augmentation de la capacité des gazoducs vers l’Italie, elle n’était pas sûre de pouvoir tenir ses engagements à terme, alors que de nouvelles productions ne sont pas attendues avant 2016.
Au final, nous dit un expert, « Sonatrach pouvait choisir le prix ou les parts de marché. Elle a choisi les commissions ».

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