Avec Amar Saadani, le FLN achève sa mutation

Amar Saadani a pris la direction du FLN. C’est peut-être l’homme le mieux adapté un parti a déjà détourné par l’argent et des fortunes opaques.

 

Abed Charef

En prenant la tête du FLN, avec la complicité de l’appareil d’Etat et de la justice, Amar Saadani a consacré une longue évolution du vieux parti. Celui-ci a progressivement abandonné ses vieilles croyances, nationalistes et libératrices, vaguement ancrées à gauche, pour adopter de nouvelles mœurs et de nouvelles pratiques, plus proches de celles d’un réseau de type mafieux que d’un parti populaire.

Avec Abdelhamid Mehri, le FLN avait donné l’illusion qu’il pouvait redevenir ce front  capable de s’imposer dans l’adversité, grâce à une ligne politique claire, une pratique démocratique et une morale au-dessus de tout soupçon. Boualem Benhamouda a réduit ces prétentions, en ramenant le FLN dans le giron du pouvoir. Ali Benflis, premier patron du FLN à ne pas faire partie de la génération de la guerre de libération, avait tenté d’apporter une vague impression de modernité, mais il a rapidement perdu le fil. Englouti dans une vague de redressement, il avait été remplacé par Abdelaziz Belkhadem, qui symbolisait une jonction possible entre FLN et islamistes, les fameux « barbèfèlènes ».

Mais Belkhadem vivait lui aussi dans l’illusion. Car entretemps, le FLN avait profondément changé, comme le pays. A part le sigle, le parti n’avait plus rien à voir avec la formation politique qui avait fait l’honneur de l’Algérie et en avait assuré la libération. Et en ce sens, l’avènement de Amar Saadani n’est qu’une adaptation des symboles du FLN à sa composante sociale. C’est probablement le candidat le plus conforme à ce qu’est le FLN d’aujourd’hui, un parti symbolisé par les affaires, la corruption, la « chkara » et une soumission absolue au pouvoir ; un parti où la trahison est la règle : Abdelhamid Mehri en sait quelque chose, les auteurs et victimes de redressements successifs aussi.

Ces mœurs devaient forcément amener un homme du profil de Amar Saadani à prendre la direction du parti. Saadani n’est pas issu des rangs du mouvement national ou de l’ALN. Il n’est pas non plus issu de la bureaucratie d’Etat qui a dominé le pays sous Houari Boumediene et le début de l’ère Chadli. Il est apparu plus tard, quand le pays a plongé dans la violence. Des périodes troubles, comme les années 1990, sont favorables à l’émergence de personnes, de courants et d’idées hors normes. Et dans des conditions aussi troubles, où la régulation se fait d’abord par la violence, surgissent des hommes comme Saadani, qui n’auraient probablement jamais pu s’affirmer en période de paix, dans un Etat de droit.

Ascension fulgurante

Le nouveau patron du FLN s’est parfaitement servi de la conjoncture. Passant du syndicalisme au FLN, selon un itinéraire classique, il a rebondi en rejoignant ceux qui avaient pris les armes contre le terrorisme. C’est une filière extrêmement valorisante, qui lui a permis de gravir les échelons à une vitesse fulgurante, pour devenir président de l’Assemblée Populaire Nationale, dans une conjoncture où tout était permis, y compris sur le plan financier. Des fortunes colossales ont été bâties dans cette période, dans des conditions totalement opaques. Le FLN ne pouvait échapper à cette nouvelle mode. Lui aussi a été totalement grignoté par l’argent sale. Et son ancien secrétaire général Abdelaziz Belkhadem lui-même avait reconnu l’ampleur de la « chkara » dans la vie du parti, où tout pouvait s’acheter : poste de maire, de député, de sénateur, etc. Etre candidat FLN à un mandat électif, aujourd’hui, n’a plus rien à voir avec l’idéologie, les choix politiques ou de quelconques convictions. C’est une affaire de réseaux et d’argent. Rien de plus. Le reste n’a plus aucune importance. Ce qui débouche, naturellement, sur l’élection, à la tête du parti, d’un homme mis en cause, selon la presse, dans une affaire de détournement de 30 milliards de dinars. Autant que Chakib Khelil. Autant que Khalifa.

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3 Commentaires

  1. Amirouche Yazid

     /  3 septembre 2013

    Pertinente analyse, surtout à propos des conditions qui favorisent l’émergence de ce profil. Malheureusement, Saadani n’en est pas le premier , ni le dernier d’ailleurs, même si nos amis de la presse ( ou il y a tellement d’intrus et de faussaires) font de lui plutot une cible intime à défaut de lire les causes et les implications politiques.

    Réponse
  2. ZOUAOUI MOURAD

     /  3 septembre 2013

    BIEN QUE VOTRE ANALYSE A RELATIVEMENT UN CERTAIN DEGRE DE PERTINENCE ELLE
    N EXPLIQUE PAS CE QUI CONSTITUE MALGRE TOUT UN »PHENOMENE REMARQUABLE »
    LA CAPACITE DU REGIME ALGERIEN A SE REPRODUIRE Où PLUS CRUMENT A SE CRAMPONNER AU POUVOIR EN DEPIT DU DESIR IMPERIEUX ET AVERE DE LA MAJORITE DE LA POPULATION D EN ETRE DABARRASSEE. LES ALGERIENS NE SE SONT PAS REVOLTES BIEN QU ILS VIVENT SOUS L UN DES REGIMES LES PLUS HONNIS ET LES PLUS REPRESSIFS DE LA REGION.EN D AUTRES TERMES LE PARTI FLN AVEC CE GENRE DE REPRESENTANT A REUSSI A SE MAINTENIR AU POUVOIR PRATIQUEMENT CONTRE
    TOUTE ATTENTE.

    Réponse
  3. arabi

     /  5 septembre 2013

    Outre son itinéraire de pompiste à Naftal ,et de pseudo entrepreneur (Sarl el Karama) et ses performances dans sa ghazoua contre les fonds de FNDRA (3000 Milliards de cts detournés) avec la complicité du ministre Barkat ,vous avez oublié de mentionner son itinéraire musical et son talent incontestable de drabki et zernadji, bras droit de Abdellah Mennai.
    quoi dire de plus « vive la république saidanéenne »
    Enfin, heureux sont les chouhada qui n’ont pas vécu pour assister à cette mascarade orchestrée d’une main de maitre par des voyous sans foi ,ni loi.

    Réponse

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