Bouteflika reprend la main, le 4ème mandat n’est plus un tabou

Le remaniement du gouvernement algérien, annoncé mercredi, montre un président Abdelaziz Bouteflika sur le point de reprendre le contrôle de la situation, malgré son état de santé.

Abed Charef

 L’image est parfaite : Abdelaziz Bouteflika a repris la main dans le jeu politique en Algérie. Après une absence de quatre mois, due à son état de santé, le chef de l’Etat a lancé une série d’opérations qui ont toutes convergé vers le même objectif : reprendre le contrôle de la situation, et affirmer sa présence, à sept mois de l’élection présidentielle d’avril 2014. Le dernier coup d’éclat de cette série de décisions est le remaniement du gouvernement, annoncé mercredi après-midi. Dix ministres quittent le gouvernement, dont des personnalités considérées comme des poids lourds, comme Daho Ould Kablia et Cherif Rahmani.

Le président Bouteflika a nommé deux membres de sa garde rapprochée, Tayeb Beklaïz et Tayeb Louh, aux ministères sensibles de l »intérieur et de la justice. Les ministres connus pour leur appartenance à des partis, essentiellement le FLN, quittent le gouvernement, comme M. Amar Tou (transports), Rachid Haraoubia (enseignement supérieur). A l’inverse, les ministres qui ont créé des partis pour survivre, sont maintenus, comme M. Amara Benyounès et Amar Ghoul. Tous deux ont en outre appelé le président Bouteflika à briguer un quatrième mandat.

Mais le fait le plus significatif dans ce remaniement se rapporte à la nomination du général Gaïd Salah au poste de vice-ministre de la défense, poste qu’il va cumuler avec celui de chef d’état-major de l’armée. Il remplace Abdelmalek Guenaïzia. Celui-ci était, avec le patron du DRS Toufik Mediène, un des derniers généraux encore en poste parmi ceux qui avaient décidé, en janvier 1992, de mettre fin aux élections remportées par le FIS.

La semaine dernière, la presse avait fait état du transfert de certaines compétences du RDS au profit de l’état-major. Il s’agissait notamment du service de presse de l’armée, géré par le colonel Fawzi, récemment limogé, et de la sécurité de l’armée, une structure essentielle pour protéger les rangs de l’armée en interne.

L’état-major marque des points

Ce transfert de pouvoirs du DRS vers l’état-major est naturellement perçu comme un signe de basculement dans les équilibres politiques au sein de l’armée. L’état-major de l’armée, dirigé par le général Gaïd Salah, aurait réussi à prendre le dessus sur le DRS, considéré pendant deux décennies comme le cœur du pouvoir algérien. Par extension, le président Bouteflika, dont le général Gaïd Salah est proche, est considéré comme le vainqueur de l’épreuve qui l’a opposé au DRS dans la perspective des élections présidentielles de 2014.

D’autre part, l’instauration de ce nouveau rapport de forces coïncide avec un retour progressif du président Bouteflika dans la vie quotidienne. Après une absence de deux mois, durant laquelle il a fait trois brèves apparitions, le chef de l’Etat veut donner une autre image, celle d’un homme qui reprend progressivement ses capacités de travail. Le rythme de ses apparitions s’est ainsi accéléré. En quelques jours, il a reçu, coup sur coup, le premier ministre Abdelmalek Sellal, le chef d’état-major Gaïd Salah, le leader du mouvement tunisien Ennahdha Rachad Ghannouchi, et le dirigeant de l’opposition tunisienne Beji Caïd Essebsi. Une manière d’affirmer sa présence, même si le conseil des ministres ne se tient plus, et si le gouvernement a été contraint d’abandonner le projet d’une loi de finances complémentaires à cause précisément de  la santé de M. Bouteflika.

Peser sur la succession

 Ce retour progressif du chef de l’Etat peut-il aller jusqu’au retour de l’idée d’un quatrième mandat au profit de M. Bouteflika ? Ses partisans en rêvent, et au moins deux ministres, Amara Benyounès et Amar Ghoul, ont affirmé leur préférence pour cette hypothèse. Des groupes d’intérêt, qui tirent pleinement profit de la situation actuelle, travaillent en ce sens.

Le 4ème mandat n’est plus tabou

Avant ce retournement de situation, il y a à peine un mois, l’idée de quatrième mandat paraissait pourtant exclue, en raison des problèmes de santé du chef de l’Etat. M. Bouteflika avait eu un AVC le 27 avril dernier, et il avait été soigné il y a six ans, d’une sérieuse hémorragie gastrique. Il avait été, à chaque fois, traité à l’hôpital militaire français des Invalides, à Paris, et a été contraint, entre mai et août 2013, à une longue période de convalescence, qui l’a éloigné de l’activité politique pendant trois mois.

« Au vu de l’état de santé du président de la république, un quatrième mandat est exclu », estime un ancien ministre. «Visiblement, le chef de l’Etat ne peut pas faire un discours, ni tenir un meeting. Il a des difficultés visibles à s’exprimer, et ne peut pas se mouvoir de manière autonome. C’est un minimum pour un candidat à une élection présidentielle », dit-il.

Ceci réduirait les ambitions de M. Bouteflika, qui se contenterait, selon un analyste, de peser sur la désignation de son successeur. Les manœuvres actuelles viseraient ainsi à lui permettre d’éviter la désignation d’un successeur non souhaité. L’argument semble cependant un peu court, au vu de l’ampleur des efforts déployés par les proches de M. Bouteflika. Des efforts qui montrent que l’idée d’un quatrième mandat n’est plus un tabou.

A moins que tout ceci ne soit qu’une image. Et que la réalité soit totalement différente. En 2004, le chef de l’état-major de l’armée de l’époque, Mohamed Lamari, patron de l’armée, avait été présenté comme opposé à un nouveau mandat de M. Bouteflika. Non seulement Abdelaziz Bouteflika avait été réélu, mais le général Lamari avait été contraint de démissionner.

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