L’étranger feuille de route de l’opposition

Le président Bouteflika n’a pas besoin de partis pour le soutenir. L’action de l’opposition suffit pour lui dérouler le tapis vert en vue d’un quatrième mandat.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 28 novembre 2013)

Qui rend de meilleurs services au président Abdelaziz Bouteflika, ses partisans ou ses adversaires ? La question mérite d’être posée après la curieuse initiative lancée en début de semaine par une coalition de partis et de personnalités se présentant comme des opposants. Ces contestataires, parmi lesquels des candidats potentiels à l’élection présidentielle, ont fait un cadeau inespéré au chef de l’Etat. Ils ont présenté deux revendications, et s’apprêtent à mener campagne pour les défendre, alors que c’est exactement ce que va faire le chef de l’Etat. Sans effort aucun, le président Bouteflika peut donc poursuivre sa propre feuille de route, tout en la présentant comme une réponse aux doléances de l’opposition. Celle-ci se trouvera désarmée, et contrainte de l’accompagner dans sa démarche jusqu’en avril prochain.

Les opposants ont demandé au président Abdelaziz Bouteflika de s’abstenir de réviser la constitution avant l’élection présidentielle, et exigé la création d’une commission chargée de superviser ce scrutin. Faute de quoi, ils menacent de de boycotter l’élection. Mais leurs revendications manquent tellement de consistance que les alliés du président Bouteflika n’auraient pas fait mieux.

Pour la révision de la constitution, plus personne en effet ne croit qu’elle aura lieu avant avril prochain. Le calendrier n’offre guère de possibilités de le faire. Avec une présidentielle prévue pour avril 2014, ce serait piétiner inutilement sur une échéance de première importance. Quelle utilité, aujourd’hui, pour le chef de l’Etat, de réviser la constitution?

Et puis, que perdrait le président Bouteflika en reportant la révision de la constitution? Absolument rien. Mieux : c’est ce que souhaite le chef de l’Etat, car tout semble indiqué que l’idée de réviser la constitution ne vient pas du président de la république, mais d’autres cercles du pouvoir. Lui-même n’a, à aucun moment, évoqué publiquement la révision de la constitution. Il n’a rien dit sur la question. Seul le premier ministre Abdelmalek Sellal a installé une commission, qui a mené un obscur travail, sans qu’il soit possible de dire si elle a été mandatée par M. Bouteflika ou non. Pourtant, la constitution est claire : la révision du texte constitutionnel obéit à des règles claires, et elle est menée à l’initiative du chef de l’Etat. Or, jusque-là, celui-ci s’est soigneusement maintenu à l’écart de l’opération. On peut en conclure que la révision de la constitution ne figure pas parmi ses priorités du moment; A se demander même si elle fait partie de ses projets !

Quant à la commission « indépendante » chargée de contrôler la présidentielle, elle fait partie du folklore électoral algérien. Chaque élection a sa commission, ce qui n’empêche ni la fraude, ni la tenue d’élections fermées. On peut même aller plus loin, pour affirmer que la présence d’une commission électorale pour surveiller la présidentielle garantit précisément que le scrutin ne sera pas équitable, ni loyal. L’ancien ministre de l’intérieur Yazid Zerhouni, qui n’était pas spécialement connu pour ses penchants libertaires, avait fini par critiquer l’existence de ces commissions, dont la création signifie clairement que l’administration n’est pas impartiale. Et quand l’administration n’est pas impartiale, il est difficile à des apparatchiks travaillant dans une commission éphémère, plus motivés par l’argent que par les idées, de la contrer.

Récapitulons : l’opposition organise une grand-messe, et exige du chef de l’Etat de faire exactement ce qu’il a l’intention de faire. Elle présente deux revendications qui n’auront aucun impact sur le résultat de la présidentielle. Vue sous cet angle, la réunion des opposants de lundi dernier prendre une autre consistance. Elle a débloqué une situation politique figée depuis de longs mois. Jusque-là, le pays tout entier était dans l’opacité la plus totale. A cinq mois de l’élection présidentielle, l’Algérie ne savait toujours pas si le président sortant serait candidat, ni qui lui serait opposé. Prendrait-il le risque d’aller vers un quatrième mandat, malgré son état de santé ? Y aura-t-il une révision de la constitution pour désigner un vice-président, comme on le répète depuis de longs mois ?

Depuis lundi dernier, une réponse comme à prendre forme. Le pays est entré dans la routine de la présidentielle. On retrouve une atmosphère préélectorale comme le pays en a vécu depuis l’avènement de M. Bouteflika. Des opposants sans ancrage, sans poids réel dans la société, tentent de se faire une place dans une conjoncture particulière, en vue de se garantir un strapontin pour la suite. Des opposants qui ont, étrangement, la même feuille de route que le président de la république. Le FLN et le RND ne sont même plus nécessaires. C’est désormais l’opposition qui fait le boulot.

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