Ce que serait un quatrième mandat

A moins de quatre mois de l’élection a présidentielle, l’idée d’un quatrième mandat parait totalement incongrue. Il suffit d’imaginer ce que serait le train-train d’un quatrième mandat pour s’en convaincre.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 26 décembre 2013)

 Islam Slimani, remplaçant dans un championnat européen de seconde catégorie, a été désigné footballeur algérien de l’année. Il a décidé d’offrir le ballon d’or qui lui a été décerné au président Abdelaziz Bouteflika. Décision personnelle ou inspirée par les dirigeants du sport algérien, le geste est assez inhabituel pour être relevé. Mais qu’importe. Le président Bouteflika n’a pas assisté à la cérémonie. C’est son représentant, le célèbre Mohamed Ali Boughazi, lecteur de ses discours et émissaire préféré du chef de l’Etat, qui a reçu le trophée, et prononcé le discours d’usage en de pareilles circonstances, en présence de nombreux dignitaires du régime et de courtisans.

M. Bouteflika n’a pas fait le déplacement en raison de son état de santé. Il n’avait pas non plus assisté aux cérémonies organisées en Afrique du Sud pour les obsèques de Nelson Mandela. Barak Obama, François Hollande, Ban Ki Moon, et de très nombreux autres dirigeants du monde entier, ont fait le déplacement de Prétoria, pour célébrer la mémoire de l’icône de la lutte pour la liberté de l’Afrique. Mais pas le chef de l’Etat algérien. Pourtant, l’Algérie pouvait, à juste titre, se prévaloir de l’amitié de Mandela et du peule sud-africain. Malgré les vicissitudes de l’histoire, les Africains qui ont souffert, et qui ont payé un prix pour accéder à la liberté, sont reconnaissants à l’Algérie pour ce qu’elle a fait pour eux, ou simplement pour ce qu’elle a été. En témoignent les photos de Mandela dans la période qui a précédé sa longue détention: les images les plus significatives de cette époque de préparation à la lutte armée sont celles où le leader de l’ANC apparaissait en compagnie de dirigeants de la révolution algérienne.

Cette absence du président Bouteflika est devenue pesante. Elle est handicapante pour la politique algérienne. Les rares visiteurs étrangers qui le rencontrent se concentrent forcément sur son état de santé, non sur les dossiers de coopération et la politique internationale. La phrase retenue de la visite du premier ministre français Jean-Marc Ayrault est celle relative au courage affiché par le Chef de l’Etat et sa capacité à suivre les dossiers, non celle concernant les relations bilatérales. Même les éloges de M. Ayrault paraissent déplacés, si on les observe sous un autre angle. Le premier ministre français a affirmé que le président Bouteflika « suivait bien » les dossiers. N’est-ce pas un minimum qu’on puisse attendre d’un chef d’Etat?

Le président Bouteflika a aussi zappé les sommets de l’Union africaine alors que les frontières sud du pays sont sous pression. Il ne va plus dans les forums internationaux, où la voix de l’Algérie a disparu. Ses envoyés spéciaux ne pourront jamais remplacer un chef de l’Etat dynamique, capable de décider, de prendre l’initiative et d’agir.

Casse-tête

Cette situation incongrue a également son prolongement au niveau interne. Il a fallu une mise en scène très complexe pour organiser un conseil des ministres et prendre une photo, en octobre. Le même effort sera nécessaire pour la signature de la loi de finances. Le chef de l’Etat ne préside plus de véritables conseils des ministres depuis des années. C’est pourtant dans cette enceinte que devraient être fixés les grands choix politiques, et c’est également là que devraient être prises les grandes décisions, selon la lettre et l’esprit de la constitution algérienne.

Pourquoi évoquer tout cela ? Pour dire ce que serait un quatrième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Le pays passerait des années à attendre, à douter, à fonctionner sans chef d’orchestre ni boussole. On ne saurait si l’année universitaire serait officiellement inaugurée, ni quand serait organisée la cérémonie officielle marquant le début de l’année judiciaire. L’Algérie ne pourrait abriter un sommet international ou régional, du moment que le chef de l’Etat ne peut y assister. Et ce ne sont pas les rencontres avec le général Gaïd Salah ou avec le ministre des affaires étrangères Ramtane Lamamra qui vont créer l’illusion d’une vie institutionnelle.

Une autre menace planerait sur le pays en cas de quatrième mandat. En l’état actuel des choses, M. Bouteflika ne peut pas exercer les prérogatives que lui confère la constitution. S’il brigue un quatrième mandat, il est évident que ses prérogatives seront assurées par d’autres. Dans l’ombre, et dans l’opacité la plus totale. C’est contraire à la lettre et à l’esprit de la constitution. Ceci sans compter toutes les acrobaties qu’il faudra faire pour organiser une campagne électorale avec un candidat qui ne peut faire ni discours ni meeting.

C’est pour ces raisons que l’idée du quatrième mandat parait totalement incongrue. Ceux qui détiennent le pouvoir, ou ceux à qui on attribue ce rôle, peuvent-il faire un tel choix ? Difficile à imaginer.

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