En refusant un coup de force, Hamrouche déçoit les activistes hostiles au quatrième mandat

Mouloud Hamrouche a confirmé, jeudi, qu’il n’est pas candidat à l’élection présidentielle du 17 avril. Discours de raison adressé à l’appareil militaire et sécuritaire, mais déception pour ceux qui voulaient en découdre tout de suite avec le quatrième mandat.

 Abed Charef (maghrebemergent.info)

Mouloud Hamrouche a de la peine à convaincre. Sa déclaration du 17 février a créé un enthousiasme inattendu, mais sa conférence de presse de jeudi 27 février a débouché sur un nouveau malentendu. Une incompréhension qui résulte d’un fossé énorme entre un homme qui ne croit pas à l’élection du 17 avril prochain, et qui refuse un coup de force ; et, de l’autre côté, une opinion, assommée par le quatrième mandat auquel est promis le président Abdelaziz Bouteflika, et qui a vu en Mouloud Hamrouche un candidat susceptible de contrer le chef de l’Etat lors de ce scrutin.

Les propos de Mouloud Hamrouche sont pourtant tranchés. Ils ne laissent place à aucune ambiguïté. « Seuls les pays démocratiques et les États de droit garantissent une stabilité profonde », dit-il. « Leurs armées ont triomphé et gagné toutes les guerres durant le dernier siècle ». Après cette profession de foi, il affirme qu’en Algérie, il n’est pas possible d’aller à un régime démocratique sans l’armée, encore moins contre l’armée « La neutralité de l’armée ne suffit pas, il faut son adhésion », dit-il. Ce qui signifie clairement qu’il ne croit pas à une victoire électorale contre la volonté de l’armée, et que même si cela était possible, cela peut se révéler dangereux, comme l’a montré l’expérience égyptienne. Mais dans le même, il ne souhaite pas « un coup d’Etat ».

Nouvelles générations

Comment, dans ces conditions, aller construire un système démocratique? Mouloud Hamrouche exprime l’espoir que l’Algérie aille vers un « nouveau consensus national », bâti sur de nouvelles règles, que sont l’Etat de droit et la démocratie. Pour lui, cette tâche doit être menée par les « nouvelles générations et élites », auxquelles il s’associe, tout en les invitant à ne pas « s’encombrer des fardeaux, des  errements et des querelles du passé ».

Hamrouche lance aussi des avertissements. « Les facteurs de blocage sont toujours là, avec ou sans renouvellement de mandat (du président Bouteflika). Ces blocages sont des risques sérieux. Ce sont des impasses qui recèlent de graves menaces, exacerbent les facteurs de division, paralysent les institutions et soumettent les hommes à des pressions impossibles », dit-il. Il ne veut pas que les responsables des « forces de défense, de sécurité, les cadres et acteurs économiques restent soumis, à chaque échéance présidentielle et à chaque changement de responsables, à d’intolérables pressions, interrogations et examens de conscience ». Il déplore que les hauts responsables soient contraints d’affirmer leur « allégeance » aux dirigeants du moment, au lieu « d’appliquer des programmes élaborés et défendus par des courants politiques organisés en partis ».

Décalage

Mais ce discours passe mal. Pour une partie de l’opinion, qui veut en découdre tout de suite, Hamrouche ne s’engage pas assez. Il évite l’affrontement. Alors que lui prône la raison, en déclarant que « l’édification d’un régime démocratique et l’instauration d’un État de droit sont des approches raisonnables qui mettront à l’abri la cohésion, la discipline et l’adhésion de tous les constituants de notre société », des activistes impatients, choqués par l’idée du quatrième mandat, ne comprennent pas ce discours, trop prudent à leurs yeux. Et Hamrouche a beau dire qu’il « demande pardon à celles et à ceux qui ont cru comprendre » que sa précédente déclaration était un « acte de candidature », cela ne calme pas les impatiences. Visiblement, le choc provoqué par le quatrième mandat était trop fort, l’attente était trop élevée, et Hamrouche, qui refuse d’aller à l’aventure, n’est pas en mesure de répondre à une vague de colère dont il a probablement sous-estimé l’ampleur.

Bouteflika tente un passage en force et humilie l’armée

Incompréhension. Honte. Sentiment d’un immense gâchis. La candidature du président Bouteflika pour un quatrième mandat est un coup dur pour l’armée, qui a toujours parrainé les chefs d’Etat.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 23 février 2014)

Le président Abdelaziz Bouteflika a décidé de passer en force. Au risque d’humilier l’armée, réservée sur l’idée d’un quatrième mandat, il a fait annoncer, samedi, sa candidature pour l’élection présidentielle du 17 avril prochain, plongeant le pays dans un climat de confusion et d’incertitude, et dépassant toutes les lignes morales et éthiques attendues à ce niveau de responsabilité.

Pourtant, la candidature de M. Bouteflika n’est pas une surprise. Bien au contraire. L’homme a méthodiquement mis en place un dispositif destiné à le maintenir au pouvoir à n’importe quel prix. Il a neutralisé les institutions, rejeté vers les marges les hommes susceptibles de lui faire de l’ombre, caporalisé les partis, et laminé l’administration. Entre intrigues et coups tordus, ses hommes ont fait preuve d’une rare docilité, fermant les yeux sur l’inadmissible : ils travaillent pour maintenir au pouvoir un homme qui ne peut ni marcher, ni parler, ni voyager, encore moins gérer les affaires du pays depuis le dramatique AVC qu’il a subi le 27 avril 2013.

La tentation du quatrième mandat est apparue depuis que ses hommes ont commencé à proférer des mensonges grossiers, dès le lendemain du 27 avril 2013. Ils ont menti en affirmant, dans un premier temps, que le président Bouteflika avait eu un « accident ischémique transitoire sans séquelle ». Aujourd’hui, on sait que c’était un AVC, avec de graves séquelles. Ils ont ensuite enchainé les mensonges, pour en faire un mode de gestion, et déboucher sur une situation intenable, lorsque l’armée, qui a toujours parrainé les chefs d’Etat, s’est trouvée devant une situation insolite : doit-elle se résigner à voir le président Bouteflika reconduit pour un quatrième mandat, contre tout bon sens? Est-il possible à un pays de l’envergure de l’Algérie d’être géré de manière aussi absurde ?

Des informations recoupées permettent d’affirmer qu’au sein de l’appareil militaire et sécuritaire, des voix, nombreuses, se sont exprimées pour émettre des réserves, ou affirmer une hostilité tranchée envers l’idée d’un quatrième mandat. Les dissensions ont atteint un seuil inquiétant, avec le risque de voir se confirmer et s’exacerber les tensions entre notamment l’état-major de l’armée et le DRS. Mais le président Bouteflika n’en a pas tenu compte. Il a gardé le cap, poussant le pays plus loin dans la crise, mais plus loin aussi dans le ridicule : l’Algérie risque d’avoir un président incapable de faire sa propre campagne.

En annonçant la candidature de M. Bouteflika, le premier ministre Abdelmalek Sellal a en effet clairement indiqué que le chef de l’Etat ne fera pas lui-même sa campagne électorale. Selon lui, « le président Bouteflika est en bonne santé.  Il a toutes les capacités intellectuelles et la vision nécessaires pour assurer  la responsabilité » de chef de l’Etat. Mais M. Sellal a précisé que « le président n’est pas obligé de tout faire ». « Les membres de ses comités  de soutien peuvent prendre en charge cette action », a déclaré M. Sellal, qui a poussé le bouchon jusqu’à dire que l’élection présidentielle « se déroulera dans une grande transparence ».

Les propos de M. Sellal montrent aussi jusqu’à quel degré d’avilissement sont poussés les hauts responsables algérien, ainsi que l’absence de tout repère éthique et moral au sein du pouvoir. Des hommes investis de missions très importantes, ministres, chefs de partis et patrons d’institutions prestigieuses, sont contraints de subir des situations humiliantes pour défendre cette décision de M. Bouteflika de briguer un quatrième mandat. Avec de tels hommes et de telles pratiques, les institutions algériennes perdent tout crédit, ce qui complique davantage la gestion du pays. Quant aux étrangers, ils ont dépassé le stade de l’étonnement, pour celui du mépris : aucun ministre algérien n’est désormais pris au sérieux par ses interlocuteurs étrangers, qui se demandent par quel tour de magie le pays qui a fait Novembre 1954 a pu devenir ce qu’il est.

Passés ces sentiments d’incompréhension et de honte, l’Algérie devra pourtant bien rebondir un jour. D’une manière ou d’une autre. Et au moment de payer la facture, l’Algérie se rendra compte qu’elle est le grand le perdant de cette affaire, alors que l’armée jouera un double rôle, celui de victime et coupable à la fois. Coupable parce que c’est l’armée qui a parrainé le président Bouteflika, avant de le maintenir au pouvoir. Victime parce qu’elle a été neutralisée, réduite à l’impuissance, alors que c’est elle qui devra relancer la machine quand sonnera l’heure du renouveau. Et là, il faut convenir que la nouvelle génération d’officiers généraux qui sont sur le point de prendre le commandement de l’armée algérienne à tous les niveaux, héritent d’un cadeau dont ils se seraient passés volontiers. Au lieu de leur léguer un pays qui fonctionne, avec des institutions acceptables, la génération Bouteflika – Gaïd Salah – Toufik Mediène leur laisse un pays qui navigue entre l’absurde et le ridicule.

L’Algérie plonge dans l’inévitable crise de succession

L’Algérie est en pleine crise. A tel point que le président Bouteflika évoque une tentative de déstabilisation.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 20 février 2014)

Il y a vingt cinq ans, je notais, dans mon premier livre, « Octobre, un chahut de gamins » (1), que l’Algérie, dépourvue d’institutions démocratiques, a toujours réglé ses crises par des coups de force. La formation politique héritée du mouvement national manquait cruellement de traditions et de culture démocratiques. Les acteurs politiques ne croyaient pas, ou n’ont pas su imposer et respecter des règles de fonctionnement modernes. Le 1er novembre lui-même fut d’ailleurs un coup de force d’une frange radicale du mouvement national contre le leader charismatique du MTLD, Messali Hadj. Ceux qui ont pris les armes avaient raison. On en a déduit que ceux qui détiennent les armes ont toujours raison, selon la formule de Abdelhamid Mehri. C’était la consécration du rapport de forces comme principal moyen de régulation des conflits.

Quatre ans après le déclenchement de la guerre de libération, une autre crise était réglée par l’élimination de l’un des acteurs politiques les plus importants du front intérieur, Abane Ramdane. Historiens et témoins directs ont rapporté, plus tard, le dénouement de crises au bout de mois de palabres, comme cette réunion des colonels qui s’est étalée sur plusieurs mois pour déboucher sur une reprise en mains des affaires du pays par les colonels de l’ALN. Tous ces hommes, des militaires formés aux rudes règles du maquis, ont transposé plus tard leurs règles « rustres » dans un Etat naissant. Ce fut la crise de l’été 1962, réglée par la guerre des wilayas et l’entrée en force de l’armée des frontières.

Mais ce pouvoir à peine installé, Houari Boumediène renversait Ahmed Ben Bella, en ayant recours, une fois de plus à l’armée, et en promettant des institutions qui survivent aux hommes. Boumediène était à son tour menacé par son propre chef d’état-major, Tahar Zbiri, dont le coup d’état, très amateur, échouait aux portes de la Mitidja. Quant aux voix discordantes, elles étaient étouffées, d’une manière ou d’une autre. Conscients qu’ils ne pouvaient faire le poids sur le terrain des armes, les opposants étaient tous réduits au silence et à la résignation.

Alternatives

Un peu plus tard, la succession de Boumediène offrait une lueur. Certes, c’était le parti unique, et l’armée y avait une voix prépondérante, mais la succession a été assurée sans douleur. Par contre, celles de Chadli Bendjedid et Liamine Zeroual furent plus complexes. Zeroual, démissionnaire en septembre 1998, a même été invité rester en poste et à patienter tout un semestre pour donner aux « grandes électeurs » le temps de trouver un accord sur un nouveau candidat.

En 2014, trois ans après le printemps arabe, et alors que la Tunisie s’est dotée d’une constitution de très haute facture, la succession de Abdelaziz Bouteflika s’avère d’une complexité inattendue. Diminué physiquement, le chef de l’Etat a manœuvré de telle manière qu’il apparait comme la seule alternative à lui-même. Il a mis hors jeu, d’une manière ou d’une autre, tous ceux qui auraient pu lui faire de l’ombre, pour déboucher sur une situation absurde : comment un pays de l’envergure de l’Algérie peut-il n’e pas avoir de candidat de rechange?

Pour l’heure, l’état de santé de M. Bouteflika impose au pays d’envisager de se passer de lui. Comment? Aucune formule ne s’est imposée, débouchant sur une crise qui a provoqué une bataille de chiffonniers au sommet de l’Etat. A un point tel que Mouloud Hamrouche, l’homme qui symbolise l’aspiration à changer le système politique algérien, s’est retrouvé contraint à un exercice particulièrement douloureux. Il a été obligé de reconnaitre que non seulement l’Algérie n’a pas avancé d’un pouce sur le terrain institutionnel, qu’elle n’a pas bâti des institutions qui « survivent aux hommes », mais qu’elle n’arrive même pas à revenir aux mécanismes en vigueur jusque-là.

Que dit Mouloud Hamrouche ? Il invite ceux qui ont le sort du pays entre leurs mains, c’est-à-dire le commandement de l’armée, à se concerter, à discuter, pour arriver à un nouveau compromis, en vue d’élaborer un nouveau consensus national. Ceci sans faire de victimes, et en respectant un minimum de règles pour permettre au pays d’avancer.

Echec

Pour a voir approché et connu Mouloud Hamrouche, je mesure quelle douleur a pu provoquer chez lui le fait d’admettre que l’Algérie a, non seulement échoué à mettre en place des mécanismes démocratiques pour désigner ses dirigeants, mais qu’en plus, elle ne maitrise même plus cette ingénierie, certes primaire, mais efficace, pour désigner ses dirigeants. C’est le résultat d’une multitude de facteurs : un pouvoir personnel qui marginalise les institutions, l’émergence de nouveaux centres de pouvoirs informels, et des glissements successifs qui ont poussé à un fonctionnement en dehors de la constitution et de la loi. Il n’y a plus de concertation dans le pays, il n’y a plus de structure délibérante, pas de conseil de ministres, même pas des traditions de rencontres plus ou moins formelles où s’élaborent et se prennent les décisions. Il n’y a même plus de Larbi Belkheir pour inviter les gens à discuter autour d’un café.

Et l’armée, contrairement à ce qu’on pense, est plus prisonnière que bénéficiaire de cette situation. Elle est contrainte de trouver des solutions à des impasses, ce qui n’est ni son métier ni sa vocation. Elle est contrainte d’arbitrer des conflits dont elle ne peut sortir que perdante. Pourquoi appartient-il à l’armée, ou à une de ses directions, le DRS, de décider si M. Bouteflika peut postuler ou non à un quatrième mandat ? Pourquoi ce ne serait pas le conseil constitutionnel ? Pourquoi ce ne serait pas son médecin ? Pourquoi un général ferait un choix contraire à celui du médecin ou du juriste?

On n’est plus dans des confrontations autour de projets politiques ou d’intérêts économiques, on est dans le bon sens. Et le bon sens devrait, non seulement permettre de surmonter la crise actuelle, mais aussi faire en sorte qu’elle ne se répète pas. Ce qui passe simplement par l’institutionnalisation du pouvoir, et l’instauration d’un Etat de droit.

 

  1. Les éditions Laphomic, qui ont édité le livre, ont disparu. Je ne sais même pas comment procéder pour publier une nouvelle édition.

Déclaration de M. Mouloud HAMROUCHE, Ancien chef de Gouvernement

Notre pays vit des moments sensibles qui vont conditionner son avenir immédiat et profiler irrémédiablement son devenir, au delà de la présidentielle, indépendamment du fait que le Président soit candidat ou pas, par l’arrivée de nouvelles générations aux postes de responsabilité.

Pour que notre pays vive ces échéances dans la cohésion, la sérénité et la discipline légale et sociale, il est primordial que les différents intérêts de groupes, de régions et de minorités soient préservés et garantis. De même qu’il est impératif que l’État préserve tous les droits et garantisse l’exercice de toutes les libertés. Ceci est essentiel pour assurer la sécurité, renforcer les avancées, corriger les distorsions, et éliminer les failles.

Faut-il rappeler ici et maintenant que la renaissance de notre identité algérienne et notre projet national ont été cristallisés, abrités et défendus, successivement, par l’Armée de Libération Nationale, puis, l’Armée Nationale Populaire ? 

Cela n’a été possible que grâce aux hommes qui ont su trouver des compromis et élaborer des consensus. A chaque étape et à chaque crise, ces hommes ont su préserver l’unité des rangs, la discipline et transcender tout clivage culturel, tribal, régional en préservant l’identité et le projet national.

Faut-il convoquer aujourd’hui, la promesse d’édifier un État moderne qui survit aux hommes, aux gouvernements et aux crises ? Faut-il rappeler encore l’engagement pris de poursuivre le processus démocratique ? Faut-il invoquer la promesse de continuer la réforme ?

Nos constituants sociaux ne peuvent s’accommoder de pouvoir souverain sans contre-pouvoir. Il ne peut y avoir d’exercice d’un pouvoir d’autorité ou de mission sans habilitation par la loi et sans un contrôle. Il y va de l’intérêt et de la sécurité de l’Algérie, de tous les Algériens et de toutes les régions du pays.

C’est à ces conditions, que notre Armée Nationale Populaire assurera sa mission plus aisément et efficacement et nos institutions constitutionnelles assumeront clairement leurs rôles et fonctions.

C’est à ces conditions aussi que notre peuple persévèrera dans la voie du progrès, de l’équité et de la solidarité entre toute ses composantes sociales, et appréhendera les enjeux, tous les enjeux et relèvera les défis, tous les défis, d’aujourd’hui. 

C’est à ces conditions que notre État demeurera crédible, sérieux et fiable pour ses partenaires et ses voisins.

Chaque crise a ses victimes et ses opportunités.

 Évitons de gâcher ces nouvelles opportunités ou d’avoir de nouvelles victimes.

Alger le 17/2/2014

Les seconds couteaux perturbent le jeu

Semaine agitée en Algérie. Quelques certitudes sont ébranlées, mais la maison du pouvoir tient encore.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 février 2014)

La pré-campagne pour l’élection présidentielle du 17 avril a brusquement dérapé, début février, poussant le pays vers des chemins peu glorieux. Alors que l’Algérie semblait résignée à aller vers un quatrième mandat au profit du président Abdelaziz Bouteflika, des évènements inattendus sont venus perturber ce cheminement tranquille, presque ennuyeux. Au bout d’une semaine particulièrement agitée, l’Algérie a eu droit à un déballage inédit, à défaut du grand débat politique souhaité, pour déboucher sur un résultat paradoxal : le pays a de nouveau l’impression que rien n’est joué, que tout est à faire, alors qu’il était tranquillement bercé par le ronronnement d’une campagne électorale qui n’arrivait pas à intéresser les Algériens.

A défaut de mener une campagne normale, en raison de son état de santé, le président Abdelaziz Bouteflika donnait l’impression d’avoir une maitrise totale du calendrier. Malgré ses handicaps, il voulait garder l’initiative durant tout le parcours devant le mener au 17 avril ; et y a réussi. Il a fait le choix de retarder le plus possible l’annonce de sa décision finale. S’il n’est pas candidat, cela lui permet de rester maitre du jeu jusqu’à l’ultime minute. Et s’il est candidat, il maintient le suspense sur une élection, pourtant journée d’avance. Le pouvoir est, lui aussi gagnant, avec cette formule : si l’état de santé du président Bouteflika connait une évolution inattendue, le pouvoir ne se retrouverait pas abandonné en rase campagne par son candidat.

Cette tactique a été payante, jusqu’à fin janvier. Ce fut même un sans-faute. Les résultats sont là pour en témoigner. En entretenant le doute, le pouvoir a réussi à obtenir la candidature de M. Ali Benflis, dans un schéma étrangement similaire de celui de 2004. Il y a eu, en parallèle, un foisonnement de candidatures pour meubler le décor, dont celle de l’inévitable Louisa Hanoun.

Dans l’autre bord, des opposants au chef de l’Etat ont réussi à entretenir l’idée qu’il était possible d’empêcher la candidature de M. Bouteflika par la rue et par l’agitation. Il n’y avait pas de menace réelle contre le quatrième mandat, mais une certaine dose d’incertitude permettait de donner le change. Cerise sur le gâteau, il y avait, pour agrémenter le scénario, cette rumeur insistante selon laquelle un haut responsable de l’armée était hostile au quatrième mandat, comme en 2004. Et cette fois-ci, l’opposant en question était l’homme supposé le plus puissant du pays, le général Mediène lui-même.

Cette maitrise parfaite des évènements, trop parfaite peut-être, a brusquement montré ses limites quand des acteurs  zélés ont mis du leur. S’agit-il d’acteurs imprévisibles, incontrôlables ? S’agit-il d’hommes menacés, qui ont décidé de jouer leur va-tout ? S’agissait-il de propos qui ont dépassé leurs auteurs pour produire des effets inattendus? Toujours est-il que ce pouvoir, qui a réussi à mettre hors-jeu Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem, et à éliminer, au fil des années, des personnalités de grande envergure, ce pouvoir s’est étrangement trouvé perturbé par des hommes supposés jouer en division inférieure.

Réflexe de survie

Cela ne remet pas en cause, pour autant, le quatrième mandat. Et ne menace pas non plus le système. Mais ces intrusions montrent que la maitrise n’est plus aussi parfaite, et que le jeu peut changer de nature à tout moment. Ce qui perturbe fortement le pouvoir algérien, armée, présidence et DRS réunis. Il les perturbe car les échéances se bousculent, le temps s’accélère, et le pouvoir ne voit pas les choses venir, à cause d’une confusion qui s’est installée dans le pays. Pour le pouvoir, il s’agit, en avril 2014, de régler un problème technique, l’élection présidentielle. C’est une opération que le pouvoir sait mener à bien, en mobilisant ses clients et ses réseaux. Une nouvelle difficulté est apparue, avec l’état physique du président Bouteflika, mais ce n’est pas un écueil insurmontable.

Mais l’Algérie est confrontée à deux autres échéances totalement différentes : la succession du président Bouteflika, et la nécessité de changer de système politique. Peu de gens prennent au sérieux M. Amar Saadani, mais ce qu’il demande, avec la mise à l’écart du DRS, l’instauration d’un Etat de droit, la séparation des pouvoirs et le respect de la loi, constituerait une avancée majeure de l’Algérie vers la modernité.

Le pouvoir n’est évidemment pas prêt à aller dans cette direction. Il a fonctionné, depuis quinze ans, sur un consensus élaboré lors de l’arrivée de M. Bouteflika au pouvoir, et respecté par toutes les parties jusque-là. L’état de santé de M. Bouteflika impose au pouvoir d’envisager un nouveau consensus, autour d’une nouvelle personnalité. Une tâche très difficile, car l’Algérie a changé, le monde a changé, la société algérienne a subi des bouleversements dont le pouvoir n’arrive même pas à prendre la mesure.

Face à ce qu’il perçoit comme une menace, le pouvoir a une réaction primaire: il se recroqueville sur lui-même dans un réflexe de survie, pour maintenir le statuquo, coûte que coûte, le statuquo étant le seul monde qui lui parait rassurant. Y compris quand ce statuquo constitue une absurdité, comme le maintien à la présidence d’un homme physiquement si diminué qu’il n’arrive ni à se déplacer ni même à s’exprimer.

Amar Saadani ne fait que révéler la catastrophe

 Amar Saadani n’est pas le problème. Il est le révélateur de l’impasse à laquelle est condamnée l’Algérie.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran 09 février 2014)

 

Dans ce qui restera comme la déclaration  la plus célèbre de sa carrière politique, le secrétaire général du FLN Amar Saadani a tenté d’établir un lien entre trois questions controversées. La première concerne le poids étouffant du DRS dans la vie politique du pays ; la seconde, liée à la conjoncture, est relative à une éventuelle candidature du président Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat ; la troisième est, quant à elle, en relation directe avec le sort de M. Saadani, la corruption.

Pourquoi M. Saadani veut-il lier ces trois sujets ? Parce que, selon ses adversaires,  il serait impliqué dans de graves affaires de corruption, et que, pour s’en sortir, il joue à fond la carte Bouteflika pour échapper à la justice. Il s’attaque donc au patron du DRS, le général Toufik Mediène, qui serait hostile au maintien du président Bouteflika au pouvoir, la chute de Bouteflika entrainant, par effet mécanique, la disgrâce de M. Saadani, ce qui l’amènerait à passer le reste de sa vie dans les tribunaux.

Ces raccourcis sont séduisants. Ils permettent de donner une image simple, voire simpliste, de la vie politique algérienne. Ils confortent cette idée que tout, en Algérie, se joue dans l’ombre, la vie politique officielle n’étant qu’une scène destinée à donner le change. De ce point de vue, l’élection présidentielle ne serait qu’une opération médiatique visant à légitimer des décisions prises ailleurs. Ce qui n’est pas faux.

Pourtant, se contenter de cette image superficielle occulterait l’essentiel. Ce serait tirer un trait sur le contenu de ce que dit M. Saadani. Certes, personne n’accorde de crédit au personnage, et peu de gens croient à sa sincérité. Mais ce que dit M. Saadani à propos du DRS est remarquable. Et l’aspiration exprimée, sincère ou non, à un Etat « civil », avec des institutions séparées, jouant pleinement leur rôle, cette aspiration est partagée par une frange des Algériens, ceux qui croient à la modernité, à la démocratie et aux libertés. Ce contenu est défendu par M. Hocine Aït-Ahmed depuis un demi-siècle, c’est le projet que voulait initier Mouloud Hamrouche quand il était au gouvernement, c’est celui défendu crânement par Abdelhamid Mehri jusqu’à la fin de ses jours, c’est le projet porté par intermittence par Saïd Saadi. Faut-il occulter ces idées parce qu’elles viennent d’un homme controversé, qu’on présente comme le cousin du diable, s’il n’est le diable lui-même ?

Mais le principal mérite de M. Saadani est d’avoir révélé, malgré lui, l’impasse dans laquelle se trouve le pays. Voilà en effet un pouvoir qui affirme, depuis 1999, et même depuis 1992, qu’il veut mener le pays vers de nouveaux horizons, après l’avoir sorti de l’enfer. Et que propose, en fin de compte, ce pouvoir aux Algériens ? Quelle alternative leur offre-t-il ? Le choix est simple. Il propose aux Algériens d’accepter un quatrième mandat du président Bouteflika, un président malade, incapable de se déplacer, visiblement dans l’incapacité d’exercer ses prérogatives, et qui traine en plus un bilan dominé par la corruption, la gabegie et la déliquescence institutionnelle. Et à défaut d’un quatrième mandat, il propose de s’en remettre au patron des services spéciaux, pour barrer la route à M. Bouteflika, en sachant que le général Mediène a organisé l’arrivée du président Bouteflika au pouvoir, avant de réussir de jolis coups de passe-passe pour le maintenir en poste en 2004 et 2009. En un mot, il propose de revenir à 1992 !

Voilà le choix auquel le pays est contraint aujourd’hui. Un choix qui confirme que le système politique algérien a réussi à organiser méthodiquement l’échec. Il a réussi, à chaque étape, mener le pays à l’impasse, pour donner ensuite l’impression que la solution qu’il propose serait salutaire. Ainsi, la victoire du FIS aux élections législatives de 1991 a servi de prétexte pour se passer de l’urne. Ensuite, le refus de toute solution politique a mené le pays à accepter l’élection de Liamine Zeroual puis celle de Bouteflika comme un moindre mal face au risque d’affaissement de l’Etat. Aujourd’hui, selon Amar Saadani, le pays a le choix entre le maintien du président Bouteflika et une nouvelle intrusion du DRS pour débloquer la situation. En réalité, ce n’est pas un choix. C’est la même chose, car Abdelaziz Bouteflika et le pouvoir ont œuvré la main dans la main pour éliminer toute alternative crédible. Ils y ont parfaitement réussi.

Amar Saadani réhabilite Toufik Mediène

Toufik Mediène est le seul officier encore en poste parmi ceux qui avaient décidé de mettre fin au processus électoral en janvier 1992. Amar Saadani l’a réhabilité cette semaine.

Abed Charef

La charge a été rude. En s’en prenant frontalement au patron du DRS, Toufik Mediène, Amar Saadani est indéniablement devenu la star de la campagne électorale pour la présidentielle d’avril prochain. Personne avant lui, au sein du sérail, n’avait attaqué, de manière aussi osée, celui qui est considéré comme l’homme le plus puissant d’Algérie, celui que Hocine Malti, ancien vice-président de Sonatrach, qualifiait de « rab edzaïr », le Dieu d’Algérie.

Que reproche Amar Saadani à Toufik Mediène ? De faire ce que font les services spéciaux en Algérie depuis toujours, de manière plus ou moins visible : diriger le pays. A tel point que « le pouvoir en Algérie n’est pas civil. Les agents de ce département (DRS) sont partout : dans les APC, la présidence, au sein des partis politiques. Cela ne peut pas contribuer à l’édification d’un État civil », affirme Saadani dans une interview qui fera date.

Mais là où ça fait mal, c’est quand Saadani énumère ce qu’il considère comme des échecs du DRS et de son patron, Toufik Mediène : il a « failli » dans la protection du président Mohamed Boudiaf, il « n’a pas su protéger» Abdelhak Benhamouda, et il a été défaillant dans les affaires de Tibhirine et Tinguentourine, comme dans les attentats qui visaient le palais du gouvernement, le siège des Nations-Unies, ou encore contre le président Abdelaziz Bouteflika à Batna. D’où cette conclusion : « Toufik aurait dû démissionner après ces échecs », affirme Saadani, qui a découvert l’année dernière l’omnipotence du DRS.

Même s’il ne porte pas d’accusation directe contre Toufik Mediène, Saadani laisse planer le doute. « Si un mal m’arrive, ce sera l’œuvre de Toufik », dit-il, comme s’il voulait révéler les mœurs en vigueur dans ce monde-là. Des mœurs longuement évoqués en leur temps par des opposants d’une autre trempe, comme Hocine Aït-Ahmed, dont Saadani emprunte étrangement le vocabulaire quand il parle d’Etat-DRS.

Ceci est le côté pile. Côté face, les déclarations de Saadani ne semblent avoir convaincu personne. Aucun commentateur ne leur accorde la moindre sincérité, en raison de la conjoncture politique, et de la nature du personnage. Amar Saadani est en effet une création du DRS. Après une obscure carrière dans l’appareil syndical, puis au FLN, il s’est joint à la lutte anti-terroriste, pour se voir rapidement propulsé au Parlement, dont il devient président. Il est difficile de voir dans ce cheminement une quelconque étape démocratique.

De plus, Saadani est un personnage particulièrement mal vu au sein de l’opinion. Il est considéré, à tort ou à raison, comme un des symboles de l’ère Bouteflika, cette période post-terrorisme, durant laquelle le pays a perdu tous ses repères. La presse a fait état de malversations dans lesquelles il serait lui-même impliqué, avec notamment une affaire où il aurait détourné 32 milliards de dinars. Peu loquace, Saadani est aussi un apparatchik expérimenté. Il est plus connu pour sa capacité à anticiper le sens du vent qu’à développer des projets politiques ou des concepts.

Saadani défend Chakib Khelil

Avec un tel parcours, comment Saadani a-t-il pu se dresse frontalement face à l’homme le plus puissant du pays ? Saadani affirme aussi que le DRS s’attaque aux meilleurs cadres du pays, et leur invente de toutes pièces des dossiers pour les salir. Il cite notamment l’ancien ministre de l’Energie Chakib Khelil, un des proches du président Bouteflika, actuellement aux Etats-Unis après des poursuites dans une affaire de détournement. Chakib Khelil « est l’un des cadres les plus intègres et les plus compétents de l’Algérie », affirme Saadani, alors que l’ancien ministre de l’Energie est considéré, avec Abdelmoumène Khalifa, comme un des principaux symboles de la corruption de l’ère Bouteflika.

Mais plus que tout, Saadani défend l’idée d’un quatrième mandat au profit du président Bouteflika. Celui-ci, malade, sérieusement handicapé depuis son AVC d’avril 2013, n’a que partiellement récupéré ses facultés physiques. Sa candidature apparaitrait totalement incongrue dans un pays normal. Pourtant, un immense dispositif s’est mis en place pour lui préparer le terrain. Et non seulement Saadani se veut au cœur du dispositif pour la réélection de M. Bouteflika, mais il accuse Toufik Mediène d’œuvrer à saboter cette candidature.

Au final, l’image qui s’impose est ambiguë. Certes, les Algériens retiendront que le DRS est omniprésent dans la vie politique, mais ce n’est pas une nouveauté. Par contre, ils risquent de retenir que Toufik Mediène est hostile à un quatrième mandat du président Bouteflika, et que pour cette raison, il est attaqué par Amar Saadani, un apparatchik zélé, trainant une image très négative, impliqué dans de grosses affaires de détournement. De quoi réhabiliter Toufik Mediène, le dernier officier encore en poste parmi ceux qui avaient décidé de mettre fin au processus électoral en janvier 1992.

Un pays prisonnier de l’absurde

 Boutef ou Toufik ? Saadani a choisi son camp. L’Algérie aussi : elle nage dans l’absurde.

Abed Charef

Dans une Algérie en régression morale et politique, le ridicule n’est jamais loin. L’absurde non plus. Il tend même à s’installer partout, y compris à la présidence de la république, ainsi que dans les principaux centres de pouvoir, au sein des partis et dans la nébuleuse des réseaux qui gravitent autour de la rente. Ceux qui sont supposés diriger le pays et ceux supposés décider de son sort sont en effet installés dans une situation parfaitement ubuesque : ils se chamaillent pour savoir si un homme physiquement diminué, en très mauvaise santé, incapable de se mouvoir et de participer aux forums internationaux, incapable même de se déplacer et de participer aux réunions, doit rester au pouvoir pour un mandat supplémentaire de cinq ans.

Ces hauts responsables sont, à priori, l’élite politique du pays. Ministres, hauts fonctionnaires, officiers supérieurs, diplomates chevronnés, tous occupent des fonctions prestigieuses, roulent en luxueuse voiture officielle, touchent de salaires très élevés, et sont souvent entourés de gardes du corps et d’une multitude d’assistants formés dans les meilleures écoles. Mais ce n’est qu’une façade, car ces hauts responsables sont réduits à des considérations parfaitement ridicules, liées à une inconnue : gérer au jour le jour, en fonction de l’évolution de l’état de santé du chef de l’Etat. Ils ont oublié la politique, les projets, l’idéologie, la compétition, la démocratie. Ils sont absorbés par une seule hantise : Abdelaziz Bouteflika sera-t-il candidat ou non? Comment savoir, pour faire le bon choix, en vue de le soutenir en cas de candidature, ou prendre ses distances si jamais il est lâché ?

Le premier ministre Abdelmalek Sellal concentre toutes ces contraintes. Cet énarque, qui a une longue carrière de fonctionnaire et de ministre, devrait être au top de sa carrière. Il en est à sa phase la plus humiliante : il est chargé d’entretenir le suspense sur la candidature de M. Bouteflika. Il le fait avec un zèle remarquable, mais il ne se prononce jamais clairement sur le sujet, même s’il montre la direction à suivre. Jamais gestion du pays n’a été aussi approximative, mais il ne s’en préoccupe guère. Il joue un autre rôle, non prévu par la constitution : occuper la scène, faire des promesses, se rendre dans les wilayas, en attendant le grand jour, celui de l’annonce de la candidature de M. Bouteflika.

Une nergie mal dépensée

L’habileté de M. Sellal et de ses pairs, ainsi que leur savoir-faire politique, sont mobilisés autour de questions grotesques. En privé, ils doivent bien se rendre compte que leur comportement frise le ridicule. Mais en public, il faut assurer. Rester digne, ne pas perdre la face. Un exercice périlleux, impossible à accomplir: comment rester cohérent quand on est amené à organiser la campagne électorale d’un homme qui est lui-même physiquement incapable de faire campagne ? Comment soutenir, contre tout bon sens, que M. Bouteflika est en bonne santé, que son cerveau fonctionne mieux que celui des Algériens, selon la formule de M. Amara Benyounès, alors que les images de M. Bouteflika, diffusées par la télévision algérienne, sont si cruelles ?

Les plus zélés au sein cette « élite » vont encore plus loin. Ils agissent pour neutraliser les adversaires du quatrième mandat, au sein du pouvoir et dans l’opposition. Et ils anticipent, en pensant aux moments les plus délicats. Ils réfléchissent déjà à la manière d’organiser la cérémonie de dépôt du dossier de candidature au conseil constitutionnel, où tout candidat devrait formellement se rendre. Ils mettent aussi en place le cérémonial pour la prestation de serment, lorsque le chef de l’Etat devra apparaitre devant les corps constitués et le corps diplomatique, pour jurer qu’il va respecter une constitution qui n’a plus de sens !

Si le président Bouteflika est reconduit, cette prestation de serment sera précisément une épreuve particulièrement cruelle pour l’Algérie et les Algériens. La communauté internationale assistera, ce jour-là, à travers ses représentants, à une sorte de forfaiture collective. Elle sera le témoin d’une scène durant laquelle le pouvoir algérien scellera, en groupe, sa dérive. Une sorte de reddition en pleine campagne de la part d’une « élite » qui applaudit un parcours absurde. Et ce n’est pas l’intrusion de Amar Saadani dans cette situation grotesque qui va améliorer les choses. Bien au contraire. Elle va juste augmenter la confusion. Car au lieu de parler de l’absurde question de l’état de santé du président Bouteflika, on va parler du grotesque duel Boutef-Toufik.

CPP – Cafe presse présidentielle

talk show, discussion organisée par Maghreb Emergent