Amar Saadani réhabilite Toufik Mediène

Toufik Mediène est le seul officier encore en poste parmi ceux qui avaient décidé de mettre fin au processus électoral en janvier 1992. Amar Saadani l’a réhabilité cette semaine.

Abed Charef

La charge a été rude. En s’en prenant frontalement au patron du DRS, Toufik Mediène, Amar Saadani est indéniablement devenu la star de la campagne électorale pour la présidentielle d’avril prochain. Personne avant lui, au sein du sérail, n’avait attaqué, de manière aussi osée, celui qui est considéré comme l’homme le plus puissant d’Algérie, celui que Hocine Malti, ancien vice-président de Sonatrach, qualifiait de « rab edzaïr », le Dieu d’Algérie.

Que reproche Amar Saadani à Toufik Mediène ? De faire ce que font les services spéciaux en Algérie depuis toujours, de manière plus ou moins visible : diriger le pays. A tel point que « le pouvoir en Algérie n’est pas civil. Les agents de ce département (DRS) sont partout : dans les APC, la présidence, au sein des partis politiques. Cela ne peut pas contribuer à l’édification d’un État civil », affirme Saadani dans une interview qui fera date.

Mais là où ça fait mal, c’est quand Saadani énumère ce qu’il considère comme des échecs du DRS et de son patron, Toufik Mediène : il a « failli » dans la protection du président Mohamed Boudiaf, il « n’a pas su protéger» Abdelhak Benhamouda, et il a été défaillant dans les affaires de Tibhirine et Tinguentourine, comme dans les attentats qui visaient le palais du gouvernement, le siège des Nations-Unies, ou encore contre le président Abdelaziz Bouteflika à Batna. D’où cette conclusion : « Toufik aurait dû démissionner après ces échecs », affirme Saadani, qui a découvert l’année dernière l’omnipotence du DRS.

Même s’il ne porte pas d’accusation directe contre Toufik Mediène, Saadani laisse planer le doute. « Si un mal m’arrive, ce sera l’œuvre de Toufik », dit-il, comme s’il voulait révéler les mœurs en vigueur dans ce monde-là. Des mœurs longuement évoqués en leur temps par des opposants d’une autre trempe, comme Hocine Aït-Ahmed, dont Saadani emprunte étrangement le vocabulaire quand il parle d’Etat-DRS.

Ceci est le côté pile. Côté face, les déclarations de Saadani ne semblent avoir convaincu personne. Aucun commentateur ne leur accorde la moindre sincérité, en raison de la conjoncture politique, et de la nature du personnage. Amar Saadani est en effet une création du DRS. Après une obscure carrière dans l’appareil syndical, puis au FLN, il s’est joint à la lutte anti-terroriste, pour se voir rapidement propulsé au Parlement, dont il devient président. Il est difficile de voir dans ce cheminement une quelconque étape démocratique.

De plus, Saadani est un personnage particulièrement mal vu au sein de l’opinion. Il est considéré, à tort ou à raison, comme un des symboles de l’ère Bouteflika, cette période post-terrorisme, durant laquelle le pays a perdu tous ses repères. La presse a fait état de malversations dans lesquelles il serait lui-même impliqué, avec notamment une affaire où il aurait détourné 32 milliards de dinars. Peu loquace, Saadani est aussi un apparatchik expérimenté. Il est plus connu pour sa capacité à anticiper le sens du vent qu’à développer des projets politiques ou des concepts.

Saadani défend Chakib Khelil

Avec un tel parcours, comment Saadani a-t-il pu se dresse frontalement face à l’homme le plus puissant du pays ? Saadani affirme aussi que le DRS s’attaque aux meilleurs cadres du pays, et leur invente de toutes pièces des dossiers pour les salir. Il cite notamment l’ancien ministre de l’Energie Chakib Khelil, un des proches du président Bouteflika, actuellement aux Etats-Unis après des poursuites dans une affaire de détournement. Chakib Khelil « est l’un des cadres les plus intègres et les plus compétents de l’Algérie », affirme Saadani, alors que l’ancien ministre de l’Energie est considéré, avec Abdelmoumène Khalifa, comme un des principaux symboles de la corruption de l’ère Bouteflika.

Mais plus que tout, Saadani défend l’idée d’un quatrième mandat au profit du président Bouteflika. Celui-ci, malade, sérieusement handicapé depuis son AVC d’avril 2013, n’a que partiellement récupéré ses facultés physiques. Sa candidature apparaitrait totalement incongrue dans un pays normal. Pourtant, un immense dispositif s’est mis en place pour lui préparer le terrain. Et non seulement Saadani se veut au cœur du dispositif pour la réélection de M. Bouteflika, mais il accuse Toufik Mediène d’œuvrer à saboter cette candidature.

Au final, l’image qui s’impose est ambiguë. Certes, les Algériens retiendront que le DRS est omniprésent dans la vie politique, mais ce n’est pas une nouveauté. Par contre, ils risquent de retenir que Toufik Mediène est hostile à un quatrième mandat du président Bouteflika, et que pour cette raison, il est attaqué par Amar Saadani, un apparatchik zélé, trainant une image très négative, impliqué dans de grosses affaires de détournement. De quoi réhabiliter Toufik Mediène, le dernier officier encore en poste parmi ceux qui avaient décidé de mettre fin au processus électoral en janvier 1992.

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1 commentaire

  1. slimane

     /  5 février 2014

    à mon avis saâdani s’est rendu compte de l’impossibilité d’un quatrième mandat pour Abdelaziz seul garant de son impunité lui et son clan alors il voulait enfoncé le clou au dernier général en poste qui refuse que said bouteflika hérite le pouvoir de son frère.

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