Amar Saadani ne fait que révéler la catastrophe

 Amar Saadani n’est pas le problème. Il est le révélateur de l’impasse à laquelle est condamnée l’Algérie.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran 09 février 2014)

 

Dans ce qui restera comme la déclaration  la plus célèbre de sa carrière politique, le secrétaire général du FLN Amar Saadani a tenté d’établir un lien entre trois questions controversées. La première concerne le poids étouffant du DRS dans la vie politique du pays ; la seconde, liée à la conjoncture, est relative à une éventuelle candidature du président Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat ; la troisième est, quant à elle, en relation directe avec le sort de M. Saadani, la corruption.

Pourquoi M. Saadani veut-il lier ces trois sujets ? Parce que, selon ses adversaires,  il serait impliqué dans de graves affaires de corruption, et que, pour s’en sortir, il joue à fond la carte Bouteflika pour échapper à la justice. Il s’attaque donc au patron du DRS, le général Toufik Mediène, qui serait hostile au maintien du président Bouteflika au pouvoir, la chute de Bouteflika entrainant, par effet mécanique, la disgrâce de M. Saadani, ce qui l’amènerait à passer le reste de sa vie dans les tribunaux.

Ces raccourcis sont séduisants. Ils permettent de donner une image simple, voire simpliste, de la vie politique algérienne. Ils confortent cette idée que tout, en Algérie, se joue dans l’ombre, la vie politique officielle n’étant qu’une scène destinée à donner le change. De ce point de vue, l’élection présidentielle ne serait qu’une opération médiatique visant à légitimer des décisions prises ailleurs. Ce qui n’est pas faux.

Pourtant, se contenter de cette image superficielle occulterait l’essentiel. Ce serait tirer un trait sur le contenu de ce que dit M. Saadani. Certes, personne n’accorde de crédit au personnage, et peu de gens croient à sa sincérité. Mais ce que dit M. Saadani à propos du DRS est remarquable. Et l’aspiration exprimée, sincère ou non, à un Etat « civil », avec des institutions séparées, jouant pleinement leur rôle, cette aspiration est partagée par une frange des Algériens, ceux qui croient à la modernité, à la démocratie et aux libertés. Ce contenu est défendu par M. Hocine Aït-Ahmed depuis un demi-siècle, c’est le projet que voulait initier Mouloud Hamrouche quand il était au gouvernement, c’est celui défendu crânement par Abdelhamid Mehri jusqu’à la fin de ses jours, c’est le projet porté par intermittence par Saïd Saadi. Faut-il occulter ces idées parce qu’elles viennent d’un homme controversé, qu’on présente comme le cousin du diable, s’il n’est le diable lui-même ?

Mais le principal mérite de M. Saadani est d’avoir révélé, malgré lui, l’impasse dans laquelle se trouve le pays. Voilà en effet un pouvoir qui affirme, depuis 1999, et même depuis 1992, qu’il veut mener le pays vers de nouveaux horizons, après l’avoir sorti de l’enfer. Et que propose, en fin de compte, ce pouvoir aux Algériens ? Quelle alternative leur offre-t-il ? Le choix est simple. Il propose aux Algériens d’accepter un quatrième mandat du président Bouteflika, un président malade, incapable de se déplacer, visiblement dans l’incapacité d’exercer ses prérogatives, et qui traine en plus un bilan dominé par la corruption, la gabegie et la déliquescence institutionnelle. Et à défaut d’un quatrième mandat, il propose de s’en remettre au patron des services spéciaux, pour barrer la route à M. Bouteflika, en sachant que le général Mediène a organisé l’arrivée du président Bouteflika au pouvoir, avant de réussir de jolis coups de passe-passe pour le maintenir en poste en 2004 et 2009. En un mot, il propose de revenir à 1992 !

Voilà le choix auquel le pays est contraint aujourd’hui. Un choix qui confirme que le système politique algérien a réussi à organiser méthodiquement l’échec. Il a réussi, à chaque étape, mener le pays à l’impasse, pour donner ensuite l’impression que la solution qu’il propose serait salutaire. Ainsi, la victoire du FIS aux élections législatives de 1991 a servi de prétexte pour se passer de l’urne. Ensuite, le refus de toute solution politique a mené le pays à accepter l’élection de Liamine Zeroual puis celle de Bouteflika comme un moindre mal face au risque d’affaissement de l’Etat. Aujourd’hui, selon Amar Saadani, le pays a le choix entre le maintien du président Bouteflika et une nouvelle intrusion du DRS pour débloquer la situation. En réalité, ce n’est pas un choix. C’est la même chose, car Abdelaziz Bouteflika et le pouvoir ont œuvré la main dans la main pour éliminer toute alternative crédible. Ils y ont parfaitement réussi.

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