L’Algérie à l’heure des convergences

Le pouvoir s’est reconstitué pour passer le cap de la présidentielle. L’opposition s’est retrouvée dans la recherche d’un consensus.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 mars 2014)

Deux grands cercles de convergence sont en train de se dessiner en Algérie. L’un, au sein du pouvoir, fait bloc autour du président Abdelaziz Bouteflika; le second, au sein de l’opposition, tente de dessiner l’ébauche d’une démarche alternative, pour aller vers une transition en douceur, avec des ouvertures plus ou moins affirmées en direction du pouvoir en place.

Au sein du pouvoir, le virage a été pris à la mi-février. Jusque-là, les différents cercles qui composaient le pouvoir étaient à couteaux tirés. En cause, le quatrième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Autour du chef de l’Etat, de quelques proches, de chefs de partis particulièrement dévoués et de quelques grosses fortunes, le départ du chef de l’Etat était considéré comme une hérésie. A côté d’eux, mais dans un autre carré, des groupes et des personnalités, regroupés autour du patron du DRS, Toufik Mediène, avaient exprimé leur scepticisme, dit-on. Non par opposition au chef de l’Etat, mais parce qu’ils se rendaient compte à quel point un quatrième mandat pourrait être difficile à gérer.

Les divergences, aggravées par l’impossibilité de parvenir à un accord sur l’identité du successeur du chef de l’Etat, prenaient de l’ampleur, jusqu’à menacer les équilibres de la maison. Le rappel à l’ordre, à la mi-février, est venu de l’extérieur, lorsque Mouloud Hamrouche a appelé tout ce monde au calme, rappelant aux patrons de l’armée qu’ils avaient la lourde charge d’organiser la succession, eux qui n’avaient pas réussi à mettre sur pied des institutions en mesure de gérer l’accès et l’exercice du pouvoir.

En faisant annoncer sa candidature, le président Bouteflika pris tout le monde de vitesse, et mis ses adversaires devant le fait accompli. Ceux-ci ont été contraints de se plier à sa décision. Mais en contrepartie, leurs troupes ont réintégré la maison, à la fois pour reprendre le terrain perdu, mais aussi pour offrir une image d’un pouvoir soudé. Désormais, Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem, de nouveau affectés auprès du président Bouteflika, pouvaient réapparaitre. Le pouvoir s’est donc reconstitué, avec une nouvelle répartition des tâches, mais personne ne se fait d’illusion. La grande explication est proche, lorsqu’il faudra désigner le successeur de M. Bouteflika.

Mouloud Hamrouche, qui avait sonné l’alarme, est aussi allé plus loin. Il a rappelé aux différents cercles du pouvoir que la crise sera là, dans toute son ampleur, au lendemain du 17 avril ; et il a insisté sur l’essentiel : l’Algérie doit aller à un nouveau consensus national, bâti sur les fondamentaux du mouvement national – projet national, identité, sécurité du pays-, adaptés au monde moderne. Libertés, Droits de l’Homme, contre-pouvoirs, état de droit sont des notions dont il n’est plus possible de se passer.

Le consensus fait consensus

C’est précisément ce consensus national, à élaborer au cours d’une période de transition, qui fait l’objet de débats sérieux au sein de l’opposition. Des partis qui, pour des raisons idéologiques, ont refusé de se mettre autour d’une table pendant deux décennies, des personnalités assez crédibles, des anciens chefs de gouvernement et un ancien président, Liamine Zeroual, ont appelé à aller dans cette direction. Une partie de l’opposition est en train de préparer une conférence nationale sur la question. Selon Abderrezak Mokri, patron du Hamas,  « une commission a été mise en place pour travailler sur des propositions pour une transition pacifique ». Mohcine Belabbès, président du RCD, a de son côté affirmé que ces rencontres sont « une preuve que des Algériens, avec leurs différences, peuvent se rencontrer, échanger et débattre dans la sérénité, pour faire sortir leur pays de l’impasse ».  L’opposition est arrivée à « la conclusion que si le pays reste otage de la même organisation politique, il ira vers le chaos. Le changement se fera dans l’intelligence ou le chaos », a-t-il dit.

Le FFS est, quant à lui, dans ce schéma depuis longtemps. Il est l’un des rares partis à plaider constamment pour une transition négociée.  « Dans l’étape actuelle, la reconstruction d’un consensus national, autour d’un programme et d’un calendrier de transition, est notre objectif majeur », écrit un député du parti. Tout le monde évoque aussi, sans complexe, la relation avec le pouvoir. Pour Arezki Derguini, député du FFS, le consensus souhaité « ne peut être construit sans le consentement de l’Etat-DRS ». Dans le même ordre d’idées, Mouloud Hamrouche, à qui un journaliste demandait pourquoi il s’adressait à l’armée plutôt que de s’adresser au peuple, a répondu qu’il s’adressait « à ceux qui détiennent le pouvoir et à ceux qui le légitiment », précisant que pour lui, le pouvoir reste un partenaire indispensable à la transition. L’armée ne peut pas se contenter de neutralité, elle doit accompagner le changement, a-t-il dit, alors que Mokri souhaitait que « ceux qui gouvernent aident à cette transition ».

Tout ceci donne de l’Algérie une nouvelle configuration : deux grands cercles, l’un au pouvoir, l’autre dans l’opposition. Et une armée, qui appuyait le premier cercle, mais qui se demande si elle peut rester dans cette posture sans menacer sa cohésion et sans remettre en cause la discipline dans ses rangs. Pour elle, la meilleure option serait de jeter les ponts entre les deux mondes, de les aider à aller vers un nouveau consensus, et d’établir de nouveaux mécanismes de gestion du pays. Si elle ne le fait pas, le passé risque de remonter à la surface : elle a remis le pouvoir à un groupe qui risque de le céder à ces cercles de type mafieux, lesquels vont s’appuyer sur l’armée pour se maintenir leur pouvoir. Une option inimaginable pour une armée qui se veut héritière de l’ALN.

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