Et maintenant, que faire du quatrième mandat?

L’Algérie a réussi à occulter ses grands problèmes, le temps d’une élection présidentielle, en se concentrant sur une question secondaire. Mais le réel s’impose de nouveau.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 1er mai 2014)

La boucle est bouclée. Avec la reconduction de M. Abdelmalek Sellal au poste de premier ministre, dans la foulée de la prestation de serment du président Abdelaziz Bouteflika, la parenthèse électorale, qui a connu son apogée le 17 avril, avec la reconduction du chef de l’Etat pour un quatrième mandat, touche à sa fin. Pour nous livrer, au final, un résultat, disons controversé, pour rester dans les limites de ce que permet le Quotidien d’Oran.

Une évidence s’impose aujourd’hui. Le pays est encore plus en mal en point qu’au moment où le virage électoral a été amorcé, à l’été 2013. Après le retour du président Abdelaziz Bouteflika,  au lendemain d’une hospitalisation de près de trois mois, suite à un AVC survenu le 27 avril 2013, l’Algérie a failli basculer. La succession du chef de l’Etat paraissait possible. Probable même, tant son état de santé était délicat. Mais un cercle très restreint a réussi à remonter la pente, pour imposer l’idée du quatrième mandat, contre tout bon sens.

A partir de là, la chose était entendue. L’élection présidentielle, échéance majeure supposée débloquer des situations politiques pour résoudre des problèmes, ouvrir de nouvelles ères, lancer de nouveaux deals et de créer de nouveaux consensus, cette élection présidentielle est devenue elle-même un problème. On l’a vérifié au début de l’année, quand elle a provoqué un conflit au cœur du pouvoir. Elle a fragilisé le pays et les institutions, et elle a, mécaniquement, favorisé ce qui est le plus détestable dans le pays, le régionalisme, le mensonge, l’allégeance aux personnes, la chute vertigineuse de l’éthique et l’écroulement de la pensée politique.

En ce début de quatrième mandat, le roi est nu. Ce qui pouvait encore faire illusion il y a un an n’existe plus. Les institutions se sont disloquées, l’image de la classe politique ne s’est jamais autant dégradée que durant ces derniers mois, quand des hauts responsables et des hommes politiques crédités d’une certaine consistance sont apparus pour ce qu’ils sont, de petits manœuvriers prêts à toutes les compromissions pour rester dans les bonnes grâces du pouvoir. L’image du président Bouteflika, prêtant serment avec toutes les peines du monde, après avoir voté en chaine roulante, a achevé d’installer l’Algérie dans un monde pathétique où, individuellement, chacun sait que tout le montage est faux, mais où, collectivement, les groupes constituant le pouvoir font semblant de participer à une vie politique normale.

Une solution pour le pouvoir, pas pour la société

Cette parenthèse électorale a aussi permis d’occulter les vrais problèmes du pays pendant quelques mois. L’Algérie s’est préoccupée de tout, sauf de ses grands défis. Au moment de faire le grand choix, celui de l’alternance politique par le vote, elle s’est rendue compte qu’elle n’a pas les institutions en mesure d’encadrer la démarche. Elle a été contrainte de recourir à de vieilles règles désuètes, qui ne fonctionnent plus. La recherche d’un compromis pour désigner le successeur du président Bouteflika a échoué, ce qui a failli provoquer un sérieux dérapage, et présenté le maintien du chef de l’Etat comme la solution transitoire la moins mauvaise. Autrement dit, le pays était appelé à faire de grands choix politiques et économiques pour se projeter dans le nouveau siècle. Il en a été incapable. Il a eu peur de l’avenir, de la jeunesse, de la nouveauté, de l’innovation. Il a donc préféré maintenir le système en place.

Mais ce choix concerne le pouvoir et sa périphérie. Il a été fait pour préserver les équilibres du pouvoir, pas pour construire la nouvelle l’Algérie. Il permet de maintenir Abdelmalek Sellal à la tête du gouvernement, malgré l’indigence du personnage, telle que révélée lors de la campagne électorale, mais ne donne pas à l’Algérie un grand projet politique et économique susceptible d’en faire un pays émergent en une décennie. Il permet à la bureaucratie et à l’appareil sécuritaire de tenter quelques replâtrages pour reprendre le contrôle de la société, mais il ne permet pas de s’adapter à la société de communication qui se met en place de manière irréversible.

Vue sous cet angle, l’élection présidentielle apparait comme une opération destinée à arrêter le temps ; à tenter de résoudre des équations à trois inconnues avec des méthodes de calcul d’école maternelle. Comme si l’Algérie voulait à tout prix un sursis avant d’affronter son avenir. La grande question, durant la campagne électorale, n’était pas de savoir si le président Bouteflika était en mesure de briguer un quatrième mandat ou non. Il s’agissait de se rendre compte si le fonctionnement actuel de la présidence de la république, celui du gouvernement, qui ne se réunit plus, celui du parlement, qui ne délibère de rien, celui de l’administration, terriblement inefficace, il s’agissait donc de se rendre compte si le fonctionnement de toutes ces institutions pouvait répondre aux besoins de l’Algérie et des Algériens d’aujourd’hui.

A l’évidence non. Et l’élection présidentielle n’a rien changé. Elle n’a apporté aucune bonne réponse, puisqu’elle n’a pas abordé les bonnes questions. Des questions qu’il faudra bien aborder un jour ou l’autre. De manière volontaire et organisée, ou sous la contrainte et dans le chaos.

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