Une victoire en douze points

Par Abed Charef

Au-delà des nouveautés qu’elle comporte -première fois, nombre de buts record en un match, etc.-, la qualification de l’équipe nationale d’Algérie aux huitièmes de finales de la coupe du monde inspire quelques réflexions, plutôt des repères, qui permettent de mesurer l’exploit, mais aussi de le situer dans son vrai contexte. En douze points, voici ce qu’inspire cet exploit.

1. L’équipe nationale de 2014 devait forcément être comparée à celle de 1982. Elle se qualifie avec quatre points, alors de que celle de 1982 était éliminée. Bien qu’elle ait totalisé six points.

2. L’équipe de 1982 comportait quatre joueurs d’un talent fulgurant (Madjer, Belloumi, Assad, Merezkane), et un Dahleb mitch-mitch (en raison de blessures), mais les autre premiers n’avaient pas de vécu de haut niveau. Celle de 2014 possède moins de talent pur, mais plus de culture du haut niveau, avec nombre de joueurs qui évoluent au top européen.

3. En 1982, l’équipe nationale était revenue en catimini, et l’entraineur insulté, tout comme en 1986. Il faut pourtant apprendre à devenir raisonnable. Pour 2014, et quel que soit le résultat du prochain match, l’objectif est atteint, puisque l’équipe est allée plus loin que lors de toutes ses participations antérieures. Il faut donc veiller à ce que l’Algérie s’installe définitivement dans ce club des équipes qui non seulement se qualifient à la phase finale, mais passent au second tour.

4. Vahid Hallilodzic a été descendu en flammes par la presse algérienne avant le match contre la Corée. Des journaux de poids ont mis en cause sa compétence, et sa capacité à diriger l’équipe. Simple problème relationnel, dit-on, Hallilodzic étant un caractère plutôt difficile. Mais quel entraineur avait échappé à la presse algérienne ?

5. L’Algérie est la seule équipe africaine à se qualifier aux huitièmes de finale, en 2014, avec le Nigéria. Le Ghana, le Cameroun et la Côte d’Ivoire, avec des joueurs de très haut niveau, sont tombés, pour des raisons extra-sportives, liées à la mauvaise gestion de l’équipe. Pour dire les choses vulgairement, ce sont de vraies équipes africaines, avec des problèmes primaires non résolus (histoires de primes, problèmes de prise de décision, ingérences politiques dans les affaires de l’équipe, relations difficiles et rivalités entre joueurs, etc.).

6. L’équipe d’Algérie de 2014 a fait un pas de plus que celle de 2010, qui a été éliminée au premier tour, mais à la dernière minute, ne l’oublions pas, à cause d’un but encaissé face aux Etats-Unis en toute fin de match. Rabah Saadane avait été limogé peu après, malgré l’époqpée d’Oum Dourmane, alors que Hallilodzic devrait quitter son poste immédiatement au retour du Brésil, son successeur étant déjà désigné.

7. A part Rabah Saadane, qui faisait partie du staff technique de 1982, mais qui n’était pas le vrai patron, avant de diriger l’équipe de 1986, aucun entraineur n’a fait deux coupes du monde de suite avec l’équipe d’Algérie.

8. Avec la qualification aux huitièmes de finales de 2014, l’objectif est atteint. Mais la barre est désormais placée très haut. L’entraineur de 2018 sait ce qui l’attend: se qualifier au second tour. S’il fait moins, il joue sa tête.

9. L’équipe de 2014 aligne plusieurs joueurs formés en Algérie, passés dans d’autres pays par la suite (Slimani, Soudani, Djabou, Halliche, etc.). C’est le signe que le football algérien commence exporter des joueurs, alors qu’auparavant, on « importait » pratiquement toute l’équipe.

10. Il n’est plus possible de constituer une équipe nationale avec des joueurs évoluant en Algérie. Cette époque est finie, et pour plusieurs décennies au moins. Pour une raison simple: le niveau du football algérien et la gestion des clubs ne permettent pas de rémunérer les footballeurs de haut niveau à leur juste valeur. C’est l’un des effets de la mondialisation. Il faudra se résoudre à accepter cette détestable règle du marché : si Djabou ou Soudani valent deux millions d’euros chacun, aucun club algérien n’est, aujourd’hui, en mesure de s’aligner sur ce niveau de salaire. Peut-être le Mouloudia d’Alger, dans cinq ou dix ans, si les dirigeants parviennent à bâtir un nouveau modèle économique et sportif.

11. A l’avenir, il faudra s’imposer dans le football mondial autrement: former, exporter, et entretenir le lien avec des footballeurs avec de nouvelles méthodes. Les nouveaux règlements de la FIFA le permettent, et offrent même beaucoup de facilités, avec les fameuses « dates FIFA », même si la participation à la CAN continue de constituer un handicap pour certains joueurs.

12. Le décalage entre le niveau de l’équipe nationale et celui des clubs reste important. Les premiers sont gérés selon des normes alliant combines, bureaucratie et argent opaque, alors que l’équipe nationale est contrainte de se frotter aux règles de la mondialisation, qui impose certaines normes et certains standards.

13. En football, le match le plus important, c’est le prochain. Et le prochain match pour l’équipe nationale, c’est un huitième de finale contre l’Allemagne, cette que l’Algérie avait battue en 1982, faisant alors une entrée fracassante dans le gotha du football mondial. Une revanche de folie. Avant un match du siècle, celui contre la France en quarts de finale. Le public algérien en rêve, pour fêter la victoire de son équipe nationale à Paris ! Ce qui était du simple délire il y a trois semaines parait aujourd’hui, pour beaucoup, à portée de mains. C’est toute la magie du football.

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