L’ultime victoire de Hallilodzic

Hallilodzic a remporté une victoire éclatante. Mais pas contre les équipes adverses. Son adversaire principal, c’est l’environnement de l’équipe nationale.

Abed Charef (le Quotidien d’Oran, 3 juillet 2014)

Vahid Hallilodzic a remporté une grande victoire. Non pas en se qualifiant pour le second tour de la coupe du monde, avec l’équipe nationale d’Algérie, une tâche à sa portée au vu de la faible qualité des adversaires, mais en réussissant à tenir le choc face au système de gestion du football algérien. Car le spectaculaire retournement de l’opinion en faveur de l’entraineur bosniaque, après les résultats appréciables obtenus, ne peut cacher une autre réalité: une très forte volonté de pousser Hallilodzic à la porte était à l’œuvre depuis plusieurs mois.

Deux indices probants permettent d’affirmer que la nouvelle coqueluche des Algériens était indésirable au moins depuis le début de l’année. Une violente campagne de presse a été « orchestrée » contre lui, selon la formule convenue, en vue de le pousser vers la sortie. Depuis plusieurs semaines, des journalistes le laissaient entendre, mais après les résultats obtenus au Brésil, ils l’avouent. Oui, on les a invités à s’en prendre à l’entraineur de l’équipe nationale. Pour de multiples raisons.

Hallilodzic s’est retrouvé dans une situation assez curieuse. Il était attaqué sans comprendre le pourquoi de cette hostilité. Etait-ce lié à une prolongation de son contrat, pour l’amener éventuellement à réviser ses prétentions à la baisse ? Il accusait d’autant plus mal le coup qu’il avait vécu une amère expérience en Côte d’Ivoire : il avait qualifié l’équipe pour la coupe du monde 2010, mais il avait été éjecté avant le voyage sud-africain.

En Algérie, les choses se sont précisées, pour lui, lorsqu’il a appris que des discussions avaient été engagées avec son probable successeur, alors que lui-même n’avait pas été sollicité. Il était devenu rendu furieux en constatant que ce successeur avait été invité à visiter les installations sportives de Sidi Moussa pendant que lui-même s’y trouvait. Voulait-on lui faire comprendre que sa période était finie ? Les dirigeants du football, soucieux de se ménager une sortie en cas de faible prestation au Brésil, se préparaient une sortie. Ils voulaient aussi pousser le bosnien à la faute. Mais il a tenu. Il voulait absolument éviter que l’aventure ivoirienne se répète, ce qui aurait grandement nui à sa crédibilité et à sa valeur marchande. Et non seulement il a tenu le choc, mais il sort par la grande porte. Ironie de l’histoire, c’est l’opinion publique qui demande aujourd’hui son maintien, comme le montrent les multiples pétitions circulant sur les réseaux sociaux.

C’est probablement le principal mérite de Hallilodzic : sa force de caractère lui a permis de tenir, et d’éviter à l’équipe nationale une dérive à la camerounaise ou à la ghanéenne, des équipes bourrées de talent mais minées par une mauvaise gestion de l’équipe et de son environnement.

Exporter des joueurs

C’est cet environnement qui constitue, aujourd’hui, le principal handicap du football algérien. A moins d’un retournement extraordinaire, Hallilodzic partira, c’est acquis, mais la démarche qu’il a engagée lui survivra-t-elle? Il suffit de rappeler le passé récent pour s’en rendre compte : que reste-t-il de l’épopée d’Oum Dourmane ? Rabah Saadane a été remercié comme un malpropre, et Fawzi Chaouchi, héros de ce jour-là, a frisé la correctionnelle. Ce qui pose de nouveau cette question : l’Algérie sera-t-elle capable, cette fois-ci, d’accumuler ? Pourra t-elle préserver ce qui a été fait, le consolider, à charge pour la prochaine équipe d’y apporter une touche supplémentaire ? ou bien faudra-t-il se résigner repartir à partir de zéro pour tout reconstruire, selon la formule : du passé faisons table rase ?

Ces choix ne relèvent pas de l’entraineur, mais de la gestion du football au sens large. Ils impliquent une nouvelle organisation des clubs et de la compétition, ainsi qu’une gestion moderne des finances et des revenus du football, ceux de l’équipe nationale mais aussi ceux des clubs, du monde amateur et des structures dédiées à la formation. Sur ce terrain, l’Algérie est au point zéro. L’exemple le plus frappant est le modèle économique du football algérien, une faillite totale, mêlant opacité, argent versé au noir, corruption et arrangelenrts. Le résultat est absurde : un footballeur algérien de bon niveau aspire à s’expatrier en Tunisie, où il gagne plus d’argent, alors que le PIB de l’Algérie est quatre fois plus élevé que celui de la Tunisie. Comment se fait-il qu’un club tunisien moyen puisse payer un footballeur deux à trois fois mieux que le Mouloudia d’Alger, club d’une popularité exceptionnelle ? Il y a visiblement un déficit d’organisation à tous les niveaux, avec pour résultat un immense gâchis financier, mais aussi sportif.

Dirigeants hors temps

Au sein de l’équipe qui a joué au Brésil, il y avait en moyenne quatre titulaires formés en Algérie. En 2010, il y en avait, au mieux, un seul. L’équipe nationale apparaissait en 2010 comme une simple succursale de championnats européens, des secondes divisions des championnats européens pour être précis. C’est là que se recrutait l’essentiel de sa composante. Ce qui montre qu’en football aussi, « on était dans l’air du temps : on importait tous les joueurs », selon la formule d’un économiste.

Aujourd’hui, le football se remet à produire un peu, et à exporter. Le résultat est immédiat. L’entraineur a pu se passer de joueurs aussi talentueux que Boudebouz et Guedioura. Mais il s’agit de balbutiements, qui ont besoin d’être confortés.

Il faudra aussi engager cet effort de formation sans illusion. Les meilleurs partiront. C’est une fatalité économique. Il sera impossible de payer des footballeurs de très haut niveau à leur vraie valeur, dans un marché international ouvert. Si l’Algérie forme un joueur de la trempe de Messi, personne ne pourra le retenir car son seul salaire équivaut au budget des quatre clubs algériens les plus riches. Ce n’est pas avec des dirigeants du type Omar Ghrib que les choses pourront permettre au championnat d’Algérie de former des compétiteurs pour le Mondial, comme cela a été possible en 1982. Ce n’est pas non plus avec Mahfoudh Kerbadj que les choses s’amélioreront : le président de la Ligue de football veut plafonner les salaires des internationaux à 1.2 millions de dinars (12.000 euros), et il s’est accroché à cette idée ridicule.

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