Organiser la coupe du monde, un révélateur de puissance

La coupe du monde offre un formidable coup de projecteur sur le pays organisateur. C’est aussi une aubaine pour mettre à niveau ses équipements.

Abed Charef (le Quotidien d’Oran, 13 juillet 2014)

Après la coupe du monde de football, le Brésil s’apprête à accueillir, en 2016 à Rio de Janeiro, le plus grand évènement sportif du monde, les Jeux Olympiques. Pour le pays de Lula, ce sera l’apothéose, une consécration définitive d’un Brésil passé, en une décennie, de dictature sous-développée à un grand pays émergent, avec des institutions démocratiques reconnues et un poids économique incontestable.

Car il ne faut pas s’y tromper : les grands évènements sportifs, coupe du monde et Jeux Olympiques, ne sont plus simplement des compétitions sportives. Pour le pays qui les organise, c’est d’abord une reconnaissance internationale offrant au pays hôte un statut à part parmi les grands de ce monde. Et ce n’est pas un hasard si l’organisation de ces compétitions fait l’objet d’une concurrence féroce entre pays aspirant à une notoriété nouvelle et puissances traditionnelles soucieuses de conserver un statut remontant à une époque dépassée.

A peine sortie de l’apartheid, l’Afrique du Sud, portée par le prestige de Nelson Mandela, avait obtenu coup sur coup l’organisation de la coupe du monde de rugby puis celle de football, en 2010. C’était admettre définitivement que l’Afrique du Sud s’était normalisée. Pékin avait abrité les Jeux Olympiques qui avaient consacré la Chine grande puissance économique et sportive, et la Russie veut restaurer son image de grande puissance avec les jeux d’hiver de Sotchi puis la coupe du monde 2018. Entretemps, la Corée du Sud et le Japon avaient vu leur réconciliation et leur poids économique reconnus par une coupe du monde organisée en commun, alors que le Qatar, autre pays en quête d’une reconnaissance sans proportion avec son poids démographique, s’apprête à organiser la coupe du monde la plus controversée de l’histoire, celle de 2022.

Sur les deux dernières décennies, ce sont essentiellement les pays émergents qui ont obtenu l’organisation de ces grands rendez-vous sportifs. Leur candidature apportait un peu de fraicheur pour contrer les puissances traditionnelles et contester leur hégémonie sur le sport mondial. Elle était aussi portée par une recherche de reconnaissance internationale à laquelle les votants, membres du CIO ou de la FIFA, pays du sud en majorité, étaient sensibles. Le Brésil s’est engouffré dans cette brèche, et a réussi à décrocher le pactole, en obtenant les deux compétitions à deux années d’intervalle, bénéficiant d’une conjoncture favorable et de règles écrites ou non, prévoyant un système de rotation entre continents. « Le Brésil a eu une chance incroyable, il a eu Lula, une croissance de huit pour cent pendant une décennie, et un calendrier favorable », résume analyste.

Une aubaine pour s’équiper

Coupe du monde et Jeux Olympiques constituent aussi un investissement très lourd, ce qui exclut de fait nombre de pays de taille modeste. Le gigantisme atteint par ces compétitions remet même en cause leur équité et leur signification initiale. Le pays organisateur est contraint d’investir massivement dans des installations au contenu que beaucoup d’opposants contestent fortement. Le Brésil n’a pas fait exception. Les manifestations se sont poursuivies jusqu’à la veille de la coupe du monde, suscitant même des crainte de voir la compétition perturbée. Beaucoup a été dit sur les retards dans les travaux. Finalement, tout est rentré dans l’ordre, confirmant que le Brésil pouvait être au rendez-vous, ce qui constitue une excellente publicité pour ses entreprises et son administration, alors que celle-ci est encore largement contestée.

Ce qui montre que les retombées d’une coupe du monde réussie sont énormes. Elles permettent au pays de mettre à niveau de nombreuses installations, allant des télécoms aux infrastructures de transport, en passant par l’hôtellerie, les aéroports, etc. Les économistes divergent sur l’impact d’une grande compétition sportive sur un pays, notamment en raison de son envergure et de l’état de ses installations avant l’évènement. Mais une coupe pour un pays non équipé est une aubaine pour se mettre aux standards des pays les plus avancés. Elle peut même influer sur la croissance.

Ce sont pourtant les retombées sur le long terme qui sont les plus importantes, notamment en termes d’image. Le pays hôte bénéficie d’une campagne publicitaire irremplaçable, et son tourisme finit par en tirer les dividendes sur le long terme. Le Brésil a engagé neuf milliards de dollars de dépenses contestées par des opposants, qui souhaitaient consacrer cet argent à d’autres secteurs. A terme, cet investissement aura des retombées immenses, en termes d’efficacité économique et de tourisme notamment. Un ancien haut responsable algérien n’hésite pas à parler d’une « pédagogie coupe du monde ». « Au lieu dépenser à tort et à travers, un tel évènement permet de fixer des priorités et d’apprendre à hiérarchiser et à gérer les investissements », dit-il. Ce qu’a fait le Brésil. En attendant que l’Algérie décide de devenir à son tour un pays émergent, et entre dans la compétition, non pour remporter la coupe du monde, mais pour l’organiser. Ce sera un grand signe de puissance.

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