Nadji Benhassine, ou les recettes d’une réforme économique en douceur

Avec un brin de naïveté, Nadji Benhassine, figure marquante de Nabni, plaide pour une réforme économique. Une réforme efficace et en douceur.

Abed Charef

Nadji Benhassine est peu sensible aux dogmes. Cet homme à l’air timide, au ton modeste, très mesuré dans ses propos, préfère allier bon sens pragmatique et efficacité économique. Figure du think-Tank Nabni, fonctionnaire de la Banque Mondiale, c’est également un partisan résolu de la réforme, non par conviction ultralibérale, mais plutôt par souci d’efficacité économique et sociale. Son discours, très pédagogique, est également teinté de cet humanisme, devenue la marque de nouveaux militants arrivés à la lisière de la politique à travers des itinéraires très complexes.

M. Benhassine est aussi très réaliste. Il admet qu’il « n’y a pas de réforme économique sans contrainte de crise ». Aucun pays ne s’est engagé dans la réforme sans y être contraint, reconnait-il, ce qui lui fait dire que les hommes politiques se ressemblent partout, « ils ont d’abord le souci du court terme ». Il rejette les « petites réformettes, qui n’ont pas d’impact », mais il admet que « dans les vraies réformes, il y a des perdants ».

Ce constat ne le décourage pas pour autant. Il continue de plaider pour une réforme en profondeur en Algérie. Non seulement c’est possible, plaide-t-il, mais l’Algérie bénéficie d’une chance inouïe de pouvoir opérer le changement sans trop de douleur, grâce à l’abondance financière. « On peut engager la réforme sans payer le coût social. Mais si la rareté financière revient, le coût sera très élevé », dit-il.

Un point pour le gouvernement

M. Benhassine n’hésite pas à reconnaitre du positif là où il en trouve. Il est un des rares économistes indépendants à reconnaitre que l’Algérie réalise un taux de croissance hors hydrocarbures non négligeable, autour de six pour cent. Même s’il affirme qu’il est « certainement possible de faire plus », et s’il déplore que cela soit le fait des services et du bâtiment, poussés par un effort d’investissement public non soutenable sur le long terme.

Mais cela ne l’empêche pas de passer la politique économique du gouvernement à la moulinette. Il y a un « manque de volonté de politique », dit-il. Ce qui s’est fait s’est limité en fait à « des effets d’annonce », sans rien de concret. Ce qu’il trouve également « inquiétant, c’est l’échec industriel, et celui de la diversification de l’économie » algérienne, encore écrasée par les hydrocarbures.

Il déplore précisément le retour en force des hydrocarbures dans le débat politique, par le biais du gaz de schiste. « Il faut que la politique économique se fasse en dehors de ce débat sur le gaz de schiste », dit-il, appelant à « agir avec ce qu’on contrôle ; il faut tout faire sans tenir compte du sous-sol ».

Pragmatisme

Quel serait le mode opératoire de cette révolution en douceur pour laquelle plaide M. Benhassine? C’est là qu’apparait tout le pragmatisme de Nabni. Tout doit se faire selon des échéanciers à moyen et long termes. Il faut limiter l’accès des pouvoirs publics à la rente. Autrement dit, le gouvernement lui-même doit renoncer aux recettes d’hydrocarbures, pour tenter de trouver ailleurs le financement de l’économie. Et arriver, d’ici 2030, à limiter à un maximum de 20% le financement du budget de l’Etat par la fiscalité pétrolière, en respectant cette « règle d’or » qui serait le signe d’une bonne gouvernance. La Russie a fait un pas dans cette direction, en décidant en décembre 2012 de créer un fond souverain et de plafonner les recettes d’hydrocarbures à utiliser dans le budget de l’Etat. L’Algérie peut donc le faire.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il faudra faire baisser le niveau des investissements, mais le vrai défi est « de trouver d’autres ressources », par le biais d’une réforme fiscale d’envergure. Qui mènera cette réforme ? « Le nœud est politique, mais on peut faire beaucoup », dit-il, dit-il avec un brin de naïveté. Ce qui le mène parfois à l’impasse, comme lorsqu’il reconnait aux membres du gouvernement de la « compétence » et de la « sincérité » dans leur action. Visiblement, M. Benhassine n’a pas croisé Chakib Khelil.

Publicités
Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s