Abdelmadjid Bouzidi, un chantre de l’intervention tous azimuts de l’Etat

Partisan du tout Etat dans l’économie, Abdelmadjid Bouzidi, décédé vendredi, a toujours maintenu des positions très rigides sur les questions économiques. Jusqu’au jour où il a été associé à la décision de rééchelonnement de la dette extérieure.

Abed Charef (maghrebemergent.info)

L’économiste Abdelmadjid Bouzidi, décédé vendredi à Paris à l’âge de 69 ans, a été un témoin mais pas un acteur décisif des grands virages de l’économie algérienne durant un demi-siècle. Malgré sa renommée, il n’a pas eu d’influence sur les grandes décisions, comme il n’a jamais accédé aux postes d’exécution des politiques économiques mises en œuvre, y compris quand ses politiques étaient proches de ce qu’il défendait.

M. Bouzidi a notamment dirigé le CENEAP (centre d’études en économie appliquée), dont la revue était très appréciée dans les milieux économiques algériens à la fin de l’ère du parti unique, sous Chadli Bendjedid. La revue affichait alors un point de vue critique contre la timide ouverture initiée par le Président Chadli, lorsqu’il était de bon ton de s’attaquer à l’ancien chef de l’Etat algérien sur sa gauche, pour l’accuser d’avoir abandonné la ligne de Houari Boumediène.

Les réformes économiques initiées par le gouvernement de Mouloud Hamrouche à la fin des années 1980 ont été accueillies de manière très hostile par M. Bouzidi, partisan d’un contrôle de l’Etat sur l’économie. Il est d’ailleurs resté dans une hostilité manifeste et déclarée aux réformes, affirmant sa préférence pour une économie à l’ancienne, dominée par le secteur public, y compris quand la bureaucratie algérienne avait montré ses limites et quand les anciennes bureaucraties des pays de l’est se sont effondrées.

Réalité amère

Nommé conseiller du président Ali Kafi pour les questions économiques, en 1992, M. Bouzidi a enfin pu entrer dans le cercle de la décision économique. Mais confronté à une situation économique chaotique, dans une période de libéralisme triomphant, il a tenté de s’accrocher à une gestion étatique, en prônant une « économie de marché d’Etat », dans laquelle des entreprises publiques animeraient le marché.

Mais pour lui, le plus dur était encore à venir : c’est pendant qu’il était conseiller économique du président Liamine Zeroual que l’Algérie a décidé de rééchelonner sa dette extérieur, en 1994, et se résoudre à appliquer des règles très sévères imposées par le FMI. Directement impliqué dans ce choix, M. Bouzidi l’a avalisé, et soutenu les mesures qui end écoulaient, alors qu’il avait jusque-là rejeté toute mesure de libéralisation de l’économie. Sa proximité politique avec le parti FLN sous le parti unique puis avec l’UGTA, avaient renforcé ses convictions et son hostilité au libéralisme. Il est resté dans ces convictions jusqu’à la fin de sa vie.

Avec la relance des investissements publics, favorisée par l’embellie financière sous le Président Abdelaziz Bouteflika, il a repris ses plaidoyers en faveur de l’interventionnisme de l’Etat. Pour lui, c’est du keynésianisme, et il reprochait à ses détracteurs de rejeter ce qui avait permis la reconstruction de l’Europe au lendemain de la seconde guerre mondiale.

L’économie algérienne « sur la bonne trajectoire »

M. Bouzidi apparaissait rarement à la télévision, en raison d’un handicap physique qui gênait considérablement son expression. Par contre, il était très présent dans les forums et colloques, où il rappelait ses positions et ses analyses. Il avait aussi pris un virage vers la chronique économique, publiant régulièrement ses analyses dans un quotidien algérien.

Son dernier texte, publié il y a moins d’un mois, prenait le contrepied des analyses dominantes. Il affirmait que « l’économie algérienne est sur une bonne trajectoire», alors qy’un lrge consensus se dégageait chez les économistes pour relever les gaspillages, l’inefficacité économique et l’exxtension de al corruption. Mais pour M. Bouzidi, « l’économie algérienne, ce n’est pas seulement l’aisance financière et la cagnotte hydrocarbures. L’économie réelle bouge même s’il ne s’agit pour l’instant que d’un frémissement », a-t-il déclaré.

Selon lui, il y a « un nouveau modèle de croissance en Algérie », élaboré « dans un contexte de rattrapage économique », marqué par deux grandes orientations, un programme de rééquipement du pays en infrastructures de base, et un programme de ré-industrialisation. Il souligne toutefois le « rôle toujours déterminant de l’État ».

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