Lutte contre la violence dans les stades : des mesures techniques banalisées

Avant de penser à innover dans la lutte contre la violence dans les stades, il faut d’abord prendre les mesures très classiques : bonne organisation, surveillance des tribunes, etc.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 26 août 2014)

C’est une image horrible, qu’on voit à chaque fin de match de football en Algérie : des policiers en tenue courent, à partir de la touche, pour converger vers l’arbitre, et le protéger contre d’éventuelles agressions de joueurs ou de dirigeants. Une image horrible, qui doit disparaitre, parce que les policiers n’ont rien à faire sur un terrain de football, où doit régner une immunité sportive suffisante pour protéger arbitres, joueurs et dirigeants.

Ce n’est pas une vue de l’esprit. Il suffit simplement de voir ce qui se fait ailleurs, pour savoir comment certains pays, confrontés à la violence dans les stades, ont procédé pour obtenir des succès indéniables. Pour protéger l’arbitre, il suffit de placer une caméra sur lui, jusqu’à ce qu’il sorte du stade. Et il suffira de sanctionner l’auteur de toute agression conformément à la loi et à la règlementation pour que se réinstaure l’immunité naturelle de l’arbitre. Aucun joueur n’est assez fou pour agresser un arbitre et risquer une suspension de deux ans. Aucun dirigeant sérieux, sachant qu’il encourt une sanction grave, n’osera lever la main sur lui, particulièrement s’il sait que la FAF refusera d’alléger la peine.

De telles décisions pour lutter contre la violence dans les stades sont possibles. Elles sont faciles à prendre, si elles sont précédées par un préalable, celui du respect des règles à tous les niveaux. Elles exigent toutefois des dirigeants modernes, capables d’innover, de tirer profit des expériences d’autres pays, qui ont radicalement transformé leurs stades, devenus des lieux de plaisir, de convivialité et de bonne humeur après avoir été des terrains de guerre entre supporters d’équipes ennemies.

Parmi ces mesures, il y a les classiques, comme l’installation de caméras pour surveiller les tribunes et les abords du stade. Aujourd’hui, le coût de cet équipement est devenu dérisoire. Une fois installé, ce dispositif peut ne pas être utilisé réellement, car son simple effet dissuasif peut suffire. Et le supporter qui osera jeter une bouteille d’eau sur la pelouse en sachant qu’il est filmé mérite d’aller en prison. Le dispositif de surveillance des tribunes peut, et doit être inclus dans la fiche technique des stades, au moins pour l’équipe nationale et la Ligue1, par exemple.

Logique sécuritaire

Il y aussi des conditions d’organisation qui sont source de violence, ou de désordre. Un éditorialiste, choqué par la violence autour du stade Chaker de Blida il y a un an, lors du match Algérie – Burkina-Faso, relevait que la FAF continue de vendre les billets des matches de l’équipe nationale comme dans les années 1970. Pas de recours aux nouvelles technologies, pas de vente par internet, une foule immense qui se presse devant le stade le jour J, provoquant débordements, marché noir, et des supporters qui dénoncent la participation des éléments des services de sécurité à l’alimentation du marché noir des billets ! Populisme oblige, le billet, était vendu à 500 dinars. Il était possible de le vendre à 1.500 dinars, juste pour consacrer la différence aux frais d’organisation !

Le prix du billet constitue à lui seul un casse-tête sécuritaire. S’il est légitime que tout le monde souhaite assister aux matches de l’équipe nationale, il n’est pas juste qu’une partie des Algériens en soient exclus à cause de la violence, du mauvais état des tribunes, de la mauvaise organisation et de la talibanisation des stades. 500 dinars le billet pour un match de l’équipe nationale, c’est un niveau ridicule, mais qui crée une atmosphère insupportable. Aucun dirigeant du football n’irait acheter son billet dans ces conditions. Pourtant, ils considèrent normales la situation que génèrent leurs décisions, y compris la violence, les passe-droits, le marché noir, etc.

Réduire le hooliganisme

Et puis, pourquoi continuer de se voiler les yeux ? Les principales décisions autour des matches de football sont prises par les services de sécurité, pas par les clubs. Contrairement à ce qui se dit depuis des années, la domiciliation de l’équipe nationale au stade Chaker de Blida n’est pas due simplement au mauvais état du terrain (une aubaine pour délocaliser l’équipe), mais aussi à des questions sécuritaires, la foule du stade du 5 juillet étant considérée comme plus difficile à gérer. Il faudrait donc que les raisons sportives et économiques reprennent le pas sur les données sécuritaires.

A l’inverse, la sécurité au sens large est souvent occultée. Ainsi, le stade d’El-Harrach a été déclaré inapte en raison de l’état de la tribune. Pourtant, une entreprise privée a fermé la rue mitoyenne du stade, ce qui supprime une issue de secours éventuelle en cas d’incident grave, ce qui constitue une menace évidente pour des milliers de supporters.

Autre mesure, encore plus avancée, pour éliminer la violence : établir des relations entre supporters de différentes équipes. Des supporters, organisés en comités, peuvent recevoir ceux des équipes adverses, et réciproquement, ce qui permet de nouer des relations d’une grande densité.

Une fois des mesures de ce genre prises de manière coordonnée, il sera possible de réduire à sa vraie dimension le hooliganisme pur. Et de le réduire. Mais là, on est dans la fiction, pas dans le monde Kerabdj-Raouraoua.

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