Les responsables du secteur des céréales hors-jeu, la production chute de 30%

Des responsables du secteur des céréales annonçaient une « bonne récolte » en 2014, et prévoyaient une augmentation de la production de 15%. La baisse a atteint 30%. L’Algérie a produit la moitié de ce qu’a récolté le Maroc.

Abed Charef

 

La chute brutale de la production algérienne de céréales en 2014 a révélé la fragilité du secteur, tout en soulignant l’urgence de passer à un autre modèle basé sur l’irrigation d’appoint. Les chiffres révèlent aussi les déclarations fantaisistes des responsables du secteur, dont les prévisions, systématiquement exagérées, frisent le ridicule.

Selon le ministre de l’agriculture, Abdelouahab Nouri, la production de céréales s’est élevée en 2014 à 34 millions de quintaux, le résultat le plus faible depuis une décennie. En 2013, année de faible production, l’Algérie avait tout de même récolte 49 millions de tonnes de céréales, ce qui représente tout de même 30% de plus que 2014. La récolte de 2014 représente à peine la moitié de celle de 2009, année record, lorsque l’Algérie avait réalisé une production de 61 millions de quintaux. A titre de comparaison, le Maroc a produit 68 millions de quintaux, soit exactement le double de la production algérienne, selon le ministre marocain de l’agriculture Aziz Akhannouch.

Ces résultats contredisent totalement les déclarations faites à la mi-mai par Mr Mohamed Belabdi, directeur général de l’AOIC (Organisme interprofessionnel des céréales), principal opérateur du secteur. M. Belabdi affichait alors un optimisme déroutant, affirmant qu’il s’attendait à « une hausse remarquable de la production au niveau national », grâce aux «bonnes conditions climatiques». On était pourtant au début de l’été, à un moment où on n’attend plus de pluies. M. Belabdi gère un organisme qui importe autour de trois milliards de dollars par an.

Des chiffres fantaisistes

Quelques mois plus tôt, un responsable du ministère de l’agriculture n’hésitait pas à annoncer une hausse de 15% de la production, alors que l’automne 2013 avait été marqué par un déficit pluviométrique important.

Plus prudent, M. Nouri s’est contenté de signaler des problèmes dans certaines régions, sans aller plus ploin. Le ministre de l’agriculture semblait échaudé par les chiffres de l’an passé, qu’il avait été contraint de revoir à la baisse peu après sa nomination, tant les résultats annoncés par son prédécesseur semblaient exagérés. En 2013, M. Saïd Barkat avait annoncé une récolte de 56, puis 52 millions de quintaux, avant que son successeur n’annonce 49 millions de quintaux. C’était la première fois depuis cinq ans que la production franchissait vers le bas le seuil des 50 millions de quintaux, alors que l’ancien ministre de l’agriculture annonçait une augmentation de la production agricole de 13% par an pendant trois années successives.

M. Nouri s’est contenté d’un strict minimum, affirmant que la baisse de la production de 2014 «est due essentiellement aux conditions climatiques caractérisées par un manque de pluviométrie». Avec ce résultat, l’Algérie couvre à peine un tiers de sa consommation annuelle en céréales. Le pays avait déjà importé l’équivalent de sa production durant les six premiers mois de l’année en cours. Pour le premier trimestre, les importations étaient déjà en hausse de 22% par rapport à 2013, selon le centre des statistiques de la douane. Sur les cinq premiers mois de l’année en cours, elles ont atteint 30 millions de quintaux, pour une valeur de 970 millions de dollars. Ces importations proviennent essentiellement de France, avec une moyenne oscillant entre 40 et 50 millions de quintaux par an.

Une véritable catastrophe

Le chiffre de 34 millions de quintaux, même s’il est lui aussi sujet à caution, révèle en fait une véritable catastrophe pour l’agriculture algérienne. Non seulement les importations vont exploser en volume et en valeur (100 millions de quintaux pour 3,16 milliards de dollars en 2013), mais tout le système de production des céréales est désormais en cause.

Selon des statistiques officielles, 3.5 millions d’hectares ont été consacrés aux céréales, ce qui donne une moyenne nationale de dix quintaux à l’hectare. Mais comme la production à l’hectare dépasse les 30 quintaux, avec des pointes au-dessus de 50 quintaux dans de nombreuses régions, cela suppose que des rendements dérisoires sont atteints dans certaines zones, alors que superficies importantes ont été purement et simplement abandonnées. Selon une vieille tradition des régions steppiques, en cas de sécheresse, les éleveurs des régions steppiques préfèrent sacrifier les céréales et transformer les superficies qui leur sont consacrées en pâturage pour sauver le bétail.

Une consommation difficile à évaluer

Autre controverse, celle concernant les importations. Au début de l’année, l’agence APS, citant l centre des statistiques de douanes, faisait état de 10 millions de quintaux importés en 2013, ce qui donnerait une consommation totale annuelle de 150 millions de quintaux. D’autres sources font état d’une consommation de 80 à 100 millions de quintaux de céréales. La production de 2014 représenterait donc 15 à 30% de la consommation, selon les chiffres retenus. Avec un tel écart dans les statistiques, il devient difficile de faire des évaluations précises.

L’incertitude sur ces chiffres n’est pas liée à la difficulté d’évaluer l’autoconsommation, une partie de la production étant conservée par les producteurs pour leurs propres besoins, mais par une tendance de l’administration à embellir les chiffres.

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