Coup d’éclat démocratique en Tunisie

Les Algériens regardent traditionnellement la Tunisie avec un peu de dédain. C’est pourtant de Tunis que vient la construction démocratique la plus élaborée, même si Beji Caïd Essebsi n’est pas le meilleur modèle de renouveau.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 30 octobre 2014)

Un sentiment de satisfaction, mêlé de soulagement, a ponctué les élections législatives de dimanche 26 octobre en Tunisie. Pas de fraude massive, pas de violence, pas de contestation majeure, des vainqueurs qui font preuve d’une certaine humilité, en sachant qu’ils reviennent de loin, et des perdants qui reconnaissent leur défaite et félicitent leurs adversaires. Et, cerise sur le gâteau, il n’y a pas eu de victoire d’un parti islamiste radical, ce qui aurait pu pousser un général ou un maréchal à se découvrir une vocation de sauveur de la république.

Un scrutin de ce type est-il possible dans un pays arabe? Non, serait-on tenté de dire. Les premières élections législatives libres en Algérie ont débouché sur le drame des années 1990. Le pluralisme en Irak a mené à un engrenage sanglant, mêlant politique, religion, tribus, ethnies, le tout sur fond d’ingérence étrangère. En Libye, des élections législatives ont bien été organisées, et leurs résultats salués parce qu’ils consacraient des courants dits libéraux, mais elles n’ont pu empêcher le dépeçage du pays et l’extension de la guerre, à un point tel qu’aujourd’hui, un pouvoir autoritaire qui rétablirait l’ordre et l’unité du pays serait probablement bien accueilli. En Egypte, un scénario à l’algérienne, mené par une sorte de maréchal proconsul, qui a brutalement mis fin à l’expérience démocratique, pousse inexorablement le pays vers les abimes de la violence.

Pourquoi, dans un environnement aussi hostile, la Tunisie serait-elle épargnée. N’est-elle pas le pays le plus fragile, avec le PIB le plus faible ? Elle n’a pas de pétrole, pas d’armée puissante. Elle n’a pas un poids déterminant dans la région. Que peut-elle mettre dans la balance pour s’imposer ?

Si peu de victimes !

Non, décidément, rien ne semblait destiner la Tunisie à vivre une grande aventure démocratique. Certes, le pays a été le berceau du fameux « printemps arabe », source de tant d’espoirs et de douleurs. Mais quelques jours de manifestations ont suffi pour faire chuter Ben Ali. La révolution a un prix, la démocratie aussi, a-t-on souvent entendu dire. En Tunisie, tout le processus du changement a fait moins de victimes que la seule mutinerie de Serkadji. Et avec ça, ils veulent accéder à la démocratie, sans même en payer le prix?

Non. C’est un simple rêve. On va bientôt se réveiller, pour revenir au réel, et découvrir la vraie Tunisie, celle qui devra choisir son destin entre les modèles disponibles sur le marché, et il y en a peu, tous issus de la même fabrique : modèles irakien, syrien, libyen, algérien. Car on ne passe en quelques semaines d’un statut de pays sous-développé, pris en tenailles entre l’islamisme radical et le terrorisme, à celui de démocratie accomplie. La Tunisie a trop vécu dans l’illusion, elle en paierait bientôt le prix.

Et son président ? Ce Moncef Marzouki dont les Tunisiens branchés se moquent tant? Il avait la prétention de faire vivre ensemble démocrates, laïcs, islamistes et autres nassériens et panarabistes, dans un système vaguement laïc, empruntant un peu à Voltaire, un peu aux Mouaatazila, le tout assaisonné d’une pincée de Zitouna et de quelques bouts de bois africains. Curieuse recette présentée par un Marzouki qui constitue lui-même un problème difficile à résoudre. Tunisien ayant grandi au Maroc, fortement marqué par l’Algérie, il a vécu son exil politique en France, tout en plongeant dans une forte culture arabe, avant de couronner ce parcours par quelques séjours en prison et une carrière de médecin spécialisé dans une maladie très répandue dans les pays arabes, les violations des Droits de l’Homme. Quelle idéologie, quelle doctrine, quels choix politiques peut-il dès lors proposer à son pays?

Un deal décisif

Malgré tous ces handicaps, la Tunisie a pourtant commis l’impensable. Elle a réussi à passer le cap d’une seconde élection législative (la constituante avait aussi des pouvoirs législatifs) sans trop de dégâts. Certes, le pays n’a pas de rente pétrolière, et il a bénéficié d’un soutien international très fort. Mais la Tunisie a réussi à ne pas sombrer, d’abord parce que ses acteurs politiques ont tiré profit des expériences algérienne et libyenne, pour mettre en avant deux règles essentielles : négocier, faire des concessions, ne jamais rompre, d’une part ; et respecter son adversaire, celui qui perd une élection, d’autre part. Les islamistes ont admis qu’ils ne changeraient pas les règles du jeu s’ils parviennent au pouvoir. Ceux de l’ancien pouvoir, revenus en force, ont admis qu’ils ne pouvaient revenir à l’ancien système, et qu’il fallait absolument faire une place aux nouvelles catégories qui envahissent le champ politique.

Une fois ce deal acquis, le reste était facile à réaliser. Il suffisait de contenir les extrêmes, ceux qui rêvaient d’en découdre, dans une confrontation à l’algérienne, qu’ils soient éradicateurs ou islamistes. Et de se convaincre que cette alternance ne signifie pas une victoire définitive, mais un pas dans la construction d’un grand projet. Un projet si grand qu’en cette veille de 1er novembre, on est amené à évoquer ce qui se passe en Tunisie. Car ce qui se passe aujourd’hui à Tunis est peut-être moins spectaculaire que le 1er novembre, mais c’est certainement un processus plus élaboré.

Mouloud Hamrouche rencontre une délégation du FFS

 

 

A l’initiative du FFS, une rencontre a eu lieu (jeudi 23 octobre) entre M. Mouloud Hamrouche et une délégation du FFS conduite par M. Mohand Amokrane Cherifi.

 

La délégation a exposé les grandes lignes de son initiative en direction du pouvoir et des partis d’opposition en vue de réunir une « conférence nationale » et les premières réactions enregistrées.

 

M. Hamrouche a tenu à rendre un hommage appuyé au fondateur du FFS,M. Hocine Ait Ahmed, et a souligné le rôle de premier plan joué par le FFS dans l’animation du débat politique et la mise en perspective démocratique du pays.

 

M. Hamrouche a évoqué que toute initiative est louable et aucune contribution n’est récusable, vu la dimension de la crise.

 

Il a rappelé que l’érosion de la cohésion nationale et la faiblesse de nos structures, politiques, économiques, sociales, administratives et gouvernementales, obligent à la mobilisation et à la contribution de tous en vue d’aboutir à un consensus national nouveau pour chercher et élaborer une solution globale aux différents déficits et faiblesses, pour exprimer une volonté nationale claire, pour pouvoir édifier un Etat national de droit et pour vaincre de multiples formes de déstabilisation, de terrorisme et de déliquescence.

 

C’est pour cela, insiste M. Hamrouche, que la participation du pouvoir , de l’opposition et la garantie de l’armée nationale populaire sont indispensables pour faire aboutir ce processus

Un nouveau pouvoir s’installe en Algérie

L’Algérie change. Economie, société, pouvoir, tout évolue. Pas forcément dans la bonne direction.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 23 octobre 2014)

Laïd Benamor à la chambre de commerce, Ali Haddad qui s’apprête à prendre le FCE : les nouveaux amis de Saïd Bouteflika s’installent. Ceux qui se sont mouillés pour le quatrième mandat prennent leurs quartiers, et marquent leur territoire, y compris en bousculant leurs anciens rivaux. Réda Hamiani, qui a longtemps représenté l’image lisse d’un patronat aspirant à un peu de respectabilité et de légitimité, apparait désormais vieux jeu. Il a été poussé sans ménagement vers la sortie par des nouveaux arrivants pressés de faire place nette. Issaad Rebrab, qui se veut se brancher à l’international, est contraint de battre en retraite en attendant des vents meilleurs. Il n’a pas supporté qu’un nouvel arrivant, vaguement arriviste, se mette sur son chemin pour entraver ses projets.

Ces nouveaux oligarques, comme les appelle un économiste, s’affichent désormais publiquement, et affichent leur pouvoir. Ils sont sûrs d’eux, et ils le font savoir. Ils ont des conseillers en stratégie et des communicateurs. Ils possèdent clubs de football et chaines de télévision. Ils se diversifient, nouent des alliances, établissent des réseaux, et prospèrent. Ils le font sous l’œil bienveillant d’un gouvernement qui passe son temps à affirmer sa disponibilité à les aider.

Ils ont aussi une autre particularité : ils sont beaucoup plus jeunes que le président Abdelaziz Bouteflika. Ils sont plutôt de la génération de son frère Saïd, avec lequel ils ont des affinités marquées. Ali Haddad et Laïd Benamor se sont chargés du financement de la campagne pour le quatrième mandat, en faisant un lobbying très appuyé, et ils l’ont fait savoir. Au point de pousser certains patrons à la sortie.

Nouveaux symboles

Cette vision trash de la vie politique algérienne s’est imposée. Elle ne peut cependant remplacer la bonne vieille analyse traditionnelle, qui ramène à une réalité plus austère, mais plus inquiétante. Ce nouveau capitalisme qui s’installe vit aux dépens des commandes de l’Etat (Ali Haddad), généralement après avoir réalisé d’immenses transferts du public vers le privé. Il se contente, le plus souvent, d’offrir aux Algériens des produits importés (Hyundai, Samsung, produits disponibles dans les magasins Uno), tout en essayant de réaliser une jonction avec le capital international, en plaidant pour un partenariat avec les entreprises étrangères. Il veut aussi se développer à l’intérieur, en plaidant pour des facilités qu’il a toutes obtenues, mais qu’il veut élargir, en avalant par exemple les entreprises publiques par le biais du fameux PPP, le partenariat public-privé. Mais au total, l’industrie algérienne reste de taille très modeste. Elle n’arrive pas à franchir cinq pour cent du PIB, et les principales fortunes du pays continuent de réaliser l’essentiel de leur chiffre d’affaires dans l’importation.

Au fil des ans, L’ETRHB a remplacé la Sonatro, les magasins Uno ont pris la place des Galeries et des Souk el-fellah, et Condor a détrôné l’ENIE et l’ENIEM. Le privé a pris de l’envergure : les entreprises privées représentaient 18% du PIB hors hydrocarbures en 1990, elles sont à 78% aujourd’hui.

Parallèlement à cette mutation économique, le personnel politique algérien a aussi profondément changé. Des généraux « janviéristes », ceux qui pouvaient se targuer d’une assise doctrinale anti-islamiste, il n’y a pas plus, en poste, que Toufik Mediène, assiégé dans son antre du DRS et attaqué par des hommes aussi étonnants que Amar Saadani. La nouvelle génération de généraux, ceux qui ont mûri dans le feu de la lutte antiterroriste, a, quant à elle, l’âge de Saïd Bouteflika. Et c’est avec elle que le nouveau pouvoir économique, qui veut naturellement se transformer en pouvoir politique, veut établir la jonction.

Relation mouvante

Pendant de longues années, la mode était plutôt au « parrainage ». Le discours ambiant voulait que chaque grosse fortune en Algérie était couverte par un général, ou elle était sa propriété, même si elle était gérée par un prête-nom. Aujourd’hui, les choses ont changé. Les fortunes ont pris du volume, et leurs détenteurs fréquentent les salons parisiens, vont dans les conférences internationales, et veulent apparaitre sous une nouvelle image. D’où une aspiration à s’émanciper. Peuvent-ils pour autant franchir le pas?

Pas pour le moment. Même si elles se sentent à l’étroit, les nouvelles fortunes préfèrent encore coller au pouvoir, pour continuer à capter des sommes colossales, sans trop se mouiller. Elles savent qu’une partie des 65 milliards de dollars de recettes des hydrocarbures est à prendre. Et que, pour cela, il est préférable de rester dans les bonnes grâces du pouvoir. D’autant plus que celui-ci a encore en mains une carte majeure : Sonatrach, c’est-à-dire 98% des recettes en devises du pays. Cela donne encore à l’appareil militaire et sécuritaire une certaine autonomie de décision.

Mais cette situation n’est pas figée. Il suffit de peu pour qu’elle bascule. Un pouvoir en difficulté, ou en déficit de légitimité, cherche appui auprès de ceux qu’il juge les plus aptes à le protéger. Il peut choisir les plus présentables, les détenteurs d’argent. C’est un schéma très classique de jonction entre pouvoir militaire et argent. Ou, pire encore, un pouvoir militaire qui se mettrait au service de l’argent. Autre hypothèse, qui ne relève pas seulement de la langue de bois de Louisa Hanoun, rien n’empêche les forces de l’argent de tenter de prendre le contrôle de Sonatrach. Face au vide actuel, le coup est jouable. Et ce n’est pas avec Abdelmalek Sellal comme idéologue, Ahmed Ouyahia dans le rôle de justicier, Abdelaziz Belkhadem ou Cheikh Chemseddine comme imams, et Amar Saadani comme tribun, qu’il sera possible de les contrer.

Et à ceux qui pensent que l’Algérie est un pays spécifique, où une telle évolution est exclue, il suffit de rappeler ces histoires d’un passé récent: qui, en 1970, en 1980 ou même en l’an 2.000, aurait imaginé qu’un homme envoyé en formation par l’ALN soit, un jour, poursuivi dans une affaire de détournement de 300 millions de dollars ? Et qui, aurait imaginé qu’un jour, l’Algérie élirait au poste de président de la république un homme si diminué qu’il ne ferait même pas un discours de cinq minutes pendant sa campagne électorale?

Folies d’octobre

Manifestation spontanée ou manip ? Alger bruisse de rumeurs en ce mois d’octobre. Comme si un retour à 1988 était possible.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 16 octobre 2014)

Les policiers qui ont participé aux différentes actions de protestation de cette semaine sont, au mieux, coupables d’une mauvaise réaction face à un état de déliquescence avancé des institutions. Soumis à la pression des évènements, contraints à un rythme de travail très exigeant, subissant de nombreuses privations, ils ont réagi à l’algérienne, faisant ce qui est dans l’air du temps : grève et marche de protestation. Ce faisant, ils ont enfreint la loi, oubliant la nature de leur travail et la particularité de leur mission. Pour des hommes chargés de faire respecter la loi, le glissement est dangereux. Particulièrement quand le principal slogan qu’ils brandissaient concerne le départ de leur patron, le général Hamel.

Dans un pays normal, ce geste des policiers aurait été perçu comme un acte hautement démocratique. Ce n’est pas le cas en Algérie, où il traduit plutôt un cran de plus dans la déliquescence des institutions, et dans la non gestion des affaires de l’Etat. Car la police algérienne a déjà subi, par le passé, des épreuves d’une rare gravité. L’assassinat de l’ancien DGSN, Ali Tounsi, par un de ses assistants, en a constitué le summum. Comment en effet parler de sécurité dans un pays où le patron de la police est assassiné dans son bureau par un de ses assistants ? On était revenu à la grande tradition de l’odjak, dont les membres tuaient le Dey pour pousser un des leurs à sa place.

Mais l’assassinat de M. Tounsi était un acte individuel, une sorte de règlement de comptes impliquant deux personnes. Cette fois-ci, il s’agit d’un acte collectif, proche de la mutinerie. C’est une partie de l’institution qui affirme sa désobéissance, alors qu’elle est en train de devenir progressivement le pilier du régime, et que le pays connait une tension politique et sociale d’une rare intensité.

Le précédent de la police communale

Dans un passé récent, l’Algérie avait déjà vécu une situation proche, lorsque des éléments de la garde communale avaient organisé une grande démonstration de force, avec une marche entre Blida et Alger. Là encore, des revendications, assez simples, n’avaient pas été satisfaites, poussant le mouvement à la radicalisation et à la surenchère. Jusqu’à la goutte qui a fait déborder le vase. Ce qui permet de dire, à priori, qu’un pouvoir qui n’a su ni résoudre la crise à Ghardaïa, ni clore l’affaire des fusils confisqués à leurs propriétaires, ni recycler les gardes communaux, peut parfaitement se montrer suffisamment aveugle pour ne pas voir le feu couver parmi les siens.

Ceci, évidemment, si le mouvement d’humeur des policiers se limitait à une simple affaire de mauvaise gestion, ce qui n’est as évident. Car en Algérie, le pire n’est jamais à exclure. Les commentaires sur les réseaux sociaux l’ont clairement montré : peu de gens croient à une manifestation « spontanée » qui aurait résulté d’un ras-le-bol. A l’inverse, beaucoup privilégient cette bonne vieille théorie du complot, qui s’est durablement imposée dans le paysage politique algérien.

Les éléments qui étaient cette thèse sont nombreux. Le général Hamel est l’un des hommes de confiance du président Abdelaziz Bouteflika. Son nom a même été avancé comme un possible successeur du chef de l’Etat. L’offensive tous azimuts attribuée au président Bouteflika contre le DRS devait forcément renforcer le pouvoir de la DGSN, avec le risque de voir le général Hamel devenir, à terme, plus puissant que le général Toufik Mediène, patron du DRS. Le jour même où commençaient les actions de protestation des éléments de la DGSN, un site Internet annonçait le retrait des colonels du DRS qui exerçaient dans les ministères, et qui faisaient souvent office de ministre bis.

Un grand perdant : l’Algérie

Ces ingrédients de complot sont très présents dans les analyses. S’ils devaient se confirmer, ils révèleraient que la situation est encore plus grave que ce qu’on peut imaginer. Ils montreraient tout simplement que des groupes au sein du pouvoir sont prêts à toutes les extrémités pour avancer leurs pions, ou pour maintenir leurs positions. Ils n’hésiteraient pas à mettre en péril des institutions aussi sensibles pour arriver à leurs fins, face à un président de la République qui a n’a pas hésité à recourir à des décisions extrêmes, humiliant les institutions et piétinant la constitution, pour rester au pouvoir.

A ce stade, l’exercice le plus facile consisterait à se demander si, en fin de compte, il s’agit d’un coup de gueule des policiers, ou s’il s’agit d’une nouvelle manipulation alimentant la guerre des clans. On pourrait même aller plus loin : s’il s’avère que c’est une manipulation, qui assumerait la responsabilité d’un éventuel dérapage ? Faudra-t-il l’imputer au président Bouteflika et à son entêtement à se maintenir à se maintenir au pouvoir, à n’importe quel prix ? Ou bien faudra-t-il l’imputer à ses adversaires, qui n’hésiteraient pas à mettre en péril les institutions ?

Mais tout ceci est inutile. Car quel que soit l’explication avancée, ras-le-bol, manipulation imputée à Bouteflika ou à ses adversaires, le résultat serait le même : c’est l’Algérie et ses institutions qui paieront le prix.

Folies d’octobre

Manifestation spontanée ou manip ? Alger bruisse de rumeurs en ce mois d’octobre. Comme si un retour à 1988 était possible.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 16 octobre 2014)

Les policiers qui ont participé aux différentes actions de protestation de cette semaine sont, au mieux, coupables d’une mauvaise réaction face à un état de déliquescence avancé des institutions. Soumis à la pression des évènements, contraints à un rythme de travail très exigeant, subissant de nombreuses privations, ils ont réagi à l’algérienne, faisant ce qui est dans l’air du temps : grève et marche de protestation. Ce faisant, ils ont enfreint la loi, oubliant la nature de leur travail et la particularité de leur mission. Pour des hommes chargés de faire respecter la loi, le glissement est dangereux. Particulièrement quand le principal slogan qu’ils brandissaient concerne le départ de leur patron, le général Hamel.

Dans un pays normal, ce geste des policiers aurait été perçu comme un acte hautement démocratique. Ce n’est pas le cas en Algérie, où il traduit plutôt un cran de plus dans la déliquescence des institutions, et dans la non gestion des affaires de l’Etat. Car la police algérienne a déjà subi, par le passé, des épreuves d’une rare gravité. L’assassinat de l’ancien DGSN, Ali Tounsi, par un de ses assistants, en a constitué le summum. Comment en effet parler de sécurité dans un pays où le patron de la police est assassiné dans son bureau par un de ses assistants ? On était revenu à la grande tradition de l’odjak, dont les membres tuaient le Dey pour pousser un des leurs à sa place.

Mais l’assassinat de M. Tounsi était un acte individuel, une sorte de règlement de comptes impliquant deux personnes. Cette fois-ci, il s’agit d’un acte collectif, proche de la mutinerie. C’est une partie de l’institution qui affirme sa désobéissance, alors qu’elle est en train de devenir progressivement le pilier du régime, et que le pays connait une tension politique et sociale d’une rare intensité.

Le précédent de la police communale

Dans un passé récent, l’Algérie avait déjà vécu une situation proche, lorsque des éléments de la garde communale avaient organisé une grande démonstration de force, avec une marche entre Blida et Alger. Là encore, des revendications, assez simples, n’avaient pas été satisfaites, poussant le mouvement à la radicalisation et à la surenchère. Jusqu’à la goutte qui a fait déborder le vase. Ce qui permet de dire, à priori, qu’un pouvoir qui n’a su ni résoudre la crise à Ghardaïa, ni clore l’affaire des fusils confisqués à leurs propriétaires, ni recycler les gardes communaux, peut parfaitement se montrer suffisamment aveugle pour ne pas voir le feu couver parmi les siens.

Ceci, évidemment, si le mouvement d’humeur des policiers se limitait à une simple affaire de mauvaise gestion, ce qui n’est as évident. Car en Algérie, le pire n’est jamais à exclure. Les commentaires sur les réseaux sociaux l’ont clairement montré : peu de gens croient à une manifestation « spontanée » qui aurait résulté d’un ras-le-bol. A l’inverse, beaucoup privilégient cette bonne vieille théorie du complot, qui s’est durablement imposée dans le paysage politique algérien.

Les éléments qui étaient cette thèse sont nombreux. Le général Hamel est l’un des hommes de confiance du président Abdelaziz Bouteflika. Son nom a même été avancé comme un possible successeur du chef de l’Etat. L’offensive tous azimuts attribuée au président Bouteflika contre le DRS devait forcément renforcer le pouvoir de la DGSN, avec le risque de voir le général Hamel devenir, à terme, plus puissant que le général Toufik Mediène, patron du DRS. Le jour même où commençaient les actions de protestation des éléments de la DGSN, un site Internet annonçait le retrait des colonels du DRS qui exerçaient dans les ministères, et qui faisaient souvent office de ministre bis.

Un grand perdant : l’Algérie

Ces ingrédients de complot sont très présents dans les analyses. S’ils devaient se confirmer, ils révèleraient que la situation est encore plus grave que ce qu’on peut imaginer. Ils montreraient tout simplement que des groupes au sein du pouvoir sont prêts à toutes les extrémités pour avancer leurs pions, ou pour maintenir leurs positions. Ils n’hésiteraient pas à mettre en péril des institutions aussi sensibles pour arriver à leurs fins, face à un président de la République qui a n’a pas hésité à recourir à des décisions extrêmes, humiliant les institutions et piétinant la constitution, pour rester au pouvoir.

A ce stade, l’exercice le plus facile consisterait à se demander si, en fin de compte, il s’agit d’un coup de gueule des policiers, ou s’il s’agit d’une nouvelle manipulation alimentant la guerre des clans. On pourrait même aller plus loin : s’il s’avère que c’est une manipulation, qui assumerait la responsabilité d’un éventuel dérapage ? Faudra-t-il l’imputer au président Bouteflika et à son entêtement à se maintenir à se maintenir au pouvoir, à n’importe quel prix ? Ou bien faudra-t-il l’imputer à ses adversaires, qui n’hésiteraient pas à mettre en péril les institutions ?

Mais tout ceci est inutile. Car quel que soit l’explication avancée, ras-le-bol, manipulation imputée à Bouteflika ou à ses adversaires, le résultat serait le même : c’est l’Algérie et ses institutions qui paieront le prix.

Folies d’octobre

Manifestation spontanée ou manip ? Alger bruisse de rumeurs en ce mois d’octobre. Comme si un retour à 1988 était possible.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 16 octobre 2014)

Les policiers qui ont participé aux différentes actions de protestation de cette semaine sont, au mieux, coupables d’une mauvaise réaction face à un état de déliquescence avancé des institutions. Soumis à la pression des évènements, contraints à un rythme de travail très exigeant, subissant de nombreuses privations, ils ont réagi à l’algérienne, faisant ce qui est dans l’air du temps : grève et marche de protestation. Ce faisant, ils ont enfreint la loi, oubliant la nature de leur travail et la particularité de leur mission. Pour des hommes chargés de faire respecter la loi, le glissement est dangereux. Particulièrement quand le principal slogan qu’ils brandissaient concerne le départ de leur patron, le général Hamel.

Dans un pays normal, ce geste des policiers aurait été perçu comme un acte hautement démocratique. Ce n’est pas le cas en Algérie, où il traduit plutôt un cran de plus dans la déliquescence des institutions, et dans la non gestion des affaires de l’Etat. Car la police algérienne a déjà subi, par le passé, des épreuves d’une rare gravité. L’assassinat de l’ancien DGSN, Ali Tounsi, par un de ses assistants, en a constitué le summum. Comment en effet parler de sécurité dans un pays où le patron de la police est assassiné dans son bureau par un de ses assistants ? On était revenu à la grande tradition de l’odjak, dont les membres tuaient le Dey pour pousser un des leurs à sa place.

Mais l’assassinat de M. Tounsi était un acte individuel, une sorte de règlement de comptes impliquant deux personnes. Cette fois-ci, il s’agit d’un acte collectif, proche de la mutinerie. C’est une partie de l’institution qui affirme sa désobéissance, alors qu’elle est en train de devenir progressivement le pilier du régime, et que le pays connait une tension politique et sociale d’une rare intensité.

Le précédent de la police communale

Dans un passé récent, l’Algérie avait déjà vécu une situation proche, lorsque des éléments de la garde communale avaient organisé une grande démonstration de force, avec une marche entre Blida et Alger. Là encore, des revendications, assez simples, n’avaient pas été satisfaites, poussant le mouvement à la radicalisation et à la surenchère. Jusqu’à la goutte qui a fait déborder le vase. Ce qui permet de dire, à priori, qu’un pouvoir qui n’a su ni résoudre la crise à Ghardaïa, ni clore l’affaire des fusils confisqués à leurs propriétaires, ni recycler les gardes communaux, peut parfaitement se montrer suffisamment aveugle pour ne pas voir le feu couver parmi les siens.

Ceci, évidemment, si le mouvement d’humeur des policiers se limitait à une simple affaire de mauvaise gestion, ce qui n’est as évident. Car en Algérie, le pire n’est jamais à exclure. Les commentaires sur les réseaux sociaux l’ont clairement montré : peu de gens croient à une manifestation « spontanée » qui aurait résulté d’un ras-le-bol. A l’inverse, beaucoup privilégient cette bonne vieille théorie du complot, qui s’est durablement imposée dans le paysage politique algérien.

Les éléments qui étaient cette thèse sont nombreux. Le général Hamel est l’un des hommes de confiance du président Abdelaziz Bouteflika. Son nom a même été avancé comme un possible successeur du chef de l’Etat. L’offensive tous azimuts attribuée au président Bouteflika contre le DRS devait forcément renforcer le pouvoir de la DGSN, avec le risque de voir le général Hamel devenir, à terme, plus puissant que le général Toufik Mediène, patron du DRS. Le jour même où commençaient les actions de protestation des éléments de la DGSN, un site Internet annonçait le retrait des colonels du DRS qui exerçaient dans les ministères, et qui faisaient souvent office de ministre bis.

Un grand perdant : l’Algérie

Ces ingrédients de complot sont très présents dans les analyses. S’ils devaient se confirmer, ils révèleraient que la situation est encore plus grave que ce qu’on peut imaginer. Ils montreraient tout simplement que des groupes au sein du pouvoir sont prêts à toutes les extrémités pour avancer leurs pions, ou pour maintenir leurs positions. Ils n’hésiteraient pas à mettre en péril des institutions aussi sensibles pour arriver à leurs fins, face à un président de la République qui a n’a pas hésité à recourir à des décisions extrêmes, humiliant les institutions et piétinant la constitution, pour rester au pouvoir.

A ce stade, l’exercice le plus facile consisterait à se demander si, en fin de compte, il s’agit d’un coup de gueule des policiers, ou s’il s’agit d’une nouvelle manipulation alimentant la guerre des clans. On pourrait même aller plus loin : s’il s’avère que c’est une manipulation, qui assumerait la responsabilité d’un éventuel dérapage ? Faudra-t-il l’imputer au président Bouteflika et à son entêtement à se maintenir à se maintenir au pouvoir, à n’importe quel prix ? Ou bien faudra-t-il l’imputer à ses adversaires, qui n’hésiteraient pas à mettre en péril les institutions ?

Mais tout ceci est inutile. Car quel que soit l’explication avancée, ras-le-bol, manipulation imputée à Bouteflika ou à ses adversaires, le résultat serait le même : c’est l’Algérie et ses institutions qui paieront le prix.

Rumeurs et incertitudes d’un mandat de trop

La course est lancée. Mais la rumeur a une longueur d’avance sur l’info, qui ne rattrapera jamais son retard.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 9 octobre 2014)

Ahmed Ouyahia se fait très discret. Aussi discret que le président Abdelaziz Bouteflika, dont il est officiellement directeur de cabinet. M. Ouyahia a été chargé par le chef de l’Etat de coordonner les travaux de révision de la constitution, ce qui l’a amené à recevoir personnalités du pouvoir et de l’opposition, avant de préparer un rapport destiné au chef de l’Etat. Un travail de simple greffier en chef, la décision finale revenant au président Bouteflika, à qui il reviendra de trancher sur les grands choix que devra consacrer la nouvelle constitution.

Après le cérémonial des rencontres avec les hommes politiques, M. Ouyahia a disparu. Mais pouvait-il en être autrement? L’ancien chef du RND se trouve, en fait, dans une position très délicate. Il n’a aucune marge de manœuvre. Il n’est pas maitre de la décision, et il ne peut strictement rien faire sans l’aval du chef de l’Etat. Il doit adapter son rythme de travail à celui de M. Bouteflika, et se contenter de gérer les affaires courantes, en se roulant les pouces, sans jamais commettre d’impair. Il sait que la moindre erreur se paierait très cher. Le souvenir de M. Abdelaziz Belkhadem, son ancien voisin de bureau à la présidence, nommé tout comme lui à la veille de la présidentielle d’avril dernier, avant d’être banni il y a un mois, est là pour le rappeler.

M. Ouyahia est également embarrassé par son projet de constitution. Non parce qu’il se pose des questions sur ce qu’il faut y mettre -ceci ne relève pas de son ressort-, ni parce qu’il hésite sur ce qu’il faut retenir des propositions de l’opposition -celle-ci n’a été appelée que pour le fun-. Non. M. Ouyahia est embarrassé parce qu’il a forcément des doutes sur l’utilité de la révision de la constitution, et parce qu’il ne connaît pas le calendrier du chef de l’Etat. Et, surtout, parce qu’en l’état actuel du fonctionnement du pouvoir, personne n’est en mesure de lui apporter les précisions souhaitées. Ce qui le contraint à naviguer à vue, pour s’engager dans un projet dont il ne connait ni l’agenda, ni le contenu final.

Absences

Seul réconfort pour M. Ouyahia, l’absence du président Bouteflika est plus pesante que la sienne. Car quand on parle de vide politique, d’absence, d’article 88, de vacance du pouvoir, c’est le chef de l’Etat qui est visé en premier lieu. C’est sa responsabilité qui est en cause. Pas celle de M. Ouyahia, qui veut bien être utile, mais n’y parvient pas. Car M. Ouyahia n’est visiblement pas en mesure de combler le vide politique causé par l’absence du chef de l’Etat. Ce n’est ni son rôle, ni son tempérament. Il n’a pas la carrure.

Qui pourrait le faire ? M. Sellal, peut-être. Celui-ci a mené la campagne électorale, multipliant les bourdes, mais personne ne lui en a tenu rigueur, car il était dans son rôle. Mais aujourd’hui, il est clair qu’il n’a pas la densité nécessaire pour être celui qui, en l’absence du chef de l’Etat, incarnerait le pouvoir.

Ce qui rend encore plus pesante l’absence de M. Bouteflika. Celui-ci ne s’est pas manifesté depuis plusieurs semaines. Il n’ pas réagi à l’affaire Hervé Gourdel, ce ressortissant français, assassiné par des terroristes fin octobre. C’est d’ailleurs le premier ministre Abdelmalek Sellal qui avait parlé au téléphone avec le président François Hollande, enfreignant règles et traditions protocolaires sur lesquelles un Président Bouteflika valide aurait été très sourcilleux.

Trêve

Au final, l’absence du chef de l’Etat a été comblée par une habituée de la vie politique algérienne,  la rumeur. Celle-ci s’est réveillée avant l’Aïd, avant de des propager ensuite sur un terrain particulièrement favorable, Internet et les réseaux sociaux. Sans surprise, des sites et blogs, connus ou non, ont commencé à relayer les mêmes rumeurs, répercutant à l’infini des informations impossibles à vérifier. Un scénario qui se poursuivra jusqu’à la prochaine apparition publique du chef de l’Etat. Mais au bout de quelques jours de répit, le même scénario se répètera, encore et encore.

Sans surprise, ces rumeurs sont en train de confirmer le contenu au quatrième mandat. On n’y parlera pas de projet politique, d’ambitions économiques, encore moins de débats sur la place de l’Algérie dans le monde. Le quatrième mandat sera dominé par les rumeurs qui meubleront de longues périodes d’attente, elles-mêmes entrecoupées par des apparitions plus ou moins longues, mais toujours pénibles, du chef de l’Etat ; des apparitions durant lesquelles on comptera les mots que M. Bouteflika aura prononcés, et on décortiquera les gestes qu’il aura effectués. La position de la main du chef de l’Etat sera plus commentée qu’une décision économique, et sa manière de saisir une tasse de café transformera nombre d’Algériens en spécialistes de la lecture dans le marc de café.

Ce jeu est aussi inutile que malsain. Il manque cruellement d’éthique. L’évoquer, c’est remuer le couteau dans la plaie. Même si le quatrième mandat lui-même est une profonde blessure, et un acte totalement dénué d’éthique.

Rumeurs et incertitudes d’un mandat de trop

La course est lancée. Mais la rumeur a une longueur d’avance sur l’info, qui ne rattrapera jamais son retard.

Abed Charef (le Quotidien d’Oran, 09 octobre 2014)

Ahmed Ouyahia se fait très discret. Aussi discret que le président Abdelaziz Bouteflika, dont il est officiellement directeur de cabinet. M. Ouyahia a été chargé par le chef de l’Etat de coordonner les travaux de révision de la constitution, ce qui l’a amené à recevoir personnalités du pouvoir et de l’opposition, avant de préparer un rapport destiné au chef de l’Etat. Un travail de simple greffier en chef, la décision finale revenant au président Bouteflika, à qui il reviendra de trancher sur les grands choix que devra consacrer la nouvelle constitution.

Après le cérémonial des rencontres avec les hommes politiques, M. Ouyahia a disparu. Mais pouvait-il en être autrement? L’ancien chef du RND se trouve, en fait, dans une position très délicate. Il n’a aucune marge de manœuvre. Il n’est pas maitre de la décision, et il ne peut strictement rien faire sans l’aval du chef de l’Etat. Il doit adapter son rythme de travail à celui de M. Bouteflika, et se contenter de gérer les affaires courantes, en se roulant les pouces, sans jamais commettre d’impair. Il sait que la moindre erreur se paierait très cher. Le souvenir de M. Abdelaziz Belkhadem, son ancien voisin de bureau à la présidence, nommé tout comme lui à la veille de la présidentielle d’avril dernier, avant d’être banni il y a un mois, est là pour le rappeler.

M. Ouyahia est également embarrassé par son projet de constitution. Non parce qu’il se pose des questions sur ce qu’il faut y mettre -ceci ne relève pas de son ressort-, ni parce qu’il hésite sur ce qu’il faut retenir des propositions de l’opposition -celle-ci n’a été appelée que pour le fun-. Non. M. Ouyahia est embarrassé parce qu’il a forcément des doutes sur l’utilité de la révision de la constitution, et parce qu’il ne connaît pas le calendrier du chef de l’Etat. Et, surtout, parce qu’en l’état actuel du fonctionnement du pouvoir, personne n’est en mesure de lui apporter les précisions souhaitées. Ce qui le contraint à naviguer à vue, pour s’engager dans un projet dont il ne connait ni l’agenda, ni le contenu final.

Absences

Seul réconfort pour M. Ouyahia, l’absence du président Bouteflika est plus pesante que la sienne. Car quand on parle de vide politique, d’absence, d’article 88, de vacance du pouvoir, c’est le chef de l’Etat qui est visé en premier lieu. C’est sa responsabilité qui est en cause. Pas celle de M. Ouyahia, qui veut bien être utile, mais n’y parvient pas. Car M. Ouyahia n’est visiblement pas en mesure de combler le vide politique causé par l’absence du chef de l’Etat. Ce n’est ni son rôle, ni son tempérament. Il n’a pas la carrure.

Qui pourrait le faire ? M. Sellal, peut-être. Celui-ci a mené la campagne électorale, multipliant les bourdes, mais personne ne lui en a tenu rigueur, car il était dans son rôle. Mais aujourd’hui, il est clair qu’il n’a pas la densité nécessaire pour être celui qui, en l’absence du chef de l’Etat, incarnerait le pouvoir.

Ce qui rend encore plus pesante l’absence de M. Bouteflika. Celui-ci ne s’est pas manifesté depuis plusieurs semaines. Il n’ pas réagi à l’affaire Hervé Gourdel, ce ressortissant français, assassiné par des terroristes fin octobre. C’est d’ailleurs le premier ministre Abdelmalek Sellal qui avait parlé au téléphone avec le président François Hollande, enfreignant règles et traditions protocolaires sur lesquelles un Président Bouteflika valide aurait été très sourcilleux.

Trêve

Au final, l’absence du chef de l’Etat a été comblée par une habituée de la vie politique algérienne,  la rumeur. Celle-ci s’est réveillée avant l’Aïd, avant de des propager ensuite sur un terrain particulièrement favorable, Internet et les réseaux sociaux. Sans surprise, des sites et blogs, connus ou non, ont commencé à relayer les mêmes rumeurs, répercutant à l’infini des informations impossibles à vérifier. Un scénario qui se poursuivra jusqu’à la prochaine apparition publique du chef de l’Etat. Mais au bout de quelques jours de répit, le même scénario se répètera, encore et encore.

Sans surprise, ces rumeurs sont en train de confirmer le contenu au quatrième mandat. On n’y parlera pas de projet politique, d’ambitions économiques, encore moins de débats sur la place de l’Algérie dans le monde. Le quatrième mandat sera dominé par les rumeurs qui meubleront de longues périodes d’attente, elles-mêmes entrecoupées par des apparitions plus ou moins longues, mais toujours pénibles, du chef de l’Etat ; des apparitions durant lesquelles on comptera les mots que M. Bouteflika aura prononcés, et on décortiquera les gestes qu’il aura effectués. La position de la main du chef de l’Etat sera plus commentée qu’une décision économique, et sa manière de saisir une tasse de café transformera nombre d’Algériens en spécialistes de la lecture dans le marc de café.

Ce jeu est aussi inutile que malsain. Il manque cruellement d’éthique. L’évoquer, c’est remuer le couteau dans la plaie. Même si le quatrième mandat lui-même est une profonde blessure, et un acte totalement dénué d’éthique.

Le FMI fait un diagnostic sans complaisance de l’économie algérienne

Quelques satisfécits, et une longue liste de tares. La délégation du FMI, qui a séjournée avant l’Aïd en Algérie, fait un bilan sans complaisance des problèmes de l’économie algérienne.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 8 octobre 2014)

L’Algérie devrait réaliser une performance exceptionnelle en 2014, avec une croissance hors hydrocarbures de 7.1%. Ce résultat remarquable, s’appuyant sur un niveau d’endettement quasi-nul et des réserves de change de 190 milliards de dollars, ne pourra éviter au pays de connaitre un déficit des comptes extérieurs, pour la première fois depuis vingt ans, selon le FMI. Ce qui montre tous les paradoxes d’une économie algérienne pleine de contrastes, avec, d’un côté, un volet très confortable lié aux grands équilibres macro-économiques, et de l’autre côté, une gestion primaire, comme le confirment la faible efficacité économique, l’impact quasi-nul des investissements sur la diversification de l’économie, encore trop dépendante des hydrocarbures, et un retard considérable dans les réformes nécessaires pour édifier une économie performante.

Selon M. Zeid Zidane, qui a dirigé une délégation du FMI fin septembre-début octobre en Algérie, le taux de croissance devrait se situer au-dessus de 4% en 2014. Mais la croissance hors hydrocarbures devrait dépasser les sept pour cent, un chiffre digne de pays émergent. M. Zeidane a aussi égrené les points positifs de l’économie algérienne : une inflation quasi-nulle, autour de 1.4%, une dette interne supportable et une dette externe très faible, et des réserves de changes représentant trois années d’importation.

En outre, la croissance a été « solide ces dernières années », alors que le chômage était « réduit de manière importante ». Il n’y a donc « pas de préoccupation à court et moyen terme ». Quant au secteur bancaire, M. Zidane le trouve « solide », ce qui le pousse à déclarer que les experts du FMI sont « très satisfaits de cette évolution ».

Manque d’initiative

Côté jardin, la situation est toutefois peu brillante. Avec une première évidence : les résultats positifs obtenus ne découlent pas de choix hardis du gouvernement ou d’une bonne gestion, mais d’un facteur qui échappe totalement au gouvernement, l’embellie financière obtenue grâce à la flambe des prix des hydrocarbures, qui a permis une injection massive d’argent dans l’économie.

Pour le reste, M. Zeidane a été sans complaisance. Il a indiqué que « pour la première fois depuis presque vingt ans, les comptes courants extérieurs seront déficitaires » en 2014. Parallèlement à cela, le pays reste tributaire des hydrocarbures pour 98% de ses recettes en devises, et les résultats obtenus «restent en dessous du potentiel de l’économie algérienne ». Résumant le manque d’initiative des autorités algériennes, il a affirmé que « beaucoup de réformes structurelles restent à mener ».

 

Il a aussi relevé un manque de flexibilité du marché de l’emploi, et une inadéquation entre la formation et les besoins du marché. Quant aux tares du secteur financier, elles sont nombreuses. « La profondeur financière reste très faible », a t-il dit, précisant que « le niveau de crédit a l’économie, comparativement au PIB », reste faible. « Quand on le compare aux autres pays, on reste très en deçà des standards internationaux ».

Contrastes

Le contenu de la croissance pose lui aussi problème. Celle-ci est tirée par le bâtiment et les services, alors que dans le domaine industriel, qui constitue le gros des importations, les résultats demeurent faibles. Les dépenses, quant à elles, sont « au-dessus des moyens » du pays, « à cause de l’accélération dépenses publiques ». Selon lui, cette politique « n’est pas soutenable à long terme ». Il préconise donc de « revenir à une situation budgétaire plus saine ».

L’inflation é été contenue à un seuil très bas en 2014, au-dessous de 1.5%. Mais ceci est le résultat de subventions massives, non d’une rigueur budgétaire. Les subventions s’élèvent à 25 milliards de dollars.

Pourquoi ce contraste entre des indicateurs rassurants et d’autres plus qu’alarmants? M. Zidane ne donne pas de réponse. Il affirme pourtant que les responsables algériens sont très au fait des faiblesses de l’économie. « Dans tous nos échanges avec les autorités, nous percevons clairement une très forte connaissance des enjeux, et une très bonne compréhension de ce qu’il faut faire pour à la fois assurer la stabilité court et moyen termes, et construire l’avenir » de l’Algérie, dit-il.

Cela n’empêche pas d’énumérer les recommandations du FMI aux autorités algériennes, des réformes que le gouvernement n’a pas voulu ou su mener. Il recommande de « faire de la consolidation budgétaire », de « mobiliser plus de revenus hors hydro carbures » et de « maitriser la dépense publique ». Au-delà, il suggère au gouvernement algérien de se doter d’une « stratégie de la demande qui permettre de limiter la croissance des importations » et de « diversifier les exportations ». Pour M. Zidane, « l’aisance » financière actuelle doit être « utilisée pour réfléchir au long terme ». Une phrase qui revient souvent dans le discours officiels algérien, mais qui s’arrête au stade du discours et de l’intention.

Le FMI fait un diagnostic sans complaisance de l’économie algérienne

Quelques satisfécits, et une longue liste de tares. La délégation du FMI, qui a séjournée avant l’Aïd en Algérie, fait un bilan sans complaisance des problèmes de l’économie algérienne.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 8 octobre 2014)

L’Algérie devrait réaliser une performance exceptionnelle en 2014, avec une croissance hors hydrocarbures de 7.1%. Ce résultat remarquable, s’appuyant sur un niveau d’endettement quasi-nul et des réserves de change de 190 milliards de dollars, ne pourra éviter au pays de connaitre un déficit des comptes extérieurs, pour la première fois depuis vingt ans, selon le FMI. Ce qui montre tous les paradoxes d’une économie algérienne pleine de contrastes, avec, d’un côté, un volet très confortable lié aux grands équilibres macro-économiques, et de l’autre côté, une gestion primaire, comme le confirment la faible efficacité économique, l’impact quasi-nul des investissements sur la diversification de l’économie, encore trop dépendante des hydrocarbures, et un retard considérable dans les réformes nécessaires pour édifier une économie performante.

Selon M. Zeid Zidane, qui a dirigé une délégation du FMI fin septembre-début octobre en Algérie, le taux de croissance devrait se situer au-dessus de 4% en 2014. Mais la croissance hors hydrocarbures devrait dépasser les sept pour cent, un chiffre digne de pays émergent. M. Zeidane a aussi égrené les points positifs de l’économie algérienne : une inflation quasi-nulle, autour de 1.4%, une dette interne supportable et une dette externe très faible, et des réserves de changes représentant trois années d’importation.

En outre, la croissance a été « solide ces dernières années », alors que le chômage était « réduit de manière importante ». Il n’y a donc « pas de préoccupation à court et moyen terme ». Quant au secteur bancaire, M. Zidane le trouve « solide », ce qui le pousse à déclarer que les experts du FMI sont « très satisfaits de cette évolution ».

Manque d’initiative

Côté jardin, la situation est toutefois peu brillante. Avec une première évidence : les résultats positifs obtenus ne découlent pas de choix hardis du gouvernement ou d’une bonne gestion, mais d’un facteur qui échappe totalement au gouvernement, l’embellie financière obtenue grâce à la flambe des prix des hydrocarbures, qui a permis une injection massive d’argent dans l’économie.

Pour le reste, M. Zeidane a été sans complaisance. Il a indiqué que « pour la première fois depuis presque vingt ans, les comptes courants extérieurs seront déficitaires » en 2014. Parallèlement à cela, le pays reste tributaire des hydrocarbures pour 98% de ses recettes en devises, et les résultats obtenus «restent en dessous du potentiel de l’économie algérienne ». Résumant le manque d’initiative des autorités algériennes, il a affirmé que « beaucoup de réformes structurelles restent à mener ».

 

Il a aussi relevé un manque de flexibilité du marché de l’emploi, et une inadéquation entre la formation et les besoins du marché. Quant aux tares du secteur financier, elles sont nombreuses. « La profondeur financière reste très faible », a t-il dit, précisant que « le niveau de crédit a l’économie, comparativement au PIB », reste faible. « Quand on le compare aux autres pays, on reste très en deçà des standards internationaux ».

Contrastes

Le contenu de la croissance pose lui aussi problème. Celle-ci est tirée par le bâtiment et les services, alors que dans le domaine industriel, qui constitue le gros des importations, les résultats demeurent faibles. Les dépenses, quant à elles, sont « au-dessus des moyens » du pays, « à cause de l’accélération dépenses publiques ». Selon lui, cette politique « n’est pas soutenable à long terme ». Il préconise donc de « revenir à une situation budgétaire plus saine ».

L’inflation é été contenue à un seuil très bas en 2014, au-dessous de 1.5%. Mais ceci est le résultat de subventions massives, non d’une rigueur budgétaire. Les subventions s’élèvent à 25 milliards de dollars.

Pourquoi ce contraste entre des indicateurs rassurants et d’autres plus qu’alarmants? M. Zidane ne donne pas de réponse. Il affirme pourtant que les responsables algériens sont très au fait des faiblesses de l’économie. « Dans tous nos échanges avec les autorités, nous percevons clairement une très forte connaissance des enjeux, et une très bonne compréhension de ce qu’il faut faire pour à la fois assurer la stabilité court et moyen termes, et construire l’avenir » de l’Algérie, dit-il.

Cela n’empêche pas d’énumérer les recommandations du FMI aux autorités algériennes, des réformes que le gouvernement n’a pas voulu ou su mener. Il recommande de « faire de la consolidation budgétaire », de « mobiliser plus de revenus hors hydro carbures » et de « maitriser la dépense publique ». Au-delà, il suggère au gouvernement algérien de se doter d’une « stratégie de la demande qui permettre de limiter la croissance des importations » et de « diversifier les exportations ». Pour M. Zidane, « l’aisance » financière actuelle doit être « utilisée pour réfléchir au long terme ». Une phrase qui revient souvent dans le discours officiels algérien, mais qui s’arrête au stade du discours et de l’intention.