Le FMI fait un diagnostic sans complaisance de l’économie algérienne

Quelques satisfécits, et une longue liste de tares. La délégation du FMI, qui a séjournée avant l’Aïd en Algérie, fait un bilan sans complaisance des problèmes de l’économie algérienne.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 8 octobre 2014)

L’Algérie devrait réaliser une performance exceptionnelle en 2014, avec une croissance hors hydrocarbures de 7.1%. Ce résultat remarquable, s’appuyant sur un niveau d’endettement quasi-nul et des réserves de change de 190 milliards de dollars, ne pourra éviter au pays de connaitre un déficit des comptes extérieurs, pour la première fois depuis vingt ans, selon le FMI. Ce qui montre tous les paradoxes d’une économie algérienne pleine de contrastes, avec, d’un côté, un volet très confortable lié aux grands équilibres macro-économiques, et de l’autre côté, une gestion primaire, comme le confirment la faible efficacité économique, l’impact quasi-nul des investissements sur la diversification de l’économie, encore trop dépendante des hydrocarbures, et un retard considérable dans les réformes nécessaires pour édifier une économie performante.

Selon M. Zeid Zidane, qui a dirigé une délégation du FMI fin septembre-début octobre en Algérie, le taux de croissance devrait se situer au-dessus de 4% en 2014. Mais la croissance hors hydrocarbures devrait dépasser les sept pour cent, un chiffre digne de pays émergent. M. Zeidane a aussi égrené les points positifs de l’économie algérienne : une inflation quasi-nulle, autour de 1.4%, une dette interne supportable et une dette externe très faible, et des réserves de changes représentant trois années d’importation.

En outre, la croissance a été « solide ces dernières années », alors que le chômage était « réduit de manière importante ». Il n’y a donc « pas de préoccupation à court et moyen terme ». Quant au secteur bancaire, M. Zidane le trouve « solide », ce qui le pousse à déclarer que les experts du FMI sont « très satisfaits de cette évolution ».

Manque d’initiative

Côté jardin, la situation est toutefois peu brillante. Avec une première évidence : les résultats positifs obtenus ne découlent pas de choix hardis du gouvernement ou d’une bonne gestion, mais d’un facteur qui échappe totalement au gouvernement, l’embellie financière obtenue grâce à la flambe des prix des hydrocarbures, qui a permis une injection massive d’argent dans l’économie.

Pour le reste, M. Zeidane a été sans complaisance. Il a indiqué que « pour la première fois depuis presque vingt ans, les comptes courants extérieurs seront déficitaires » en 2014. Parallèlement à cela, le pays reste tributaire des hydrocarbures pour 98% de ses recettes en devises, et les résultats obtenus «restent en dessous du potentiel de l’économie algérienne ». Résumant le manque d’initiative des autorités algériennes, il a affirmé que « beaucoup de réformes structurelles restent à mener ».

 

Il a aussi relevé un manque de flexibilité du marché de l’emploi, et une inadéquation entre la formation et les besoins du marché. Quant aux tares du secteur financier, elles sont nombreuses. « La profondeur financière reste très faible », a t-il dit, précisant que « le niveau de crédit a l’économie, comparativement au PIB », reste faible. « Quand on le compare aux autres pays, on reste très en deçà des standards internationaux ».

Contrastes

Le contenu de la croissance pose lui aussi problème. Celle-ci est tirée par le bâtiment et les services, alors que dans le domaine industriel, qui constitue le gros des importations, les résultats demeurent faibles. Les dépenses, quant à elles, sont « au-dessus des moyens » du pays, « à cause de l’accélération dépenses publiques ». Selon lui, cette politique « n’est pas soutenable à long terme ». Il préconise donc de « revenir à une situation budgétaire plus saine ».

L’inflation é été contenue à un seuil très bas en 2014, au-dessous de 1.5%. Mais ceci est le résultat de subventions massives, non d’une rigueur budgétaire. Les subventions s’élèvent à 25 milliards de dollars.

Pourquoi ce contraste entre des indicateurs rassurants et d’autres plus qu’alarmants? M. Zidane ne donne pas de réponse. Il affirme pourtant que les responsables algériens sont très au fait des faiblesses de l’économie. « Dans tous nos échanges avec les autorités, nous percevons clairement une très forte connaissance des enjeux, et une très bonne compréhension de ce qu’il faut faire pour à la fois assurer la stabilité court et moyen termes, et construire l’avenir » de l’Algérie, dit-il.

Cela n’empêche pas d’énumérer les recommandations du FMI aux autorités algériennes, des réformes que le gouvernement n’a pas voulu ou su mener. Il recommande de « faire de la consolidation budgétaire », de « mobiliser plus de revenus hors hydro carbures » et de « maitriser la dépense publique ». Au-delà, il suggère au gouvernement algérien de se doter d’une « stratégie de la demande qui permettre de limiter la croissance des importations » et de « diversifier les exportations ». Pour M. Zidane, « l’aisance » financière actuelle doit être « utilisée pour réfléchir au long terme ». Une phrase qui revient souvent dans le discours officiels algérien, mais qui s’arrête au stade du discours et de l’intention.

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