Une nouvelle doctrine politique est née: ferme ta gueule

Hanoun contre Haddad. Les dogmes contre l’argent. Ou comment les mœurs révèlent le changement dans la nature du pouvoir.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 27 novembre 2014)

Sept ministres de la République algérienne ont assisté, en ce mois de novembre 2014, à une rencontre électorale organisé par le richissime Ali Haddad, dans le cadre de sa campagne pour prendre la tête du Forum des Chefs d’Entreprises. Ce qui a suscité la colère de Louisa Hanoun. La présidente du Parti des Travailleurs a dénoncé ce qu’elle considère comme une « berlusconisation » de la vie politique. «Le mélange entre l’argent et la politique n’avait jamais atteint le niveau qu’on voit aujourd’hui», a-t-elle dit. Elle a parlé de pouvoir des « oligarques », et rappelé les expériences malheureuses vécues par le pays à cause de ce mélange des genres, citant notamment l’affaire Khalifa.

La réaction de Mme Hanoun lui a valu une réponse violente, à la limite de la vulgarité, de la part des amis de M. Haddad. Ceux-ci lui ont tout simplement intimé l’ordre de « fermer sa gueule ». Le contenu et le ton utilisés par les dirigeants du FCE pour s’adresser à la présidente du Parti des Travailleurs sont de même nature. Ils relèvent une conception primaire de la politique et des relations humaines, s’appuyant sur l’arrogance de ceux qui se sentent puissants.

C’était parfait pour lancer une nouvelle polémique, très algérienne, une de ces affaires dans lesquelles les échanges entre les belligérants ne volent pas très haut. Les réseaux sociaux se sont d’ailleurs enflammés au lendemain de cet échange, avec des commentaires acerbes. Entre les commentaires de type «bien fait pour sa gueule », propagés par les adversaires de Mme Hanoun, et ceux qui trouvaient « l’arrogance des nouveaux riches » aussi « déplacée » que « vulgaire », les réactions ont été très colorées.

Décalage

A côté de cet aspect trivial, d’autres questions, plus osées, ont fini par être posées: Louisa Hanoun est-elle encore un défenseur des travailleurs et des pauvres ? Ou bien fait-elle partie de la nomenklatura, tout en gardant un discours et une posture de gauche? Et cette manière de s’exprimer des nouveaux patrons, est-ce la marque de l’arrogance de gens qui, non seulement possèdent l’argent, mais savent aussi qu’ils sont désormais au cœur du pouvoir? Ne révèle-t-elle pas la sociologie des détenteurs d’argent, des gens le niveau de culture et d’éducation sont inversement proportionnels au niveau de fortune ?

Mais au-delà de cet aspect polémique dont raffole la presse populaire, cette affaire révèle autre de chose, de bien plus profond. Elle confirme une évolution profonde de la société algérienne et du pouvoir; une évolution si profonde que l’analyse de Mme Louisa Hanoun parait ringarde, elle qui a eu le cran de mettre publiquement le doigt sur la plaie. Les propos de Mme Hanoun montrent à quel point elle ignore l’évolution de l’Algérie. Figée dans une analyse dogmatique, elle n’a pas vu l’argent entrer puis envahir les cercles d’un pouvoir qu’elle continue à défendre à ce jour. Elle ne réalise pas encore que le changement de moeurs reflète aussi des changements dans les rapports politiques.

Confusion

La confusion ne date pas d’aujourd’hui. C’est M. Haddad qui a joué au trésorier lors de la campagne du président Abdelaziz Bouteflika pour le quatrième mandat. Celui-ci s’est largement appuyé sur les forces de l’argent pour s’imposer. Louisa Hanoun se trouve ainsi dans une posture peu crédible : elle défend un pouvoir, mais elle conteste ses alliances, les forces sur lesquelles il s’appuie, et certains de ses choix politiques. Elle s’en prend systématiquement à ceux qui remettent en cause le pouvoir de M. Bouteflika, les accusant de vouloir déstabiliser le pays, mais elle reproche aux ministres de M. Bouteflika de mal se comporter.  C’est à peine si elle n’a pas déclaré que M. Bouteflika s’est appuyé sur les forces populaires pour se faire réélire  et sur l’adhésion des travailleurs, des paysans et des forces vives de la Nation pour se maintenir au pouvoir!

En réalité, Mme Hanoun est dans une fiction totale. La République dont elle parle n’existe plus que dans ses dogmes. Elle a été gangrénée par des phénomènes qui s’appellent corruption, clientélisme et trafics en tous genres. Le pays ne fonctionne plus selon la constitution et la loi. Les institutions sont out. Et les ministres ne sont plus soumis à une logique politique ou institutionnelle, ils sont tenus de se soumettre aux règles des réseaux qui se partagent désormais le pays. Et, pour simplifier, le pays n’est plus dirigé par le président Abdelaziz Bouteflika, mais par d’autres centres de pouvoir, dont l’un des plus importants est Saïd Bouteflika.

Le diagnostic de Mme Hanoun sur la « berlusconisation » du pays, la déliquescence des institutions et la jonction douteuse entre la politique et l’argent est juste. Mais il arrive avec beaucoup de retard : la présidente du Parti des Travailleurs a participé à consolider ce pouvoir qui ne veut plus d’elle aujourd’hui. Celui-ci a dépassé l’ère des idéologies et des dogmes. Il a imposé l’argent et la force comme facteurs de régulation de la société. Et l’argent se sent désormais si puissant qu’il intime aux politiques de fermer leur gueule.

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Au pays de Rab Edzayer (Un pays très spécifique)

L’Algérie serait-elle si différente des autres pays ? Apparemment oui. Et Pourtant, ce qui s’y passe est d’une banalité affligeante.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 20 novembre 2014)

L’Algérie, un pays spécifique? Certainement. Son économie d’abord. C’est un pays qui a beaucoup d’argent, mais ses habitants subissent une incroyable malvie. Il investit énormément, mais produit très peu ; Il a les potentialités d’un pays émergent, mais traine dans les bas-fonds des classements liés à la performance économique. Son industrie représente moins de cinq pour cent de son PIB. Il possède le plus vaste désert du monde, qui représente un formidable potentiel économique, mais on y trouve moins de touristes que de terroristes.

Son président de la république ensuite. C’est un chef d’Etat qui ne parle pas, ne voyage que pour des contrôles médicaux, ne fait pas de discours, et ne tient pas de réunions de travail avec le gouvernement; il a été réélu pour un quatrième mandat à l’issue d’une opération électorale uniques dans l’histoire, et déclaré vainqueur sans faire campagne, des assistants ayant parlé à sa place. C’est le seul chef d’Etat au monde supposé gérer un pays alors que lui-même est géré par son propre frère. Et c’est enfin un président qui promet tout le temps de passer le flambeau aux nouvelles générations, mais qui s’accroche au pouvoir, alors que lui-même a joué un rôle essentiel dans l’architecture du pouvoir mis en place à l’indépendance, comme il a joué un rôle déterminant dans un coup d’Etat organisé il y a bientôt 50 ans, en 1965 !

Deux oppositions

Et le pouvoir ? Là aussi, c’est une spécificité bien algérienne. L’Algérie a un patron des services d’espionnage qui espionne en premier lieu les Algériens. Il a tellement de pouvoir qu’un éminent économiste le désigne publiquement comme le Dieu du pays, rab edzayer. Mais cet homme que personne n’a jamais vu est attaqué à visage découvert, et en toute impunité, par un autre, dont tout le pays se moque, bien qu’il soit le chef du premier parti du pays.

Ce pouvoir est partagé entre un président physiquement incapable de l’exercer, un premier ministre qui ne sait pas ce qu’est le pouvoir, un patron des services spéciaux qu’on veut déposséder du pouvoir mais à qui tout le monde obéit au doigt et à l’œil, un patron de l’armée qui a du être un brave officier, il y a cela plus d’un demi-siècle, et des réseaux, beaucoup de réseaux, dont la plupart se croisent aujourd’hui chez un homme qui n’a pas de fonction officielle, Saïd Bouteflika.

De l’autre bord, l’Algérie est également très spécifique. Elle a deux oppositions : une opposition au pouvoir, et une opposition du pouvoir. La première tente d’élaborer un projet politique dans la douleur, pour le proposer comme alternative ; la seconde vit dans un long concubinage avec le pouvoir, entrecoupé par des brouilles éphémères qui lui permettent de réapprendre à parler comme une opposition, avant de retourner au foyer.

Et l’une des grandes spécificités de l’Algérie, c’est que le régime en place a été sauvé par l’opposition la plus radicale, l’islamisme politique! L’Algérie est en effet le premier pays où a été testé une théorie très moderne du « pouvoir utile » face au « péril vert »: bien avant la Syrie et son Daech, c’est un pays où un pouvoir, s’appuyant essentiellement sur la force armée, a été jugé préférable aux groupes islamistes de l’opposition; un pays où un régime liberticide a réussi à convaincre le monde qu’il constituait un moindre mal par rapport à l’alternative qui le menaçait.

Rokia et médecine

On peut encore énumérer tous ces traits qui, pris de manière isolée, donnent l’impression que l’Algérie est un pays très particulier, très difficile à classer et à cerner, un pays si différent des autre qu’il en échapperait à la science politique. C’est flatteur pour l’égo ; c’est très réconfortant pour les amateurs du « wantoutrisme » et de la formule « nous, les Algériens » qui pensent qu’ils sont différents des autres peuples, mais c’est hélas, faux. Totalement faux. Car toutes ces spécificités relèvent presque de lieux communs qui ont nom mauvaise gestion, corruption, mauvaise gouvernance, absence de démocratie, non-respect des libertés, gabegie, sous-développement, etc.

Le monde a connu beaucoup de présidents physiquement diminués, ou dont le comportement était grotesque. KGB et Stasi ont passé beaucoup plus de temps à espionner leurs concitoyens que les étrangers. Le régime algérien n’est ni le premier ni le dernier régime autoritaire soutenu par les puissances occidentales : la plupart des pays latino-américains ont été longtemps portés à bout de bras par les Etats-Unis, officiellement pour contrer le communisme. Aujourd’hui, le communisme mort, le terrorisme l’a avantageusement remplacé. Enfin, l’Algérie n’est pas le premier au monde où un ministre confond son compte bancaire et celui de Sonatrach.

L’Algérie est simplement un pays en crise. Elle n’arrive pas à en sortir. Elle n’a pas les instruments politiques et institutionnels pour en sortir. Et comme un malade qui ne trouve pas de traitement efficace, elle s’oriente, par désespoir, vers la médecine traditionnelle, le charlatanisme, la rokia, l’exorcisme et la lutte à mort contre les djinns.

Mais détourner de l’argent, manipuler les urnes, corrompre le personnel politique n’a rien de surnaturel. C’est une activité très humaine, et très répandue en Algérie.

Le voyage du président Bouteflika à Grenoble révèle une faillite en cascade

Abed Charef

L’état de santé du président Abdelaziz Bouteflika est au cœur de l’actualité politique en Algérie. C’est un facteur bloquant sur le plan politique, économique, institutionnel, et même au plan des idées. Tout un pan de la vie du pays y est lié. En premier lieu, la possibilité d’amorcer un virage pour amorcer les réformes nécessaires, ou non. Le départ du président Bouteflika est devenu une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour entamer le changement.

Et c’est dans cette conjoncture que le chef de l’Etat décide de se rendre à l’étranger, pour des contrôles médicaux, dans une quasi-clandestinité. Ce choix est totalement incongru. Comment envisager un tel voyage sans l’annoncer, ni en donner le contenu ? Y –t-il mauvaise évaluation de la situation ? Pensait-on qu’il est possible de garder secret ce voyage, malgré l’Internet, facebook, twitter, les chaines de télé en continu, les services spéciaux de tous les pays du monde ? C’est complètement absurde.

En fait, ceux qui ont été maintenus dans l’ignorance, ce sont les Algériens. Les dirigeants français savaient tout, évidemment. Et bien à l’avance. Cela va de soi. Avec eux, leurs « amis » : Américains, Anglais, Allemands, et pourquoi pas israéliens et Marocains. Chacun a les lobbies qu’il peut. Vouloir garder secret ce voyage, dans de telles conditions, c’est dire aux Algériens qu’on a quelque chose à cacher. Mépris ? Erreur d’appréciation ? Manque de concertation ? Dysfonctionnement ?

Décision non institutionnelle

En tout état de cause, un pouvoir peut manœuvrer, dribbler, mais il n’a pas besoin d’humilier les institutions. Le président Bouteflika s’est incrusté, l’Algérie est contrainte de le subir, de faire avec, tant pis. Mais pourquoi en rajouter ? Pourquoi rappeler aux Algériens qu’en quinze ans de pouvoir, l’Algérie n’a pas été capable de construire un hôpital susceptible de soigner le chef de l’Etat ?

Et puis, qui prend ces décisions absurdes ? A l’évidence, tous les regards se tournent vers Saïd Bouteflika. C’est le nouveau grand chambellan du système. Il s’agit donc de décisions non institutionnelles. Il y a visiblement interférence entre une gestion familiale et une gestion des affaires de l’Etat. Un mélange explosif, qui mène inévitablement vers la régression institutionnelle. Un président de la république appartient à la république, pas à la famille, à la tribu ou au clan. Il doit s’élever et tirer les autres vers le haut, non se laisser entrainer dans situations comme celles dans lesquelles patauge M. Bouteflika.

Défaillance en chaine

D’autre part, si cette nouvelle hospitalisation du président Bouteflika à Grenoble a confirmé le niveau zéro de la communication officielle, elle a aussi révélé une faillite en cascade. Inutile de revenir sur le comportement de certains médias, journaux et télés, ainsi que des hommes politiques qui ont soutenu que le chef de l’Etat se trouvait à Alger et travaillait normalement. Ceux-là sont sortis depuis longtemps de la norme admise.

Mais le gouvernement, le parlement, la presse et les partis ont subi un revers collectif cuisant. Aucun ministre n’a donné l’impression d’être informé de ce qui se passait, et n’a senti le besoin de partager sa perplexité avec les Algériens. Aucun parti de gouvernement n’a été mis dans la confidence. Ne parlons pas de l’opposition. Quant à la presse, elle n’a rien vu venir, et elle a été contrainte de s’appuyer sur un journal régional français. Aucun média n’a envoyé une équipe sur place, à l’aéroport de Grenoble, ni dans les aéroports algériens où le président Bouteflika était supposé atterrir. Rappeler que Hamid Grine n’a pas fait mieux n’est pas une consolation.

L’opposition radicale prépare le grand soir

L’opposition radicale monte au créneau. Une surenchère verbale, en attendant le grand soir, celui où chacun devra montrer sa force.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 03 novembre 2014)

Pendant que M. Abdelaziz Rahabi verse dans la radicalité, et que le Hamas algérien fait de la surenchère, Amar Saadani accuse Abdelaziz Belkhadem d’œuvrer à déstabiliser l’Algérie. De quoi compliquer une scène politique sérieusement brouillée, et où les acteurs politiques se croient obligés de tourner en rond, pour donner l’illusion d’un débat.

Mais qui fait quoi, en fait, en Algérie ? Qui soutient le pouvoir, qui s’y oppose, et qui s’oppose à l’opposition? Qui travaille à préparer une transition, et qui fait semblant ? Autant de questions qui montrent que le paysage politique est aussi brouillé que le ciel d’Algérie en cette mi-novembre, aussi hésitant que l’environnement régional, où jihadistes libyens et démocrates tunisiens soufflent le chaud et le froid.

Reprenant les propos de Sofiane Djillali, leader d’un parti sympathique mais dont la base populaire reste encore à découvrir, Abdelaziz Rahabi, ancien ministre de Abdelaziz Bouteflika et proche de Ali Benflis, reproche au FFS d’adopter une position qui « fragilise l’opposition ». Sofiane Djillali avait trouvé une belle formule, pour dire que l’opposition « voulait aider le pouvoir à partir, alors que le FFS veut l’aider à rester ». A en croire MM. Sofiane Djillali et Abdelaziz Rahabi, le FFS, qui souhaite organiser une conférence nationale sur la transition, sape les efforts d’une alliance de l’opposition radicale, qui menace d’organiser bientôt le grand soir, en vue de prendre d’assaut la citadelle du pouvoir et instaurer la révolution démocratique. Ce qui autorise M. Rahabi à affirmer que le FFS a lancé une initiative « pas très claire », avec pour objectif d’accorder un « sursis » au pouvoir. Ce faisant, le FFS offrirait « une bouée de sauvetage » à un pouvoir déclinant. « Cette initiative est venue parce que le pouvoir craint un printemps algérien », affirme, catégorique, M. Rahabi.

 

Mêle tonalité chez le RCD, qui estime que l’initiative du FFS « vise précisément à prolonger le statu quo, par une manœuvre destinée à semer le doute dans l’opinion et perpétuer la recherche d’un consensus clanique ». Le RCD croit même que l’opposition a réussi à créer un mouvement de « panique » au sein du pouvoir, ainsi que chez « les segments périphériques du système ». A l’évidence, le FFS aurait lancé son idée de conférence de la transition par le biais de « rencontres bilatérales aussi fallacieuses que chimériques » pour atténuer ce mouvement de panique. Il ne reste qu’à publier sur Youtube une vidéo de Gaïd Salah qui tremble, et une autre de Toufik Mediène préparant ses bagages.

C’est toutefois Abderezak Makri qui avait sonné la charge et tiré la première salve contre les partisans d’une transition négociée et organisée avec le pouvoir. Le dirigeant de Hamas, dont le parti avait participé au gouvernement pendant deux décennies, sans discontinuer, avant de faire partie de « l’alliance présidentielle », n’a pas hésité à appeler les militants du FFS à être « vigilants » face à ce qu’il estime être une manipulation du pouvoir. Celui-ci veut « utiliser » le FFS pour « gagner du temps et justifier ses échecs politiques ». Pas moins, affirme le très vigilant Makri.

Comment expliquer ces retournements de situation? Comment le FFS, ce parti longtemps connu pour son radicalisme et son « démocratisme », est-il devenu, en quelques semaines, le « complice » du pouvoir, alors que ceux qui ont joué le jeu du pouvoir lors des grandes échéances politiques de ces vingt dernières années, se retrouvent aujourd’hui avec un autre habit et se parent de l’auréole de l’opposition?

Enigmes et évidences

C’est l’une des énigmes de cette Algérie de 2014, l’autre étant la guéguerre que se livrent Amar Saadani et Abdelaziz Belkhadem. Le premier accuse le second de mener des actions destinées à « déstabiliser » l’Algérie, selon des articles de presse. Une accusation particulièrement grave, émanant d’un homme de cour revenu en grâce, contre un autre homme de cour, tombé récemment en disgrâce. Les deux hommes avaient longtemps cohabité auparavant, préparant de manière solidaire le second puis le quatrième mandats du président Bouteflika, et s’étaient alliés pour organiser la mise à mort de Ali Benflis.

Mais s’agit-il réellement d’énigmes ? La vie politique algérienne, aussi décousue soit-elle, a toutefois conservé certains repères immuables. Parmi eux, celui-ci : quand le Hamas et le RCD se retrouvent alliés dans une action politique, il faut toujours chercher qui tire les ficelles en arrière-plan. Ces deux paris ont tous deux présenté des candidatures contre Liamine Zeroual, en 1995, et contre Bouteflika, en 2004, et ils ont tous deux soutenu le président Bouteflika en 1999. En 2013, leurs dirigeants ont passé la main, presque en même temps, avant que les deux partis ne basculent dans une radicalité apparente avant la présidentielle de 2014.

Cette fois-ci, ils promettent, au sein d’une opposition radicale, d’abattre le pouvoir, et ils dénoncent ceux qui font preuve de « mollesse ». Mais pour abattre le pouvoir, il faudra tout de même que M. Sofiane Djillali, malgré le succès d’estime qu’il a pu drainer, explique de combien de divisions il dispose.

Quand l’arbre Renault cache le désert industriel algérien

http://bit.ly/1xIutSr

Un article sur maghrebemergent.info

La grande victoire de Moncef Marzouki

Laminé par les urnes, Moncef Marzouki est pourtant le grand vainqueur des législatives du 26 octobre en Tunisie.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 6 novembre 2014)

Les élections législatives du 26 octobre en Tunisie ont été cruelles pour les hommes qui, en compagnie des islamistes d’Ennahdha, ont organisé la transition. Le Congrès pour la République (CPR) du président Moncef Marzouki, et Ettakattol (le Bloc) du président de l’Assemblée constituante, Mustapha Ben Jaâfar, sortent laminés de l’épreuve. Sur un plan strictement électoral, ils sont sur le point de disparaitre de l’échiquier électoral, tant leurs scores sont faibles.

De manière très classique, ces deux partis, avec Ennahdha, subissent un vote sanction à cause de la désillusion post-révolution. La révolution tunisienne, depuis la chute de Ben Ali, a certes permis à la Tunisie d’avancer sur le plan démocratique, mais elle n’a pas concrétisé les rêves démesurés que charrie une telle aventure. Les difficultés économiques liées à la transition, avec l’instabilité, la méfiance des investisseurs et l’hésitation des touristes, aggravées par la crise économique mondiale, ont sérieusement réduit la marge de manœuvre des différents gouvernements qui se sont succédés. Quel que soit le régime, il est difficile, avec un taux de croissance de moins de trois pour cent, de concrétiser les formidables aspirations d’une population avide de mieux-être.

Toutefois, le vote-sanction n’explique pas tout. Trois autres facteurs ont contribué à ce retournement de situation. Le premier est lié à la nature du vote. Lors des législatives d’octobre 2014, chacun a voté pour son clan, sa tribu, son idéologie. Et le vote a confirmé cette tendance, déjà observée en Algérie et au Maroc : l’électorat se divise en trois grands tiers, islamiste, conservateur (appelé nationaliste en Algérie), et « moderniste », regroupant des courants laïcs, laïcisants, démocrates ou non, de gauche ou d’extrême gauche, mais aussi des libéraux.

Homme d’ouverture

Dans une campagne électorale où chaque camp se crispe pour mobiliser ses troupes, il est difficile à un courant transpartisan, comme celui de Moncef Marzouki, de collecter des voix. Marzouki n’est pas islamiste, mais musulman. Il est « droit-de-l’hommiste », et a toujours refusé de fermer les yeux quand les islamistes étaient la première cible de la répression sous Ben Ali. Tunisien de nationalité, maghrébin de formation, musulman de culture, universaliste, comme le montre son combat pour les Droits de l’Homme, il a un profil forcément difficile à ranger dans une case pour attirer un électorat bien défini. Ce qui le condamnait à un piètre résultat aux élections du 26 octobre.

Le deuxième facteur qui explique le retournement de situation en Tunisie est extérieur : aucune transition, depuis celle d’Europe de l’Est et d’Afrique du Sud, n’a bénéficié d’un consensus international aussi puissant. Etats-Unis, France, Algérie, Qatar, tout le monde a poussé dans la même direction, parfois pour des raisons différentes. Après les dramatiques dérives libyenne et syrienne, le « printemps arabe » risquait de sombrer. Il fallait un modèle positif. Ce sera la Tunisie.

Dictature ?

Le troisième facteur, le plus controversé, concerne le régime de Ben Ali. C’était un régime policier, certes, mais pas une dictature au sens traditionnel. De larges couches de la société y avaient leur place, et une véritable classe moyenne s’était constituée, à l’ombre du pouvoir, pas malheureuse de pouvoir faire des affaires sans trop se mouiller. D’autant plus que durant la dernière décennie Ben Ali, la répression s’était concentrée sur les islamistes.

A l’exception du premier cercle autour de la famille de Ben Ali, les autres hauts responsables n’étaient pas forcément considérés comme dangereux. Et la Tunisie, contrairement à la Libye, comme l’a souligné un analyste, a refusé de voter une loi d’exclusion contre les cadres de l’ancien système, ce qui aurait privé la Tunisie d’une bonne partie de son personnel politique.

Quant à Marzouki, il était clairement dans un paradoxe. Si la Tunisie réussit sa transition, cela signifie que Mazouki a mené sa mission à son terme. Il devient dès lors inutile. Le pays peut revenir à ses clivages sociologiques traditionnels. Un peu comme un médecin : si on n’a plus besoin de lui, c’est qu’on n’a pas de problème de santé.

Le paradoxe Marzouki

L’élection du 26 octobre, apaisée, sans incident notable, a montré que la Tunisie avait franchi un cap. Marzouki a donc partiellement réussi sa mission. Son rôle historique était de mener la Tunisie, sans trop de dégâts, d’un point A, la chute de Ben Ali, à un point B, l’organisation d’une élection présidentielle libre. Il l’a fait. Doit-il rentrer chez lui? Oui, à condition que ses successeurs aient la lucidité nécessaire pour ne pas revenir à leurs sectarismes traditionnels. Auquel cas Marzouki peut encore servir, car lui a la capacité de s’adresser à tout le monde et de dépasser les cloisonnements étouffants en vigueur dans chaque camp.

Ce sera le grand enjeu de la prochaine présidentielle du 27 novembre : alors que Marzouki, qui a peu de chances d’être élu, serait le garant d’une présidence ouverte à tous, pour consolider la transition, une victoire de Beji caïd Essebsi serait une revanche contre les islamistes, avec tous les risques de dérapage que cela peut entrainer. Faut-il rappeler que Essebsi a, dans une autre vie, été le patron de la police qui, en Tunisie, est l’équivalent du DRS en Algérie ? Son retour au pouvoir tomberait au plus mal. D’autant plus qu’il a l’aval des Occidentaux, qui affirment aujourd’hui que Ben Ali et Kadhafi étaient un moindre mal.

La grande victoire de Moncef Marzouki

Laminé par les urnes, Moncef Marzouki est pourtant le grand vainqueur des législatives du 26 octobre en Tunisie.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 6 novembre 2014)

Les élections législatives du 26 octobre en Tunisie ont été cruelles pour les hommes qui, en compagnie des islamistes d’Ennahdha, ont organisé la transition. Le Congrès pour la République (CPR) du président Moncef Marzouki, et Ettakattol (le Bloc) du président de l’Assemblée constituante, Mustapha Ben Jaâfar, sortent laminés de l’épreuve. Sur un plan strictement électoral, ils sont sur le point de disparaitre de l’échiquier électoral, tant leurs scores sont faibles.

De manière très classique, ces deux partis, avec Ennahdha, subissent un vote sanction à cause de la désillusion post-révolution. La révolution tunisienne, depuis la chute de Ben Ali, a certes permis à la Tunisie d’avancer sur le plan démocratique, mais elle n’a pas concrétisé les rêves démesurés que charrie une telle aventure. Les difficultés économiques liées à la transition, avec l’instabilité, la méfiance des investisseurs et l’hésitation des touristes, aggravées par la crise économique mondiale, ont sérieusement réduit la marge de manœuvre des différents gouvernements qui se sont succédés. Quel que soit le régime, il est difficile, avec un taux de croissance de moins de trois pour cent, de concrétiser les formidables aspirations d’une population avide de mieux-être.

Toutefois, le vote-sanction n’explique pas tout. Trois autres facteurs ont contribué à ce retournement de situation. Le premier est lié à la nature du vote. Lors des législatives d’octobre 2014, chacun a voté pour son clan, sa tribu, son idéologie. Et le vote a confirmé cette tendance, déjà observée en Algérie et au Maroc : l’électorat se divise en trois grands tiers, islamiste, conservateur (appelé nationaliste en Algérie), et « moderniste », regroupant des courants laïcs, laïcisants, démocrates ou non, de gauche ou d’extrême gauche, mais aussi des libéraux.

Homme d’ouverture

Dans une campagne électorale où chaque camp se crispe pour mobiliser ses troupes, il est difficile à un courant transpartisan, comme celui de Moncef Marzouki, de collecter des voix. Marzouki n’est pas islamiste, mais musulman. Il est « droit-de-l’hommiste », et a toujours refusé de fermer les yeux quand les islamistes étaient la première cible de la répression sous Ben Ali. Tunisien de nationalité, maghrébin de formation, musulman de culture, universaliste, comme le montre son combat pour les Droits de l’Homme, il a un profil forcément difficile à ranger dans une case pour attirer un électorat bien défini. Ce qui le condamnait à un piètre résultat aux élections du 26 octobre.

Le deuxième facteur qui explique le retournement de situation en Tunisie est extérieur : aucune transition, depuis celle d’Europe de l’Est et d’Afrique du Sud, n’a bénéficié d’un consensus international aussi puissant. Etats-Unis, France, Algérie, Qatar, tout le monde a poussé dans la même direction, parfois pour des raisons différentes. Après les dramatiques dérives libyenne et syrienne, le « printemps arabe » risquait de sombrer. Il fallait un modèle positif. Ce sera la Tunisie.

Dictature ?

Le troisième facteur, le plus controversé, concerne le régime de Ben Ali. C’était un régime policier, certes, mais pas une dictature au sens traditionnel. De larges couches de la société y avaient leur place, et une véritable classe moyenne s’était constituée, à l’ombre du pouvoir, pas malheureuse de pouvoir faire des affaires sans trop se mouiller. D’autant plus que durant la dernière décennie Ben Ali, la répression s’était concentrée sur les islamistes.

A l’exception du premier cercle autour de la famille de Ben Ali, les autres hauts responsables n’étaient pas forcément considérés comme dangereux. Et la Tunisie, contrairement à la Libye, comme l’a souligné un analyste, a refusé de voter une loi d’exclusion contre les cadres de l’ancien système, ce qui aurait privé la Tunisie d’une bonne partie de son personnel politique.

Quant à Marzouki, il était clairement dans un paradoxe. Si la Tunisie réussit sa transition, cela signifie que Mazouki a mené sa mission à son terme. Il devient dès lors inutile. Le pays peut revenir à ses clivages sociologiques traditionnels. Un peu comme un médecin : si on n’a plus besoin de lui, c’est qu’on n’a pas de problème de santé.

Le paradoxe Marzouki

L’élection du 26 octobre, apaisée, sans incident notable, a montré que la Tunisie avait franchi un cap. Marzouki a donc partiellement réussi sa mission. Son rôle historique était de mener la Tunisie, sans trop de dégâts, d’un point A, la chute de Ben Ali, à un point B, l’organisation d’une élection présidentielle libre. Il l’a fait. Doit-il rentrer chez lui? Oui, à condition que ses successeurs aient la lucidité nécessaire pour ne pas revenir à leurs sectarismes traditionnels. Auquel cas Marzouki peut encore servir, car lui a la capacité de s’adresser à tout le monde et de dépasser les cloisonnements étouffants en vigueur dans chaque camp.

Ce sera le grand enjeu de la prochaine présidentielle du 27 novembre : alors que Marzouki, qui a peu de chances d’être élu, serait le garant d’une présidence ouverte à tous, pour consolider la transition, une victoire de Beji caïd Essebsi serait une revanche contre les islamistes, avec tous les risques de dérapage que cela peut entrainer. Faut-il rappeler que Essebsi a, dans une autre vie, été le patron de la police qui, en Tunisie, est l’équivalent du DRS en Algérie ? Son retour au pouvoir tomberait au plus mal. D’autant plus qu’il a l’aval des Occidentaux, qui affirment aujourd’hui que Ben Ali et Kadhafi étaient un moindre mal.