2014, la pénible année du quatrième mandat, s’achève. Enfin…

Malgré la chute des prix du pétrole, 2015 sera meilleure que l’année du quatrième mandat.

Abed Charef

Présenter ses vœux pour 2015 est un exercice aisé. Il n’y a ni échéance électorale en vue, ni quatrième mandat à organiser. Pour un pays qui a vécu l’humiliation de 2014, avec l’obligation d’assister, impuissant, à la préparation et à l’exécution de l’opération quatrième mandat, imaginer une perspective aussi sombre relève désormais de l’impossible. Le pays a touché le fond. Et malgré Fellag, il ne peut que remonter, il ne pourra pas creuser. Au pire, il se maintiendra au même niveau, pour gérer les retombées du quatrième mandat et la situation absurde sur laquelle il a débouché.

En fait, depuis que le président Abdelaziz Bouteflika a accédé au pouvoir, il y a quinze ans, 2014 a été l’année la plus pénible. Comme dans le calendrier traditionnel des Algériens du début du vingtième siècle, marqué par « l’année des bons » (de rationnement), « l’année de la peste » ou encore « l’année de la guerre des Allemands », il y a aura désormais l’avant et l’après 2014, l’avant et l’après quatrième mandat.

Pris dans la tourmente, ou impliqués dans l’engrenage, les Algériens ne mesurent probablement pas encore la portée de ce qui leur arrivé. Ils ne se rendent pas pleinement compte du caractère inédit de cette expérience unique dans l’histoire moderne. Il suffit pourtant de rappeler quelques faits, très simples, pour s’en rendre compte. Les Algériens ont élu à la présidence de la république un homme qui n’avait pas la force physique de leur demander de l’élire. Cet homme a été victime d’un accident vasculaire. Les médecins ont dit qu’il s’agit d’un « accident ischémique transitoire sans séquelle », ce qui était faux. Les séquelles étaient graves, visibles. Même les médecins n’ont pas été épargnés dans cette tourmente.

Par la suite, le pouvoir, dans son ensemble, a défendu le mensonge, ou a gardé un silence complice. Tous les ministres savent de quoi il s’agit. Certains ont choisi de jouer le jeu, d’autres ont fait semblant. Mais à tous, l’ancien président Liamine Zeroual a clairement expliqué la situation : la fonction de président de la république comporte des charges que M. Abdelaziz Bouteflika ne peut remplir, leur a t-il rappelé.

La pire année ?

Dans cette cruelle épreuve subie par le pays, la constitution a été bafouée, et toutes les institutions ont failli. De plus, l’Algérie a perdu un élément essentiel: la morale politique. Héritage d’une révolution porteuse de fabuleux symboles, ce qu’on appelle « les valeurs de Novembre » avaient littéralement porté le pays dans les années difficiles. Aujourd’hui, elles ont déserté les allées du pouvoir et les institutions.

Est-ce suffisant pour dire que 2014 a été la pire année de l’Algérie indépendante? Peut-être. Il y a eu 1997 et ses grands massacres, ainsi que les années longues années de sang qui avaient précédé. Mais pendant cette période, il y avait une partie de l’Algérie qui se battait, qui se sacrifiait, qui croyait à quelque chose et qui se défendait. Il y avait un combat, un enjeu, un horizon, un espoir qui animait nombre d’Algériens.

Cette flamme s’est éteinte en 2014. Ceux qui affirmaient naguère qu’ils se battaient pour sauvegarder la République et les institutions se sont alignés docilement pour signer une reddition en rase campagne. Ils ont vu la république chanceler, ils ont vu le centre du pouvoir quitter les institutions pour s’installer dans les réseaux, et ils se sont résignés, préférant rejoindre les réseaux plutôt que de s’accrocher à la république. C’est ainsi que j’ai ressenti 2014.

Remonter est facile

Pour 2015, on nous annonce des perspectives très sombres, avec difficultés économiques, des restrictions budgétaires, peut-être la fin des subventions, à la suite de la chute des prix du pétrole. Le tableau est suffisant inquiétant pour pousser certains à dire prédire révoltes et jacqueries, et peut-être, un virage vers la violence sociale qui va remplacer la violence terroriste. Un nouveau discours se met en place : il faut se serrer la ceinture, dit-on. Le temps de l’abondance est révolu.

Pourtant, l’histoire récente a montré que le problème de l’Algérie n’est pas économique, mais pas politique. Osons donc un pari : avec une bonne gestion, l’Algérie peut vivre aussi bien en limitant ses importations d’un tiers. Allons plus loin : l’Algérie n’a pas de problème de recettes en devises, elle a un problème de gestion et d’organisation de l’économie. Elle n’a pas de conflit entre le secteur privé et le secteur public, elle a un problème de transparence dans la gestion du secteur public et du secteur privé. Son économie est organisée comme son élection présidentielle : tout le monde sait que le processus est absurde, mais il y a ceux qui ne peuvent rien faire, et ceux qui participent activement à la supercherie parce qu’ils en tirent profit.

Dans ce processus, l’Algérie a atteint, avec le quatrième mandat, la limite de ce qu’il est possible de faire dans l’absurde. Elle ne peut pas aller plus loin sans quitter la route. Le terrain devient trop dangereux. Malgré tous les dérapages, certains signes montrent qu’une étape est en train de se terminer, et qu’une reprise va s’amorcer. Non parce que les bonnes volontés dominent, mais parce que l’état du navire Algérie est devenu trop inquiétant. C’est pour cela que l’année 2015 ne peut être que meilleure que celle qui s’achève.

Bonne année.

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