En plein quatrième mandat

Crise ou pas crise ? Austérité ou pas austérité ? Chaque ministre a sa réponse propre, mais le gouvernement ne le sait pas encore.

Abed Charef (Article publié dans le Quotidien d’Oran, jeudi 29 janvier 2014)

Mme Nouria Benghebrit l’a dit avec assurance : il n’est pas question d’austérité pour le secteur de l’Education. Les propos du premier ministre Abdelmalek Sellal évoquant la nécessité de rationaliser les dépenses de l’Etat, et de ne plus opérer de recrutement dans la fonction publique, ne s’adressent pas à l’Education, a-t-elle assuré.

Quant à M. Abdelmalek Boudiaf, il est apparu presque outré qu’on évoque l’austérité pour son secteur. Le ministre de la santé a assuré que l’Etat maintiendra l’ensemble des dispositifs publics pour veiller sur la santé des Algériens. Les programmes d’équipement, de formation et d’importation sont maintenus, a-t-il assuré.

Le ministre de l’habitat, Abdelmadjid Tebboun, continue de son côté de bâtir des millions de logements. Tous les programmes seront réalisés, assure-t-il avec un aplomb étonnant, malgré les doutes qui commencent à s’instaurer. ADL, logement social, LPP, tous les engagements seront tenus. Il va plus loin : il promet même une nouvelle salve de logements ADL.

Même son de cloche pour les subventions : elles seront maintenues, a rassuré M. Sellal lui-même, prenant le contrepied de de son ministre des finances, Mohamed Djellab, qui avait osé remettre en cause les prestations sociales. A l’avenir, les Algériens paieront leurs prestations sociales à leur juste valeur, avait prévenu M. Djellab, qui n’avait toutefois pas fixé d’échéance. Mais il a été rapidement désavoué par le premier ministre.

Ces déclarations laissent perplexes. C’est comme si la baisse du prix pétrole touchait un autre pays que l’Algérie, et que la crise de ressources financières était une simple fiction. Pourtant, le prix du pétrole a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis l’été, et même si l’Algérie s’en est plutôt bien tirée en 2014, avec une baisse modeste de ses revenus, elle entame 2014 avec un pétrole à 40 dollars. Inutile de dire qu’à ce niveau, la balance commerciale connaitra un déficit important en 2014. La marge sera très étroite pour le gouvernement.

L’incompétence, un atout

Mais curieusement, c’est l’incompétence du gouvernement qui va le sauver cette fois-ci. Il compte puiser dans le Fond de régulation des recettes (FRR) pour combler le déficit budgétaire prévisible, et sur les réserves de change, qui s’élèveraient à 190 milliards de dollars, pour pallier à la baisse des recettes en devises. Le gouvernement n’avait pas su utiliser de manière optimale les recettes procurées par les hydrocarbures. Il n’a pu investir les dinars, préférant les mettre dans un fond spécial, en prévision des jours maigres. Quant aux devises, il les a mis dans un bas de laine, ne trouvant pas la bonne formule pour les transformer en investissements. Il compte y puiser jusqu’à ce que la conjoncture se retourne, et que les prix des hydrocarbures repartent à la hausse, en espérant que l’Algérie pourra, d’ici là, relancer ses exportations d’hydrocarbures, que le ministre de l’Energie Yousfi Yousfi espère ramener en 2018 à leur niveau de 2008.

Autre élément favorable au gouvernement, il n’a pas besoin de fonds supplémentaires pour assurer les dépenses budgétaires. Pour une raison simple : le budget n’était consommé, au mieux, qu’aux deux tiers. Il peut donc supporter une baisse conséquente des recettes budgétaires sans que cela ne se répercute sur l’activité économique. D’autant plus que le budget avait été vidé de son sens : il ne représente plus un programme à réaliser selon un échéancier précis, mais un simple catalogue de dépenses.

A cela s’ajoute le peu de responsabilité du gouvernement. Celui-ci n’est tenu par aucun engagement. Personne ne l’oblige à la performance. Il n’est pas tenu d’assurer une croissance chinoise, ni de faire entrer l’Algérie dans le cercle des BRICS. Il n’a pas de parlement auquel il doit rendre compte, et les partis n’ont pas de prise sur lui. C’est même l’inverse : c’est lui qui nomme et destitue les chefs de partis. Sa seule responsabilité est de tenir le front social, tant que le président Abdelaziz Bouteflika est en poste. Tout le reste est secondaire.

Eléments de langage

Cette déresponsabilisation du gouvernement ne le dédouane pas pour autant de certaines obligations primaires, comme de faire semblant de se comporter comme un gouvernement. Et d’astreindre les ministres à tenir un discours cohérent, au moins pour que tous disent la même chose sur un sujet donné. A défaut d’afficher un programme digne d’un gouvernement, ils peuvent, au moins, s’abstenir des déclarations contradictoires, avec des ministres qui affirment prendre des mesures pour lutter contre la crise, et d’autres qui affirment que la crise a été évitée « grâce au programme de son Excellence le président de la République ».

Partout dans le monde, se sont imposées des règles simples, basées sur les fameux « éléments de langage ». Face à un évènement d’envergure, le grand chef définit une ligne à suivre. Celle-ci est traduite, par des communicateurs professionnels, en formules toutes prêtes, que l’ensemble des ministres se contentent de répéter. A charge pour chacun d’aller plus dans le détail dans la définition des « éléments de langage » de son secteur, ce qui donne, au final, l’image d’un gouvernement homogène, et évite au premier ministre d’être désavoué dès le lendemain par les membres de son exécutif.

Mais à l’impossible n’est tenu. Pourquoi un gouvernement aurait-il obligation de se comporter comme un gouvernement, du moment que sa formation, sa mission, son fonctionnement, et la manière de récompenser ses membres ou de les sanctionner sont différentes de celles prévues par institutions et les usages?

Moralité : l’auteur de cette analyse fait fausse route. Il a été pris à contrepied. Il a oublié que l’Algérie est en plein quatrième mandat.

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