Attaque au gaz de schiste contre Makri

Abdereezak Makri mène campagne. Et développe une conception très particulière de l’opposition, qui l’amène à vouloir faire aujourd’hui exactement ce qu’il dénonçait hier.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 5 février 2014)

Abderrezak Makri a rassuré ses partenaires de l’opposition. Non, il n’abandonne pas la CNLTD. Il reste fidèle à la ligne définie lors de la rencontre de l’opposition à Zéralda. Juré, promis. Son parti, le MSP, travaille à consolider les rangs de l’opposition. Rien, dans ce qu’il entreprend, ne va à l’encontre de cette ligne politique.

Mais les assurances de M. Makri ne changent rien. Et du côté du pouvoir, on se frotte discrètement les mains. Les récentes sorties de Mokri, de nouveau tenté par des infidélités envers l’opposition, a de quoi rassurer les cercles autour du président Abdelaziz Bouteflika. Très en verve depuis qu’il a pris le parti, se laissant aller régulièrement dans une surenchère verbale contre le pouvoir et l’opposition, M. Makri voulait se donner l’image d’un dirigeant radical, prêt à aller très loin. Engagé, avec ses alliés de la CNLTD, dans une course à la plus belle formule pour critiquer le pouvoir, il n’a pas hésité à s’attaquer au FFS ni à égratigner des personnalités de l’opposition qui avaient gardé une certaine retenue dans leurs positions les plus récentes.

Mais voilà que M. Makri redécouvre son propre parti, le MSP. Aucune formation politique ne sort pas indemne de deux décennies passés au gouvernement. On ne vit dans la périphérie immédiate du pouvoir sans que ça ne laisse des traces. L’ancien chef du parti Bouguerra Soltani l’a bien dit. Dans des termes à peine voilés, il a menacé de reprendre les rênes du parti si celui-ci ne revenait pas à sa vocation naturelle. En clair, il appelle M. Makri à cesser de faire de l’opposition inutile, à abandonner une ligne de conduite nuisible aux intérêts du parti, et à revenir dans le giron du pouvoir, sans trop insulter l’avenir. Personne ne sait de quoi demain sera fait.

Entrisme et affaires

Bouguerra Soltani est probablement plus en phase que Makri avec l’appareil de son parti. Celui-ci est plutôt porté vers l’entrisme et attiré par les affaires. L’opposition radicale, la confrontation, ne font pas partie des mœurs de la maison. D’ailleurs, au MSP, on piaffe d’impatience. « Ce qui les intéresse le parti, c’est le business halal, pas les dogmes et le radicalisme », affirme un proche du MSP. Les cadres du parti n’oublient pas non plus la période faste. Ils ont fait fortune quand leur formation faisait partie de l’alliance présidentielle. Cette présence avait permis au président Bouteflika de se présenter comme le leader d’une coalition réunissant un « consensus national », avec ce qu’il faut, par commodité, appeler les nationalistes, les démocrates et les islamistes, si tant est que le FLN a gardé quelques souvenirs du nationalisme, et si le RND a un jour croisé les pratiques démocratiques.

Quant à M. Makri, dès qu’il avait paris en main le parti, il avait voulu donner l’image d’un dirigeant qui voulait tourner la page. Mais aujourd’hui, il se trouve contraint de se convertir à la realpolitik. Et comme tous les nouveaux convertis, il a tendance à faire de la surenchère. Il a découvert que la CNLTD n’avait pas la force pour « dégager » le pouvoir. Il abandonne donc l’idée du « grand soir », pour constater qu’il est nécessaire de discuter avec le pouvoir en vue d’organiser une « transition négociée ». « Le principe même d’une transition négociée réside dans le dialogue avec le pouvoir en place », dit-il, ajoutant que « sans le pouvoir, il n’y a nul changement pacifique et dans la sérénité ».

Quand le gaz de schiste sera halal

C’est, curieusement, ce que dit le FFS, qui veut lui aussi organiser une conférence de la transition. Mais M. Makri n’accorde pas au FFS de préjugé favorable. Bien au contraire. Si l’initiative du MSP vise à « rassembler l’opposition », celle du FFS « veut l’effriter », affirme M. Makri, qui finit par lâcher la formule la plus lourde de sens: « on ne veut pas laisser le terrain » au FFS, dit-il dans une déclaration reprise sur son site internet.

Makri est donc vigilant. No pasaran ! Le pouvoir est tout aussi vigilant. Il a des sentinelles installées en première ligne pour veiller sur lui. Le pouvoir est satisfait de contrôler une partie de l’opposition, et celle-ci montre ses muscles, s’affirmant prête à contrer le reste des opposants. Ce qui garantit au pouvoir une année plutôt zen.

Le schéma serait parfait si le pouvoir avait une alternative quelconque à proposer pour pallier à sa propre incurie. En détruisant les relais sociaux et politiques, le pouvoir met l’armée et aux forces de sécurité en première ligne face à la rue, sans intermédiation politique et sociale. La contestation à In-Salah l’a bien montré. Le seul « messager » a été le patron de la police. Et les protestataires ont clairement dit au chef de l’Etat qu’ils n faisaient confiance ni à ses représentants, ni à institutions.

Makri pourrait lui aussi crier victoire, si son propre parti était capable de quoi que ce soit pour sortir le pays de la crise. S’il était capable, parce exemple, de parler aux contestataires de In-Salah, et de défendre, devant eux, l’idée d’exploiter le gaz de schiste. Car si son parti affirme aujourd’hui qu’il rallie les courants hostiles au gaz de schiste, il est utile de rappeler que le MSP faisait parte du gouvernement qui avait lancé les premières études et réalisé les premiers forages pour le gaz de schiste. Et il fera partie, dans quelques années, du gouvernement qui exploitera les hydrocarbures non conventionnels, il n’y a aucune doute là-dessus.

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