Sur le commerce extérieur,  Amara Benyounès réinvente les années 1970

Une conférence nationale pour booster les exportations. L’idée est séduisante, mais inutile, car les mêmes hommes, avec les mêmes méthodes, ne peuvent changer l’économie du pays.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 31 mars 2015)

M. Amara Benyounès a placé la barre très haut. Pour bien marquer son territoire et affirmer sa volonté de remettre de l’ordre dans le commerce extérieur, le ministre du commerce a déclaré que cette question relève de la « souveraineté nationale ». Il n’y a pas de tabou pour M. Benyounès, qui a laissé clairement entendre qu’il était prêt à revoir l’accord d’association avec l’Union européenne et celui de la zone arabe de libre échange (ZALE) si cela s’avère nécessaire pour rétablir les équilibres extérieurs du pays.

Cette détermination affichée ne va pourtant pas le mener bien loin, car M. Benyounès n’a ni la légitimité, ni l’expertise nécessaires pour dessiner une alternative  à ce qui se fait sous le règne du président Bouteflika. La conférence sur le commerce organisée à cet effet, lundi et mardi, montre bien les limites de ce que veut engager le ministre du commerce, qui affiche de beaucoup de bonnes intentions, sans avancer réellement. Ses premières initiatives montrent même qu’il va à contre-courant de l’histoire, dans sa volonté de réhabiliter des méthodes tellement archaïques qu’elles en deviennent suspectes.

Comme premières décisions, suggérées bien avant cette conférence, M. Benyounès a en effet annoncé l’installation de groupes de travail pour mettre en place des licences d’importation ! C’est un retour de quarante ans en arrière, quand le dogme de l’Etat entrepreneur était tout puissant, et que les Algériens étaient considérés comme des sujets de l’activité économique, non comme des acteurs. Comment distribuer ces licences, à qui en confier la gestion, comment en contrôler l’exécution ? Autant de questions insolubles, particulièrement avec l’administration actuelle, minée par la corruption et les passe-droits. A moins que M. Benyounès ne cherche tout simplement à prendre en mains lui-même le droit de gérer ces passe-droits.

Mêmes hommes, mêmes méthodes

Dans la présentation de la conférence de cette semaine, des thèmes très sophistiqués sont énoncés. On trouve, par exemple, un débat sur « la stratégie nationale et la politique de développement et de de promotion du commerce extérieur », ou encore un second thème, « Instruments d’appui et de promotion du commerce extérieur », ainsi qu’un prometteur exposé intitulé « Environnement du commerce extérieur et cadre législatif ». Parmi les intervenants, on retrouve, aux côtés de M. Benyounès, le ministre des affaires étrangères Ramtane Lamamra, le ministre des finances Mohamed Djellab, celui de l’agriculture Abdelouahab Nouri, le gouverneur de la banque d’Algérie Mohamed Laksaci, l’inévitable Abdelmadjid Sidi-Saïd, ainsi que des grands patrons de groupes publics et privés. Autrement dit, les mêmes hommes qui gèrent l’économie depuis des années, selon la même logique distributive. Ils n’ont jamais osé une mesure quelconque pour mener le pays vers d’autres sentiers, ceux de la production, de la croissance, de la création de la valeur ajoutée, que tout le monde chante mais dont tout le monde se détourne quand il s’agit de poser correctement les équations.

Tout ce monde a d’ailleurs découvert les vertus de l’exportation lorsque les prix du pétrole se sont effondrés. Du jour au lendemain, ils ont été amenés à réfléchir sur de nouvelles réformes. Chacun y est allé de son idée, plus ou moins farfelue, comme celle du retour aux licences d’importation. Comme s’il était possible d’inverser l’évolution du solde de la balance commerciale sans toucher aux archaïsmes de base de l’économie algérienne.

Défaillances

Il faudra probablement attendre la prochaine revue de l’économie algérienne avec les équipes du FMI pour que M. Benyounès se rende compte de l’inutilité de ses projets. Mais il peut gagner du temps, s’il consent à écouter un ancien ministre des finances, proche de M. Bouteflika : « tout le monde sait ce qu’il faut faire, mais tout le monde sait que cela ne se fera pas sous Bouteflika», a confié cet ancien ministre à un de ses proches. Les experts du FMI et de la Banque Mondiale, les économistes algériens indépendants, le collectif Nabni, tout le monde a une idée plus moins précise de la voie qu’il faut emprunter, malgré des divergences sur les rythmes, les séquences et les priorités. Ils peuvent en dire un mot à M. Benyounès, qui se rendra alors compte qu’il est impossible d’agir sur l’économie algérienne dans la conjoncture actuelle, sans lever l’hypothèque politique. Il faudra normaliser la vie politique et la vie économique en même temps. Peut-être même faudra-t-il commencer par le volet politique. en tout état de cause, rien ne peut se faire sans une démarche globale, avec toutes ses cohérences, pour réorienter l’économie algérienne dans des délais raisonnables, en payant un prix raisonnable.

L’écueil du dinar

En attendant, si M. Benyounès est pressé, il peut regarder du côté du dinar. Il peut se demander pourquoi la fameuse Renault Symbol, fabriquée à Oran, sera difficile à vendre en Algérie, et encore plus difficile à exporter lorsque l’Algérie en fabriquera plus que ce que peut absorber le marché algérien. Il se rendra alors compte que la parité du dinar a un rôle central dans le processus. Le dinar est surcoté pour faciliter l’importation et acheter la paix sociale. M. Benyounès peut faire de la valeur du dinar un point de départ du nouveau dispositif à mettre en place, de manière progressive, pour tenter de faire en sorte qu’acheter un téléviseur, un véhicule ou de la dalle de sol, fabriqués partiellement en Algérie, soit plus attractif que d’acheter des produits importés.

Pour l’heure, toutefois, deux éléments font défaut pour espérer se lancer dans cette direction. Il manque à l’Algérie un pouvoir suffisamment légitime pour s’engager dans cette aventure, et il lui manque l’ingénierie nécessaire pour manager le projet.

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Les saints sont au-dessus de la justice des hommes

Procès Sonatrach, procès de l’autoroute. Les scandales arrivent devant la justice, qui se révèle impuissante. Faite pour juger les humains, elle ne peut juger les saints. 

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 26 mars 2015)

M. Amar Ghoul est un sait homme. Le ministre des transports a fait preuve d’une telle force de caractère quand il avait en charge le ministère des travaux publics qu’il apparait aujourd’hui comme un modèle de probité. Il a d’autant plus de mérite qu’il a navigué dans un environnement particulièrement hostile, comme le décrit l’acte d’accusation du procès de l’autoroute est-ouest.

Jugez-en plutôt. Ce procès révèle que tout l’environnement de M. Ghoul pataugeait dans la boue des commissions. Sont en effet mis en cause dans cette affaire Mohamed Bouchama, ancien secrétaire général du ministère des Travaux publics, Salim Rachid Hamdane, directeur des nouveaux projets au ministère des Transports, Belkacem Ferrach, le propre directeur de cabinet de M. Ghoul, Ahmed Rafik Ghazali, ancien directeur de l’Agence de gestion des autoroutes, Mohamed Khelladi, ancien directeur des nouveaux programmes de l’Agence nationale des autoroutes, Mohamed Ouezzane, conseiller de Tayeb Belaïz lorsque celui-ci était au ministère de la Justice, ainsi que des hommes plus ou moins douteux, comme Sid Ahmed Addou, qui servait d’intermédiaires, et d’autres personnages hauts en couleur, certains en détention, d’autres en fuite. Il a y aussi sept sociétés étrangères impliquées dans ces affaires de corruption, la chinoise Citic-CRCC, la japonaise Cojaal, la canadienne SM Inc, l’espagnole Isolux Corsan, l’italienne Pizarotti, la suisse Garanventas et la portugaise Coba.

M. Amar Ghoul a donc navigué pendant des années dans ce monde malsain. Ses propres collaborateurs, ainsi que des cadres du ministère et des entreprises sous sa tutelle, sont accusés d’avoir touché des commissions et des cadeaux de la part d’entreprises étrangères, en contrepartie de faveurs dans la passation ou dans l’exécution de contrats. Mais lui-même est resté de marbre face à la tentation. A peine pourrait-on lui reprocher de ne pas avoir fait preuve de la vigilance nécessaire pour démasquer plus rapidement tous prévaricateurs. Mais un homme chargé de mener à bien le projet du siècle peut bénéficier d’une certaine indulgence, particulièrement quand on sait que le projet, prévu sur cinq ans, n’est toujours pas achevé au bout de onze années.

Collègues en sainteté

Un autre saint homme s’est exprimé il y a trois semaines. Il s’agit de M. Mohamed Meziane, l’ancien PDG de Sonatrach. Poursuivi dans un procès qui a fini par être reporté, M. Meziane a fait des déclarations d’une incroyable limpidité, à la veille de l’ouverture du procès. Comme tous les saints, il a déclaré qu’il était aveugle, sourd et muet face aux affaires de corruption. Il a affirmé que deux de ses fils, détenus dans le cadre de cette affaire, faisaient des affaires avec l’entreprise qu’il dirigeait sans qu’il le sache. Ils ont obtenu des contrats douteux sans qu’il ne soit au courant. Il ne savait pas qu’ils jouaient les facilitateurs, ni qu’ils avaient négocié l’achat de matériel de sécurité au profit de Sonatrach. Cette affaire de matériel de sécurité sonne de manière très particulière, quand on sait que Sonatrach a été victime de l’affaire Tiguentourine.

M. Meziane atteint cependant les sommets de l’innocence quand il affirme qu’il n’était pas au courant de cadeaux transmis à sa propre épouse. Parmi ces cadeaux, un appartement à Paris. M. Meziane n’est pas touché par ces affaires. Il est au-dessus. Ou à côté, on ne sait pas encore. Le monde des saints fonctionne de manière différente.

Justice des hommes

Bien avant lui, l’ancien ministre des affaires étrangères Mohamed Bedjaoui avait été cité dans une affaire de commissions liée à l’autoroute est-ouest. La presse a fait état de  rencontres auxquelles il aurait participé, à Alger, à Pékin et dans d’autres capitales, pour organiser la répartition de commissions liées à des marchés. Il a évidemment rejeté toutes ces accusations, et la justice semble l’avoir cru sur parole. Il n’est pas cité dans le procès.

Les enquêteurs n’ont pas osé s’attaquer au saint homme. Le juge du tribunal international de La Haye, l’homme qui avait présidé avec autant d’impartialité la commission chargée de superviser les élections présidentielles sous Bouteflika, avant de faire preuve de la même impartialité à la tête du conseil constitutionnel, le grand juriste qui avait participé à la rédaction de plusieurs constitutions algériennes, cet homme-là ne pouvait être atteint par des affaires aussi sordides. Le fait que son neveu, Farid Bedjaoui, apparaisse comme le principal accusé dans une des affaires Sonatrach, celle à laquelle est mêlé son ami Chakib Khelil, ancien ministre de l’Energie, n’était qu’un malheureux hasard. M. Mohamed Bedjaoui a du reste démenti et regretté que des rapprochements aussi hasardeux soient faits par des voix visiblement malintentionnées. Un homme de cette trempe -c’est presque un saint-, ne peut être mêlé à ça.

Ce qui montre qu’en Algérie, malgré les aléas de la vie, malgré la tourmente, il y a encore des hommes de grande valeur, proches du monde des saints. Un seul regret : la justice algérienne est faite juste pour les hommes, pas pour les saints.

Attaque de Bouteflika contre l’opposition: manipulation des lobbies? C’est plutôt la république qui s’effondre

Le président Bouteflika a violemment attaqué presse et opposition. En voulant corriger le tir, ses conseillers enfoncent la République.

Abed Charef (Sur le site de maghreb Emergent: http://bit.ly/1BI3Gpj)

C’est l’art de réparer une bévue par une bévue encore plus grave. La présidence de la république s’y est essayée ce week-end, et a largement réussi le test, montrant que le fonctionnement de la République s’est considérablement dégradé en cette première année du quatrième mandat.

A l’origine de cette nouvelle affaire, qui révèle de graves dysfonctionnements au sommet de l’Etat, un discours du président Abdelaziz Bouteflika, lu en son nom par un de ses conseillers, M. Benamar Zerhouni, à l’occasion du 19 mars, fête de la Victoire. Adoptant un ton grave, le chef de l’Etat n’est pas loin d’accuser l’opposition de forfaiture. Il impute aussi à la presse un comportement proche de l’irresponsabilité. M. Bouteflika se proclame défenseur de l’Etat et des institutions, et affirme sa volonté de les défendre contre les uns et les autres, contre « des pseudo-hommes politiques » et contre « une presse qui n’a aucun souci de son éthique professionnelle ». Evidemment, tout ce monde qui s’oppose au chef de l’Etat profère des « sornettes », auxquelles le peuple ne croit pas, ce qui n’empêche pas ces opposants forcenés à « s’évertuer, matin et soit, à effrayer et démoraliser le peuple, à saper sans confiance dans le présent et l’avenir ».

La charge est très violente. Elle ne s’adapte pas au moment, la fête de la victoire, traditionnellement consensuelle et apaisée. Elle détonne avec les méthodes habituelles. Elle provoque un malaise, car il devient très vite évident que cette attaque est aussi inutile qu’inefficace. Rien ne la justifie. Après tout, même si elle avait tort, l’opposition est en droit de s’opposer, et la presse a parfaitement le droit de critiquer les choix du pouvoir.

Complot

Cette conviction qu’une bévue a été commise est partagée, y compris par les cercles du pouvoir, qui tentent alors de rectifier le tir. Mais les questions se multiplient : qui est l’auteur de ce discours à la tonalité visiblement différente? Est-ce le vrai discours ? Pourquoi y a-t-il une différence entre la version en arabe, officielle, et celle rendue publique en français ?

Un choix est rapidement fait pour gérer cette crise. Elle s’articule sur deux idées : séparer la presse de l’opposition, et imputer l’attaque contre la presse à un dysfonctionnement, non à une volonté du chef de l’Etat. Des « sources proches » de la présidence se mettent alors en chasse. Elles laissent filtrer la bonne parole. Une erreur a été commise. L’attaque contre la presse ne figurait pas dans le discours du chef de l’Etat. Une main, peut-être malveillante, l’a ajouté. Quelle main ? Celle du ministre de la communication, en guerre contre certains médias? Un clan hostile au chef de l’Etat ? Des hommes tapis, y compris dans l’entourage immédiat du chef de l’Etat, attendant leur heure pour semer le trouble et la division?

Cette version du complot se révèle très habile. Qui sont les comploteurs ? La France ? Les clans ? Le DRS ? Les forces de l’argent ? Qui parle au nom du chef de l’Etat ? La question passionne, et personne ne peut y répondre, même si certains « spécialistes » affichent un air entendu pour dire, sous le sceau de la confidence, qu’ils ont tout compris. Cette piste permet de nourrir l’imagination, et de laisser à chaque algérien le soin de donner une identité à ces ennemis factices, pour désigner les comploteurs qui lui agréent le plus. Elle indique aux Algériens que la parole du chef de l’Etat est déformée par des forces occultes tapies dans l’ombre, et ne reculant devant rien pour arriver à leurs fins.

Pire que le mal

Mais sur le fond, cette gymnastique est bien dérisoire au regard des dégâts que révèle l’affaire : il valait mieux, pour le chef de l’Etat, assumer une grossière erreur, plutôt que de reconnaitre que l’Etat ne fonctionne plus. Car c’est de cela qu’il s’agit aujourd’hui. Les institutions de la république ont été tellement mises à mal qu’elles ne sont plus en mesure de produire un discours et de l’assumer. La République n’est plus en mesure d’assurer le service minimum. C’est l’essence même du quatrième mandat qui est ainsi révélée.

Ce n’est pas le début de la dérive, ni la fin. Quand le chef de l’Etat est tombé malade une première fois, l’histoire aurait retenu son nom s’il avait démissionné tout de suite ou s’il s’était retiré à la fin de son mandat. Il a fait le choix inverse : rester au pouvoir coûte que coûte. Sérieusement diminué, incapable de remplir ses missions constitutionnelles, selon la formule de l’ancien président Liamine Zeroual, il s’est accroché au pouvoir, décrochant un quatrième mandat totalement absurde : il ne peut ni se déplacer, ni faire de discours, ni tenir de vraies réunions de travail. Il ne peut ni participer aux grands rendez-vous internationaux, ni permettre à l’Algérie d’abriter des sommets. Le pouvoir qu’il n’exerce pas est exercé par d’autres, en son nom. Dans l’opacité.

Bouteflika a inévitablement entrainé tout l’appareil de l’Etat dans ce dérèglement général. Tout le fonctionnement des institutions s’en ressent, avec une confusion jamais égalée : un patron réunit les ambassadeurs, des lobbies rédigent des décrets, et pour se sortir d’une mauvaise passe, les conseillers du chef de l’Etat sont en train de dire que les discours du président de la république sont manipulés par des clans et des lobbies. Tout ceci alors que le pays n’a pas encore bouclé la première année du quatrième mandat.

Comptes HBSC et sachet noir, une curieuse alliance contre l’économie algérienne

 En Algérie, comptes HSBC et sachet noir cohabitent. Paradoxes d’une économie où des bribes de modernité cohabitent avec l’archaïsme le plus primaire.

 Abed Charef

Première séquence : Chakib Khelil est mis en cause en Algérie dans l’affaire Saipem. Un journaliste tente d’enquêter sur les biens détenus par l’ancien ministre de l’Energie aux Etats-Unis, où il vient de se réfugier. Le journaliste prend contact avec un ancien confrère installé à Washington. En quelques minutes, celui-ci apporte de nombreuses réponses. M. Khelil possède deux maisons. Une simple connexion donne les adresses, la valeur des biens en question, la date de leur acquisition, leur mode de financement, etc.

Deuxième séquence : un autre journaliste algérien tente de savoir à qui appartient une entreprise qui venait de décrocher un marché en Algérie. Il souhaite obtenir les documents relatifs au marché et à l’entreprise. Sa démarche est évidemment infructueuse. Tout le monde le regarde de travers. Les gens se méfient, se dérobent, ont peur. Ils ne savent pas de quoi, mais ils ont peur. Des organismes chargés de collecter des informations économiques se ferment à la moindre demande.

Séquence trois : Maghreb Emergent publie une première liste de ressortissants algériens détenteurs de comptes auprès de la banque HBSC en Suisse. Le site a bénéficié de fuites de l’affaire swissleaks, et a réussi à obtenir des informations concernant les 440 algériens ayant déposé 670 millions de dollars auprès de cette banque. Parmi eux, un historique de la bataille d’Alger, Yacef Saadi, un industriel propriétaire de la biscuiterie Bimo, et un homme d’affaires en détention préventive dans le cadre de l’affaire de l’autoroute est-ouest.

Paradis fiscaux en sursis

Que révèlent ces trois affaires ? Elles montrent beaucoup de différences dans les rapports avec l’argent. Aux Etats-Unis, posséder de l’argent est respectable et impose le respect des autres. Tout le système est organisé de manière à permettre aux Américains de gagner plus d’argent, en toute légalité. Afficher sa fortune est une attitude naturelle. Il n’est pas nécessaire de la cacher. Les nouvelles technologies se sont greffées sur ce modèle pour l’améliorer : tout est public, transparent. Le montant des impôts payés par les personnes et les entreprises peut être consulté grâce à un simple clic. Seul le secret bancaire demeure, avec des restrictions imposées par la loi. Cela donne une visibilité exceptionnelle de l’activité économique américaine. C’est le pays où les chiffres sont les plus abondants, les plus réguliers, et les plus proches de la réalité.

En Suisse, on se contente de collecter l’argent des autres pour en tirer profit, tout en se protégeant derrière le secret bancaire. Et c’est précisément ce secret bancaire que les Américains tentent de lever, pour des raisons liées à leur propre sécurité : ils veulent « tracer » l’argent servant à financer des organisations considérées comme hostiles ; ils veulent savoir qui donne des fonds, à qui, en passant par quel réseau et par quelle place financière. Cela les a amenés à s’attaquer à leurs propres paradis fiscaux, qu’ils hésitent encore à démanteler : eux aussi en ont besoin pour faire transiter de l’argent inavouable au profit d’alliés encore plus inavouables.

En Algérie, on en est encore une étape préhistorique de l’économie, celle de l’opacité organisée pour cacher la rapine et la fuite de capitaux. Des Algériens fortunés, mais gagnés par l’incertitude concernant l’avenir du pays, transfèrent une partie de leurs biens à l’étranger. Ces gens sont devenus aujourd’hui des victimes collatérales d’une évolution inattendue. Une nouvelle politique occidentale, alliée aux nouvelles technologies, est en train d’imposer un nouveau modèle financier, mieux adapté aux besoins de sécurité des pays occidentaux.

Nouveau modèle

En Algérie, on sent vaguement les prémices de ce nouveau modèle. C’est un mouvement gigantesque qui a déferlé sur le monde, mais l’Algérie est restée à la marge. Le paiement électronique ne s’est toujours pas imposé. Même le chèque reste l’exception dans les transactions entre particuliers, battu par cette horrible invention que fut le sachet noir.

En publiant la liste HSBC, Maghreb Emergent a révélé ce décalage entre l’Algérie et le reste du monde: un média modeste, collé au mouvement de mondialisation, a obtenu des informations sur un pan, le moins avouable peut-être, de l’économique algérienne. Il a mis le curser là où il devrait être : montrer à quel point l’Algérie est décalée par rapport au monde moderne. C’est un pays qui, dans son organisation générale de l’économie, reste à la préhistoire de la finance. Ce qui n’empêche pas certains acteurs d’en tirer pleinement profit, en utilisant cette opacité et cette apparente désorganisation pour faire fuir des capitaux à un rythme gigantesque.

Faut-il le rappeler ? L’affaire swissleaks concerne l’argent déposé à un moment donné (il y a près de dix ans), auprès d’une seule banque, dans un seul pays. Que se passera-t-il si jamais « l’empire » décide de donner la liste de tous les déposants, dans toutes les banques, dans tous les pays ? Mais rassurez-vous, cela n’arrivera jamais. L’empire gardera pour lui-même une somme d’informations aussi précieuses. En Algérie, il faudra se contenter d’un résultat plus modeste : connaitre, en accédant au site de l’administration des impôts, les bénéfices réalisés par les entreprises de M. Ali Hadad.

Classes vides dans un pays déclassé

Comment un enseignant peut-il envisager que ses élèves puissent être sanctionnés par une année blanche, sous prétexte que lui-même est mal payé, mal logé, ou insuffisamment rémunéré?

 Abed Charef

Ce n’est plus une impasse, c’est un entonnoir. La grève dans l’éducation est entrée dans un engrenage destructeur. Les partenaires de la crise ont oublié l’essentiel, l’élève. Ils se sont engagés dans un bras de fer, ils tentent, chacun de son côté, de démontrer qu’ils ont raison, ils veulent prouver qu’ils sont déterminés, fermes, prêts à aller jusqu’au bout, qu’ils ne céderont jamais face au chantage de l’autre camp, etc. Ils organisent des rencontres pour décortiquer les mensonges de l’autre, ils interviennent sur les plateaux télé pour rappeler les engagements non tenus, et dénoncent les manœuvres dilatoires de l’ennemi.

Entretemps, la grève continue, hypothéquant une année scolaire définitivement entachée. Un cadre de l’enseignement secondaire est formel. Pour certains élèves, il est déjà trop tard. Quels que soient les efforts fournis, il leur sera impossible de récupérer le temps perdu. Des classes d’examen en pâtiront, définitivement.

Cette situation a déjà été vécue par le passé, mais personne n’en a tiré les leçons. L’administration a essayé, cette fois-ci, de contourner les enseignants, en lançant une idée ridicule concernant des CD, une plateforme et des cours dispensés à la télé pour sauver l’année. Mme Benghebrit, qui a tenu un brillant discours sur la nécessité de rénover, d’augmenter le nombre de semaines de cours, de discuter pour améliorer le volet pédagogique, s’est retranchée dans la forteresse administrative pour menacer et mépriser les enseignants, laissant entendre qu’on peut se passer d’eux en ayant recours à différentes formules.

Fait-elle l’objet d’une cabale montée par les adversaires de la réforme ? Ses mesures ont-elles réveillé les corporatismes ? Peut-être. Mais cela ne peut ni justifier des méthodes aussi légères, ni occulter le fond politique du dossier.

Sacrifices et nihilisme

La réaction de l’administration n’est pas une surprise. Cela fait longtemps qu’il n’y avait rien à attendre de ce côté-là. Ce que sait faire l’administration, c’est menacer, corrompre, ou distribuer de l’argent. «Les grévistes savent que l’administration est en mauvaise posture. Ils appuient là où ça fait mal », affirme un enseignant.

L’espoir était donc du côté des enseignants. Que feraient-ils ? Tiendraient-ils compte du nécessaire équilibre entre la défense de leurs intérêts et la nécessité de préserver l’intérêt de l’élève? Feraient-ils preuve de plus de responsabilité, de pondération, pour savoir jusqu’où aller, sans que cela ne débouche sur un désastre, eux qui sont face aux élèves au quotidien?

Les grévistes ont fait un choix inverse. Ils se sont barricadés dans la défense de leurs intérêts, rejetant sur l’administration la responsabilité de l’échec des négociations. Ils ne se rendent pas compte qu’il ne sert à rien de savoir qui est responsable de l’écroulement de la maison, mais que le plus important est d’éviter qu’elle ne s’écroule.

Les enseignants ne sont pas rendus compte que leur grève a changé de nature, que l’enjeu n’est plus de réaliser leurs objectifs, mais de sauver une année scolaire que l’administration n’est visiblement pas en mesure de sauver. Les revendications des grévistes sont-elles légitimes ? L’administration leur a-t-elle menti ? A-t-elle manqué à ses engagements ? Ces questions sont importantes et légitimes, mais elles sont dépassées. Elles ne constituent plus le cœur du problème.

Dans leur radicalisme, les grévistes évoquent une possible année blanche. Se rendent-il compte de quoi ils parlent? Comment un enseignant peut-il envisager que ses élèves puissent être sanctionnés par une année blanche parce que lui-même est mal payé, mal logé, ou insuffisamment rémunéré? Le courage n’est pas de défier la ministre, quel qu’en soit le prix, mais d’assurer un bon déroulement de l’année scolaire, y compris quand le ministère multiplie les bourdes et les provocations.

Mise à jour

Mais au-delà de la grève, il devient évident que l’Algérie a besoin d’une mise au jour, non seulement au sein du pouvoir, mais aussi dans les méthodes de lutte politique et contre les injustices. La lutte est nécessaire, vitale. La détermination est indispensable. Mais l’adaptation des moyens à l’objectif est tout aussi vitale.

Sans aller à des exemples extrêmes (pourquoi fait-on la guerre en Syrie aujourd’hui ? Qui a raison, qui a tort?), il devient évident que la dislocation institutionnelle impose une révision déchirante des méthodes utilisées pour appuyer des revendications. Particulièrement quand on a en face un pouvoir totalement déclassé, incapable de résoudre la moindre crise. Couper des routes, brûler le siège de l’APC et de la daïra est devenu un classique d’une banalité affligeante. La grève illimitée aussi. C’est vrai que c’est souvent le seul moyen de résoudre un problème.

Mais toutes ces énergies gaspillées méritent un meilleur sort. Elles ont besoin d’être canalisées pour un autre projet, plus global, en vue d’en finir avec un modèle de gestion qui constitue désormais le principal problème du pays. L’Algérie n’a pas besoin de grèves et de routes coupées, elle a besoin de passer à un système politique où l’élève est pris en charge de sept heures le matin à 19 heures.

Utopie? Non. C’est un projet très simple, moins coûteux, et plus efficace. Il suffira juste de se mettre à jour.

Le système Raouraoua accumule les ratés

CAN, affaire Fekir, gestion du football et de l’équipe nationale, etc. Mohamed Raouraoua multiplie les échecs.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 12 mars 2015)

Le système Raouraoua s’est grippé. Le président d la Fédération algérienne de football accumule les déboires depuis un an, jetant le doute sur un système très complexe qui lui a permis de régner pendant de longues années sur le football algérien et bien au-delà. Multipliant les erreurs d’appréciation et les mauvais choix, il se retrouve sur un siège éjectable, alors que ses adversaires, multipliant les embuscades, découvrent qu’il est vulnérable et que son pouvoir peut être remis en cause.

Les premières erreurs ont commencé il y a un. Anticipant une faible participation de l’Algérie en coupe du monde, Raouraoua a poussé Vahid Hallilodzic vers la sortie bien avant le rendez-vous brésilien. Il a ramené Christian Gourcuff et lui a fait visiter le centre d’entrainement de Sidi-Moussa alors que Hallilodzic se trouvait sur place. Le message était clair et le bosniaque l’a compris. La divine surprise de la coupe du monde, avec une séduisante équipe d’Algérie, a pris Raouraoua à contrepied. Il s’est mordu les doigts. Et le président Bouteflika a été contraint d’intervenir pour lui demander de garder le bosniaque. Le désaveu était public, et dangereux pour un homme qui vit de sa proximité du pouvoir.

Dans la foulée, il y eut ce nouvel impair avec l’équipe nationale. Se croyant seul maitre à bord, M. Raouraoua, qui avait établi de solides relations avec les milieux d’affaires du Golfe, avait prévu d’envoyer l’équipe au Qatar, où elle devait être récompensée, dans la plus pure tradition de la région. L’évènement fut perçu par l’opinion algérienne comme une humiliation. Les plus folles rumeurs ont alors circulé, faisant état d’un déplacement du ministre des sports à l’aéroport d’Alger pour dissuader certains joueurs de prendre l’avion. Mais le mal était fait. Survenue dès le début du quatrième mandat, l’affaire a marqué les esprits, et mis le doute sur les liens entretenus par M. Raouraoua avec le Qatar.

Liaisons dangereuses

L’équipe nationale était en effet sponsorisée par Oreedoo, la compagnie de téléphone rachetée par le Qatar. Le contrat avec Oreedoo apparaissait désormais comme un fardeau. Les mois suivants allaient le confirmer. Les contrats mis en place par M. Raouraoua allaient être détricotés les uns après les autres. Ce fut d’abord Oreedoo qui a perdu son contrat avec l’équipe nationale, au profit de Mobilis, qui n’a pourtant pas l’habitude de faire des prouesses en matière de sponsoring. Dans le même temps, la FAF était poussée à signer un contrat avec l’hôpital Parnet d’Alger, pour prendre en charge les internationaux algériens. Ceux-ci étaient auparavant soignés au célèbre « Aspetar », établissement qatari devenu célèbre pour avoir accueilli plusieurs internationaux algériens.

Mais M. Raouraoua n’était pas attaqué seulement sur les dossiers externes. A Blida, où le stade Chaker apparaissait comme son fief, il a brusquement perdu tout pouvoir. Le wali local qui, en d’autres temps, serait apparu comme un petit fonctionnaire face à M. Raouraoua, a décidé de reprendre en main l’organisation des matches de l’équipe nationale, réduisant le président de la FAF à un rôle de  simple comparse. Celui-ci a tenté d’imposer ses équipes traditionnelles, mais ses démarches sont restées sans suite. Il a même été contraint de bouder pour exprimer son mécontentement. Mais il n’a pas pour autant réussi à inverser le rapport de forces.

Mahfoudh Kerbadj a ensuite contribué à brouiller le jeu. Le président de la Ligue de football professionnel a violemment pris à partie les dirigeants du football algérien, affirmant que les clubs n’avaient rien de professionnel. Il a même annoncé sa décision de démissionner, pour signifier que la gestion du football était défaillante. La mort de l’avant-centre camerounais de la JSK Albert Ebossé, la multiplication des actes de violence dans les stades, la multiplication des incendies montraient que M. Raouraoua était menacé de toutes parts.

Le ratage Fekir

Le résultat mitigé de l’équipe nationale en phase finale de la coupe d’Afrique des nations a augmenté la pression sur M. Raouraoua. Alors que l’équipe était promise à remporter la CAN, elle n’est même pas passée en demi-finales. Ce qui a poussé le président de la FAF à mettre sur la table deux nouvelles cartes susceptibles de retourner l’opinion en sa faveur.

Il a d’abord laissé entendre que le franco-algérien Nabil Fekir aurait choisi de jouer pour l’équipe d’Algérie alors qu’il était sollicité par l’équipe de France. Fekir apparait comme un joueur de très haut niveau, potentiellement capable d’atteindre le niveau de Benzema et peut-être même celui de Zidane. En faire un international algérien constituerait assurément un gros coup. Mais Fekir a désavoué Raouraoua, en choisissant la France.

Est-ce la mésaventure qui pousse Raouraoua à se montrer plus modeste ? En tous les cas, il commence à se montrer moins sûr de lui. Pendant de longs mois, il montrait une certaine assurance en parlant des chances de l’Algérie d’organiser la CAN en 2017. Depuis quelques semaines, il fait profil bas, notamment depuis que plusieurs voix en Algérie ont émis des doutes sur les chances de l’Algérie. Anticipant peut-être un nouvel échec, M. Raouraoua est allé jusqu’à dire que le dossier de candidature n’est pas présenté par la FAF, mais par l’Etat algérien. Le ministre des sports, M. Tahmi, a été contraint de rectifier mardi dernier, en déclarant que le gouvernement appuie la candidature, mais que son promoteur reste la FAF. Est-ce une manière pour M. Tahmi de prendre ses distances vis-à-vis d’un homme perte de vitesse? Ou est-ce un sauve-qui-peut général dans un milieu où on pressent l’échec? En tout état de cause, cette succession de revers que subit Raouraoua rappelle à tous ceux gravitent autour du pouvoir la fragilité de positions acquises grâce au pouvoir, qui peut tout offrir, mais qui peut aussi tout reprendre.

(Le message vaut aussi pour Saïd Bouteflika).

Quand l’inefficacité du pouvoir aggrave la crise du gaz de schiste

La crise liée au gaz de schiste a connu un premier dérapage, mais elle a surtout révélé un problème d’exercice et de fonctionnement du pouvoir.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 5 mars 2015)

A In-Salah, l’Algérie a produit plus de gaz lacrymogène que de gaz de schiste. Le dérapage enregistré en début de semaine, après deux mois de contestation contre l’exploitation du gaz de schiste, a sonné la fin d’une étape, celle de la contestation pacifique et bon enfant, pour engager le pays dans une épreuve de force à l’issue très incertaine. Jusque-là festive et conviviale, la protestation s’est durcie, donnant lieu à des affrontements violents, avec blessés et arrestations, selon un  engrenage des plus classiques.

Comme souvent, le gouvernement a utilisé les armes qu’il manie le mieux : force brutale et promesse de nouvelles rentes. Le président Bouteflika a promis de nouvelles wilayas déléguées, devenues des wilayas dans la bouche du premier ministre Abdelmalek Sellal, et des promesses sonnantes et trébuchantes ont été distribuées. Dans le même temps, des renforts significatifs de gendarmes étaient envoyés dans le sud.

Mais la démarche du gouvernement n’a pas débouché sur des résultats probants. Non seulement il n’a pas obtenu la fin de la contestation, mais il n’a pas non plus réussi à apaiser les esprits. D’erreur en cafouillage, il a fini par tout perdre. Malgré les moyens de l’Etat, il a été écrasé sur le terrain de la communication par des protestataires qui ont fait preuve d’une grande habileté, utilisant les réseaux sociaux et les TIC alors que le gouvernement restait enfermé dans la langue de bois et des méthodes d’un autre âge. Il est vrai aussi qu’il est difficile de gagner une bataille de com avec le trio Bouteflika-Sellal-Yousfi. Un attelage aussi improbable perdrait une bataille des mots face à un adversaire muet. « Si j’étais Youcef Yousfi, je finirais par douter des déclarations de M. Yousfi lui-même», a dit un protestataire, pour bien marquer le peu de persuasion dans les propos des officiels.

Doutes

Les protestataires ont réussi à semer le doute au sein de l’opinion, grâce à un mélange d’arguments, tantôt sérieux, tantôt tirés par les cheveux. Entre le manque de rentabilité du gaz de schiste, les produits chimiques utilisés présumés dangereux, les risques de pollution de la nappe phréatique, le gaspillage de l’eau, ils ont fait feu de tout bois, pour amener le citoyen à se poser des questions. C’est de bonne guerre.

Pour bien enfoncer le clou, ils ont fait état d’accords plus ou moins secrets passés avec les compagnies américaines Anadarko et Halliburton, des injonctions plus ou moins feutrées de Total et du gouvernement français, qui imposent l’exploitation du gaz de schiste comme prix à payer pour le quatrième mandat, le tout dans une atmosphère de complot et de manœuvres secrètes, alors que l’ombre de Chakib Khelil et des centaines de millions de dollars détournés plane encore sur Sonatrach. Tout ceci donne le tournis, et amène naturellement à se dire que tous comptes faits, il vaut mieux renoncer au gaz de schiste ou, au moins, décréter un moratoire en attendant que les choses se tassent. Ceci sans oublier certaines initiatives plus ou moins farfelues, ou dangereuses, comme cette pétition qui demande l’intervention du conseil des droits de l’Homme de l’ONU pour assurer « l’interdiction de l’exploitation du gaz de schiste dans notre pays ».

Mais au final, si les adversaires du gaz e schiste ont remporté une victoire, ils ont gagné par défaut. Ils n’avaient pas d’adversaire. Dans une bataille de com, il est difficile de considérer M. Abdelmalek Sellal comme un adversaire de poids, ou de prendre au sérieux un PDG par intérim de Sonatrach. Pour que M. Saïd Sahnoun puisse devenir audible, il faudrait d’abord que le gouvernement le prenne au sérieux, et en fasse un vrai PDG, pas un intérimaire assis sur un siège éjectable et susceptible d’être viré à tout moment.

Alarmes

Dans toute la littérature qui a accompagné cette affaire, deux textes méritent d’être signalés. Le premier relevait que dans une telle crise, le pays a besoin d’une présence, d’une voix, d’une autorité. Il a besoin d’un président, non de lettre anonymes lues en son nom par des bureaucrates fades, dans une atmosphère de fin de règne. Une manière comme une autre de souligner sue le quatrième mandat a plombé le pays, l’empêchant de prendre les décisions, bonnes ou mauvaises.

Le second texte souligne que le ministre de l’Energie Youcef Yousfi n’est plus qualifié pour régler cette crise, à supposer que sa hiérarchie soit en meilleure position. Appelé pour apporter une certaine sérénité après l’épisode Chakib Khelil, M. Yousfi a déjà consommé deux PDG de Sonatrach, et gravement entamé le crédit de son ministère. Sa nouvelle loi sur les hydrocarbures n’a pas donné de résultat probant, sa voix n’est pas audible, ses arguments ne sont pas entendus par les adversaires du gaz de schiste. Visiblement, suggère l’auteur de ce texte, les prochains choix doivent se faire sans lui. Ce qui soulève un autre problème.

Alors que le prix du pétrole connait une chute significative, l’homme chargé du secteur des hydrocarbures se trouve sur un siège éjectable, alors que le patron de Sonatrach est un intérimaire, qui ne sait même pas s’il sera confirmé à ce poste ou non, en attendant que les vrais centres de pouvoir s’accordent sur le successeur de Abdelhamid Zerguine. C’est donc la force de frappe du secteur des hydrocarbures qui se trouve paralysée aujourd’hui. C’est comme si, au moment de déclarer une guerre, on se rendait compte que le chef de l’armée était en vacances, ou en convalescence. Vue sous cet angle, l’Algérie offre un autre spectacle : le pays ne vit pas un problème de gaz de schiste, mais une crise politique, une crise d’organisation et d’exercice du pouvoir. Le gaz de schiste en est à peine un révélateur, un de plus.