La balance commerciale de l’Algérie relève du miracle économique

En Algérie, un déficit insignifiant de la balance commerciale a été enregistré durant les deux premiers mois de 2014. C’est un nouveau miracle économique, qui risque de pousser le gouvernement à oublier les réformes nécessaires.

 Abed Charef (le Quotidien d’Oran, 7 avril 2015)

Les chiffres du commerce extérieur de l’Algérie pour les deux premiers mois de 2015 relèvent du miracle. Malgré un léger déficit, ces résultats ont été accueillis avec un immense soulagement par un gouvernement qui ne savait pas comment s’y prendre pour faire face à la chute des revenus extérieurs du pays, à la suite de la baisse des prix du pétrole.

Selon des chiffres officiels publiés fin mars, la balance commerciale de l’Algérie a enregistré un déficit de 341 millions de dollars sur les mois de janvier et février 2015, passant au rouge pour la première fois depuis quinze ans. Une année auparavant, elle enregistrait encore un excédent de 1.71 milliards de dollars. En valeur, les exportations ont baissé de 28.6%, s’établissant à 7,72 milliards de dollars, contre 10,82 milliards de dollars au cours des deux premiers mois de 2014, selon le Centre national de l’informatique et des statistiques des Douanes (Cnis). Dans le même temps, les importations baissaient de 11.44%, pour s’établir à 8,06 milliards de dollars, contre 9,11 milliards de dollars un an auparavant.

Pour le gouvernement, cela signifie que même si les prix du pétrole resteraient dans la fourchette actuelle, le déficit commercial se stabiliserait à 170 millions de dollars par mois. Il ne devrait donc pas dépasser les deux milliards à la fin de l’année, auquel il faudrait tout de même ajouter le déficit de la balance des services, qui se situera probablement autour de dix milliards de dollars. Pour le gouvernement, qui fait un calcul de gérant de superette plutôt qu’une évaluation globale de la performance économique, cela signifie que les réserves du pays en devises, autour de 190 milliards de dollars, permettraient au pays de tenir plus de dix ans. Il ne resterait plus qu’à trouver une solution au déficit budgétaire, en puisant dans le Fonds de régulation des Recettes (FRR).

Le Fonds de Régulation peut être asséché

Cette démarche a déjà été entamée. Selon le ministère des finances, le FRR disposait de 4.408 milliards de dinars à fin de 2014, contre 5.563 à fin 2013, ce qui représente une baisse de 20%, alors que l’année 2014 n’a été mauvaise, sur le plan des recettes, que durant le second semestre, lorsque les prix du pétrole ont chuté. Le Fond de régulation a ainsi enregistré un solde négatif de 1.153 milliards de dinars (13 milliards de dollars).

En 2015, il faudra donc trouver des dinars, pas des devises. Le gouvernement envisage une loi de finances complémentaire, et se débat pour changer la donne économique, notamment en maitrisant mieux le commerce extérieur. Sa marge est cependant très limitée, et les mesures envisagées n’auront pas d’effet significatif. Le gouvernement ne maitrise pas les leviers économiques, et une action sérieuse ne donnerait de résultats que sur le long terme. Un expert financier, Rachid Sekkak, a clairement montré que le défi sera le déficit budgétaire, avec épuisement probable du Fonds de régulation avant 2019 si les prix du pétrole ne repartent pas vers la hausse dans l’intervalle.

Retournement de conjoncture

Mais le long terme ne semble pas intéresser le gouvernement, dont l’objectif est de tenir la baraque sur le court-moyen-terme. Et sur ce terrain, il est rassuré. Un miracle a eu lieu, sans que le gouvernement n’ait fait quoi que ce soit. Un retournement de conjoncture, sur lequel le gouvernement n’a aucun impact, a bouleversé quelques éléments, ce qui a permis de changer la donne.

Sur deux à trois années, il peut puiser des dinars dans le Fonds de régulation, quitte à l’épuiser avant 2019. Il peut aussi dévaluer le dinar, ce qui produirait, de manière mécanique, une hausse des recettes en dinars, au risque de voir l’inflation repartir.

Pour les devises, il a bénéficié d’une série d’éléments favorables, qui lui permettent de stabiliser la balance en devises du pays. Il y a, ainsi, la hausse du dollar, qui a gagné près de 30% par rapport à l’euro depuis un an. Or, pour simplifier, disons que l’Algérie vend en dollars, et achète plutôt en euro. Du simple fait de la parité, les importations algériennes baissent de près de 30%.

Parallèlement à cela, l’Algérie exporte plus de gaz que de pétrole. Le prix du gaz est moins souple, et subit moins les fluctuations du marché. Les recettes peuvent donc se maintenir, particulièrement si les quantités exportées augmentent, comme le suggère le ministre de l’Energie Youcef Yousfi. En 2014, déjà, les exportations auraient augmenté de 5%. La remise en marche complète du site de Tiguentourine et le début d’exploitation d’autres sites devrait offrir une nouvelle bouffée d’oxygène, particulièrement après les difficultés de l’Algérie à répondre à la demande de ses clients en 2013-2014, lorsque des retards significatifs étaient enregistrés dans les livraisons.

Mais au total, après la panique de fin 2014 début 2015, le gouvernement respire. Ce qui le laisse supposer que, tous comptes faits, il est inutile d’aller à des réformes qui risquent de perturber le quatrième mandat.

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