L’espoir ne compte pas dans le calcul du PIB

Le classement des pays par PIB est dépassé. D’autres méthodes sont en vogue, mais elles ne valorisent pas assez l’espérance comme élément déterminant du bien-être.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 19 avril 2015)

Il y a, tout en haut, les pays performants. Ils sont peu nombreux. On compte sur le bout des doigts ces contrées qui font près de dix pour cent de croissance, ou qui réussissent à atteindre une puissance nettement supérieure à leurs capacités. La Chine et le Brésil pendant la décennie passée, Singapour, petit rocher devenu un centre névralgique de la finance mondiale, le minuscule Qatar qui, quoiqu’on dise, a acquis un poids incroyable dans le monde moderne, offrent des exemples de ces pays qui crèvent l’écran, grâce à des arguments hors norme.

Il a ensuite les pays modèle. Ceux qui, sans faire de vague, assurent à leurs habitants un standing de vie très élevé, un bien-être inégalé, avec des prestations sociales de haut niveau. Ils garantissent la paix, la stabilité, la sécurité, assurent une scolarisation de grande qualité, une éducation incomparable, tout en préservant l’avenir. Soucieux d’environnement, de qualité de vie, de solidarité sociale, ils ont également réussi à faire en sorte que les inévitables inégalités sociales ne laissent des pans de la société au bord de la route. Ils font rêver. Moins à cause de leur richesse que de leur image. Norvège, Suède, Finlande sont ces modèles, que d’autres pays ou contrées tentent de rattraper. On trouve ainsi dans la compétition des pays comme la Nouvelle-Zélande, l’Autriche, mais aussi des villes comme Ottawa.

Un peu plus bas, mais toujours dans la première partie du classement, on trouve les pays où les gens s’en sortent plutôt bien. Ces pays réussissent des performances économiques correctes, assurent la cohésion politique et sociale, même si leurs performances présentent certaines failles, à cause des inégalités sociales ou de qualité de vie. Pour des raisons diverses, ils ne font pas rêver, ou bien ils sont fortement controversés. Allemagne, Etats-Unis, Suisse, sont assez riches pour attirer ceux qui viennent du sud, mais pas assez pour constituer un eldorado.

Difficile d’évoquer les pays riches, mais réputés difficiles. La France et sa précarité, l’Espagne et son chômage au-dessus de 20%, les pays arabes où on peut gagner beaucoup d’argent mais où la qualité de vie parait peu enviable, peuplent ce troisième groupe de pays qui, malgré leurs richesses, font moins rêver. Subjectif ? Probable. Mais beaucoup d’Algériens hésiteraient à passer toute leur vie au Koweït, même avec un revenu de 5.000 dollars par mois. Ils accepteraient de vivre avec le tiers en Suède ou au Canada.

De l’autre côté de la montagne

Dans l’autre versant, on pourrait diviser le monde en trois grandes ensembles : ceux qui tentent de passer dans la première partie du tableau ; ceux qui peinent à se maintenir, alors qu’ils sont irrésistiblement tirés vers le bas, menacés d’entrer dans une spirale infernale qui en ferait des Etats défaillants ; et, enfin, ceux qui sont déjà entrés dans l’engrenage de l’autodestruction. Irak, Syrie, Libye, Yémen, Somalie, et de nombreux autres offrent un modèle assez courant de ce qu’est une autodestruction, alimentée par un feu interne et externe. Ces pays ne disposent pas, en interne, de l’énergie et de la vitalité nécessaires pour sortir de l’engrenage, et l’environnement international ne veut pas, ou ne peut pas leur donner le coup de pouce nécessaire pour s’en sortir. Leur destin n’est plus entre leurs mains.

En position nettement meilleure, d’autres pays comme les anciens pays de l’est, et une bonne partie de l’Amérique latine et de l’Asie, pointent leur nez pour entrer dans le monde assurant un mode de vie décent et des conditions sociales acceptables. Pour cette catégorie, l’essentiel n’est pas la position actuelle, mais la direction choisie. Ils ont fait les bons choix, ils ont de la croissance, le niveau de vie augmente, la cohésion nationale est maintenue, et une certaine discipline sociale permet d’envisager des lendemains meilleurs à moyen et long terme.

Ce n’est pas le seul PIB qui compte. Les Nations-Unies l’ont bien relevé, en créant d’autres indices pour évaluer la qualité de la vie, comme l’indice de développement humain. Il est notoire qu’un Américain disposant de 5.000 dollars par mois ne vit pas aussi bien qu’un Norvégien disposant de la moitié de cette somme. Mais à côté de cette qualité de vie, un autre élément entre en jeu. On pourrait l’appeler l’élément d’espérance. Les habitants d’un pays se sentent-ils bien dans leur peau, ont-ils confiance en l’avenir de leur pas ? Leur économie est-elle en croissance ? Ont-ils une perception positive de l’avenir ? Font-ils confiance en leurs institutions pour éduquer leurs enfants, et prendre en charge leurs ennuis de santé ?

Un couple étrange

L’Algérie et de la France constituent, curieusement, un couple dont les habitants ont une perception particulièrement négative de leur présent et des possibilités de leur pays. Ceci se manifeste par exemple par le fameux scepticisme des Français, et par ce phénomène des harraga en Algérie. Malgré un niveau de vie élevé, un niveau de développement enviable, et un système social extrêmement généreux, les Français ont tendance à râler, à mettre en avant la précarité et le chômage, et à être critique envers tout ce qui les entoure. Y compris envers les capitaux qataris quoi leur offrent une chance unique de décrocher la Champions’s league de football !

En Algérie, c’est encore pire. Avec une situation politique particulièrement mal perçue. C’est un pays qui a potentiellement les capacités de figurer en haut du tableau, mais qui frise le bas du tableau. Malgré des investissements énormes, il ne réalisé qu’entre 2 et 3% de croissance. Les dépenses sociales sont gigantesques, mais le système de santé fonctionne très mal. La qualité de vie y est telle qu’Alger se classe en queue de peloton des capitales du monde en matière de bien-être : 187e sur 230 villes répertoriées, alors que Tunis et Rabat arrivent à 113ème et 116ème place.

La différence entre l’Algérie des années 1970 et celle d’aujourd’hui est peut-être. Au lendemain de l’indépendance, les gens vivaient mal, mais ils voyaient que le pays avançait et que leurs conditions de vie s’amélioraient. Aujourd’hui, les gens ont un revenu bien meilleur, mais ils se demandent de quoi demain sera fait.

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