C’est M. Sellal, tout de même !

Entre le retour de M. Ahmed Ouyahia et le discours de M. Abdelmalek Sellal, l’Algérie se perd. Et les dirigeants perdent leur crédibilité, essentielle à l’exercice de l’autorité.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 28 mi 2015)

C’est l’évènement de ce mois de mai 2015. Plus important que le remaniement ministériel, plus médiatique que le départ de Xavi du FC Barcelone, plus symbolique que la prise de Palmyre par Daech, le retour de M. Ahmed Ouyahia au RND va bouleverser l’échiquier politique du pays. Selon les initiés de la vie politique algérienne, le ministre d’Etat, directeur de cabinet du président de la république, va reprendre les commandes de « son » parti, dont la « base militante » le réclame. Abdelkader Bensalah, qui a remplacé Ouyahia à la tête du parti lorsque celui-ci a été mis à l’écart, serait contesté par des cadres qui souhaitent une « dynamisation » des structures du RND. M. Bensalah a accepté sort, et serait prêt à remettre la maison RND à son propriétaire, sans faire de vague, dit-on.

M. Ouyahia navigue ainsi sans difficulté entre son poste de ministre d’Etat, chef de cabinet du président de la république, et celui de patron du RND. Comme s’il changeait d’affection, dans un pays où le RND serait une sous-direction du pouvoir, comme l’UGTA serait le bras social du DRS. D’ailleurs, plusieurs journaux ont écrit que retour de M. Ouyahia a été avalisé « en haut » lieu, dans ces endroits mystérieux où se joue le sort du pays et le destin des hommes.

Dans ce jeu, on ne sait ce qui est le plus grave. Est-ce le fait que le président Abdelaziz Bouteflika, du reste peu respectueux de la constitution et des lois, dicte lui-même la musique dans ces aller-retour, franchissant les lignes jaunes sans tenir compte de l’impact de ses décisions sur les institutions? Est-ce le fait que M. Ouyahia, qui trouve là un moyen de rebondir, en attendant des jours meilleurs, se prête à ce jeu, est-ce cela qui est troublant? Ou est-ce le fait que l’opinion algérienne se soit accoutumé à ce jeu, et le considère désormais comme normal?

Légalité

Le président Bouteflika, toujours lui, a ordonné de procéder, « sans délai », à des changements à la tête des entreprises publiques économiques et des institutions administratives. Par ce procédé, le chef de l’Etat a clairement violé la loi. Un chef d’Etat n’ordonne pas de la sorte. Il a des prérogatives constitutionnelles et légales qu’il exerce.

La nomination de certains dirigeants de banques et d’entreprises obéit à des règles et des procédures précises. Personne ne peut, légalement, les contourner. Ces règles permettent de savoir qui fait quoi, qui est responsable de quoi. Quand le chef de l’Etat, gardien de la Constitution et des Lois, agit de la sorte, il contribue à démolir ce qui reste de l’esprit républicain et légaliste. Il montre clairement aux Algériens que la loi ne s’impose pas à tous, et qu’ils doivent éventuellement se plier à d’autres règles qu’à la loi. Comme s’il les incitait à s’éloigner de la loi au profit de l’allégeance, clanique ou régionale, de la soumission à l’argent ou à d’autres sources de pouvoir.

Ces pratiques ne sont, à l’évidence, pas nouvelles. Elles se sont même banalisées, au point de devenir un mode de gestion. Mais en ces temps où le gouvernement ne sait par quel bout prendre la crise, il n’est pas inutile de rappeler des éléments primaires : ce type de discours nuit à la loi, aux institutions, ainsi qu’aux hommes politiques eux-mêmes. Ceux-ci perdent ce qui leur reste de crédibilité, et donc d’autorité. Avant, les responsables tenaient un discours, mais ils avaient une pratique décalée. Maintenant, même dans leur discours, ils ne respectent plus les formes. Ils se laissent aller à des dérives graves. Le discours politique devient du simple bavardage sans intérêt. Il produit l’effet inverse de ce qui est attendu.

Du Sellal

C’est ce qui s’est passé avec le discours de M. Abdelmalek Sellal lors de sa rencontre avec les cadres du secteur de l’énergie. Prenant un ton grave, le premier ministre a déclaré que la situation économique du pays était pour le moins complexe, et nécessitait un effort collectif, dans lequel les cadres et travailleurs de Sonatrach auraient un rôle central. Il a annoncé une réduction des dépenses publiques, en raison de la baisse des ressources de l’Etat.

M. Sellal a aussi rappelé qu’il « y a un gaspillage dans la consommation des carburants, ainsi que de la contrebande». Il a plaidé pour une « rationalisation de la consommation ». Mais il a aussitôt précisé que cela « ne va se traduire par une hausse des prix des carburants », bien que « le montant de la subvention augmente d’année en année ». « Nous n’allons pas augmenter les prix, qui sont un acquis social », a-t-il insisté.

Parmi cet auditoire qui écoutait doctement M. Sellal, le nouveau ministre de l’Energie et le nouveau patron de Sonatrach restaient dubitatifs. Tous deux savent que le prix du carburant est un élément essentiel dans la rationalisation de la consommation. Les cadres du secteur, dans leur écrasante majorité, partagent ce point de vue, tout comme les économistes plus ou moins crédibles, ainsi que ceux des institutions internationales. Comment, dès lors, prendre au sérieux M. Sellal, et considérer qu’il est porteur d’un projet viable pour le secteur, alors qu’il insiste sur une subvention absurde? C’est M. Sellal, pourra-t-on toujours objecter. Mais tout de même!

Une fausse polémique pour occulter un véritable échec

Le duo Lamamra-Messahel a occulté le départ de la paire Yousfi-Djellab. Pourtant, le changement des ministres « économiques » aura beaucoup plus d’impact sur le pays que la polémique sur l’organisation de la diplomatie.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 21 mai 2015)

La polémique qui a entouré la réorganisation de la diplomatie algérienne lors du remaniement du 14 mai a éclipsé l’innovation, la seule, qui touchait deux grands ministères économiques, ceux de l’énergie et des finances. Peu d’analystes ont mesuré l’ampleur de la décision de se passer de MM. Youcef Yousfi et Mohamed Djellab, alors que le côté spectaculaire de la brouille supposée régner aux affaires étrangères a focalisé toute l’attention.

Erreur ? Négligence ? Lutte de clans ? Guerre de compétences ? Tout a été dit. Pourtant, ce qui s’est passé aux affaires étrangères n’avait pas de signification particulière, ni d’impact significatif. Le même attelage qui gérait le secteur a été reconduit, avec des promotions honorifiques pour les titulaires, Ramtane Lamamra et Abdelkader Messahel. Elever le second au rang de ministre pouvait-il créer de la confusion? Oui, dans un environnement algérien, où le fonctionnement institutionnel est défaillant. Il fallait donc rétablir une sorte de préséance, en élevant M. Lamara au rang de ministre d’Etat, tout en délimitant le domaine de compétences des uns et des autres. Ces approximations ont donné la fâcheuse impression que les hauts responsables algériens se soucient plus de marquer leur territoire respectif que de travailler dans la même direction, y compris quand il s’agit des relations extérieures du pays.

Cela ne semble pas pour autant justifier le battage suscité par cette affaire, ni le rétropédalage de la présidence de la république, contrainte d’apporter les clarifications après la confusion créée par le remaniement. Affirmer qu’un ministre des affaires étrangères à deux têtes a été mis en place ne se justifie pas. Beaucoup de pays nomment en effet des ministres chargés de dossiers extérieurs spécifiques. Ainsi, nombre de pays européens ont un ministre des affaires européennes. Cela n’a jamais posé problème, même s’il s’agit de pays normalisés, avec un fonctionnement institutionnel qui fait cruellement fait défaut en Algérie.

Premier carré

En focalisant l’attention, cette affaire a occulté l’évènement du mois. Le président Bouteflika s’est en effet séparé d’un homme qui l’a accompagné depuis son arrivée au pouvoir, Youcef Yousfi, et de celui qui était chargé de trouver des solutions face à la chute des revenus extérieurs du pays, Mohamed Djellab.  M. Yousfi a été le premier chef de la diplomatie choisi par le président Bouteflika, qui l’a ensuite chargé du secteur de l’énergie pour faire oublier les frasques de Chakib Khelil. M. Djellab a été administrateur de la banque Khalifa, un des plus gros dossiers de l’ère Bouteflika. C’est dire la confiance dont bénéficiaient les deux hommes dont le chef de l’Etat a été contraint de se séparer.

Aujourd’hui, le chef de l’Etat les juge inadaptés à la nouvelle conjoncture. En les condamnant, il prononce en fait un désaveu de ses propres choix économiques antérieurs, longtemps basés sur une doctrine aussi primaire qu’inefficace : utiliser à fond la distribution de la rente pour acheter la paix sociale et préserver son pouvoir.

M. Yousfi était rassurant. M. Djellab restait discret. C’est là leur force. Mais cela ne fait pas une politique, particulièrement en cette période où la conjoncture s’est retournée. Et comme s’il voulait appuyer là où ça fait mal, pour bien montrer qu’il a misé sur les mauvais chevaux dans le passé, le président Bouteflika a choisi, pour les remplacer, deux hommes qui sont aux antipodes.

Alors que M. Yousfi était un partisan convaincu de l’énergie fossile , privilégiant la prospection pour augmenter la production d’hydrocarbures, et envisageant l’exploitation du gaz de schiste -ce qui n’est pas un mauvais choix dans l’absolu-, le nouveau ministre de l’Energie privilégie plutôt l’économie pétrolière. Yousfi était préoccupé par l’amont, son successeur semble porté vers un traitement de l’aval.

Références négatives

Quant à M. Benkhalfa, il a un profil encore plus marqué (Voir Le Quotidien d’Oran, mardi 19 mai). Son discours économique est si tranché par rapport à ses prédécesseurs que sa nomination apparait comme une remise en cause de tout ce qui a été dit et fait jusque-là par différents gouvernements du président Bouteflika, aussi bien dans le domaine de l’investissement, des transferts sociaux que dans la gestion de la rente.

Cet énorme virage économique constitue le fait majeur du remaniement du 14 mai. Cela ne signifie pas que la démarche va aboutir. Mais cela montre que tout un pays peut se focaliser sur le secondaire, quand l’essentiel est là : que signifie ce changement de cap économique? Est-ce le signe qu’on entre dans l’ère post-Bouteflika? Le pouvoir est-il prêt à assumer et à accompagner les changements politiques et institutionnels qu’il induit? Est-il prêt à assumer le modèle de gestion sur lequel pourraient déboucher les mesures prônées par M. Benkhalfa ?

C’est difficile à imaginer. Il est plus probable que M. Benkhalfa est perçu comme un simple technicien chargé d’appliquer de nouvelles mesures quoi vont permettre de passer un cap difficile, sans rien changer sur le fond. D’autant plus que le nouveau ministre des finances a montré, par le passé, des aptitudes certaines à s’adapter. Comme beaucoup de ministres, il pourra toujours faire des promesses, et dire plus tard qu’il a été empêché d’aller au bout. En tout état de cause, il ne fera pas pire que le duo Khelil-Temmar. Dans un pays où les références sont si désastreuses, M. Benkhalfa a de la marge.

Benkhalfa, le nouveau Don Quichotte de l’économie algérienne  

Le nouveau ministre des finances tient un discours résolu en faveur du changement. Mais il n’a aucune marge de manœuvre.

Abed Charef (Le quotidien d’Oran mardi 19 mai 2015)

Ceux qui attendaient du remaniement ministériel annoncé le jeudi 16 mai une clarification des choix économiques pour faire face à la crise seront déçus. Certes, le départ de M. Youcef Yousfi, ancien ministre de l’Energie, et Mohamed Djellab, qui était aux finances, annoncent l’abandon de choix qui ont mené à l’impasse, mais ils ne tracent pas de cap précis pour l’avenir. Le discours économique assez orthodoxe, dans la ligne de ce que prônent le FMI et la Banque Mondiale, développé depuis deux années par le nouveau ministre des finances, M. Aderrahmane Benkhalfa, ne suffit pas à faire une politique économique. Celle-ci a des préalables et une méthodologie qui échappent totalement au gouvernement de M. Abdelmalek Sellal.

Mais un mot d’abord pour parler des ministres « économiques » partants. M. Yousfi avait succédé à Chakib Khelil pour apporter sérénité et assurance dans un secteur essentiel. Il a échoué sur toute la ligne. Il ouvert l’option gaz de schiste, qui peut être défendable, mais il a agi de manière si malhabile qu’il s’est créé des ennemis là où il n’y avait pas. Il n’a pas réussi à ralentir le déclin de la production d’hydrocarbures, il n’a pas réussi à attirer les investissements étrangers, et il a maintenu une politique de consommation énergétique qui frise l’irrationnel. Son échec est si patent qu’il risque même d’envoyer le Mouloudia d’Alger en seconde division !

De son côté, M. Djellab avait pour principal vertu d’avoir été administrateur de la banque Khalifa. Sa nomination au ministère des finances avait été considérée comme une récompense. Mais l’homme n’avait visiblement pas l’étoffe pour faire face aux nouvelles données économiques. Depuis la chute des prix du pétrole et la baisse des revenus extérieurs du pays qui s’en est suivie, il n’a montré aucune aptitude à faire face à la tempête.

Benkhalfa, un discours novateur

A l’inverse, M. Abderrahmane Benkhalfa a réussi à se forger, au fil des mois, un profil de financier très branché, ayant parfaitement assimilé les nouveaux dogmes de l’économie. Il a acquis ce profil depuis deux ans, après avoir quitté la présidence de l’ABEF (Association des banques et établissements financiers). Mais auparavant, il tenait un autre discours, plus habile, suffisamment ouvert pour tenter de rester crédible dans les milieux financiers, mais pas trop radical pour s’attirer les foudres du pouvoir. Il était même devenu une sorte de porte-parole officieux du gouvernement, se chargeant de répercuter la bonne voix lorsque le gouvernement était gêné pour dire publiquement certaines choses. L’ABEF a d’ailleurs hérité de ce rôle : c’est elle qui a été mise en première ligne lorsqu’il a fallu imposer le nouveau cahier de charges aux concessionnaires. Par quel miracle une association d’établissements financiers doit-elle suppléer les ministères de l’industrie, des finances et du commerce pour imposer une décision commerciale de cette nature?

Depuis qu’il a quitté l’ABEF, M. Benkhalfa a toutefois pris ses distances avec la gestion économique du gouvernement. Il a abandonné la langue de bois gouvernementale pour adopter un discours plus adapté, plaidant pour une série de réformes qui relèvent du bon sens. Sans faire preuve d’une originalité exceptionnelle, il a proposé des mesures qui font aujourd’hui le consensus chez les économistes. Une sorte de SMIG de réformes, pour mettre fin aux distorsions les plus visibles : rapprocher le dinar de sa parité réelle, ramener  le poids des transferts sociaux à un seuil plus raisonnable, moderniser les banques et le système financier, en utilisant mieux les nouvelles technologies, revoir les encouragements aux investisseurs pour privilégier les producteurs plutôt que les importateurs, et transformer les banques en levier pour booster l’économie au lieu de garder les guichets actuels.

Effets en cascade

C’est là le discours de Abdelerrahmane Benkhalfa quand il était candidat au ministère des finances. Que sera Abderrahmane Benkhalfa nommé ministre? Ses choix devraient apparaitre dans la loi de finances complémentaire. Mais sa marge est si étroite qu’il n’y a guère d’illusion à se faire. Comme Abdellatif Benachenou et Karim Djoudi, il endossera le discours officiel sur la nécessité de préserver les grands équilibres et de protéger les plus vulnérables, d’opérer de manière graduelle et de ne pas prendre des mesures qui risquent de menacer la paix sociale. En un mot comme en cent, il sera encerclé par le discours qui justifie le statuquo.

Au mieux, M. Benkhalfa sera confronté à une autre alternative. Il aura le choix entre proposer des mesures qui seraient rejetées par le président Bouteflika, ou bien engager des réformes sérieuses, ce qui risque d’être périlleux en l’absence d’un accompagnement politique, institutionnel et social adéquat. Car il ne suffit pas aujourd’hui de prendre des mesures « techniques » sans tenir compte de leur impact politique. Il faudra aussi mener le travail politique et institutionnel préalable pour amortir le choc des réformes à engager. Il suffit, par exemple, de rappeler qu’une augmentation du prix des carburants provoquerait des effets en cascade sur toute la sphère économique et sociale (transports, électricité, eau, produits agricoles, produits industriels, etc.), et d’une ampleur telle qu’elle risque de mettre en péril tout l’édifice social mis en place.

Le système politique ne possède pas l’ingénierie nécessaire pour s’engager dans une telle voie de changements, mais il a gardé l’instinct de survie qui lui indiquera clairement qu’un tel choix serait dangereux pour sa survie. M. Benkhalfa devra composer avec cette réalité pesante, ceci au cas, très improbable, où il aurait des velléités d’engager de vraies réformes économiques.

Le FLN, hacha rezk rabbi

Pour éviter les sujets sérieux, on peut parler du FLN, et de son prochain congrès. Avec cette question déterminante : Belayat a-t-il un avenir au FLN?

Abed Charef (le Quotidien d’Oran, jeudi 14 mai 2015) 

Abderrahmane Belayat est catégorique. Les difficultés auxquelles son groupe est confronté dans ses tentatives de prendre les commandes du FLN proviennent de deux origines : Amar Saadani, qu’il appelle « l’indu occupant » du siège du parti à Hydra, et l’administration, qui a accordé au secrétaire général actuel l’autorisation de tenir un congrès. C’est donc l’administration, se pliant aux volontés du ministère de l’intérieur, qui se place ainsi en arbitre de la crise qui secoue le vieux parti. Alors qu’elle valide les démarches de M. Saadani, elle refuse de délivrer le quitus souhaité à M. Belayat pour qu’il puisse organiser, avec ses amis, les réunions de son FLN, pour placer ses amis à la direction de ce qu’il considère comme son parti.

Aux côtés de l’administration, la justice risque, elle aussi, d’être sollicitée. Un avocat a été chargé d’engager les procédures nécessaires à cet effet. Dans un passé récent, l’appareil judicaire avait donné un sens précis à des réunions du FLN, en statuant lors de célèbres « audiences de nuit », téléguidées à partir des ministères de l’intérieur et de la justice, pour introniser des dirigeants d’un autre groupe. Abdelaziz Belkhadem, l’homme dont on annonce le retour imminent, avait largement bénéficié de ces intrusions, avant de se voir balayé à son tour par une autre manoeuvre dont il ne s’est pas encore remis.

M. Belayat n’a pas perdu espoir. Il attend. A un moment donné, espère-t-il, ceux qui ont la charge de décider pour le pays vont peut-être émettre un signe en sa faveur. Un juge qui invalide la réunion prévue par M. Saadani, un wali qui ne donne pas l’autorisation pour tenir une réunion publique, un coup de téléphone de « qui vous savez » pour redistribuer les cartes, peu importe. Il y aura bien un moment où les « amis » de M. Belayat vont intervenir pour rétablir l’ordre normal des choses, un ordre selon lequel M. Belayat doit naturellement être au pouvoir et ses ennemis naturellement refoulés vers l’opposition.

Au RND, on sait quitter la table

Dans l’autre camp, M. Amar Saadani tient un discours très convenu. C’est la base du parti qui décide, assure-t-il. Seule la base a le droit d’élire les dirigeants du FLN, en toute démocratie. (Non, M. Saadani n’est pas victime de la foudre quand il prononce le mot démocratie). Les contestataires ? Ils n’ont qu’à se plier aux règlements du parti et à la volonté de la baise, affirme le secrétaire général. Chez ses adversaires, le message est perçu différemment. Pour eux, Amar Saadani bénéficie, jusqu’à preuve du contraire, de l’appui du président Bouteflika. Depuis qu’il s’était attaqué au général Toufik Mediène, il y a dix-huit mois, l’homme a montré une disponibilité remarquable à se sacrifier au profit du chef de l’Etat, qui l’a remis en selle après l’avoir longtemps méprisé.

Même s’il est un peu différent dans la forme, un scénario similaire se déroule au RND, où les choses se passent de manière plus lisse. Avec des acteurs qui se veulent moins ridicules, moins loufoques. On est plus énarque que pieds nickelés. Ahmed Ouyahia et Abdelkader Bensalah savent se tenir. Ils savent quitter la table. Ils admettent que la décision n’est pas entre leurs mains, et ils savent que quand le vent tourne, il faut baisser la tête et attendre, en essayant de faire bonne figure. Pas besoin d’un spectaculaire mouvement de redressement, ni de doberman. On plie bagage avec plus de docilité, sans faire d’histoire. On reste docile, mais avec classe.

Etre dans les bonnes grâces du prince

Ce jeu dans lequel s’agitent Belayat, Belkhadem, Saadani, Abada et tant d’autres, a-t-il un quelconque intérêt ? Peut-il offrir, un jour, une solution quelconque pour une sortie de crise? En réalité, on n’en est plus là depuis longtemps. Ce qui pouvait apparaitre comme des luttes entre tendances politiques dans les années 1980 ou 1990 a déserté les rangs des partis. Il n’y a plus qu’une course pour se positionner, et se retrouver dans les bonnes grâces du prince. Ce jeu de séduction est lui aussi connu depuis deux décennies. Il n’offre plus d’intérêt. Beaucoup d’Algériens s’en lassent, et en arrivent même à se détourner de la politique à cause de ces comportements.

Mais derrière Belayat, Saadani et les autres, il y a de nouvelles générations qui arrivent à la politique, et qui n’ont connu de l’activité politique que cette forme dévoyée. Prenant exemple sur leurs ainés, ces nouveaux « militants » considèrent naturellement que faire de la politique revient à faire plaisir au potentat local, au wali, au chef d’entreprise, au responsable « sécuritaire » ou au ministre. On ne parle plus d’idées, de convictions, de programmes, de choix politiques. Le souci principal est de se rapprocher des centres de pouvoir, car on a plus de chance de devenir ministre si on connait Saïd Bouteflika ou un général, que si on est un bon idéologue, un économiste de renom ou un grand orateur. Connaitre le wali donne plus de chance de devenir député que le fait de militer dans un parti qui une bonne base ou un bon appareil. Et au sommet de la hiérarchie, Belayat, Saadani, Abada et les autres savent qu’être dans les bonnes grâces de Bouteflika ou Toufik Mediène est le chemin le plus court pour devenir ministre.

Le congrès du FLN, premier parti du pays, peut-il changer cet état de choses ? Peut-il contribuer à rétablir un état normal des choses? Non, évidemment. Car au FLN, on a totalement oublié à quoi sert un parti et quelle est la finalité de la politique.

Le voile se le lève sur les gros trafics à l’importation

La baisse des recettes budgétaires oblige l’Etat à tenter de collecter l’impôt. L’administration fiscale s’attaque alors à des opérateurs-trafiquants, connus de longue date, mais épargnés jusque-là.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 12 mai 2015)

Quand les importations algériennes avaient officiellement franchi le seuil historique de 50 milliards de dollars, il y a trois ans, un ancien haut responsable algérien avait déclaré que ces chiffres étaient erronés. Il est «impossible » que l’Algérie ait acheté autant de produits, avait-il déclaré. Pour lui, une telle somme aurait bouleversé le visage du pays et de son économie. Sans avancer une explication précise, il avait affirmé que le temps finirait par révéler les distorsions.

Dans les milieux spécialisés, de nombreuses rumeurs circulaient. Elles faisaient état d’exportations massives de capitaux. On parlait de surcoûts, de gaspillages et de mauvaise gestion, ainsi que de contrats mal négociations et surestimés, mais la prudence restait de mise. Personne ne voulait citer un opérateur précis, ni décrire son mode opératoire. Jusqu’à ce que la justice italienne s’en mêle, et commence à donner des noms. L’Algérie découvrait alors un volet, le plus spectaculaire, du phénomène : commissions et rétro-commissions qui atteignaient des sommes faramineuses. Celles-ci étaient inévitablement accompagnées de surcoûts gigantesques. Un économiste algérien estime à quatre milliards de dollars les surcoûts dans les contrats signés avec la seule compagnie italienne ENI et ses filiales. Le contrat de l’autoroute est-ouest, évalué initialement à six milliards de dollars, a atteint le double au moment de la signature. La facture finale, selon Mohamed Khelladi, un des accusés au procès de l’affaire dite de l’autoroute, serait de dix-sept milliards. Soit un surcoût de près de dix milliards de dollars. Inouï.

Ces informations n’étaient pas totalement inconnues. Beaucoup de gens soupçonnaient l’existence de malversations. Il suffisait de s’intéresser un tant soit peu aux dossiers pour s’en rendre compte. Durant l’ère Chakib Khelil, des contrats pour la réalisation de deux centrales électriques de même puissance ont été signés. L’une valait le double de l’autre. Un ingénieur débutant aurait relevé l’incohérence des décisions. Les experts du ministère de l’énergie n’ont rien relevé…

La pénurie crée de l’intelligence

Une sorte d’omerta touchait cependant ces contrats, en raison notamment de la proximité supposée de leurs auteurs avec le chef de l’Etat. La frénésie dont faisaient preuve leurs auteurs algériens tranchait avec l’apathie de différentes institutions supposées être en charge de la gestion du pays. L’Algérie semblait résignée à son sort.

A combien s’élevaient les pertes réelles pour le pays ? Dix pour cent de la valeur des importations? Plus ? Moins ? Peu importe. La force d’inertie du système paralysait toute initiative visant à dénoncer cette corruption massive, ce qui donnait l’impression d’une corruption institutionnelle, gérée et protégée par les officiels eux-mêmes.

La chute brutale du prix du pétrole, et avec elle la baisse sensible des revenus extérieurs du pays, a poussé divers responsables à chercher des solutions pour éviter la banqueroute financière du pays. A défaut de solutions structurelles, ceux-ci ont décidé de faire baisser le volume des importations. Tout le monde a commencé à critiquer les « importations anarchiques ». Ce qui a débouché sur  de nouvelles révélations. L’Algérie a alors découvert un autre système, encore plus simple, destiné à exporter massivement des devises : on importait des conteneurs vides! Jusque-là, la règle était la surfacturation. L’importateur algérien s’entendait avec son fournisseur pour gonfler la facture, ce qui permettait de transférer deux dollars pour un produit qui en valait un. Mais cela ne suffisait pas. Des importateurs avaient trouvé une autre combine : ils créaient une société à eux à l’étranger, celle-ci leur envoyait des conteneurs vides,  qu’ils payaient comme une marchandise !

Le zèle de l’administration fiscale

Cette pratique est une traduction, jusqu’à l’absurde, d’une autre méthode, largement utilisée par les concessionnaires automobiles, et contre laquelle la direction des impôts a décidé de lancer une enquête. La combine consiste à créer une entreprise à l’étranger, qui achète des véhicules auprès des constructeurs, pour les revendre à sa société officiellement installée en Algérie. Un véhicule acheté auprès du constructeur à 10.000 dollars était revendu au concessionnaire algérien pour 11.000 dollars. Le bénéfice était transféré légalement à l’étranger. Dès lors, le concessionnaire peut se permettre de ne pas faire de bénéfices en Algérie, puisque ce qui l’intéresse d’abord, ce sont les bénéfices restés en Europe !

L’administration fiscale s’est émue de cette situation lorsque les recettes budgétaires se sont raréfiées. Elle a décidé de s’y attaquer, après avoir fermé les yeux pendant des années. Car la pratique était connue. Il suffisait de voir le bilan annuel de certains concessionnaires pour se rendre compte que leur fonctionnement échappait aux règles économiques. Malgré des chiffres d’affaires énormes, les bénéfices officiellement réalisés en Algérie et les impôts payés se limitaient à des montants ridicules.

Les concessionnaires ont aussi recours à une formule, bien rôdée, celle de la garantie. Les véhicules vendus sont garantis par le constructeur. En cas de mauvais fonctionnement, le concessionnaire peut rembourser son client en dinars, mais lui-même est ensuite remboursé en devises par le constructeur. Il lui suffit de ne pas rapatrier le montant de la garantie. Un procédé très simple, sans risque, qui permet de transférer des devises au taux officiel, pour les placer à l’étranger ou de les revendre au marché noir!

Louisa Hanoun, symbole d’une gauche sans repères

Louisa Hanoun, militante de gauche ou porte-parole officieux de Saïd Bouteflika ? L’image de la présidente du Parti des Travailleurs s’est définitivement brouillée.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 7 mai 2015)

Louisa Hanoun s’est lancée, à contretemps, dans une vaste campagne contre la corruption. Au moment où les regards sont braqués sur les stars des grands scandales, comme Amar Ghoul, Mohmed Bedjaoui et Abdelmoumène Khalifa, où des affaires retentissantes sont traitées devant les tribunaux, et alors que des scandales portant sur des millions de dollars de pots-de-vin et des milliards de gaspillage, la présidente du Parti des Travailleurs a choisi de s’en prendre à une discrète ministre de la culture, sans influence dans les jeux de pouvoir et sans poids particulier au sein du gouvernement.

Mme Hanoun a elle-même sonné la première charge contre Mme Nadia Labidi, l’accusant de favoriser ses petits intérêts dans la gestion de la manifestation « Constantine, capitale de la culture arabe ». D’autres dirigeants du parti des Travailleurs ont ensuite le relais. Députés et responsables de cette formation ne ratent plus une seule occasion de s’en prendre à la ministre de la culture, dans un curieux acharnement contre une ministre qui parait plutôt décalée au sein d’un pouvoir trash.

La démarche brouille complètement l’image de Mme Hanoun. Où est la militante trotskyste des années 1980, cette pasionaria qui a qui a fait de la prison du temps du parti unique, et qui était de tous les combats politiques, de la défense des Droits de l’Homme au combat féministe ? Dans les années 1990, Louisa Hanoun avait également choisi le chemin le plus périlleux. Son opposition à l’intégrisme ne l’a pas  empêché de refuser l’arrêt des élections de 1991. Elle a ensuite fait partie du groupe qui a adopté le contrat de Rome, avant de prendre en charge le terrible dossier des disparus en pleine tourmente. C’est au siège de son parti et à celui du FFS que les parents de disparus ont organisé leurs premières rencontres, dans une période où la presse n’osait pas évoquer ce dossier. Elle affichait alors une attitude d’une fermeté rare, qui forçait l’admiration, y compris chez ceux qui ne partageaient pas ses positions. Elle s’appuyait aussi sur des convictions idéologiques qui donnaient une certaine cohérence à son action.

Un capital dilapidé

Comment un itinéraire pareil peut-il s’accommoder avec le rôle qu’assume Louisa Hanoun aujourd’hui ? La présidente du Parti cautionné plusieurs élections présidentielles jouées d’avance. Elle a délibérément mené ses campagnes sur le succès de l’opération de vote, non sur une possible victoire qu’elle pourrait remporter, ce qui donnait un sens très précis à sa participation : elle cautionnait des élections jouées à l’avance sans aucun espoir de l’emporter.

Elle a aussi défendu la candidature du président Bouteflika pour un  quatrième mandat, contre tout bon sens. Le résultat est affligeant : l’Algérie a un président qui ne peut ni accueillir ses invités, ni les accompagner aux cérémonies officielles, ni tenir les réunions institutionnelles comme le conseil des ministres. Son frère, Saïd Bouteflika, a étendu ses réseaux pour devenir l’un des hommes les plus influents du pays.

Ce passage du pouvoir à l’informel n’a pas alarmé Louisa Hanoun, qui a publiquement demandé à Saïd Bouteflika de s’exprimer. Face au mutisme de celui-ci, elle a décidé d’accompagner le président Bouteflika jusqu’au bout de sa dérive, en faisant le choix de s’exprimer comme un porte-parole officieux de Saïd Bouteflika. C’est elle qui a rapporté que le frère du chef de l’Etat n’est pas candidat à la succession.

L’attitude de Mme Hanoun s’explique partiellement par un vieux fond idéologique et les stratégies traditionnelles partagés par les courants d’extrême-gauche. L’entrisme en fait partie. Dans sa présence au parlement, comme dans les associations et les syndicats, Louisa Hanoun se fonde sur de vieux dogmes selon lesquels il faut infiltrer les organisations et les institutions disponibles, pour tenter d’infléchir leurs positions et les manipuler éventuellement. Dans les sociétés considérées comme non encore matures, cette méthode est privilégiée, du moins tant que la « bonne pensée » n’est pas encore en mesure de l’emporter. Des idées d’extrême-gauche n’ont visiblement aucune chance de devenir majoritaires en Algérie. Louisa Hanoun le sait, et tente de contourner cette réalité en essayant de peser sur la décision. Etre près du pouvoir peut faciliter la tâche.

Entrisme et approximations

Elle tente donc de faire feu de tout bois. Elle colle par exemple à l’UGTA, où plusieurs dirigeants du parti des travailleurs sont des membres influents. Mais elle est contrainte de fermer les yeux sur la dérive de la centrale syndicale. Car les temps ont changé, et l’UGTA a peu de choses à voir avec un syndicat. C’est à peine une annexe docile du pouvoir, « le bras social du DRS », selon la formule de Saïd Saadi. Le patron de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi-Saïd, a publiquement reconnu, lors du procès Khalifa, avoir trafiqué des documents pour vendre des biens de l’organisation. Il n’a pas été inquiété : il fait partie du premier cercle du pouvoir.

Dans ses rapports au gouvernement, Louisa Hanoun est par ailleurs contrainte à une curieuse gymnastique pour tenter de gagner un minimum de crédibilité. Elle scinde le gouvernement en deux. D’un côté, elle s’en prend aux libéraux qui démantèlent l’économie nationale pour servir des intérêts étrangers et se servir. Mais de l’autre côté, elle soutient le président Bouteflika et les mesures « populaires » décidées par le gouvernement. Elle s’en tient à une absurde théorie du bon roi trahi par de mauvais vizirs, pendant que les institutions partent en lambeaux.

Sur le plan idéologique, ceci n’a rien à voir avec la pensée classique d’extrême-gauche. Ce qui jette un sérieux doute sur la démarche du parti des travailleurs. Même les autres organisations traditionnellement proches n’expliquent pas cette dérive. Faut-il l’attribuer cette attitude à des impératifs de survie ? A la régression générale du pays, avec un nivellement par le bas, qui a provoqué un effondrement moral et politique? Ou à d’autres facteurs non encore visibles?

Ali Haddad n’arrive pas à combler son déficit d’image

Riche, puissant, proche du pouvoir, Ali Haddad souffre pourtant d’un déficit d’image chronique. Une déclaration sur les femmes algériennes, cette semaine, lui a valu de nouvelles déconvenues. 

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 7 mai 2015)

Ali Haddad fait face à des difficultés inattendues. Malgré des efforts de communication très conséquents, le président du Forum des Chefs d’entreprises (FCE) n’arrive pas à redresser une image moquée de manière féroce sur les réseaux sociaux. Ses bourdes et son humour approximatif lui ont encore valu une nouvelle vague de critiques, après des déclarations faites en Chine où il a accompagné le premier ministre Abdelmalek Sellal, à la tête d’une délégation d’hommes d’affaires algériens.

Invitant les chefs d’entreprise chinois à investir en Algérie, M. Ali Haddad a déclaré, sur un ton mi-sérieux, que ceux-ci seraient les bienvenus, et qu’ils pourraient même « épouser des Algériennes ». Comme les Algériens qui s’installent à l’étranger, notamment en Europe, où ils épousent des Européennes, les ressortissants chinois présents en Algérie peuvent s’unir à des Algériennes, a déclaré M. Haddad, en réponse à une question un peu décalée.

Largement partagée sur les réseaux sociaux, la déclaration soulevé un tollé, aussi bien dans les milieux conservateurs que chez les féministes. Saïda Neghza, vice-présidente de la Confédération du patronat, une organisation rivale du FCE, a considéré la déclaration de M. Haddad comme une « humiliation ».

« On ne peut pas garder le silence » après cette « humiliation », a déclaré Mme Neghza, qui reproche à M. Haddad de s’être contenté de « quatre mots » durant sa visite en Chine, juste pour « humilier la femme algérienne ». Selon elle, M. Haddad « a dit aux Chinois : venez, il y a de l’argent en Algérie ; il y a même des chinois qui ont divorcé pour venir se marier en Algérie ».

Tenant des propos à la limite du racisme, elle a ajouté que « la femme algérienne n’en est pas à un tel point d’abaissement pour épouser des chinois ». Elle a demandé au président Bouteflika d’intervenir, lui lançant cette alerte: « la femme algérienne à qui vous avez restitué sa dignité, Ali Haddad vient de la vendre sur la marché »

Trop proche du pouvoir

M. Haddad, qui a pris la tête du FCE après avoir soutenu le quatrième mandat du président Bouteflika, est connu pour sa proximité avec le frère cadet du chef de l’Etat, Saïd Bouteflika, véritable régent du pouvoir actuel. La position de M. Haddad est très critiquée par les autres organisations patronales, qui reprochent au gouvernement d’avoir fait de M. Haddad un partenaire privilégié. « S’ils veulent laisser Haddad seul » représentant du patronat, « qu’ils nous le disent », a déclaré Mme Neghza.

Autre femme à s’en prendre régulièrement à M. Haddad, Mme Louisa Hanoun a déclaré que cet « oligarque » a obtenu un contrat d’achat d’équipements pour les centres anti-cancéreux de manière irrégulière, alors que M. Haddad est essentiellement présent dans les travaux publics. Mme Hanoun a publiquement accusé le ministre de la santé, M. Boudiaf, d’avoir favorisé le président du FCE.

De son côté, M. Haddad tente, sans succès jusque-là,  de combler un embarrassant déficit d’image. La manière dont il avait débarqué l’ancien président du FCE, Rédha Hamiani, pour pousser le patronat à soutenir un très contesté quatrième mandat, avait contribué à ternir davantage une image déjà brouillée, celle d’un nouveau riche qui a fait fortune dans les moments difficiles qua traversés le pays.

Pas de retour sur investissements

Pourtant, l’homme a investi pour son image. Il possède une chaine de télévisions, deux journaux, un grand club de football de la capitale, l’USMA. M. Haddad n’a toutefois jamais réussi à gérer sereinement tout ce monde. A l’USMA, il avait poussé vers la sortie et de manière peu élégante l’ancien président, qui lui avait pourtant ouvert les portes du club, pour y installer son propre frère. A Dzaïr TV, il avait agi de même avec les animateurs vedettes de la chaine, comme Abdellah Benadouda et Khaled Drareni, très critiques contre le quatrième mandat. Ils ont tous deux quitté la chaine lorsque la censure s’était brutalement abattue sur eux, à la veille de la présidentielle d’avril 2014.

Mais M. Haddad persiste. Dans une nouvelle opération de charme,  il a annoncé cette semaine que le FCE va lancer des cycles de formation au profit des journalistes, le jour même où la création d’un prix national du journalisme était annoncée par le gouvernement. Il a également déclaré que le patronat va organiser des journées thématiques sur les relations entre la presse et l’entreprise. Au sein même du FCE, il a complété le système médiatique très performant mis en place par son prédécesseur. Mais tout ceci n’a pas encore donné résultats. Pour le moment, du moins.