Ali Haddad n’arrive pas à combler son déficit d’image

Riche, puissant, proche du pouvoir, Ali Haddad souffre pourtant d’un déficit d’image chronique. Une déclaration sur les femmes algériennes, cette semaine, lui a valu de nouvelles déconvenues. 

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 7 mai 2015)

Ali Haddad fait face à des difficultés inattendues. Malgré des efforts de communication très conséquents, le président du Forum des Chefs d’entreprises (FCE) n’arrive pas à redresser une image moquée de manière féroce sur les réseaux sociaux. Ses bourdes et son humour approximatif lui ont encore valu une nouvelle vague de critiques, après des déclarations faites en Chine où il a accompagné le premier ministre Abdelmalek Sellal, à la tête d’une délégation d’hommes d’affaires algériens.

Invitant les chefs d’entreprise chinois à investir en Algérie, M. Ali Haddad a déclaré, sur un ton mi-sérieux, que ceux-ci seraient les bienvenus, et qu’ils pourraient même « épouser des Algériennes ». Comme les Algériens qui s’installent à l’étranger, notamment en Europe, où ils épousent des Européennes, les ressortissants chinois présents en Algérie peuvent s’unir à des Algériennes, a déclaré M. Haddad, en réponse à une question un peu décalée.

Largement partagée sur les réseaux sociaux, la déclaration soulevé un tollé, aussi bien dans les milieux conservateurs que chez les féministes. Saïda Neghza, vice-présidente de la Confédération du patronat, une organisation rivale du FCE, a considéré la déclaration de M. Haddad comme une « humiliation ».

« On ne peut pas garder le silence » après cette « humiliation », a déclaré Mme Neghza, qui reproche à M. Haddad de s’être contenté de « quatre mots » durant sa visite en Chine, juste pour « humilier la femme algérienne ». Selon elle, M. Haddad « a dit aux Chinois : venez, il y a de l’argent en Algérie ; il y a même des chinois qui ont divorcé pour venir se marier en Algérie ».

Tenant des propos à la limite du racisme, elle a ajouté que « la femme algérienne n’en est pas à un tel point d’abaissement pour épouser des chinois ». Elle a demandé au président Bouteflika d’intervenir, lui lançant cette alerte: « la femme algérienne à qui vous avez restitué sa dignité, Ali Haddad vient de la vendre sur la marché »

Trop proche du pouvoir

M. Haddad, qui a pris la tête du FCE après avoir soutenu le quatrième mandat du président Bouteflika, est connu pour sa proximité avec le frère cadet du chef de l’Etat, Saïd Bouteflika, véritable régent du pouvoir actuel. La position de M. Haddad est très critiquée par les autres organisations patronales, qui reprochent au gouvernement d’avoir fait de M. Haddad un partenaire privilégié. « S’ils veulent laisser Haddad seul » représentant du patronat, « qu’ils nous le disent », a déclaré Mme Neghza.

Autre femme à s’en prendre régulièrement à M. Haddad, Mme Louisa Hanoun a déclaré que cet « oligarque » a obtenu un contrat d’achat d’équipements pour les centres anti-cancéreux de manière irrégulière, alors que M. Haddad est essentiellement présent dans les travaux publics. Mme Hanoun a publiquement accusé le ministre de la santé, M. Boudiaf, d’avoir favorisé le président du FCE.

De son côté, M. Haddad tente, sans succès jusque-là,  de combler un embarrassant déficit d’image. La manière dont il avait débarqué l’ancien président du FCE, Rédha Hamiani, pour pousser le patronat à soutenir un très contesté quatrième mandat, avait contribué à ternir davantage une image déjà brouillée, celle d’un nouveau riche qui a fait fortune dans les moments difficiles qua traversés le pays.

Pas de retour sur investissements

Pourtant, l’homme a investi pour son image. Il possède une chaine de télévisions, deux journaux, un grand club de football de la capitale, l’USMA. M. Haddad n’a toutefois jamais réussi à gérer sereinement tout ce monde. A l’USMA, il avait poussé vers la sortie et de manière peu élégante l’ancien président, qui lui avait pourtant ouvert les portes du club, pour y installer son propre frère. A Dzaïr TV, il avait agi de même avec les animateurs vedettes de la chaine, comme Abdellah Benadouda et Khaled Drareni, très critiques contre le quatrième mandat. Ils ont tous deux quitté la chaine lorsque la censure s’était brutalement abattue sur eux, à la veille de la présidentielle d’avril 2014.

Mais M. Haddad persiste. Dans une nouvelle opération de charme,  il a annoncé cette semaine que le FCE va lancer des cycles de formation au profit des journalistes, le jour même où la création d’un prix national du journalisme était annoncée par le gouvernement. Il a également déclaré que le patronat va organiser des journées thématiques sur les relations entre la presse et l’entreprise. Au sein même du FCE, il a complété le système médiatique très performant mis en place par son prédécesseur. Mais tout ceci n’a pas encore donné résultats. Pour le moment, du moins.

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