Louisa Hanoun, symbole d’une gauche sans repères

Louisa Hanoun, militante de gauche ou porte-parole officieux de Saïd Bouteflika ? L’image de la présidente du Parti des Travailleurs s’est définitivement brouillée.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 7 mai 2015)

Louisa Hanoun s’est lancée, à contretemps, dans une vaste campagne contre la corruption. Au moment où les regards sont braqués sur les stars des grands scandales, comme Amar Ghoul, Mohmed Bedjaoui et Abdelmoumène Khalifa, où des affaires retentissantes sont traitées devant les tribunaux, et alors que des scandales portant sur des millions de dollars de pots-de-vin et des milliards de gaspillage, la présidente du Parti des Travailleurs a choisi de s’en prendre à une discrète ministre de la culture, sans influence dans les jeux de pouvoir et sans poids particulier au sein du gouvernement.

Mme Hanoun a elle-même sonné la première charge contre Mme Nadia Labidi, l’accusant de favoriser ses petits intérêts dans la gestion de la manifestation « Constantine, capitale de la culture arabe ». D’autres dirigeants du parti des Travailleurs ont ensuite le relais. Députés et responsables de cette formation ne ratent plus une seule occasion de s’en prendre à la ministre de la culture, dans un curieux acharnement contre une ministre qui parait plutôt décalée au sein d’un pouvoir trash.

La démarche brouille complètement l’image de Mme Hanoun. Où est la militante trotskyste des années 1980, cette pasionaria qui a qui a fait de la prison du temps du parti unique, et qui était de tous les combats politiques, de la défense des Droits de l’Homme au combat féministe ? Dans les années 1990, Louisa Hanoun avait également choisi le chemin le plus périlleux. Son opposition à l’intégrisme ne l’a pas  empêché de refuser l’arrêt des élections de 1991. Elle a ensuite fait partie du groupe qui a adopté le contrat de Rome, avant de prendre en charge le terrible dossier des disparus en pleine tourmente. C’est au siège de son parti et à celui du FFS que les parents de disparus ont organisé leurs premières rencontres, dans une période où la presse n’osait pas évoquer ce dossier. Elle affichait alors une attitude d’une fermeté rare, qui forçait l’admiration, y compris chez ceux qui ne partageaient pas ses positions. Elle s’appuyait aussi sur des convictions idéologiques qui donnaient une certaine cohérence à son action.

Un capital dilapidé

Comment un itinéraire pareil peut-il s’accommoder avec le rôle qu’assume Louisa Hanoun aujourd’hui ? La présidente du Parti cautionné plusieurs élections présidentielles jouées d’avance. Elle a délibérément mené ses campagnes sur le succès de l’opération de vote, non sur une possible victoire qu’elle pourrait remporter, ce qui donnait un sens très précis à sa participation : elle cautionnait des élections jouées à l’avance sans aucun espoir de l’emporter.

Elle a aussi défendu la candidature du président Bouteflika pour un  quatrième mandat, contre tout bon sens. Le résultat est affligeant : l’Algérie a un président qui ne peut ni accueillir ses invités, ni les accompagner aux cérémonies officielles, ni tenir les réunions institutionnelles comme le conseil des ministres. Son frère, Saïd Bouteflika, a étendu ses réseaux pour devenir l’un des hommes les plus influents du pays.

Ce passage du pouvoir à l’informel n’a pas alarmé Louisa Hanoun, qui a publiquement demandé à Saïd Bouteflika de s’exprimer. Face au mutisme de celui-ci, elle a décidé d’accompagner le président Bouteflika jusqu’au bout de sa dérive, en faisant le choix de s’exprimer comme un porte-parole officieux de Saïd Bouteflika. C’est elle qui a rapporté que le frère du chef de l’Etat n’est pas candidat à la succession.

L’attitude de Mme Hanoun s’explique partiellement par un vieux fond idéologique et les stratégies traditionnelles partagés par les courants d’extrême-gauche. L’entrisme en fait partie. Dans sa présence au parlement, comme dans les associations et les syndicats, Louisa Hanoun se fonde sur de vieux dogmes selon lesquels il faut infiltrer les organisations et les institutions disponibles, pour tenter d’infléchir leurs positions et les manipuler éventuellement. Dans les sociétés considérées comme non encore matures, cette méthode est privilégiée, du moins tant que la « bonne pensée » n’est pas encore en mesure de l’emporter. Des idées d’extrême-gauche n’ont visiblement aucune chance de devenir majoritaires en Algérie. Louisa Hanoun le sait, et tente de contourner cette réalité en essayant de peser sur la décision. Etre près du pouvoir peut faciliter la tâche.

Entrisme et approximations

Elle tente donc de faire feu de tout bois. Elle colle par exemple à l’UGTA, où plusieurs dirigeants du parti des travailleurs sont des membres influents. Mais elle est contrainte de fermer les yeux sur la dérive de la centrale syndicale. Car les temps ont changé, et l’UGTA a peu de choses à voir avec un syndicat. C’est à peine une annexe docile du pouvoir, « le bras social du DRS », selon la formule de Saïd Saadi. Le patron de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi-Saïd, a publiquement reconnu, lors du procès Khalifa, avoir trafiqué des documents pour vendre des biens de l’organisation. Il n’a pas été inquiété : il fait partie du premier cercle du pouvoir.

Dans ses rapports au gouvernement, Louisa Hanoun est par ailleurs contrainte à une curieuse gymnastique pour tenter de gagner un minimum de crédibilité. Elle scinde le gouvernement en deux. D’un côté, elle s’en prend aux libéraux qui démantèlent l’économie nationale pour servir des intérêts étrangers et se servir. Mais de l’autre côté, elle soutient le président Bouteflika et les mesures « populaires » décidées par le gouvernement. Elle s’en tient à une absurde théorie du bon roi trahi par de mauvais vizirs, pendant que les institutions partent en lambeaux.

Sur le plan idéologique, ceci n’a rien à voir avec la pensée classique d’extrême-gauche. Ce qui jette un sérieux doute sur la démarche du parti des travailleurs. Même les autres organisations traditionnellement proches n’expliquent pas cette dérive. Faut-il l’attribuer cette attitude à des impératifs de survie ? A la régression générale du pays, avec un nivellement par le bas, qui a provoqué un effondrement moral et politique? Ou à d’autres facteurs non encore visibles?

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4 Commentaires

  1. c’est une stratégie issue de Louisa Hanoun pour se maintenir

    Réponse
  2. Benkaci

     /  11 mai 2015

    http://www.algerie360.com/autres/redirect/?Urlredirect=http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2013/08/15/article.php?sid=152760&cid=2

    Actualités : Snc-Lavalin, Ogec, Eni
    Les autres affaires de Chakib Khelil

    L’inculpation de Chakib Khelil et de ses deux partenaires, Saipem et Orascom Industries, devrait certainement aboutir à d’autres révélations sur le vaste réseau de corruption mis en place par l’ancien patron du secteur énergétique algérien. D’autres responsables du secteur des hydrocarbures et même du gouvernement risquent encore d’être cités dans ces affaires qui ont ébranlé tout notre système politique.
    La publication, prochainement, des résultats de l’enquête menée par les autorités canadiennes sur les affaires de Chakib Khelil et Snc Lavalin risque d’enfoncer d’autres personnes qui ont joué un rôle de facilitation d’accès, au profit de la compagnie d’engineering québécoise, aux marchés publics algériens.

    Une goutte d’eau dans l’océan
    L’inculpation d’Orascom Industries dans les affaires de corruption démontre une fois encore que les institutions algériennes ne fonctionnent pas sur le même tempo. Si la justice a prouvé que cette société égyptienne était bel et bien impliquée dans une affaire de corruption dans le cadre de la réalisation du projet de gazoduc GK.3, nul ne doute que cette affaire constitue une goutte d’eau dans l’océan. Car, les montants engagés dans cette opération de construction du gazoduc sont incomparables avec «le cadeau» offert à Sawiris à travers le projet du complexe de fertilisants entamé dans le cadre de la joint-venture Sorfert. Dans ce projet, qui a commencé à produire depuis quelques jours, Chakib Khelil avait impliqué tout le gouvernement dans «la combine» qu’il a montée avec Sawiris pour obtenir tous les avantages, assimilés à un pillage pur et simple des richesses du pays (Cf. notre édition du 13 janvier 2013).
    En tant que responsable du conseil des participations de l’Etat (CPE), Ahmed Ouyahia assume une large responsabilité dans la dilapidation des biens du pays. Il a récidivé en sa qualité de chef du gouvernement, à travers le décret exécutif portant sur les prix de cession du gaz sur le marché national, signé en date du 24 avril 2005. Ce sont 35 milliards de mètres cubes de gaz qui ont été bradés pour faire plaisir à Nassef Sawiris. Même si la justice ne s’est pas encore saisie de ce dossier, des experts s’interrogent sur l’inertie des responsables actuels du secteur des hydrocarbures envers Orascom de Nassef Sawiris et le groupe omanais Suhail Bahwan qui a signé en mars 2008 un contrat d’association avec Sonatrach pour la création de la joint-venture dénommée Sharkia El Djazairia El Omania lil Asmida (AOA).

    OGEC, l’ombre de Saipem
    L’inculpation d’Orascom Industries signifie, selon les experts, le fait que le dossier du gazoduc GK.3 a été très bien examiné par la justice et ses enquêteurs. Autrement dit, il faut s’attendre à des décisions concernant OGEC, une société étrangère qui travaille dans l’installation des pipelines et du tubing en général. Cette société, dont les parts étaient détenues majoritairement par une femme moyen-orientale, très proche de Chakib Khelil, a obtenu, tout comme Orascom, un énorme contrat de sous-traitance dans le projet GK.3. De même, elle a obtenu en 2009, un autre contrat, auprès de Saipem, portant sur l’installation d’un réseau de collecte et de pipeline d’exportation sur le projet Menzel Ledjmet Est (MLE, au sud de Hassi Messaoud).
    En 2007, La société italienne avait également attribué un autre contrat de sous-traitance à OGEC, pour la réalisation d’un pipeline de 199 km de long. Pour sa part, le groupe canadien, Snc Lavalin, avait offert à OGEC, juste à la veille du départ de Chakib Khelil en 2010, un contrat de 200 km de canalisation.
    En fait, cette société s’était placée au cœur du système instauré par Chakib Khelil et qui permettait de récolter, en sous-traitance, des montants faramineux sur les contrats signés par Sonatrach avec Saipem et Snc Lavalin.

    Chakib n’était pas seul
    Au cours de ces derniers mois, Chakib Khelil n’a cessé de jurer devant ses proches que sur la plupart des chantiers, il n’a pas pris tout seul la décision de travailler avec tel ou tel partenaire. A plusieurs personnes, il avait cité l’exemple du gisement de Menzel Ledjmet Est (MLE) qui a été cédé partiellement par Sonatrach à une minuscule société canadienne FCP.
    Cette participation a été par la suite cédée dans des conditions douteuses à l’italien ENI contre 923 millions de dollars. Sur ce dossier, notre ancien ministre de l’Energie affirme qu’il n’a pas pris tout seul la décision d’autoriser ENI à acquérir ce gigantesque gisement de MLE.
    Toutefois, il ne cite aucun nom publiquement. Dans le fond, Chakib Khelil pense que le mieux pour lui est de se présenter à la justice algérienne. Il sait que les Italiens sont à deux doigts de l’inculper et les Américains ne devraient pas le ménager.
    Notre ancien ministre sait que les faucons de Washington ont découvert le rôle qu’il a joué avec son ami, l’ancien ministre irakien du Pétrole, dans le contrat arraché par les Italiens ENI et Saipem, sous le nez des postulants américains, pour l’exploitation du gisement pétrolier de Zubair, au sud de l’Irak.
    Ce champ pétrolier recèle une richesse estimée à sept fois le potentiel de Hassi Messaoud et produit quotidiennement plus que tous les puits algériens réunis.
    Quand on touche à des intérêts aussi importants, on s’expose à des représailles. Chakib Khelil en est conscient. Il a acquis cette conviction depuis l’assassinat à Vienne, il y a quinze mois, de son ami et associé, l’ancien ministre du Pétrole libyen.
    M. Benzaki

    Réponse
  3. Benkaci

     /  11 mai 2015

    Ce que ne dit pas cet article du 15 aout 2013 (Le Soir d’Algérie):
    – Le transfert de la rente gazière (i.e l’affectation à long terme du gaz -destiné initialement à l’export – à des projets non économiques ) s’est fait durant le procès Khalifa 1 – projets Sawiris/Orascom et Bahwan sans oublier le transfert à Fertial de toutes les usines de Sonatrach pour moins de 100 millions de $.

    -Aujourd’hui, pendant le procès Khalifa 2, en toute discrétion, on apprend que le Qatar va bénéficier à Skikda d’un 3eme contrat « de gaz arabe subventionné » de gaz pour une 3eme usine d’ammoniac.
    Chakib Kheli serait-il innocent?
    Non, puisque tous les dirigeants qu’il a nommé sont aux commandes. Dirige-t-il à distance?
    Pauvre Louiza qui croit qu’il reste un ou deux ministres intègres!!!
    Ce sont ceux qu’on croit intègres qui sont co-responsables des plus graves préjudices, ceux dont il est interdit de parler et qui portent sur des dizaines de milliards de dollars.

    Réponse
  4. Benkaci

     /  11 mai 2015

    Suite et Fin:
    J’invite M. Abd Charef à prendre du recul pour mieux comprendre ce qui risque de se passer en Algérie (diagnostic sur la continuité de la politique sociale, économique et politico-militaire).
    Je suis arrivé à la conclusion depuis longtemps que la Maffia algérienne ne fait qu’exécuter depuis 20 ans une feuille de route destinée à détruire ce pays pour nous faire basculer dans l’alliance Otan-Israel-Arabie Saoudite. C’est semble -t-il le prix à payer pour venir à bout de l’école du KGB qui résiste. Notre sort, on peut le lire dans ce qui s’est passé en Egypte:(rappel)
    – arrêt de la coopération militaire avec l’URSS après le guerre
    -vente de gaz subventionné à Israel
    – Prise de pouvoir par les islamistes
    -coup d’état militaire et asservissement aux Pays du Golfe

    Conclusion1: la maffia algérienne ne cherche pas seulement la fortune personnelle (transférée à l’étranger – avec leurs proches), elle tient aussi à bénéficier de la protection des pays de l’Otan qui leur dictent la voie à suivre.

    Conclusion 2: Chakib Kheli ne sera jamais inquiété et on ne saura qu’il n’y a plus d’argent à emprunter que lorsqu’il sera trop tard. En attendant, rien ne sera changé au niveau des importations et de la dilapidation des richesses. Deux soucis pour la maffia:
    -comment stabiliser discrètement le taux de change du DA sur le marché parallèle?
    – Comment faire taire les idiots ex alliés qui vont finir par comprendre la finalité du plan de destruction?
    Dans DEUX ANS, on se réveillera comme en 1988 sans un sous pour bouffer!!!.

    Pour moi, malgré les erreurs commises, Mme L. Hanoune a fini par comprendre
    Les autres, à savoir les opposants officiels, ils continuent à faire un excellent travail de diversion car personne ne dénonce les actes de trahison.

    Réponse

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