L’abrogation de l’article 87 bis intervient au pire moment économique

Alors que le gouvernement ne sait comment contenir le déficit budgétaire, l’abrogation du 87 bis complique encore l’équation.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, mardi 21 juillet 2015)

En septembre 2014, lorsque la tripartite parvenait à un accord pour l’abrogation de l’article 87 bis du code du travail, le prix du pétrole avait largement entamé son déclin. A partir d’un plateau au-dessus de 110 dollars le baril durant le premier semestre 2014, les premiers signes apparus en juin 2014, se confirmaient en juillet, pour s’accentuer en août. En septembre, les prix franchissaient le seuil de 70 dollars, pour plonger ensuite vers les 50 dollars.

Pendant ce temps-là, l’Algérie regardait ailleurs. Elle sortait péniblement du choc du quatrième mandat, dont elle voulait amortir les retombées. Le président Abdelaziz Bouteflika continuait ses largesses, et devait récompenser un de ses plus fidèles soutiens, Abdelmadjid Sidi-Saïd. Le deal prévoyait l’abrogation de l’article 87 bis, devenue un point de fixation dans le discours de l’UGTA. Et c’est au premier ministre Abdelmalek Sellal que revenait l’honneur d’annoncer la décision, à l’issue de cette tripartite de septembre 2014. M. Sellal l’a fait avec beaucoup d’entrain, en précisant, dans les semaines qui ont suivi, que l’Etat maintiendrait l’ensemble de ses programmes sociaux. Le gouvernement semblait alors totalement aveugle face à la tempête financière qui menaçait.

Pourtant, des voix s’étaient élevées pour tenter, au moins, d’attirer l’attention sur les risques qui pesaient sur les équilibres financiers du pays. L’impact de cette mesure était visiblement sous-estimé par le gouvernement. Le chiffre le plus souvent avancé faisait état de sept milliards de dollars par an. On ne sait d’où était sorti ce chiffre, ni s’il avait été mis à ajour, mais il fallait trouver cet argent. Le gouvernement n’a pas tenu compte de ces alertes, et il a ignoré les bouleversements que la mesure pouvait avoir sur la hiérarchie des salaires. Car en plus des trois millions de personnes directement concernées, il fallait revoir l’ensemble de la structure des salaires pour maintenir une certaine cohérence dans les rétributions.

Prévoir

La loi de finances 2015 consacrait ce changement dans le calcul du SNMG, mais le gouvernement a fini par se rendre compte que de sérieuses difficultés se posaient. Il a manœuvré pour reporter l’application de la décision, prenant notamment prétexte de la faiblesse de l’administration. Les décrets ont mis trois mois pour être adoptés, et ce n’est qu’en ce mois que juillet qu’une échéance a été fixée : la mesure sera appliquée à partir du mois d’aout, mais avec effet rétroactif à partir du 1er janvier 2015.

Entretemps, les derniers espoirs du gouvernement se sont volatilisés. Non seulement les prix du pétrole ne se sont pas retournés, mais tous les indicateurs montrent que la situation va encore s’aggraver. Le marché connait un excédent important, les difficultés économiques de la Chine persistent, l’Arabie Saoudite continue d’inonder le marché, l’Iran menace de revenir avec un million de barils/jours supplémentaire, l’Irak aspire à une stabilité  qui lui permettrait d’augmenter sa production significative, et les Etats-Unis ont retrouvé leur niveau de production de 1970. Aucun indice ne pousse à l’optimisme concernant un rebond des prix.

Et c’est dans cette conjoncture très défavorable que va intervenir l’application pratique de l’abrogation de l’article 87 bis. Le gouvernement ne pouvait dire qu’il ne savait pas. Il avait tous les éléments en main : impact direct et indirect de la mesure elle-même, baisse des revenus de l’Etat, déficit budgétaire, baisse des recettes extérieures, etc.

Pas de marge

Jamais gouvernement ne s’est trouvé ainsi piégé par sa propre méthode. Ou plutôt par son absence de méthode. Il avait tous les éléments en main pour prévoir, et prendre les mesures adéquates. Il a préféré attendre, ne rien décider, jusqu’à ce que la pression devienne trop forte, pour la gérer de manière dérobée. Que peut faire, en effet, un gouvernement déjà assommé par les derniers chiffres de la banque d’Algérie ? De quelle marge dispose-t-il ? Il ne peut rien faire et il ne dispose d’aucune marge. Il va donc recourir à la mesure bureaucratique la plus simple : laisser glisser le dinar. Pousser au maximum, pour diminuer l’ampleur du déficit budgétaire.

Comment traduire cette politique dans la loi de finances complémentaires ? C’est le casse-tête auquel fait face le ministre des finances Abderrahmane Benkhalfa. Mais à l’impossible Benkhalfa n’est pas tenu. Pour une raison simple : il n’est pas chargé de régler les problèmes du pays. Il n’en a ni la capacité, ni la vocation. Par contre, il est charge de tenté de colmater au mieux les brèches dans un cadre déjà fixé. Et là, il n’a aucune illusion à se faire. Il sait que ce n’est pas possible, que toutes les mesures à sa portée ne serviront au mieux qu’à retarder l’échéance.

L’exercice le plus intéressant serait alors celui-ci : comment M. Benkhalfa va-t-il expliquer, ou justifier, des mesures qu’au fond, il sait inadaptées. Quel discours va-t-il tenir pour garer l’amitié de Sidi-Saïd et rester dans les bonnes grâces du chef de l’Etat? Pour le reste, personne ne fera l’offense de reprocher à MM Sellal et Benkhalfa de ne pas avoir pris les bonnes décisions. Ce sont des choses qui sortent aussi bien de leur compétence que de leur terrain de compétence.

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