En attendant le général Hussein

Toufik Mediène et le DRS perdent du terrain. Est-ce pour autant une avancée de la démocratie ? Rien n’est moins sûr.

Abed Charef (le Quotidien d’Oran, jeudi 10 septembre 2015)

Pauvre général Aït-Ouarabi ! Le puissant général-major Hassan, patron de l’antiterrorisme, qui jouissait de pouvoirs exorbitants, jouant le rôle de « facilitateur » dans le monde des affaires, selon le site « mondafrique », se retrouve aujourd’hui en détention, ne sachant quand il sera entendu par la justice militaire. Réduit au silence, il ne peut ni faire pression sur un vulgaire juge d’instruction, ni donner des ordres à un procureur militaire quelconque. Comble de l’ironie, ses proches crient à la détention arbitraire, alors que le corps que dirigeait l’ex général-major est précisément responsable de l’écrasante majorité des cas de détention arbitraire durant les deux dernières décennies.

Le général Hassan n’a pas encore demandé l’assistance de Ali Yahia Abdennour, mais le retournement est significatif. Est-ce le résultat de la guerre des clans en vogue dans le pays ? Ou bien est-ce la concrétisation de ce que prédisait Amar Saadani, le patron du FLN, lorsqu’il annonçait, il y a deux ans, l’avènement proche d’un état « civil » ? Les mésaventures du général Hassan annoncent-elles la fin proche du général Toufik Mediène, au profit d’un autre général, ou bien est-ce la dernière ligne droite devant mener à la fin du système politique en place ?

Ceux qui soutenaient le général Hassan ont mis en avant son rôle dans la lutte antiterroriste, son courage, son efficacité et sa probité. Il habitait un logement de fonction, ont-ils osé, mettant en garde contre les conséquences de lutte de clans sur « l’Institution ». Ils ont été rappelés à l’ordre de manière brutale par des « sources » très informés, qui ont étalé les biens immobiliers du général Hassan : appartements, villas et appartements de fonction.

L’état « civil » de Saadani

Le côté spectaculaire de cette affaire a quelque peu occulté le reste. Le DRS, dirigé depuis un quart de siècle par le général Toufik Mediène, a perdu l’essentiel de ses attributions. Ses structures ont été transférées à d’autres tutelles, notamment l’état-major de l’armée, ou dissoutes, ne lui laissant que les attributions traditionnelles d’un service de contre-espionnage.

Faut-il s’en plaindre ? A priori non. Tout démocrate, partisan de l’état de droit, ne peut que se féliciter de voir des services spéciaux dépouillés de leur rôle de « police politique », pour se consacrer à leur mission première, l’espionnage et le contre-espionnage. C’est l’une des composantes premières du combat démocratique en Algérie. Ce serait une avancée énorme, à condition que cette évolution ait pour objectif de faire avancer le fonctionnement institutionnel du pays, non de transférer des pouvoirs détenus par des cercles occultes et illégitimes au profit d’autres cercles tout aussi occultes et illégitimes.

Car il ne suffit pas de dépouiller le DRS des pouvoirs exorbitants qu’il détenait pour prétendre aller à l’Etat de droit. Encore faut-il que ces pouvoirs soient publiquement assumés par des institutions légales, légitimes, disposant des compétences juridiques et techniques nécessaires. Ce qui est loin d’être le cas. De manière caricaturale, dénier à un service de sécurité la possibilité de séquestrer des gens, et fermer les yeux quand une autre structure le fait ne constitue pas une avancée. Cela ajoute simplement à la confusion.

En attendant l’état de droit

Or, ce qui se passe aujourd’hui ne va pas dans le sens d’un renforcement de l’état de droit. Des pouvoirs exercés, de manière légale ou non, par une structure du renseignement sont transférés ailleurs. C’est une simple restructuration, dans le sens où des prérogatives, exercées par le DRS, sont transférées à l’état-major de l’armée. Cela va dans le sens de l’évolution politique du pays : le danger terroriste étant un peu éloigné, la présence du DRS en première ligne n’est plus aussi nécessaire. Il est même possible de sacrifier quelques têtes pour bien montrer que le pouvoir a changé de résidence, avant de remplacer le général Hassan par le général Hussein.

Et dans ce cas de figure, au mieux, l’appareil militaire et sécuritaire garde la main, et se réserve le droit de prendre les grandes décisions. Au pire, il va associer certains cercles, tout en maintenant un système de décision tout aussi opaque. Inclure Saïd Bouteflika, Ali Haddad ou Abdelmalek Sellal dans le cercle de la concertation donne le change, certes, et introduit l’illusion que le pouvoir a changé, mais cela ne fait pas avancer la démocratie.

En parallèle, rien ne montre un renforcement de l’indépendance de la justice, un regain d’efficacité de l’administration, une liberté du vote des citoyens ou une action cohérente pour renforcer la crédibilité des institutions. Bien au contraire, le quatrième mandat a tout laminé. Et ce n’est du reste pas un pouvoir issu d’un quatrième mandat, foncièrement  destructeur pour les institutions et les procédures démocratiques, qui va promouvoir la démocratie dans le pays. Une consolation tout de même : un pouvoir construit autour de Saïd Bouteflika, Ali Haddad et leurs amis serait plus vulnérable, et donc plus facile à combattre que celui bâti autour du DRS.

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1 commentaire

  1. ça pourrais être une stratégie des pouvoir pour y revenir à la normale!!!

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