Claudine Chaulet

Décès de Claudine Chaulet, épouse de feu Pierre Chaulet, et mère de mon ami Luc.

Moudjahida, femme de caractère et d’engagement.

Choisi de rejoindre le FLN à Tunis avec Pierre Chaulet.

Avec son mari, elle a hébergé Abane Ramdane.

A côtoyé Frantz Fanon et les plus grands noms de la révolution algérienne.

A longuement enseigné à l’université d’Alger, pendant que son mai contribuait à jeter les bases d’un système de santé en Algérie.

C’est aussi la mère de mon ami Luc, et la grand-mère de mon pote Yahia.

Madame, votre parcours a été un programme politique, une philosophie et une grande leçon d’humanisme.

Merci

Novembre, ses hommes et son héritage (1)

Une pensée moderne, une organisation adaptée. Novembre a fait basculer l’Algérie dans la modernité, dans laquelle elle peine à se maintenir.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 29 octobre 2015)

Tout devient lumineux en Algérie à l’approche du 1er novembre. Le pays se métamorphose. Il change de monde, de logiciel, pour s’installer dans une atmosphère étrange. L’Algérie oublie ses déboires, ses crises et ses échecs ; elle met de côté sa mauvaise gouvernance et se détourne pudiquement des gens qui la dirigent. Elle considère avec dédain Amar Saadani et Saïd Bouteflika, elle évacue d’un revers de la main la crise financière et le déficit budgétaire, et regarde de haut ceux qui courent derrière le pouvoir et l’argent.

En cette semaine sainte, l’Algérie se met à voir grand. Elle voit géant. Elle tutoie l’Histoire. Tout devient grandiose, beau, émouvant. Le pays élève des stèles à des valeurs devenues si rares qu’on se demande si elles ont jamais existé. Il évoque des hommes d’une telle envergure qu’on a de la peine à admette que quelques survivants les ont réellement côtoyés. Le décalage est si fort qu’on ne peut imaginer que Abane Ramdane et Amar Saadani aient appartenu à un parti portant le même sigle. Est-il possible que Hocine Aït-Ahmed, qui a dirigé l’OS à 24 ans, ait fait partie du même camp que Abdelkader ben Salah ou Larbi Ould Khelifa ?

En cette semaine de ferveur, les mythes deviennent familiers. On entend parler de la détermination de Ben Boulaïd dans la préparation minutieuse des groupes armés ; du contraste entre la timidité naturelle de Ben M’Hidi et de sa métamorphose quand il passe à l’action ; des larmes de Souidani Boudjemaa quand il apprend que le lancement de la lutte armée est encore reportée ; de la décision de Lotfi de franchir la ligne Maurice pour aller mourir en Algérie alors que l’indépendance est à portée de fusil ; et du geste, presque similaire, de Si Mohamed Bounaama, descendu de son sanctuaire de l’Ouarsenis pour venir mourir au coeur de Blida, à moins d’une année du cessez-le-feu.

Un pays en mouvement

Ces hommes ont créé leur légende pour entrer dans l’Histoire, dont ils ont réussi à accélérer le cours. Ils ont fortement marqué leur temps. Historiens et analystes tentent aujourd’hui encore d’expliquer ce qui a fait leur grandeur et leur succès. Détermination, courage, sens politique, capacités d’organisation, moment historique favorable, tout a été dit, ce qui a permis de construire progressivement une lecture de l’histoire.

Peu importe que cette histoire soit plus proche du mythe que du réel. L’important, c’était de mettre la société en mouvement, de mettre le pays en marche. Un pays, faut-il l rappeler, pauvre, analphabète, dénué de tout. Il fallait partir de rien pour construire quelque chose de gigantesque.

Le but, c’était de réintégrer dans l’histoire un pays qui en était sorti plus d’un siècle plus tôt. Pendant toute cette longue période, l’Algérie avait disparu, et son peuple a failli lui aussi disparaître. Ceux qui ont eu la charge de le ressusciter ont lancé quelque chose qui a pris une dimension inattendue. Ils on bâti une œuvre d’une telle dimension qu’elle les a tous dépassés.

Ceci amène évidemment à cette question : comment ces hommes de novembre ont-ils fait ? De quelles armes disposaient-ils ? Comment ont-ils pu, à partir des années 1920, créer une conscience politique à partir de rien, pour lever une armée puis bâtir un Etat, alors que le système colonial était alors à son apogée.

Le sens de l’histoire

De toutes les explications qui ont été avancées, deux points semblent avoir été déterminants. Il s’agit de la nature de leur projet, et de la manière dont ils se sont organisés pour le concrétiser. Les hommes de novembre allaient dans le sens de l’histoire, dont ils ont accéléré la marche. Ils n’avaient pas pour but de remonter le temps pour rétablir un quelconque passé mythique. Ils regardaient vers l’avenir, et voulaient s’engager dans un projet libérateur pour créer un système d’hommes libres.

De ce point de vue, ils étaient modernes. Ils étaient portés par une pensée novatrice, très en avance sur leur société, qu’ils ont réussi à entrainer avec eux. Ils étaient les véritables héritiers des Lumières, face à un système colonial qui était à l’antithèse des idéaux même de la révolution française. Le combat des hommes de novembre était fondamentalement libérateur, face à un système totalement oppressif.

Le second point, relatif à l’organisation, découle du premier. Face à l’ampleur de la crise, et à l’énormité de la tâche, les hommes de novembre ont opté pour un consensus national, en vue de mobiliser tous les acteurs disponibles, sans laisser personne au bord du chemin. Mais sur un plan pratique, ils ont réussi à trouver une forme d’organisation adaptée à la grandeur du projet, mais suffisamment simple pour intégrer différents acteurs politiques et sociaux, souvent archaïques. L’organisation était particulièrement adaptée à leur temps et à leur société.

Au final, les hommes de novembre ont défini un projet politique pour faire avancer le pays, ils ont décidé de le concrétiser dans un cadre consensuel, et ils ont trouvé la forme d’organisation adaptée : un demi-siècle plus tard, l’Algérie se trouve face aux mêmes défis.

  1. Ce texte est dédié à la mémoire de Khelifa Mahrez, père de mon ami Khaled Mahrez, et au père de mon ami Slimane Laouari.

Comment le gouvernement empêche le développement des énergies renouvelables

Un grand classique en Algérie : le discours officiel dit une chose, la pratique favorise une démarche inverse. Les énergies renouvelables n’échappent à cette mode.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, mardi 27 octobre 2015)

khebri

En inaugurant, hier à Oran, le salon des énergies renouvelables, le ministre de l’énergie a répété le discours classique sur la détermination du gouvernement à encourager l’émergence du renouvelable. Chez M. Salah Khebri comme chez ses prédécesseurs, le discours est bien rôdé. Il porte sur des programmes à moyen et long termes, avec l’ambition de parvenir à fournir un tiers de la consommation à l’horizon 2030.

Pour le ministère de l’énergie, atteindre cet objectif passe par des étapes, égrenées de manière routinière dans les salons et conférences. Un programme de développement des énergies renouvelables a même été validé par le gouvernement, en vue de parvenir en 2030 à produire 22.000 mégawatts d’énergie solaire. Ce choix devrait aussi permettre de préserver les ressources du pays en énergie fossile, en vue d’allonger la durée de vie des gisements et d’augmenter les volumes à exporter.

Ce programme est présenté avec des échéanciers précis, et des organismes dédiés sont chargés de le vulgariser, y compris dans le détail. Ils détaillent, avec beaucoup de soin, ce qui sera produit selon les filières. Le solaire se taille la part du lion, avec près du tiers de la production en énergie renouvelable envisagée, suivi de l’éolien. Dès 2020, il y aura 4.500 mégawatts d’énergie solaire. Grâce à cette effort, le pays pourrait économiser 300 milliards de mètres cube à l’horizon 2030, ce qui représenterait huit années de production de gaz ou encore quatre années de production.

Toute ceci reste cependant très hypothétique, et bute sur un obstacle : la gestion gouvernementale de l’énergie, qui constitue, en fait, le principal frein au développement du renouvelable. Ce handicap se traduit par un facteur essentiel : le prix de l’énergie. Les prix en vigueur sont très bas. L’énergie produite à partir du gaz subventionné est cédée à un prix si bas que cela décourage toute volonté d’investir dans de nouveaux créneaux.

Selon des chiffres de Sonelgaz, le kilowatt/h produit avec du gaz conventionnel coûterait autour de trois dinars. Selon les calculs d’une société qui commercialise les panneaux solaires,  le même kilowatt/h solaire coûterait aujourd’hui autour de dix dinars, malgré la baisse significative des prix durant la dernière décennie. Les panneaux solaires ont baissé de moitié entre 2010 et 2015, selon des informations fournies par la Banque Mondiale.

Au coût du solaire, il faut ajouter la lourdeur d’un système de gestion, qui décourage la transition vers les nouvelles énergies. Les démarches sont difficiles, et les partenaires offrent peu de facilités. Comme le marché est encore balbutiant, l’offre reste très limitée, avec des prix très élevés.

D’autres pays ont suivi des chemins différents. Inutile de parler du Costa-Rica, qui est sur le point de parvenir à une énergie 100% renouvelable. Selon une publication de la Banque Mondiale, le coût de l’énergie solaire se rapproche du seuil de compétition, et il est déjà plus avantageux dans certains pays qui ont su s’adapter. Cette évolution a été rendue possible grâce à une baisse sensible des coûts : en Inde, le coût du kilowatt/h est passé de 30 cents de dollars à 8 cents entre 2010 et 2015 (de 30 à 8 dinars). Du coup, cela rend l’énergie solaire compétitive pour certaines utilisations. Ainsi, toujours selon la Banque Mondiale, « le coût de revient d’une pompe d’irrigation électrique fonctionnant au diesel est de 30 cents, contre 8 à 14 cents pour une pompe solaire ». Résultat : « l’énergie solaire devient, lentement mais sûrement, une technologie rentable ».

A l’inverse, en Algérie, où le prix de l’énergie conventionnelle est très bas et une énergie solaire encore chère, le particulier, comme l’entreprise, n’a, sur un plan strictement économique, aucun intérêt à s’orienter vers le solaire. Ce qui débouche sur des situations absurdes : des organismes chargés de promouvoir les énergies renouvelables travaillent pour un ministère qui refuse d’utiliser le moyen le plus efficace à a disposition des pouvoirs publics, les prix.

Le gouvernement, qui s’est empêtré dans le dogme des subventions pour acheter la paix sociale, se trouve désarmé. Il est tétanisé dès qu’il est question de subvention. Il n’arrive même à envisager des formules simples : Sonelgaz achète du gaz au prix du marché international au moins pour connaitre ses vrais coûts de production. Elle le vent à un prix subventionné, et l’Etat paie la différence. Et si Sonelgaz se rend compte que le solaire  coûte moins cher, elle peut se lancer dans la filière, avec toutes les retombées industrielles.

Un seul obstacle empêche ce type de démarche : un pouvoir qui a imaginé le quatrième mandat ne peut pas envisager une gestion de cette nature.

Entre Toufik Mediène et Snowden, Houda Feraoun a fait son choix

Par son âge et son look, Imène Houda Feraoun semblait proche d’Edward Snowden. Mais dans sa gestion, elle fait plutôt du Toufik Mediène.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 22 octobre 2015)

Si l’appellation de ce nouvel organisme est rébarbative, le rôle qu’il est appelé à jouer l’est  encore davantage. L’Organe national de lutte contre les infractions liées aux technologies de l’information et de la communication, créé par un décret du 8 octobre 2015, est l’une de ces institutions naturellement destinées à faire controverse. Conçu, grossièrement, pour surveiller et censurer l’internet, cet outil ne peut, en l’état actuel des institutions algériennes, que dériver progressivement, pour tendre vers l’instauration d’une sorte de Big Brother, tant les conditions sont favorables à cette évolution.

Pessimisme? Volonté délibérée de tout noircir ? Un penchant à ne voir, dans toute initiative du gouvernement, qu’une volonté de faire du mal ? Non, bien au contraire.  Car tout plaide aujourd’hui, en Algérie, en faveur de ce genre d’évolution. Ce qui ne signifie pas que le pays n’a pas besoin de mettre en place, et en urgence, des organismes de régulation et de surveillance électronique.

En fait, l’Algérie a sérieusement besoin de s’adapter dans ce domaine, tant les lacunes sont importantes. Un jeune ingénieur révélait, il y a plusieurs années déjà, que les systèmes informatiques d’une grande institution publique, manipulant des milliards de dinars, étaient totalement vulnérables à toute intrusion. Il a tenté d’alerter l’organisme concerné, sans résultat. Il a été contraint ensuite d’alerter la presse, pour inciter les institutions en question à réagir. Il a fallu que l’affaire fasse la « une » d’un journal populaire pour que les choses bougent un peu.

Big Brother

C’est dire si l’état des lieux est inquiétant. Mais le combler comme le prône Imène Houda Feraoun mène tout droit chez big brother. D’abord parce que la nature du pouvoir en place, qui fonctionne avec un logiciel fondamentalement sécuritaire, le pousse à toujours tenter de ficher plus, de surveiller plus, de contrôler plus. Cela répond à une vision sécuritaire d’un autre temps, d’un autre monde, mais qui a survécu en Algérie et dans quelques autres contrées.

Les déclarations de Amar Saadani sur l’émergence d’un Etat « civil » ne changent rien à la donne. Le départ de Toufik Mediène non plus. Le dispositif de contrôle de la société est intégralement en place. Seuls changent les noms de ceux qui le dirigent, et la tutelle à laquelle ils obéissent. L’élargissement tentaculaire du système de surveillance prend simplement un habit légal et systématique, après avoir été exercé de manière informelle et artisanale.

Il n’y a pas non plus de contre-pouvoirs qui permettraient de contrôler le fonctionnement du nouveau dispositif. Aucun parti, aucune institution n’est en mesure d’imposer le respect strict des règles légales fixées pour la gestion de ce nouvel organisme de surveillance de l’internet. Les avocats ne sont pas suffisamment outillés pour faire face, la société civile non plus. En fait, un citoyen surveillé par ce big brother ne peut même pas s’en rendre compte. Et s’il devait l’apprendre, il n’aurait aucun recours sérieux, tant ceux qui l’exercent vivent dans l’impunité.

L’esprit Toufik Mediène

Selon un mécanisme bien connu, ce dispositif, supposé protéger les Algériens, va ainsi se transformer en un appareil qui va les surveiller. Et le plus inquiétant est que la société va l’accepter, par résignation, par démission ou même par nécessité. L’installation de caméras vidéo n’a fait l’objet d’aucune contestation significative. Après tout, diront certains, dont l’attitude peut se comprendre, si une surveillance généralisée peut contribuer à empêcher des actes terroristes, il faut l’accepter.

Ceux qui pourraient contester ce dispositif sont, en outre, trop éparpillés. Ils n’ont pas de voix, par d’organisation, pas de porte-parole. Et ils ne sont pas islamistes : ceux-ci sont favorables à une surveillance systématique de tous les habitants.

Ceux qui remettent en cause le nouveau dispositif appartiennent à deux grands courants. Il y a ceux qui privilégient la liberté, y compris quand leur attitude constitue un risque pour la sécurité. Leur attitude peut être contestée.

Et il y a ceux qui estiment que liberté et sécurité sont si étroitement liées qu’elles ne peuvent êtres dissociées. Pour eux, le pouvoir se trompe de piste. Ce n’est pas en mettant tout le monde sous surveillance qu’on assure une meilleure sécurité. Ils soutiennent aussi que la sécurité est le premier garant de la liberté. Il faut donc concevoir un système très performant, qui immunise l’Algérie contre des systèmes connus, de type NSA, plutôt que d’étendre la surveillance des Algériens. Et plutôt que de vouloir suivre les pas de Toufik Mediène, qui se prenait pour Feraoun, Imène Houda Feraoun ferait mieux de redécouvrir Edward Snowden, pour savoir d’où vient la véritable menace contre l’Algérie.

Sellal sauvé par ses amis de la tripartite

Abdelmalek Sellal est un homme heureux. En ces temps de disette, il peut compter sur ses amis de la tripartite pour le soutenir.

Abed Charef

La tripartite a demandé au monde des affaires de faire preuve de « civisme fiscal » et de « responsabilité sociale ». A l’issue de la réunion tenue mercredi dernier à Biskra, gouvernement, syndicats de travailleurs et de patrons, après s’être longuement congratulés, ont formulé ces vœux, peu coutumiers dans le monde des affaires, avant de se délivrer réciproquement des satisfécits pour l’œuvre accomplie. Au point de pousser le patron de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi-Saïd, à dire que « le climat de confiance au sein de la tripartite constituait le gage principal de réussite de la relance économique ».

Pourtant, les participants à la réunion ont eu beaucoup de peine à faire un bilan de leur action passée. Enumérant les grands chantiers réalisés, ils ont rapidement fait le tour des « avancées significatives» concrétisées par la tripartite. Ils ont cité la suppression de l’article 87 bis, laborieusement mise en oeuvre une année après la décision prise en septembre 2014, pour se rendre compte qu’il n’y avait pas grand-chose à ajouter.

Que comprend d’autre le bilan de la tripartite ? Rien, ou presque. Il est en effet difficile de présenter comme des acquis des considérations d’ordre général comme « l’identification des secteurs prioritaires bénéficiant du soutien public », « l’appui multidimensionnel à l’activité productive notamment à travers la réduction de la pression fiscale », ou « l’encouragement de l’investissement productif et la protection des industries naissantes ». Il est tout aussi aléatoire de parler de « l’assouplissement des modes de gestion du foncier économique », ou du rétablissement du crédit à la consommation pour les produits algériens comme des mesures phares du renouveau économique du pays. Quant aux facilités liées au « Doing Business », un thème très à la mode, il suffit d’interroger des chefs d’entreprises pour se rendre compte que la bureaucratie est toujours aussi pesante.

Chantiers éternels

A l’inverse, la tripartite a rappelé les chantiers toujours ouverts. En premier lieu, la nécessité d’« améliorer l’environnement des entreprises », et de« renforcer la confiance des investisseurs ». Là, visiblement tout reste à faire. Malgré toute sa bonne volonté, le gouvernement ne trouve pas la bonne solution. Il patauge depuis des années, sans se rendre compte qu’il ne peut rien faire. Il n’en pas les instruments.

C’est ce que reconnait M. Ali Haddad, patron du FCE et proche parmi les proches de M. Sellal, lorsqu’il fait état d’un « décalage » entre la volonté du gouvernement et « la lenteur de l’organisation administrative ». Et c’est le même langage que tient le président de la Confédération Nationale du Patronat Algérien (CNPA), M. Mohamed Saïd Nait-Abdelaziz, lorsqu’il demande au gouvernement de « traduire ses engagements par des actions ».

Plus grave encore, les instruments dont dispose le gouvernement ont souvent été conçus pour empêcher l’investissement, non pour l’encourager. La mesure emblématique de ce culte de l’interdit est la règle du 51/49, mais il existe tout un ensemble de mesures similaires, entrées dans les mœurs, et dont on n’arrive même plus à mesurer l’absurdité.

Une récente polémique a montré la perversité qui domine. M. Ali Haddad, patron du Forum des Chefs d’Entreprises, l’organisation patronale la plus influente, a révélé la liste des heureux patrons autorisés à investir dans des raffineries de sucre. On a découvert, avec l’intervention de M. Haddad, que pour investir dans une filière aussi banale que le sucre, il fallait en obtenir l’autorisation ! Dans l’autre camp, des spécialistes

Incantations

Que fait un gouvernement aussi désarmé face à l’adversité, et confronté à une baisse drastique des recettes budgétaires ? Il a recours aux incantations. Il fait des vœux. Il espère que le secteur privé fasse preuve de « civisme fiscal ». C’est une reconnaissance claire de l’incapacité de l’administration à recouvrer les impôts. En parallèle, il espère qu’une partie de l’argent circulant dans l’informel soit réorienté vers les réseaux bancaires.

M. Sellal a bien parlé de « l’obligation de lutter contre la corruption et la dilapidation des moyens des entreprises ». Mais il n’a pas défini les moyens et les instruments de sa politique. De même, « mobiliser la force de travail du pays afin de faire face aux défis qui nous attendent » constitue une simple incantation, pas une démarche politique.

Ne disposant pas de moyens d’action ni de coercition, il se contente d’appels moralisants: un appel aux acteurs de l’informel à déposer leur argent dans les banques « en toute confiance », et un autre appel aux acteurs de l’informel à « déclarer leurs salariés ».

Cela ne signifie pas pour autant que le premier ministre est rentré bredouille de Biskra. Bien au contre. En plus quitus obtenu auprès des milieux d’affaires, M. Abdelmalek Sellal  a effet obtenu une reconduction explicite de la paix sociale. La tripartite  en effet appelé les travailleurs à « préserver la stabilité du front social, en privilégiant le dialogue, la concertation et la médiation », particulièrement vitale dans ce « contexte économique difficile ». C’était un minimum de la part de l’UGTA, du moment que les participants à la tripartite admettaient une « convergence de vues totale ».

Le verdict de Mouloud Hamrouche

Mouloud Hamrouche se démarque de l’opposition. Il met en garde contre les fausses bonnes idées, comme une élection présidentielle avec des instruments dévoyés, ou des décisions économiques sans préalable politique.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 15 octobre 2015)

Abdelaziz Bouteflika appartient au passé. Toufik Mediène, c’est déjà du passé. Gaïd Salah, encore en poste, a lui aussi son avenir derrière lui. Quoique puissent faire ces trois hommes pour tenter de durer, un mouvement de fond est en train de faire glisser l’Algérie vers de nouveaux horizons, sur lesquels ils n’ont plus de prise. Le destin de l’Algérie ne leur appartient pas, parce qu’ils n’ont pas su préparer le terrain pour de nouvelles conquêtes.

Il y a peu, ces hommes avaient encore la main. Ils ont raté le coche. Le verdict de Mouloud Hamrouche sur leur bilan est très dur. Ils ont, moralement, perdu le droit de vouloir peser sur l’avenir du pays, dit-il. Il y a dix huit mois, à la veille du quatrième mandat, ils avaient la possibilité de placer le pays sur une orbite nouvelle. Hamrouche avait tenté de les grandir, pour les pousser plus haut, et leur permettre de sortir par la grande porte. Il était allé jusqu’à prendre le risque de les comparer aux mythiques trois B, Krim Belkacem, Lakhdar Ben Tobbal et Abdelhafidh Boussouf, ceux qui avaient tenu le sort de l’Algérie entre leurs mains et maintenu le cap d’une ligne dure jusqu’à l’indépendance.

Visiblement, Mouloud Hamrouche a forcé la dose. Abdelaziz Bouteflika, Toufik Mediène et Gaïd Salah n’en avaient pas l’envergure. Ils ont gâché une ultime chance de sortir par le haut. Rattrapés par leurs petits calculs et leur appétit de pouvoir, ils ont préféré protéger le clan plutôt que d’entrer dans l’histoire. Ils quitteront la scène par la petite porte. Ils laisseront un pays menacé, angoissé, proche de la crise de nerfs ; un pays où ni le grade ni la fortune n’offrent la moindre assurance, comme le montrent les affaires Benhadid et Rebrab.

Fausse bonne idée

Il reste donc à envisager de faire l’Algérie sans se trio. Et là, les pistes sont nombreuses, les tentations très fortes. Les appétits de uns n’ont d’égal que les ambitions des autres. Tout ceci est légitime. Mouloud Hamrouche a cependant mis en garde contre deux fausses solutions qui guettent le pays. Elles paraissent d’autant plus dangereuses qu’elles ont de nombreux supporters.

La première concerne l’élection présidentielle réclamée par l’opposition, et présentée comme une sorte de sésame pour régler les problèmes du pays. Nombre de partis et de personnalités la réclament, certains en faisant la première étape d’une sortie de crise. Estimant, à tort ou raison, que leur tour est arrivé, ces dirigeants insistent pour demander une présidentielle anticipée. D’autres, se plaçant dans la peau d’hommes politiques « légalistes », attendent tout simplement la fin ou l’interruption du mandant du président Bouteflika pour lui succéder dans une élection à l’algérienne.

Pour Mouloud Hamrouche, cette option est erronée. Elle ne fera que renforcer l’impasse. Pour une raison évidente : les mécanismes politiques et administratifs qui ont présidé aux élections présidentielles durant les deux dernières décennies sont intégralement en place. Ils déboucheront sur le même résultat, avec un président désigné par les lobbies les plus puissants, non un président élu.

Une elle situation crée évidemment des frustrations que le pays ne peut supporter. Dans l’incapacité d’organiser, dans l’immédiat, des élections honnêtes, autant aller à une autre formule, pour offrir au pouvoir qui va se mettre en place une légitimité acceptable et préparer les conditions d’une élection réellement libre.

Solutions inopérantes

La seconde solution en vogue concerne l’économie. Les experts parlent des mesures à prendre, en allant parfois dans le détail. A l’exception de rares courants à la marge, les mesures prônées poussent vers une plus grande libéralisation, en offrant des facilités aux détenteurs d’argent. Les subventions sont également visées, parfois à raison quand il s’agit de leur côté inefficace et gaspilleur, parfois avec des sous-entendus non avoués.

Sur ce volet, Mouloud Hamrouche a un point de vue tranché. Certes, reconnait-il, « les suggestions et propositions qui ont été avancées sont techniquement recevables pour une économie en crise ». Mais, ajoute-t-il, « elles sont inopérantes » en Algérie, « à cause de la spécificité structurelle de notre économie ». Selon lui, « les réalités économiques algériennes ne sont pas totalement saisies et maitrisées ». Résultat : « les recommandations qui en résultent ne sont pas toujours fiables », et « aucune solution de type économique et financière n’aura d’effet ». En tout état de cause assure-t-il, « il n’y a pas de solutions rapides pour le court terme ».

Hamrouche ne laisse qu’un chemin très étroit pour une sortie de crise. Ce qui le pousse à inviter les partenaires politiques à « la lucidité » d’abord : ne pas se tromper dans le diagnostic, pour ne pas s’engager dans des solutions illusoires. Ensuite, concevoir une solution réaliste, et lui donner toutes les chances de succès, en réunissant un consensus pour ne laisser personne sur le bord de la route. Ce n’est visiblement pas l’équipe qui a dirigé le pays depuis 1999 qui va réaliser ce projet.

L’impasse politique paralyse l’économie

Le président Bouteflika a fini par admettre la « gravité » de la situation économique du pays.

Abed Charef

Le président Abdelaziz Bouteflika a formellement amorcé un virage important en ce début octobre 2015. Lors du conseil des ministres de mardi 6 octobre, il a fini par admettre la « gravité » de la situation économique du pays, et demandé au gouvernement de prendre les devants. Le chef d l’Etat a recommandé à l’exécutif de faire le nécessaire pour que les Algériens se rendent compte de « la gravité de la conjoncture financière », à la suite de la baisse des recettes extérieures du pays, elle-même consécutive à l’écroulement du prix du pétrole. Corollaire de cette situation, les Algériens doivent aussi mesurer l’ampleur des transferts sociaux, ainsi que leur « caractère unique au monde », avec près de 24% du PIB. Dans le même temps, ils doivent mesurer l’effort de l’Etat en matière d’investissements publics.

Ce type de discours est classique en période de crise. Il prépare généralement le terrain à une politique de rigueur, voire d’austérité. Il sert à alerter l’opinion et à la mobiliser, avant des échéances douloureuses. D’ailleurs, le conseil des ministres n’hésite pas à assombrir le tableau de bord économique du pays, en annonçant une baisse de 50% des revenus tirés des hydrocarbures, et une baisse de 9% des dépenses budgétaires.

Les chiffres évoqués sont en effet inquiétants. Ils sont suffisants pour convaincre n’importe quel économiste de la nécessité de changer de cap, et pour alarmer tout citoyen soucieux de la stabilité de son pays. Un minimum de bons sens devrait inciter le gouvernement à changer de méthode, pour réduire la voilure des transferts sociaux et tenter de trouver des solutions, en recherchant l’adhésion ou,  défaut, la compréhension de la population. Ce que tente d’ailleurs de faire le ministre de la communication Hamid Grine : dans la grande tradition du parti unique, il a annoncé une mobilisation des relais étatiques, attachés de presse et communicateurs officiels, pour une mener une campagne de « sensibilisation » sur les enjeux de la crise.

On ne change pas

Mais la spécificité algérienne a rapidement repris le dessus. Le même conseil des ministres, qui avait adopté un ton alarmiste, se ressaisit aussitôt après, et, après avoir repris ses esprits, assure, pour rassurer : non seulement les transferts sociaux ne baisseront pas, mais ils vont augmenter !

Ces transferts seront en hausse de 7,5% en 2016. Ils représenteront 23% du budget de l’Etat. Ils seront répartis entre 477 milliards de dinars (plus de 4.5 milliards de dollars) pour le soutien à l’habitat, presque autant, soit 446 milliards de dinars, pour le soutien aux ménages, et 316,5 mds de dinars pour la santé publique. Et ce n’est là qu’un volet, car en plus de ces montants budgétisés, il faudra ajouter les subventions indirectes, couvrant notamment « le différentiel entre les prix réels et les prix de cession des carburants et du gaz naturel ». Pourquoi autant de générosité de la part du gouvernement ? Pour faire avaliser, sans trop de dégâts, des augmentations de taxe attendues sur les carburants, la téléphonie et les produits de luxe?

Le décalage entre le constat alarmant établi par le gouvernement et ce qu’il fait est frappant. D’autant plus inquiétant que les propos attribués au président Abdelaziz Bouteflika semblaient indiquer une nouvelle orientation, oubliée entre le début du communiqué du conseil des ministres et la fin du même document.

Un remède pire que le mal ?

Récapitulons. Le  gouvernement a mis quinze mois pour finir par admettre, du bout des lèvres, qu’il risque de ne plus être en mesure de maintenir au même niveau la redistribution de la rente, élément essentiel de sa politique économique. Il évoque donc la « gravité » de la situation. Mais, surprise, il n’en tire aucune conséquence. On continue à distribuer, jusqu’au jour où il n’y aura plus rien. En espérant secrètement un miracle, avec un rebond des prix du pétrole à moyen terme.

Entêtement ? Aveuglement ? Incompétence? Non. Rien  tout cela. Le gouvernement ne sait rien faire d’autre. Son agenda politique est ainsi fait. Il obéit à d’autres échéances, à d’autres impératifs politiques.

Mais le plus grave est ailleurs. En effet, le mal est si profond que l’immobilisme économique du gouvernement constitue peut-être un moindre mal. Car si l’économie algérienne nécessite des mesures techniques qui, aujourd’hui, ne sont pas loin de réunir un consensus -il suffit de lire le catalogue Nabni pour les connaitre-, ces mesures risquent de provoquer un séisme si elles ne sont pas précédées d’un préalable politique. Les lancer sans s’engager dans un changement du modèle de gouvernance mènera, au mieux, à un immense gaspillage de ressources et d’énergies ; au pire, à des dégâts encore plus graves que l’immobilisme d’aujourd’hui.

Il ne suffit pas d’affirmer son intention de libérer l’entreprise pour se lancer dans l’aventure. Encore faut-il être suffisamment crédible pour le faire, suffisamment compétent pour mener à bien les réformes structurelles indispensables, et disposer de l’ingénierie adéquate et des institutions en mesure de mener de front une œuvre d’une grande complexité. Mais plus que tout, il faudra réunir le consensus nécessaire pour que le délicat chemin de la transition soit assumé par tous. Autrement, ce qui apparait comme une œuvre de réforme économique risque de se transformer en un champ de bataille, dans un pays sans institutions, sans règles et sans arbitre.

Déclaration de Mouloud Hamrouche au forum du journal El-Hiwar, samedi 10 octobre 2015

Mouloud Hamrouche ancien Chef de Gouvernement

Au Forum du journal El-Hiwar

Déclaration Liminaire

Mes propos qui vont suivre n’ont pas pour but de mystifier, de déranger ou de plaire, mais de décrire une situation qui ne peut plus s’accommoder ni de renvoi ni de dissimulation ni de tromperie. Mes propos n’ont pas pour but d’accuser ou de récuser des personnes en particulier.

Vous vous souvenez que j’avais lancé, en mars 2014, à l’occasion du forum du quotidien Liberté, un appel à trois éminents responsables les plus hauts placés leur demandant de profiter de l’opportunité qui s’offrait à eux afin de trouver une issue constructive à la crise qui dure depuis plus d’un quart de siècle. Manifestement, ils n’ont pas pu ou n’ont pas voulu saisir cette occasion.

En avril dernier j’avais averti l’opinion dans une déclaration à un journal électronique TSA, que l’occasion était passée et que ces responsables n’avaient plus la possibilité d’opérer la souhaitable mutation.

Notre système politique ne sait pas comment finir cette crise, sa crise, qui a trop durée et mettre un terme aux échecs successifs.

Tous les choix et toutes les options opérés depuis l’indépendance n’ont pas abouti ou peu. Les projets qui visaient à développer et conforter la société, à immuniser la souveraineté, à renforcer l’indépendance, à développer l’économie, à rétablir l’État national et à édifier une société libre et solidaire n’ont pas abouti.

La situation se caractérise par des précarités permanentes des hommes, des programmes et des projets. Elle est marquée par des instabilités, des dénigrements et des remises en cause à la fois des hommes, des projets, des programmes et des choix.

Tous les hommes qui étaient en charge par le passé ont été incriminé mais jamais les règles et les modes de gouvernance. N’est-il pas trop facile et réducteur ? Bien sûr les hommes ont leur part de responsabilité dans ces échecs. Ils n’ont pas pu déceler les dysfonctionnements ni anticiper les conséquences et leurs incapacités d’y remédier ne sont pas les moindres.

Cette gouvernance à laquelle a été soumis le pays n’a engendré que des échecs et des impasses. Des pays de même catégorie que le notre avec un potentiel modeste et moins d’atouts ont mieux réussi et nous devancent sur tous les plans.

Les faux débats et les faux-fuyants qui nourrissent le maintien du statu quo n’ont de raison que la préservation d’une sacro-sainte règle de cooptation qui permet d’alterner des hommes et des équipes.

Cette règle, demeurée stable et inamovible, a empêché des hommes de réussir et des choix politiques, économiques d’aboutir.

Cette sacro-sainte règle sert à nourrir des rivalités et des luttes de clans. Elle a besoin de gardiens de temple pour fonctionner et les broyer pour survivre.

Cette règle empêche les citoyens et la société de s’épanouir, de se projeter et de se donner un destin. Pire, elle déstructure l’idée nationale, recrée des situations et des comportements qui poussent la société à reproduire son passé. Comme elle détruit la volonté nationale au profit des penchants régionalistes. Plus grave, elle livre notre religion et notre identité à des agressions et des régressions incommensurables.

Ce statu quo, qui n’est jamais une solution, a été conservé aux prix de la destruction des quelques avancées et progrès réalisés sur le plan politique, économique et sociale. Il est maintenu malgré le danger qu’il fait peser sur le pays, sur son devenir et sur son unité.

Comme si ces épreuves n’étaient pas suffisantes. Voilà un autre désastre socio-économique qui risque d’arriver d’ici trois ans suite à la chute drastique des recettes des hydrocarbures.

En résumé, le pays est face à deux menaces inéluctables pour les quels le statu quo est complètement inopérant :

  • Les frictions et luttes entre les tenants du statu quo qui considèrent que la survie du système commande le remplacement d’hommes par d’autres.
  • Absence de solution immédiate au problème de double chute de la production et des recettes pétrolières.

Nos conseillers, comme Le FMI, sont de bons conseils et de piètres remèdes. Toutes les suggestions, propositions qui ont été avancées sont techniquement recevables pour une économie en crise. Elles sont inopérantes à cause de la spécificité structurelle de notre économie. Les réalités économiques algériennes ne sont pas totalement saisies et maitrisées et les recommandations qui en résultent ne sont pas toujours fiables.

Les problèmes auxquels fait face l’économie ne sont pas uniquement de natures économiques classiques. Aucune solution de type économique et financière n’aura d’effet. Il n’y a pas de solutions rapides pour le court terme.

Les mesures prises ou qu’on peut prendre ou celles sévères écartées, pour le moment, ne sont et ne seront d’aucune efficacité tangible avec les formes actuelles des gouvernances économiques.

Tout ajustement classique risque d’aggraver la situation des entreprises et des ménages. La dépréciation du Dinar a déjà amputée de 30% le pouvoir d’achat, la valeur des actifs nets des entreprises et annihilé par avance les ajustements des prix de certains produits notamment énergétiques que le gouvernement envisageait d’opérer.

Notre pays n’est pas dépourvu d’atouts et de potentialités. Ces atouts et ces potentialités ne sont pas des solutions mais des moyens. Ils nécessitent une réponse politique et des réponses économiques. Car, dans une situation qui incite à la mystification et à la perversion, tout acte non étudié, non expliqué, non explicité, non assumé et contrôlé réveillera toutes les instabilités. Le pouvoir politique et le pouvoir d’achat est un couple en harmonie ou en divorce.

Seul un vrai projet, porté par des élites et soutenu par les citoyens, a des chances de sortir le pays de l’impasse économique et financière.

Deux atouts peuvent servir d’appui à un tel projet.

  • L’important pouvoir d’achat des ménages.
  • Le fonds de réserve et de régulation.

Cela est réalisable à travers un projet validé par un consensus national où tous les constituants sociaux seront partie prenante. Pour cela, les dirigeants, les élites et les citoyens, doivent s’armer de lucidité, ensuite, uniquement ensuite de courage et détermination s’ils veulent enclencher une nouvelle dynamique économique et sociale de progrès et de solidarité. Pour cela aussi, il faut une gouvernance économique stratégique qui ne remet pas en cause l’économie de marché et qui soumet les capitaux marchants de l’État aux forces du marché et aux contrôles économique et financier y afférents.

Cette démarche permettra de faire adhérer toutes les potentialités nationales à l’intérieur et celles qui sont à l’extérieur. Elle permettra de faire face à la menace terroriste externe et aux menaces d’instabilités politique et sociale internes.

Le pays doit prendre résolument le chemin de la réussite. Un chemin fait d’apports de réflexions, de lucidités, de compréhensions et d’engagements. Il est fait aussi d’adhésion, de mobilisation et de discipline.

Quand il y a une volonté nationale il y a un chemin national. Quand il ya un chemin national il ya places pour tous et des solutions pour tout.

Le choix est de vivre une crise pour toutes les solutions ou vivre toutes les crises dans une impasse.

Alger le 10/10/2015

L’accord d’association avec l’Europe, un désastre reconnu par le gouvernement algérien

L’Algérienne et l’union européenne ont convenu de réviser l’accord d’association qui les lie depuis 2002. L’Algérie y a perdu beaucoup d’argent et d’illusions.

Abed Charef

Le président Bouteflika a reconnu l’échec d’un choix stratégique adopté il y a quinze ans, celui de l’accord d’association signé avec l’Union européenne. Alors que les économistes et les entrepreneurs insistaient depuis des années sur les effets négatifs de cet accord, il a fallu la baisse des recettes budgétaires, consécutive à la chute des prix des hydrocarbures, pour que le gouvernement algérien décide de revenir sur cet accord. Et même si le gouvernement s’est résolu à ce choix parce qu’il est acculé, et cherche d’abord à augmenter ses recettes budgétaires avec les taxes douanières, cette mesure « est la bienvenue », nous a déclaré un économiste.

Le conseil des ministres de mardi 6 octobre 2015 a ainsi admis la nécessité de revoir cet accord, qui « n’a pas été accompagné de la hausse attendue dans les investissements européens en Algérie », une formule soft pour évoquer le désastre qu’a représenté cet accord.

Initialement, l’accord devait faciliter à des entreprises algériennes naissantes de faire leur entrée sur le marché européen. Ce fut un échec total. Mis en parallèle, le président Bouteflika, nouvellement élu, a obtenu ce qu’il cherchait. Il pensait qu’en ouvrant le marché algérien aux produits européens, il achèterait le silence de l’Europe sur sa politique. Il a réussi son pari sur ce terrain.

Gain politique, échec économique

Par contre, sur le plan économique, le bilan est simple à faire. Les exportations européennes vers l’Algérie ont doublé, absorbant une bonne partie des revenus des hydrocarbures, alors que les exportations algériennes hors hydrocarbures et les investissements européens en Algérie se maintenaient à leur niveau d’il y a quinze ans. Résultat : l’Algérie considère aujourd’hui « nécessaire de réévaluer les volets économique et commercial » de l’accord d’association avec l’Union européenne, qui « n’a pas réalisé les objectifs attendus en matière d’investissements européens en Algérie ».

Seule bonne nouvelle à relever dans ce dossier, l’Europe admet cette idée de révision. « La partie européenne a officiellement notifié son accord à la demande algérienne », lors de la visite effectuée à la mi-septembre en Algérie par Federica Mogherini, haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, selon le communiqué du conseil des ministres.

Cette formulation très diplomatique cache en fait une véritable débâcle commerciale. Non seulement les investissements européens sont demeurés insignifiants, mais l’Algérie a mené une politique qui a débouché sur un véritable démantèlement industriel.

Facteurs défavorables

Avec un dinar surévalué, des taxes douanières ramenées à un minimum, un climat économique délétère, et une instabilité juridique prononcée, l’Algérie offrait un terrain peu favorable à l’investissement. L’industrie algérienne balbutiante a été mise en compétition avec une industrie européenne très performante. Le résultat a été destructeur : l’économie algérienne s’est progressivement orientée vers l’import-import, abandonnant largement l’idée d’investissement productif.

Selon l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (Algex), les exportations algériennes hors hydrocarbures vers les pays membres de l’UE, parties de très bas, sont passées de 597 millions en 2005 à seulement 2,3 milliards de dollars en 2014. Ces exportations hors hydrocarbures ont atteint 12,3 milliards de dollars en dix ans, contre 195 milliards de dollars d’importations. Un rapport de un à seize!

Sur les sept premiers mois de 2015, l’Algérie a acheté pour 15,67 milliards de dollars auprès de l’Europe, sur un total de 30,560 milliards de dollars d’importations, soit un taux de 50,62%. Au chapitre des investissements, le bilan est encore plus faible. Entre 2002 et 2014, seuls 316 projets, d’une valeur de 7,7 milliards d’euros, ont été lancés par des investisseurs européens.