Déclaration de Mouloud Hamrouche au forum du journal El-Hiwar, samedi 10 octobre 2015

Mouloud Hamrouche ancien Chef de Gouvernement

Au Forum du journal El-Hiwar

Déclaration Liminaire

Mes propos qui vont suivre n’ont pas pour but de mystifier, de déranger ou de plaire, mais de décrire une situation qui ne peut plus s’accommoder ni de renvoi ni de dissimulation ni de tromperie. Mes propos n’ont pas pour but d’accuser ou de récuser des personnes en particulier.

Vous vous souvenez que j’avais lancé, en mars 2014, à l’occasion du forum du quotidien Liberté, un appel à trois éminents responsables les plus hauts placés leur demandant de profiter de l’opportunité qui s’offrait à eux afin de trouver une issue constructive à la crise qui dure depuis plus d’un quart de siècle. Manifestement, ils n’ont pas pu ou n’ont pas voulu saisir cette occasion.

En avril dernier j’avais averti l’opinion dans une déclaration à un journal électronique TSA, que l’occasion était passée et que ces responsables n’avaient plus la possibilité d’opérer la souhaitable mutation.

Notre système politique ne sait pas comment finir cette crise, sa crise, qui a trop durée et mettre un terme aux échecs successifs.

Tous les choix et toutes les options opérés depuis l’indépendance n’ont pas abouti ou peu. Les projets qui visaient à développer et conforter la société, à immuniser la souveraineté, à renforcer l’indépendance, à développer l’économie, à rétablir l’État national et à édifier une société libre et solidaire n’ont pas abouti.

La situation se caractérise par des précarités permanentes des hommes, des programmes et des projets. Elle est marquée par des instabilités, des dénigrements et des remises en cause à la fois des hommes, des projets, des programmes et des choix.

Tous les hommes qui étaient en charge par le passé ont été incriminé mais jamais les règles et les modes de gouvernance. N’est-il pas trop facile et réducteur ? Bien sûr les hommes ont leur part de responsabilité dans ces échecs. Ils n’ont pas pu déceler les dysfonctionnements ni anticiper les conséquences et leurs incapacités d’y remédier ne sont pas les moindres.

Cette gouvernance à laquelle a été soumis le pays n’a engendré que des échecs et des impasses. Des pays de même catégorie que le notre avec un potentiel modeste et moins d’atouts ont mieux réussi et nous devancent sur tous les plans.

Les faux débats et les faux-fuyants qui nourrissent le maintien du statu quo n’ont de raison que la préservation d’une sacro-sainte règle de cooptation qui permet d’alterner des hommes et des équipes.

Cette règle, demeurée stable et inamovible, a empêché des hommes de réussir et des choix politiques, économiques d’aboutir.

Cette sacro-sainte règle sert à nourrir des rivalités et des luttes de clans. Elle a besoin de gardiens de temple pour fonctionner et les broyer pour survivre.

Cette règle empêche les citoyens et la société de s’épanouir, de se projeter et de se donner un destin. Pire, elle déstructure l’idée nationale, recrée des situations et des comportements qui poussent la société à reproduire son passé. Comme elle détruit la volonté nationale au profit des penchants régionalistes. Plus grave, elle livre notre religion et notre identité à des agressions et des régressions incommensurables.

Ce statu quo, qui n’est jamais une solution, a été conservé aux prix de la destruction des quelques avancées et progrès réalisés sur le plan politique, économique et sociale. Il est maintenu malgré le danger qu’il fait peser sur le pays, sur son devenir et sur son unité.

Comme si ces épreuves n’étaient pas suffisantes. Voilà un autre désastre socio-économique qui risque d’arriver d’ici trois ans suite à la chute drastique des recettes des hydrocarbures.

En résumé, le pays est face à deux menaces inéluctables pour les quels le statu quo est complètement inopérant :

  • Les frictions et luttes entre les tenants du statu quo qui considèrent que la survie du système commande le remplacement d’hommes par d’autres.
  • Absence de solution immédiate au problème de double chute de la production et des recettes pétrolières.

Nos conseillers, comme Le FMI, sont de bons conseils et de piètres remèdes. Toutes les suggestions, propositions qui ont été avancées sont techniquement recevables pour une économie en crise. Elles sont inopérantes à cause de la spécificité structurelle de notre économie. Les réalités économiques algériennes ne sont pas totalement saisies et maitrisées et les recommandations qui en résultent ne sont pas toujours fiables.

Les problèmes auxquels fait face l’économie ne sont pas uniquement de natures économiques classiques. Aucune solution de type économique et financière n’aura d’effet. Il n’y a pas de solutions rapides pour le court terme.

Les mesures prises ou qu’on peut prendre ou celles sévères écartées, pour le moment, ne sont et ne seront d’aucune efficacité tangible avec les formes actuelles des gouvernances économiques.

Tout ajustement classique risque d’aggraver la situation des entreprises et des ménages. La dépréciation du Dinar a déjà amputée de 30% le pouvoir d’achat, la valeur des actifs nets des entreprises et annihilé par avance les ajustements des prix de certains produits notamment énergétiques que le gouvernement envisageait d’opérer.

Notre pays n’est pas dépourvu d’atouts et de potentialités. Ces atouts et ces potentialités ne sont pas des solutions mais des moyens. Ils nécessitent une réponse politique et des réponses économiques. Car, dans une situation qui incite à la mystification et à la perversion, tout acte non étudié, non expliqué, non explicité, non assumé et contrôlé réveillera toutes les instabilités. Le pouvoir politique et le pouvoir d’achat est un couple en harmonie ou en divorce.

Seul un vrai projet, porté par des élites et soutenu par les citoyens, a des chances de sortir le pays de l’impasse économique et financière.

Deux atouts peuvent servir d’appui à un tel projet.

  • L’important pouvoir d’achat des ménages.
  • Le fonds de réserve et de régulation.

Cela est réalisable à travers un projet validé par un consensus national où tous les constituants sociaux seront partie prenante. Pour cela, les dirigeants, les élites et les citoyens, doivent s’armer de lucidité, ensuite, uniquement ensuite de courage et détermination s’ils veulent enclencher une nouvelle dynamique économique et sociale de progrès et de solidarité. Pour cela aussi, il faut une gouvernance économique stratégique qui ne remet pas en cause l’économie de marché et qui soumet les capitaux marchants de l’État aux forces du marché et aux contrôles économique et financier y afférents.

Cette démarche permettra de faire adhérer toutes les potentialités nationales à l’intérieur et celles qui sont à l’extérieur. Elle permettra de faire face à la menace terroriste externe et aux menaces d’instabilités politique et sociale internes.

Le pays doit prendre résolument le chemin de la réussite. Un chemin fait d’apports de réflexions, de lucidités, de compréhensions et d’engagements. Il est fait aussi d’adhésion, de mobilisation et de discipline.

Quand il y a une volonté nationale il y a un chemin national. Quand il ya un chemin national il ya places pour tous et des solutions pour tout.

Le choix est de vivre une crise pour toutes les solutions ou vivre toutes les crises dans une impasse.

Alger le 10/10/2015

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2 Commentaires

  1. l’adhésion, la mobilisation et la discipline existent. faut pas y chercher en passant par milles chemins, la volonté des personnes existe et on peux la mesurer si on gère bien ces personnes.

    Réponse
  2. ali baba

     /  12 octobre 2015

    M. Hamrouche a tout dit. On se rend compte qu’il connait très bien la situation du pays et les menaces qui pèsent sur nous. Les journalistes et la classe politique n’ont pas encore tout compris étant donné le manque de réactions pertinentes.
    Effectivement, une crise financière suivie d’une crise énergétique va entraîner un vrai désastre socio-économique d’ici deux à trois ans si on maintient le statu quo actuel. Avant la baisse des prix du pétrole, les messages de Hamrouche faisaient référence à une fenêtre pour une transition pacifique. Il nous dit que cette mutation n’est plus possible car il n’y a plus de solution « sans sacrifices» pour le court terme. « Le choix est de vivre une crise pour toutes les solutions ou vivre toutes les crises dans une impasse. Seul un vrai projet, porté par des élites et soutenu par les citoyens, a des chances de sortir à long terme le pays de l’impasse économique et financière » écrit-il.
    Au niveau du diagnostic, il a évité de franchir la ligne rouge en attribuant l’échec les politiques algériennes à la règle de la cooptation. D’autres parlent de corruption. Pour moi, il suffit de voir le parcours de Chakib Khelil de tant d’autres apôtres du régime pour avancer une thèse plus plausible: la haute trahison. Au bout du chemin tracé pour le peuple algérien, il y a un abattoir. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est qu’on vous dit que la situation est grave (parce qu’on ne peut plus cacher cette vérité) mais on ne change pas de chemin (parce que cet abattoir est programmé depuis 20 ans). Ceux qui vous parlent ont prévu pour leurs proches un autre parcours (en avion) vers d’autres cieux sécurisés pour rejoindre les récompenses de leur trahison.

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