Le verdict de Mouloud Hamrouche

Mouloud Hamrouche se démarque de l’opposition. Il met en garde contre les fausses bonnes idées, comme une élection présidentielle avec des instruments dévoyés, ou des décisions économiques sans préalable politique.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 15 octobre 2015)

Abdelaziz Bouteflika appartient au passé. Toufik Mediène, c’est déjà du passé. Gaïd Salah, encore en poste, a lui aussi son avenir derrière lui. Quoique puissent faire ces trois hommes pour tenter de durer, un mouvement de fond est en train de faire glisser l’Algérie vers de nouveaux horizons, sur lesquels ils n’ont plus de prise. Le destin de l’Algérie ne leur appartient pas, parce qu’ils n’ont pas su préparer le terrain pour de nouvelles conquêtes.

Il y a peu, ces hommes avaient encore la main. Ils ont raté le coche. Le verdict de Mouloud Hamrouche sur leur bilan est très dur. Ils ont, moralement, perdu le droit de vouloir peser sur l’avenir du pays, dit-il. Il y a dix huit mois, à la veille du quatrième mandat, ils avaient la possibilité de placer le pays sur une orbite nouvelle. Hamrouche avait tenté de les grandir, pour les pousser plus haut, et leur permettre de sortir par la grande porte. Il était allé jusqu’à prendre le risque de les comparer aux mythiques trois B, Krim Belkacem, Lakhdar Ben Tobbal et Abdelhafidh Boussouf, ceux qui avaient tenu le sort de l’Algérie entre leurs mains et maintenu le cap d’une ligne dure jusqu’à l’indépendance.

Visiblement, Mouloud Hamrouche a forcé la dose. Abdelaziz Bouteflika, Toufik Mediène et Gaïd Salah n’en avaient pas l’envergure. Ils ont gâché une ultime chance de sortir par le haut. Rattrapés par leurs petits calculs et leur appétit de pouvoir, ils ont préféré protéger le clan plutôt que d’entrer dans l’histoire. Ils quitteront la scène par la petite porte. Ils laisseront un pays menacé, angoissé, proche de la crise de nerfs ; un pays où ni le grade ni la fortune n’offrent la moindre assurance, comme le montrent les affaires Benhadid et Rebrab.

Fausse bonne idée

Il reste donc à envisager de faire l’Algérie sans se trio. Et là, les pistes sont nombreuses, les tentations très fortes. Les appétits de uns n’ont d’égal que les ambitions des autres. Tout ceci est légitime. Mouloud Hamrouche a cependant mis en garde contre deux fausses solutions qui guettent le pays. Elles paraissent d’autant plus dangereuses qu’elles ont de nombreux supporters.

La première concerne l’élection présidentielle réclamée par l’opposition, et présentée comme une sorte de sésame pour régler les problèmes du pays. Nombre de partis et de personnalités la réclament, certains en faisant la première étape d’une sortie de crise. Estimant, à tort ou raison, que leur tour est arrivé, ces dirigeants insistent pour demander une présidentielle anticipée. D’autres, se plaçant dans la peau d’hommes politiques « légalistes », attendent tout simplement la fin ou l’interruption du mandant du président Bouteflika pour lui succéder dans une élection à l’algérienne.

Pour Mouloud Hamrouche, cette option est erronée. Elle ne fera que renforcer l’impasse. Pour une raison évidente : les mécanismes politiques et administratifs qui ont présidé aux élections présidentielles durant les deux dernières décennies sont intégralement en place. Ils déboucheront sur le même résultat, avec un président désigné par les lobbies les plus puissants, non un président élu.

Une elle situation crée évidemment des frustrations que le pays ne peut supporter. Dans l’incapacité d’organiser, dans l’immédiat, des élections honnêtes, autant aller à une autre formule, pour offrir au pouvoir qui va se mettre en place une légitimité acceptable et préparer les conditions d’une élection réellement libre.

Solutions inopérantes

La seconde solution en vogue concerne l’économie. Les experts parlent des mesures à prendre, en allant parfois dans le détail. A l’exception de rares courants à la marge, les mesures prônées poussent vers une plus grande libéralisation, en offrant des facilités aux détenteurs d’argent. Les subventions sont également visées, parfois à raison quand il s’agit de leur côté inefficace et gaspilleur, parfois avec des sous-entendus non avoués.

Sur ce volet, Mouloud Hamrouche a un point de vue tranché. Certes, reconnait-il, « les suggestions et propositions qui ont été avancées sont techniquement recevables pour une économie en crise ». Mais, ajoute-t-il, « elles sont inopérantes » en Algérie, « à cause de la spécificité structurelle de notre économie ». Selon lui, « les réalités économiques algériennes ne sont pas totalement saisies et maitrisées ». Résultat : « les recommandations qui en résultent ne sont pas toujours fiables », et « aucune solution de type économique et financière n’aura d’effet ». En tout état de cause assure-t-il, « il n’y a pas de solutions rapides pour le court terme ».

Hamrouche ne laisse qu’un chemin très étroit pour une sortie de crise. Ce qui le pousse à inviter les partenaires politiques à « la lucidité » d’abord : ne pas se tromper dans le diagnostic, pour ne pas s’engager dans des solutions illusoires. Ensuite, concevoir une solution réaliste, et lui donner toutes les chances de succès, en réunissant un consensus pour ne laisser personne sur le bord de la route. Ce n’est visiblement pas l’équipe qui a dirigé le pays depuis 1999 qui va réaliser ce projet.

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3 Commentaires

  1. Youcef Tahar

     /  14 octobre 2015

    Mouloud Hamrouche ne parle jamais pour ne rien dire. Il faut toujours lire attentivement ses analyses. C est un homme tres clairvoyant !

    Réponse
  2. mohamed-chérif taleb

     /  17 octobre 2015

    Mr ABED CHAREF, je suis avec beaucoup d’intérêt votre émission du CPP de radio M dommage qu’elle ne soit pas interactive.,je souhaiterai juste rebondir sur ce que vous avez déclaré, lors de l’émission du 18/10 .vous avez dit donc que la lois n’autorise pas l’importation d’équipement d’occasion.je vous informe que la lois algérienne autorise l’importation d’équipement d’occasion a condition que ça soit une chaine complète et qu’elle fasse l’objet d’une autorisation signée par le ministre de l’industrie.

    merci de le préciser lors de la prochaine émission pour ne pas induire en erreur les nombreux auditeurs.

    lors du CPP du 14/10 vous avez déclarez que vous ne comprenez pas les investisseurs qui quémandent l’état pour avoir des terrain au lieu de les acheter eux même.comme ça se fait dans le monde entier l’état doit mettre à disposition des assiettes de terrain a titre de concession( bail locatif) de 33 ans renouvelable pour investir et créer des emplois.dans certain pays l’État offre même les charpente métallique pour promouvoir les investissements.il ne s’agit pas d’acheter 300 M2 pour construire sa maison!

    merci a vous Monsieur ABED CHAREF

    Réponse

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