Sellal sauvé par ses amis de la tripartite

Abdelmalek Sellal est un homme heureux. En ces temps de disette, il peut compter sur ses amis de la tripartite pour le soutenir.

Abed Charef

La tripartite a demandé au monde des affaires de faire preuve de « civisme fiscal » et de « responsabilité sociale ». A l’issue de la réunion tenue mercredi dernier à Biskra, gouvernement, syndicats de travailleurs et de patrons, après s’être longuement congratulés, ont formulé ces vœux, peu coutumiers dans le monde des affaires, avant de se délivrer réciproquement des satisfécits pour l’œuvre accomplie. Au point de pousser le patron de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi-Saïd, à dire que « le climat de confiance au sein de la tripartite constituait le gage principal de réussite de la relance économique ».

Pourtant, les participants à la réunion ont eu beaucoup de peine à faire un bilan de leur action passée. Enumérant les grands chantiers réalisés, ils ont rapidement fait le tour des « avancées significatives» concrétisées par la tripartite. Ils ont cité la suppression de l’article 87 bis, laborieusement mise en oeuvre une année après la décision prise en septembre 2014, pour se rendre compte qu’il n’y avait pas grand-chose à ajouter.

Que comprend d’autre le bilan de la tripartite ? Rien, ou presque. Il est en effet difficile de présenter comme des acquis des considérations d’ordre général comme « l’identification des secteurs prioritaires bénéficiant du soutien public », « l’appui multidimensionnel à l’activité productive notamment à travers la réduction de la pression fiscale », ou « l’encouragement de l’investissement productif et la protection des industries naissantes ». Il est tout aussi aléatoire de parler de « l’assouplissement des modes de gestion du foncier économique », ou du rétablissement du crédit à la consommation pour les produits algériens comme des mesures phares du renouveau économique du pays. Quant aux facilités liées au « Doing Business », un thème très à la mode, il suffit d’interroger des chefs d’entreprises pour se rendre compte que la bureaucratie est toujours aussi pesante.

Chantiers éternels

A l’inverse, la tripartite a rappelé les chantiers toujours ouverts. En premier lieu, la nécessité d’« améliorer l’environnement des entreprises », et de« renforcer la confiance des investisseurs ». Là, visiblement tout reste à faire. Malgré toute sa bonne volonté, le gouvernement ne trouve pas la bonne solution. Il patauge depuis des années, sans se rendre compte qu’il ne peut rien faire. Il n’en pas les instruments.

C’est ce que reconnait M. Ali Haddad, patron du FCE et proche parmi les proches de M. Sellal, lorsqu’il fait état d’un « décalage » entre la volonté du gouvernement et « la lenteur de l’organisation administrative ». Et c’est le même langage que tient le président de la Confédération Nationale du Patronat Algérien (CNPA), M. Mohamed Saïd Nait-Abdelaziz, lorsqu’il demande au gouvernement de « traduire ses engagements par des actions ».

Plus grave encore, les instruments dont dispose le gouvernement ont souvent été conçus pour empêcher l’investissement, non pour l’encourager. La mesure emblématique de ce culte de l’interdit est la règle du 51/49, mais il existe tout un ensemble de mesures similaires, entrées dans les mœurs, et dont on n’arrive même plus à mesurer l’absurdité.

Une récente polémique a montré la perversité qui domine. M. Ali Haddad, patron du Forum des Chefs d’Entreprises, l’organisation patronale la plus influente, a révélé la liste des heureux patrons autorisés à investir dans des raffineries de sucre. On a découvert, avec l’intervention de M. Haddad, que pour investir dans une filière aussi banale que le sucre, il fallait en obtenir l’autorisation ! Dans l’autre camp, des spécialistes

Incantations

Que fait un gouvernement aussi désarmé face à l’adversité, et confronté à une baisse drastique des recettes budgétaires ? Il a recours aux incantations. Il fait des vœux. Il espère que le secteur privé fasse preuve de « civisme fiscal ». C’est une reconnaissance claire de l’incapacité de l’administration à recouvrer les impôts. En parallèle, il espère qu’une partie de l’argent circulant dans l’informel soit réorienté vers les réseaux bancaires.

M. Sellal a bien parlé de « l’obligation de lutter contre la corruption et la dilapidation des moyens des entreprises ». Mais il n’a pas défini les moyens et les instruments de sa politique. De même, « mobiliser la force de travail du pays afin de faire face aux défis qui nous attendent » constitue une simple incantation, pas une démarche politique.

Ne disposant pas de moyens d’action ni de coercition, il se contente d’appels moralisants: un appel aux acteurs de l’informel à déposer leur argent dans les banques « en toute confiance », et un autre appel aux acteurs de l’informel à « déclarer leurs salariés ».

Cela ne signifie pas pour autant que le premier ministre est rentré bredouille de Biskra. Bien au contre. En plus quitus obtenu auprès des milieux d’affaires, M. Abdelmalek Sellal  a effet obtenu une reconduction explicite de la paix sociale. La tripartite  en effet appelé les travailleurs à « préserver la stabilité du front social, en privilégiant le dialogue, la concertation et la médiation », particulièrement vitale dans ce « contexte économique difficile ». C’était un minimum de la part de l’UGTA, du moment que les participants à la tripartite admettaient une « convergence de vues totale ».

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