La loi de finances 2016 consacre l’immobilisme

Double échec. Non seulement la loi de finances 2016 confirme l’immobilisme, mais le gouvernement gaspille inutilement ses munitions.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 1er décembre 2015

Les débats parlementaires sur le projet de loi de finances 2016 ont pris une curieuse tournure. Le gouvernement, supposé avoir décidé des augmentations de prix de certains produits de large consommation, en vue de tenter de combler partiellement le gouffre budgétaire qui se profile, s’est finalement rétracté, pour se limiter à une révision de quelques taxes insignifiantes. Avait-il peu de la rue ? S’est-il plié aux orientations du président Abdelaziz Bouteflika, qui veut éviter coûte que coûte une nouvelle flambée sur le front social ? Souffre-t-il toujours d’un manque d’imagination et de courage qui l’obligent à gérer sans aucun cap? Veut-il éviter d’engager un vrai débat économique de peur d’avoir à trancher sur des questions délicates, ou est-il tout simplement inapte à le faire ? Toujours est-il que tout a convergé pour maintenir un statu-quo meurtrier.

L’attitude du gouvernement a toutefois fini par le servir. Face à un exécutif très timoré, les députés ont été amenés à se mobiliser pour, selon eux, contrer la politique antisociale du gouvernement. Or, celui-ci n’avait pas l’intention de toucher aux « acquis sociaux », un concept qui n’a plus de sens. Les parlementaires se sont engouffrés dans ce qu’ils ont considéré comme une brèche, chargeant un ministre des finances, Abderrahmane Benkhalfa, sans pouvoir réel, et sans capacité d’influer sur le cours des choses. Mais ce faisant, les députés ont logiquement dérivé vers un électoralisme teinté de populisme primaire, ce qui occultait les questions de fond qui se posent à l’économie algérienne.

Maladresses

Par ses maladresses apparentes, le gouvernement a un peu aidé les députés faire de la surenchère, un terrain sur lequel le Parti des Travailleurs excelle. Etait-il délibéré, cet amateurisme remarqué dont a fait preuve le ministre des finances ? M. Benkhalfa a en effet introduit un article 71 qui a concentré une partie de la colère des députés. Face à l’incertitude qui pèse sur les recettes budgétaires, le ministère des finances a voulu se donner la possibilité de transférer des budgets d’un secteur à un autre, ce qui constitue une entorse aux pratiques élémentaires. Les députés ont saisi l’opportunité, pour tirer à boulets rouges sur le ministre, et lui reprocher de vouloir passer outre les règles constitutionnelles. C’est de bonne guerre.

Une fois l’engrenage lancé, il était difficile de l’arrêter. Et c’est ainsi que la polémique s’est limitée à deux grands thèmes : des questions de procédure, et des attaques en règle contre le scandale que constitueraient les atteintes aux couches les plus défavorisées. Comme si le prix actuel du pain, avec les gaspillages qu’il génère, ne constituait pas un immense scandale ; ou comme su le prix du carburant, générateur de tant de gaspillages et de trafics aux frontières, ne constituait pas une aberration économique.

Ceci ne veut pas dire que les responsabilités sont équitablement partagées. Bien au contraire. Il est de la vocation naturelle de l’opposition de s’opposer, de trouver les arguments les plus variées pour contrer le gouvernement, et d’utiliser toutes les armes à sa disposition pour entraver la politique de l’exécutif.

Responsabilités de l’exécutif

Par contre, il est de l’obligation du gouvernement de faire preuve de plus de discernement, de clairvoyance, et d’orienter les débats sur les bons thèmes. Et sur ce terrain, le gouvernement a failli. Incapable de concevoir et de mener une politique alternative, il s’accroche à des concepts d’un autre âge.

Des membres du gouvernement eux-mêmes ne croient pas à ce qu’ils font. En privé, nombre d’entre eux l’admettent. Mais en public, et dans la gestion des affaires du pays, ils tiennent un autre discours. Ils continuent à manipuler des chiffres qu’ils savent faux ; ils présentent des projets qu’ils savent impossibles à réaliser. Et ils sont ravis quand ils réussissent à mener le débat sur des pistes inutiles, ou sur des terrains où ils sont très forts.

Le débat sur le projet de loi de finances l’a confirmé, avec une agitation occulte les vrais problèmes : aucune mesure économique ne peut avoir une portée quelconque aujourd’hui sans une refonte globale du fonctionnement de l’économie algérienne. Augmenter le prix du carburant peut avoir un sens s’il est accompagné d’une relance de la croissance, d’une action sur la parité du dinar, d’une politique des transports différente, et d’une aide ciblée aux couches qui vont le plus en souffrir. Mais augmenter le prix du carburant juste pour combler le déficit budgétaire équivaut à gaspiller une cartouche pour rien. Autant la laisser ç un autre gouvernement qui aura, peut-être, un peu plus de cohérence.

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1 commentaire

  1. olive

     /  2 décembre 2015

    Vous vous rendrez compte bientôt, et ce sera trop tard, que certains acteurs du club des décideurs ont une ligne de conduite tout à fait logique depuis 20 ans. Les exécutants changent parfois mais la matrice est toujours la même. Votre logique tout à fait pertinente ne s’applique pas à ces décideurs qui travaillent depuis 20 ans à détruire le pays.
    Une crise financière pointe à un horizon proche? Tant mieux, ils n’en demandaient pas autant. Ayant travaillé à la fois pour la destruction de toute relève et l’épuisement accéléré de la rente, aujourd’hui, ils voient la fin se pointer avant l’heure, pourquoi la ralentir?
    Au contraire, ils vont veiller à ce que le bateau Algérie coule rapidement.
    A travers une loi de finance, ils ont réussi à contourner la loi pour passer à la dernière phase: l’endettement externe pour soumettre l’Algérie au dictât du FMI et vendre les derniers bijoux de la couronne (le foncier, le secteur des hydrocarbures et surtout l’ANP) aux parrains de nos décideurs.
    On comprend aujourd’hui le rôle joué par le malfrat Saadani , notamment au niveau du législatif.
    Quelle est la prochaine étape? C’est simple à deviner: A l’image des recettes utilisées pour El-hadjar et les usines d’ammoniac (Mir, Sawiris..), on verra les Haddad and co investir des milliards de $ avec des partenaires arabes (pour faciliter les dépôts sur des comptes off shore) dans des projets non rentables (notamment de pétrochimie). Ces projets auront un financement externes garantis par l’Etat (donc bancables). Dans moins de dix ans, l’Algérie bien que pauvre contractera une dette de centaines de milliards de dollars et nos chers décideurs – à qui vous accordez le bénéfice de l’incompétence – vous montreront comment on peut devenir milliardaire en dollars. Il suffit de trahir son pays en exécutant la feuille de route de ceux qui ont décidé de supprimer notre ANP pour la remplacer par une armée de barbus au service de l’OTAN.

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