L’affaire du général Hassan révèle une succession de fautes graves

 

Louisa Hanoun défend le général Hassan et se range du côté de Toufik Mediène. Un retournement comme seule l’Algérie peur en offrir.

 

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 10 décembre 2015)

Peu de pays au monde en sont arrivés à mettre en prison celui qui était considéré comme le numéro deux de leurs services spéciaux. L’Algérie l’a fait. Avec la condamnation du général Aït-Ouarabi, dit Hassan, à cinq ans de prison ferme, par un tribunal militaire, le pays a franchi un pas d’une extrême sensibilité. C’est en effet l’homme à qui a été confiée, pendant une décennie, la mission d’assurer la sécurité du pays contre le terrorisme, qui est en cause. Il était chargé des dossiers les plus sensibles, dont celui de la récupération des armes disparues en Libye après la chute de Kadhafi.

Sa condamnation était-elle justifiée ? A-t-il été condamné à tort ? Bien que la loi interdise de remettre en cause une décision de justice, beaucoup de voix se sont élevées pour apporter leur soutien au général Hassan. Mais au-delà des considérations selon lesquelles des hommes comme le général Hassan agissaient à côté, ou au-dessus de la loi, l’affaire le concernant constitue indéniablement une succession de fautes graves, dont la première victime est l’armée.

L’équation est simple. Si la condamnation du général Hassan est injuste, et relève d’un règlement de comptes, comme le soutiennent ses proches, dont son ancien patron, le général Toufik Mediène, la faute est évidemment très grave. On ne condamne pas un homme qui a servi loyalement son pays, remplissant une mission délicate dans le cadre de la loi et de la règlementation régissant sa fonction. Encore moins s’il a pris des initiatives sur un terrain aussi complexe, pour obtenir des résultats aussi flatteurs que le disent ses partisans. Condamner à tort un officier supérieur qui occupait un poste aussi sensible, c’est aussi jeter un grave discrédit sur la justice militaire. L’impact risque donc d’être particulièrement dangereux. Toute la chaine supposée rendre la justice serait en cause.

Dérives parallèles

Si, inversement, le général Hassan a été condamné pour des fautes avérées, la situation n’en serait pas moins grave. Car comment expliquer, dans ce cas, qu’une chaine de commandement ait pu se tromper à ce point, pendant aussi longtemps, pour confier un poste d’une telle importance à un homme susceptible de violer la loi ? Comment son supérieur direct, son chef d’état-major, ses pairs, ont-ils pu faire preuve de si peu de discernement pour lui confier une telle mission, le maintenir et coopérer avec lui aussi longtemps?

La question est grave, certes, mais on peut aussi la retourner contre des civils : pourquoi avoir accepté de travailler avec lui pendant tout ce temps, malgré les évidences? Pourquoi l’avoir défendu alors que d’autres mettaient en doute ses capacités à mener à bien sa mission? Mais là, il ne s’agit pas du général Hassan, mais du président Abdelaziz Bouteflika. Et la question s’adresse cette fois-ci à Mme Louisa Hanoun, la présidente du parti des travailleurs, qui a défendu bec et ongles le droit du président Bouteflika à se porter candidat pour un quatrième mandat alors que des hommes d’horizons très divers estimaient qu’il était en train d’enfreindre les règles fixées par la constitution.

Ce que dit aujourd’hui Mme Louisa Hanoun est sidérant. D’abord, reconnait-elle, « lorsque j’ai vu le Président en 2014, j’ai remarqué qu’il n’était pas au courant de beaucoup de choses ». Elle ajoute ensuite : «Lorsqu’on est diminué par la maladie et qu’on ne peut pas se déplacer, on devient tributaire des autres ». A tel point, dit-elle, qu’on « lui présente un texte que l’on discute, et après, on en présente un autre à l’APN ». Dans le même ordre d’idées, « on peut lui présenter une revue de presse tronquée pour lui faire lire ce qu’on veut », dit-elle.

« Une tête qui fonctionne »

Cela frise le ridicule. Ça rappelle un « chahut de gamins » resté célèbre en Algérie : la république serait gérée comme dans des dessins animés où des enfants, Abderrahmane Benkhalfa, Ali Haddad et Abdessalam Bouchouareb, cacheraient leurs mauvaises notes à leurs parents. Mais Mme Hanoun ne semble guère s’en offusquer.

Certes, dit-elle, rappelant en cela Amara Benyounès, le président Bouteflika « a la tête qui fonctionne, il dirige le Conseil des ministres, donne des orientations », mais elle en tire une curieuse conclusion : « Cela veut dire, soit qu’il y a falsification des projets de loi qu’on lui soumet, ou alors, les remarques qu’il fait ne sont pas prises en compte, parce qu’il ne peut pas se déplacer pour vérifier ».

Par cette attitude, la présidente du Parti des Travailleurs fait-elle mieux, ou pire, que Gaïd Salah et Toufik Mediène en matière de discernement? Ce qu’elle disait du président Bouteflika lui confère-t-il aujourd’hui une quelconque crédibilité pour défendre le général Hassan?

Avec des témoins de moralité de la trempe de Khalida Toumi, Toufik Mediène et Louisa Hanoun, l’avocat Mokrane Aït-Larbi devrait être bien embarrassé pour défendre le général Hassan. Pour sauver son client, il vaut mieux, pour lui, mettre en avant les ennemis du DRS, comme Amar Saadani. Il aura plus de chance de gagner la sympathie et l’indulgence des juges.

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2 Commentaires

  1. Amine G.

     /  21 décembre 2015

    M. Charef, en lisant cette phrase «Bien que la loi interdise de remettre en cause une décision de justice», que j’ai entendu aussi durant le CPP ; je me suis rappelé de ce principe selon lequel n n’a pas le droit de commenter une décision de justice!
    Mais est-ce un principe ou une véritable interdiction?

    Réponse

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