L’Algérie détraquée par le 4ème mandat

 

Sidi-Saïd défend la privatisation des entreprises publiques, Ali Belhadj revendique l’exercice de ses libertés, Toufik Mediène invoque l’Etat de droit : c’est toute la beauté du quatrième mandat.

Abed Charef

« Nous maitrisons la situation ». Abdelmalek Sellal est formel. Le gouvernement tient la barre, avec un premier ministre ferme au gouvernail, des ministres résolus et efficaces sur le terrain, le tout sous l’œil attentif d’un président Bouteflika qui supervise tout, absolument tout. Cela donne une situation irréelle : le premier ministre dénonce « l’immobilisme » auquel le veulent confiner ses adversaires. Le cap, à l’évidence,  c’est la réforme et le changement tous azimuts.

Ce choix de la réforme est si fort que le fait politique de la semaine est constitué par la rencontre entre le président Abdelaziz Bouteflika et l’ancien ministre des affaires étrangères Lakhdar Brahimi ! L’évènement n’est concurrencé que par la visite de M. Sellal à Sétif, où les déclarations qu’il devait faire, supposées constituer les moments clé de sa tournée, avec autant de messages forts à délivrer, ont donné lieu à des attitudes burlesques. Difficile de faire mieux pour prouver la vitalité de l’Algérie en cette année 2015 finissante.

Ce fonctionnement du pouvoir est lassant. Mais pour cette Algérie du pouvoir, c’est un impératif dicté par le premier souci du moment : rassurer. Le chef de l’Etat rassure sur son état de santé, sans vraiment convaincre, comme le montre l’attitude du groupe des 19. Le premier ministre rassure sur l’état de l’économie algérienne. Il promet même que le pays va devenir exportateur de ciment dès 2017. Cela ne semble guère suffisant pour convaincre les opérateurs économiques et les partenaires de l’Algérie. L’ambassadrice des Etats-Unis l’a publiquement affiché, en disant qu’elle attend les réformes annoncées.

Confiance

Le ministre des finances veut rassurer à la fois le petit peuple et les détenteurs d’argent. Il répète qu’il n’a l’intention ni de brader les entreprises publiques, ni de s’attaquer aux subventions. En parallèle, il dit aux chefs d’entreprises qu’il va réaliser des miracles pour leur permettre d’investir. A ce rythme, il finira lui-même par croire à son propre discours. En attendant, les banques algériennes, dont M. Benkhalfa a longtemps été le délégué général, restent parmi les archaïques au monde.

Parmi tous ces hauts responsables qui veulent convaincre, personne ne semble se rendre compte que dans cette Algérie de l’an II du quatrième mandat, plus personne ne croit personne. Bouteflika ne croit plus Toufik Mediène, qui ne croit plus Abdelmalek Sellal, qui n’accorde qu’une confiance très limitée à ses ministres, dont beaucoup ne croient même pas à ce qu’ils disent. Quant à l’homme de la rue, il ne croit plus ce qu’on lui dit. A tel point que les Algériens restent dans une position d’expectative, y compris lorsque des initiatives en leur faveur sont prises.

Comment faire dans ce climat de défiance générale ? Faut-il croire Abdelmadjid Sid-Saïd, le chef de l’UGTA, qui fait désormais campagne contre ce qui constitue une partie de l’ADN de l’UGTA, la défense du secteur public? Peut-être. Face à la bronca de l’opposition, qui a refusé la privatisation des entrepris publication envisagée dans la loi de finances 2016, c’est M. Sidi-Saïd qui est monté au créneau, pour défendre cette option devant la « base » de l’UGTA.

L’invention de Sidi-Saïd

Plutôt que de parler de privatisation des entreprises publiques, M. Sidi-Saïd propose de dire qu’il s’agit d’une « participation du capital privé » au sein des entreprises publiques. « On ne doit plu parler de privatisation, mis de partenariat public-privé », a-t-il déclaré devant des syndicalistes.

Pourquoi ne pas utiliser le 51/49 entre opérateurs publics et privés ? se demande à raison M. Sidi-Saïd. Au lieu de courir derrière les IDE (investissements directs étrangers), M. Sidi-Saïd propose de recourir aux investissements directs internes (IDI). Pourquoi une entreprise publique algérienne peut-elle s’associer avec un étranger, et pas avec un Algérien ? Cela tombe à-priori sous le bons sens. Mais en fait, M. Sidi-Saïd réalise un tour de passe-passe. Il évite soigneusement de se demande qui est suffisamment crédible aujourd’hui pour s’engager dans cette voie. Il ne se demande pas non plus quel entrepreneur privé serait assez fou pour placer son argent dans une entreprise dirigée par des bureaucrates, chapeautés par un ministre du quatrième mandat? Et puis, surtout, pourquoi le gouvernement veut-il imposer cela par effraction ? Pourquoi M. Sidi-Saïd ne reste-il pas dans son rôle de syndicaliste, pour laisser au gouvernement le soin d’assumer ses responsabilités?

C’est dans cette cacophonie que se termine l’année 2015 : au bon peuple menacé par la crise économique, le président Bouteflika promet d’octroyer une nouvelle constitution ; Abdelmalek Sellal dirige un gouvernement qui ne donne guère l’impression de le reconnaitre comme capitaine ; Abderrahmane Benkhalfa jure qu’il veut défendre les entreprises publiques, et M. Sidi-Saïd défend les privatisations.

Faut-il s’en alarmer ? Peut-être pas. Il suffit de se rappeler qu’on est en plein quatrième mandat, que Ali Belhadj revendique l’exercice de ses libertés, que Toufik Mediène évoque l’Etat de droit, et que nous sommes en plein quatrième mandat.

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