L’année économique se termine en apothéose

 

L’Algérie a lancé une nouvelle révolution, celle du foncier industriel. Abdessalam Bouchouareb en explique la méthode.

Abed Charef

L’année économique se termine en fanfare. Le dernier acte en sera la signature, avant le week-end, de la loi de finances 2016 par le président Abdelaziz Bouteflika. Mais l’intérêt sera moins dans le contenu du texte législatif lui-même, que dans le cérémonial qui sera mis en place pour gérer les implications de l’état de santé du président Bouteflika et les fuites qui seront organisées ensuite sur le déroulement de la cérémonie.

Quant à la loi elle-même, on peut toujours se demander ce qu’elle vaut et ce qu’elle va impliquer. Elle a été vivement contestée à cause des privatisations qu’elle consacre, et de la hausse du prix de quelques produits, mais elle n’apporte rien de fondamentalement nouveau. En fait, sa préparation et son adoption ressemblent de plus en plus à un exercice fastidieux auxquels doivent se plier les gouvernements, sans que cela ne les engage à quoi que ce soit. D’ailleurs, celle de 2016 n’avait pas encore été adoptée que le ministre des finances annonçait déjà qu’il y aurait une loi de finances complémentaires l’année prochaine.

De plus, la loi de finances complémentaires pour 2015 n’a été adoptée que le 6 décembre par le Sénat. Dans l’intervalle, le budget avait été ventilé et consommé. Ce qui montre clairement que le gouvernement fait ce qu’il veut, et que la loi n’est là que pour servir de couverture si nécessaire. A défaut, il peut s’en passer : n’a-t-on pas pris l’habitude voir le président Bouteflika, quand il était en bonne santé, puis le premier ministre, sillonner le pays, et distribuer l’argent aux wilayas, comme s’il s’agissait de leurs propres deniers ?

« Une politique judicieuse »

Ces écarts avec la loi s’accompagnent de curieux écarts sur la manière d’apprécier la réalité de l’économie algérienne. Le président Bouteflika l’a confirmé lundi dernier, en affirmant que « l’Algérie a pu se prémunir contre les répercussions de la chute des cours du pétrole grâce à une politique judicieuse ». Il s’est félicité d’avoir pris « autant de mesures qui ont mis l’Algérie à l’abri d’une récession dévastatrice». La panne économique, la faible diversification de l’économie, la dépendance extrême envers les hydrocarbures, qui a provoqué une chute des recettes extérieures de moitié, seraient-elles une vue de l’esprit? Les procès Sonatrach 1 et 2, celui de l’autoroute, l’affaire Khalifa, et tous ces évènements qui ont défrayé la chronique juridico-économique, se seraient-ils déroulés dans un autre pays?

Ce déni de la réalité n’a d’égal que le peu de considération accordé à la loi de finances. Mais ça ne mène pas loin. Alors que ces procès rythmaient  l’année 2015, le pétrole continuait sa dégringolade. Le gouvernement, qui se fondait sur l’analyse d’experts très accommodants, tablait sur un rebond des prix au second semestre 2015. Il a du déchanter, mais il ne s’inquiète pas trop. Il a des réserves en devises pour tenir trois ans. Ensuite, advienne que pourra. Il pourra aussi se mettre à bien gérer, et dans ce cas, il ne manquerait pas de devises. Il lui suffirait d’économiser les 30% de devises exportées illégalement, selon le ministre du commerce Bakhti Belaïb, pour boucler l’année sans difficulté notable.

Mais pour cela, il faudrait introduire de nouvelles règles de gouvernance. Le gouvernement n’est pas en mesure de le faire. Il se contente de déclarations d’une légèreté étonnante, comme celles de M.  Abdelmalek Sellal. La situation est sous contrôle, assure-t-il. Il promet que l’Algérie va commencer à exporter dès 2016. Mais il ne s’arrête pas en si bon chemin. Il s’en prend vivement à ceux qui prônent « l’immobilisme ». Non, il n’y a pas d’erreur. C’est bien ce qu’a dit M. Sellal.

Concurrence

Sur le terrain de la légèreté, M. Sellal est connu et reconnu, mais il doit désormais faire face à une rude concurrence au sein du gouvernement. Un de ses principaux rivaux est M. Abdessalam Bouchouareb, ministre de l’industrie, qui a fortement marqué sa présence cette semaine, comme s’il voulait tirer un dernier baroud avant de quitter 2015.

Dans une interview publiée dimanche 27 décembre, M. Bouchouareb a fait cette immense révélation : « dans la loi de finances 2016, une révolution, et je pèse mes mots, une révolution est faite, en ouvrant le droit de la promotion industrielle aux privés, pour aménager et gérer des zones industrielles sur des terrains qui leur appartiennent ». Oui, il s’agit bien de ça : le gouvernement manque de terrains industriels à offrir à ceux que Mme Louisa Hanoun appelle les oligarques ; il a donc fait preuve de tellement de génie qu’il a procédé à une véritable révolution : il autorise les privés qui possèdent des terrains, qui peuvent les aménager et les gérer, à lui régler le problème ! Ne s’agit-il pas là d’un immense acte révolutionnaire !

Avec ces Che du foncier industriel, l’Algérie est bien partie pour aborder l’année 2016. C’est d’autant plus rassurant que le pétrole menace de rester au-dessous de 40 dollars.

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