Le prix du pétrole résiste aux attaques de Khaled Nezzar

 

Personne ne pouvait prévoir, il y a trois ans, un pétrole à vingt dollars. Pour une raison simple : il manquait à tous une information. Les uns l’ignoraient, les autres refusaient de la voir.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, mardi 19 janvier 2016)

Alors que le pétrole est passé sous le seuil des trente dollars le baril, le marché reste abondamment approvisionné. Suffisamment approvisionné en tous les cas pour empêcher une remontée des prix et une stabilisation à un prix rémunérateur pour les pays producteurs. Peut-il aller encore plus bas ? Oui, répondent de nombreuses analyses, dont celle de Goldman Sachs, traditionnellement solide sur les prévisions économiques.

Un tel niveau de prix remet en cause l’ensemble des analyses sur le marché du pétrole en vogue depuis bientôt une décennie. Il détruit notamment tout un argumentaire sur le coût de production du pétrole, un élément qui servait de repère important dans l’analyse des marchés.

Exposée de manière simple, l’analyse dominante supposait que le pétrole facile d’accès et à bas coût était épuisé. Le monde devait apprendre désormais à extraire du pétrole avec un coût nettement plus élevé, et donc des prix en conséquence. Seuls quelques grands gisements dans le monde (Arabie Saoudite, Irak) continueraient à offrir du pétrole bon marché.

Les prix étaient donc appelés à exploser, pour que les nouveaux pétroles, avec des coûts supérieurs à 50 dollars, voire à 100 dollars, soient exploitables. Le monde était même prix de vertige à l’idée qu’il manquerait peut-être de pétrole dans une décennie ou deux. Et alors qu’aucune pénurie n’était enregistrée nulle part dans le monde, les prix ont grimpé à des niveaux record, dépassant les 120 dollars le baril.

Prix politique ?

Il a suffi que l’Arabie Saoudite se lance dans une nouvelle guerre pour la reconquête du marché pour que tout cet édifice s’écroule. Le monde découvrait d’abord brutalement que le marché du pétrole n’était pas seulement économique, lié à l’offre et à la demande, mais aussi (surtout) politique. L’accord irano-américain sur le nucléaire ouvre la voie au retour potentiel de plusieurs millions de barils/jour sur le marché à brève échéance. Un retour de la paix en Irak et en Libye déboucherait sur une inondation du marché, avec un surplus potentiel supérieur à cinq millions de barils/jour. Enorme.

Un autre volet a aussi refait surface : mystère du coût d’extraction du baril, qui n’est visiblement pas aussi élevé que le présentaient pétroliers et spécialistes. Aujourd’hui, il faut bien se rendre à l’évidence : le coût d’extraction du pétrole conventionnel est demeuré modeste, ce qui offrait aux producteurs une formidable marge. Preuve en est offerte par le niveau des faillites enregistré dans le secteur, qui reste extrêmement faible, sans rapport avec la chute des prix. Certes, plusieurs facteurs peuvent expliquer le fait que le prix ne se répercute pas immédiatement sur les résultats de l’entreprise qui extrait le pétrole, notamment le fait que le coût se situe essentiellement dans l’exploration et le forage. Mais cela n’explique pas tout.

Enfin, il faudra aussi admettre qu’un nouveau facteur est venu bouleverser la donne : les progrès techniques dans l’exploitation du pétrole non conventionnel, notamment le pétrole de schiste.

Une attitude confortable

Pendant plusieurs années, dominait l’idée selon laquelle le coût d’extraction du pétrole de schiste était très élevé, et qu’un prix supérieur à 100 dollars était nécessaire pour en favoriser la croissance. En quelques années, les Etats-Unis ont alors vu leur production de pétrole de schiste augmenter à un rythme vertigineux, pour atteindre les quatre millions de barils. Et pendant que le monde polémiquait sur la rentabilité et le côté pollueur de cette ressource, les compagnies américaines développaient des procédés qui ont ramené le coût à un niveau très bas. Si bas qu’il a fallu un baril à moins de 40 dollars pour que les premiers effets sur les compagnies concernées se fassent sentir. On pourra toujours dire que le modèle américain, avec un maillage très fort en gazoducs et oléoducs, une forte densité technologique, et un marché très vaste, n’est pas reconductible ailleurs. Mais cela ne peut occulter une autre évidence : le pétrole et le gaz de schiste ne sont pas si chers qu’on le dit. Sinon, avec le niveau de prix actuel, la production américaine de pétrole devrait s’écrouler dans les tous prochains mois, à mesure que les puits existants s’épuisent. Et comme leur durée de vie est réputée courte, deux à trois ans, on devrait déjà voir la menace. Pourtant, c’est l’inverse qui se produit : pour la première fois depuis bientôt un demi-siècle, les Etats-Unis vont exporter du pétrole.

C’est une donnée qui change le marché de manière radicale. Le pétrole non conventionnel n’est plus une variable d’ajustement. C’est désormais une composante importante du marché. Son coût d’extraction a pu être élevé à un moment donné, ce qui a pu induire en erreur tous les bureaucrates et ceux qui ne croyaient pas aux capacités d’innovation de l’homme. En Algérie, le choc a été brutal. Mais on a une excuse : trop occupé avec la nouvelle constitution et les révélations de Khaled Nezzar, le pays n’avait guère de temps pour s’occuper de choses secondaires.

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