La balance commerciale plonge, le gouvernement sans réaction

 

Le déficit de la balance commerciale est le révélateur de la vulnérabilité de l’économie algérienne.

Abed Charef (Le QO, mardi 26 janvier 2016)

Pour la première fois depuis une décennie, la balance commerciale de l’Algérie a été déficitaire en 2015. Selon les chiffres fournis par les douanes algériennes, le déficit s’est élevé à 13.7 milliards de dollars, auquel il faudra ajouter un déficit de la balance des services d’un peu plus de dix milliards. Au total, la balance des paiements, qui était déjà déficitaire en 2014, devrait enregistrer un solde négatif autour de 25 milliards de dollars.

Ce renversement de tendance, après de longues années d’excédent, était attendu, avec l’écroulement des prix du pétrole, descendu au-dessous de 30 dollars après des sommets à plus de 100 dollars il y a dix huit mois. Seule inconnue pour les spécialistes, quel serait l’ampleur du déficit, et comment le gouvernement allait opérer pour en atténuer l’impact ?

Curieusement, les chiffres du déficit ont été accueillis presque avec soulagement. La plupart des économistes s’attendaient à une situation bien plus grave, au vu de la spectaculaire baisse du pétrole. Une vision primaire voudrait en effet limiter l’analyse de la situation à un seul tableau : comparer le déficit annuel de la balance des paiements aux réserves de change, et se demander combien de temps celles-ci pourraient tenir, et comment financer le déficit budgétaire lorsque le Fond de Régulation des recettes sera épuisé, probablement à avant fin 2017.

Eléments favorables

Cette vision occulte plusieurs facteurs. D’abord, le fait que le déficit de la balance commerciale est un révélateur de la faiblesse de l’économie algérienne, et qu’un retour à l’excédent, grâce à un éventuel rebond du prix du pétrole -très peu probable à court terme-, ne signifierait pas que l’économie nationale est devenue performante.

Ensuite, de nombreux éléments favorables, dont on citera trois, ont permis d’atténuer l’impact de la baisse du pétrole sur la balance commerciale. En premier lieu, le fait que l’Algérie est d’abord un pays gazier, et que ce produit est régi par des contrats plus rigides, en tous les cas moins sujets aux fluctuations que le pétrole.

La hausse du dollar, monnaie dans laquelle sont libellées les exportations algériennes, a également joué en faveur de l’Algérie, qui importe plutôt en euros. Il serait d’ailleurs intéressant de mesurer l’impact de la décision algérienne de recourir à l’avenir à la monnaie chinoise dans les transactions avec le pays du levant.

Troisième élément favorable, les produits importés massivement par l’Algérie ont, pour la plupart, connu une baisse, allant jusqu’à 30%, sur le marché international. Il s’agit aussi bien de produits alimentaires, comme les céréales, que des produits finis. Cela est encore plus évident pour les matériaux de construction, dont les importations en volume ont augmenté de 9.55%, alors qu’elles baissaient de 12% en valeur, selon le centre des statistiques des douanes (CNIS). Pour certains produits spécifiques, le contraste est frappant : les importations de bois, par exemple, sont passées de 846.65 millions de dollars à 639 millions, ce qui représente une baisse en valeur 24.43%, alors qu’en volume, la hausse est de 101%.

Au total, alors que les exportations reculaient de 40%, passant de 62,88 milliards de dollars en 2014 à 37,78 milliards en 2015, les importations ne reculaient que de 12%, passant de 58,58 milliards de dollars à 51,501 milliards.

Inquiétudes

Les données de 2015 montrent qu’il y a encore de la marge pour rationaliser les dépenses. Mais l’inquiétude demeure. Elle est motivée par deux facteurs essentiels. D’abord l’absence de démarche pour faire face à la situation, si on excepte des décisions dont l’impact est limité, prises dans le cadre de la loi de finances 2016.

Ensuite, le fait que le gouvernement algérien ne dispose d’aucun levier pour peser sur les facteurs qui régissent sur le commerce extérieur de l’Algérie. L’exécutif ne peut en effet influer ni sur le prix du pétrole, ni sur la valeur du dollar, ni sur le cours des matières premières et produits alimentaires importés. Sa seule marge réside, pour le moment, dans une action sur la valeur du dinar, dont la baisse provoque de manière automatique une augmentation des recettes budgétaires, grâce à la fiscalité pétrolière.

Les choses seront autrement plus délicates en 2016, année que le pétrole entame à un niveau plancher. Ce sera probablement l’année la plus difficile, avant un rebond, inévitable, du prix du pétrole. Et c’est là que se situe la plus grande difficulté : le gouvernement risque de ne rien faire de fondamental, en vivant de l’espoir d’un rétablissement du marché du brut. Dans ce cas, l’Algérie aura vécu une nouvelle crise pour rien : elle n’aura pas encore admis que le problème de l’économie algérienne n’est pas dans la baisse du prix du pétrole, mais dans le modèle économique qu’il faut radicalement changer.

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