Le 24 février gâché par un scénario catastrophe

 

Après les réfugiés syriens et l’épisode de Cologne, c’est l’Algérie qui ferait peur à l’Europe : le scénario catastrophe est à la mode.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 25 février 2015)

 

Le 24 février, en Algérie, on parle traditionnellement syndicalisme et pétrole. Le wataniomètre explose, les syndicalistes sont à l’honneur le temps d’une cérémonie, et même Abdelmadjid Sidi-Saïd réussit à gagner un peu de sympathie auprès des Algériens. De vieilles vidéos de Houari Boumediène sont diffusées en boucle, des images de torchères envahissent les écrans sans qu’on sache d’où elles viennent, on parle quelques minutes de Aïssat Idir, et le soir, la télévision diffuse l’inévitable message du président Bouteflika.

En cette année 2016, pourtant, la radio a dérogé à cette règle. Le jour anniversaire de la création de l’UGTA, la chaine trois a invité, pour son émission phare du matin, une figure du nouveau patronat, qui n’a pas hésité à demander une amnistie fiscale générale. Pas seulement un élargissement de la fameuse mise en conformité, initiée par le ministre des finances Abderrahmane Benkhalfa, mais une mesure globale, complète. Sans contrepartie et sans exclusive. Tout l’argent amassé de manière illicite, illégale, illégitime, doit être amnistié.

L’argumentaire de M. Laïd Benamor, qui a la double casquette de vice-président du Forum des Chefs d’entreprises (FCE) et de président de la chambre de commerce et d’industrie (CACI), est d’une simplicité désarmante: ce n’est pas l’argent informel qui a besoin de l’Etat, c’est l’Etat qui a besoin de l’argent informel. Et aujourd’hui, cet argent informel est dans une situation très favorable : certes, il n’a pas confiance, mais il a le choix. Jusque-là, son principal débouché était l’immobilier, mais la filière ne l’intéresse plus. La preuve en est offerte par la chute du marché. Il a donc l’opportunité d’être transformé en euros pour être exporté. C’est ce qui explique la flambée de l’euro, qui devrait franchir la barre des 200 dinars avant l’été.

Rassurer les Algériens, faire peur aux Européens

Et si on n’est pas convaincu de la gravité de la situation du pays, il suffit de lire le dossier publié par Le Figaro en cette date anniversaire. Aussi glaçant que l’argumentaire de M. Benamor, mais sur un autre registre, le journal français pose une question très originale: « Pourquoi l’Algérie fait peur à l’Europe ?». Rien que ça. Il donne quelques éléments de réponse : « l’effondrement des cours du pétrole ébranle les fondements de l’économie (algérienne), du pouvoir et de la société », écrit-il, ajoutant que « le pouvoir ne semble pas avoir pris la mesure du problème ».

Argument suprême, le scénario syrien est brandi pour le cas Algérie. Il y a toujours quelqu’un, quelque part, prêt à défendre des hypothèses aussi radicales. Le Figaro l’a trouvé, pour lui faire dire les mots qui provoquent un sentiment que les Européens adorent : la peur, la crainte d’être envahis par les étrangers, arabes, musulmans, chinois, peu importe, pourvu qu’ils soient différents.

Et sur ce terrain, Boualem Sansal est parfait. Il a si bien servi les Français que ses propos sont repris avec délectation. Sansal prédit en effet « un printemps algérien sur fond de vengeance et de ressentiment », avant « un hiver islamiste ». Résultat inévitable : si explosion il y a en Algérie, l’Europe sera « confrontée à un mouvement migratoire de masse qu’elle ne pourra contrôler ». Des hordes d’immigrés affamés traversant la Méditerranée, c’est le jackpot! Même Le Pen, le père, n’avait pas osé pousser aussi loin.

Alternatives

Pouvoir de l’argent, scénario syrien, hiver islamiste. Voilà donc à quoi se résumeraient les alternatives pour l’Algérie. Entre Baha-Eddine Tliba, les filières Daech et la guerre des tribus, le choix n’est guère réjouissant. Tliba, son ami Haddad et leur parrain politique Amar Saadani font figure de sauveteurs.

C’est un classique. Mais au fait, est-ce réellement un choix? N’est-on pas plutôt face à un ensemble complémentaire, qui constitue en réalité la négation d’un choix? Pourquoi l’Algérie serait-elle condamnée à cette impasse, une sorte d’entonnoir, où une fausse solution ne serait que la première étape vers d’autres solutions, encore plus difficiles?

Il ne faudrait pas s’y tromper. L’Algérie est habitée par une forte pensée égalitaire. Héritage du mouvement national, ce puissant sentiment de justice joue un rôle central dans les rapports politiques et sociaux. Certes, il génère rente et assistanat, mais il est là. Vouloir passer outre, c’est mener délibérément le pays à l’affrontement.

Ceci explique, au moins en partie, l’incapacité de l’argent à asseoir une mainmise totale sur le pays. Il recherche donc continuellement des alliances pour s’imposer. Il est prêt à à accepter la couverture d’un système autoritaire, peu importe qu’il porte képi ou barbe-kamis.

Mais là encore, ce ne serait qu’illusion. Un système autoritaire, quel que soit son habit, ne peut tenir le pays. Il ne constituera qu’une étape vers autre chose. Vers le pire : ce sera la meilleure passerelle vers le système de tribus, alors qu’il semble si facile d’emprunter d’autres chemins, pour construire un système dont tout le monde rêve.

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Alerte sur le front des hydrocarbures en Algérie

Le président Abdelaziz Bouteflika a tiré la sonnette d’alarme sur le front du gaz, auquel une réunion unique en son genre a été consacrée lundi dernier.

Sur maghrebemergent.info: http://bit.ly/1KJrNQ6

Abed Charef

Le réveil a été aussi brutal que le virage à prendre était  serré. En présidant, lundi dernier, un conseil restreint consacré à la politique nationale du gaz, le président Abdelaziz Bouteflika a pris un ton alarmant, pour rappeler, devant une sorte d’état-major du pouvoir, les grandes priorités du pays dans ce secteur névralgique pour l’économie, et exprimer surtout les inquiétudes qui persistent concernant les capacités gazières du pays.

Avec beaucoup de retard, le chef de l’Etat s’est rendu à l’évidence, alors que tous les indicateurs sont, depuis longtemps, au rouge: la production baisse, la consommation interne flambe, la part réservée aux exportations s’écroule. Les courbes sont telles que si la tendance actuelle se poursuit, l’Algérie pourrait ne plus pouvoir exporter à l’horizon 2025.

En plus de ces déboires, la compagnie nationale Sonatrach ne s’est pas encore totalement remise de ses scandales à répétition, son PDG n’arrive pas à redonner une identité à l’entreprise, et le ministre en exercice, Salah Khebri, est totalement transparent. Aucune voix n’est audible à l’extérieur, et personne ne peut tracer un cap à l’intérieur. Pas seulement à cause du fonctionnement du système et de l’ombre que fait le président Bouteflika, car le management du secteur a trop perdu de son expertise, et l’histoire récente a éliminé la plupart des cadres d’envergure.

Ordonner

Face à des nouvelles du front aussi alarmantes, c’est donc le président Bouteflika qui donne les ordres. Le programme de développement des énergies renouvelables devient “priorité national”. Il est impératif non seulement de poursuivre la prospection des ressources en gaz naturel, mais de les intensifier. Il faut respecter les “plannings d’amélioration des capacités de production des gisements” en exploitation, martèle le chef de l’Etat.

A défaut d’un Conseil National de l’Energie, désespérément absent, le “conseil restreint” présidé par le chef de l’Etat prend les rennes. Une nouvelle politique prend forme. Elle parait innovante, avec la large part qu’elle laisse aux énergies renouvelables. En fait, non. Ces orientations ont été déjà affirmées lors d’un conseil des ministres tenu en mai 2015. Elles n’ont toutefois pas débouché sur des résultats probants. Elles sont mises en cause au sein même du secteur: produire 22.000 mégawatts en énergies renouvelables à l’horizon 2030 pou la consommation interne, et 10.000 autres mégawatts à exporter, relève du simple effet d’annonce. Aucun mécanisme de décision ne permet d’envisager que ces objectifs soient atteints. Affirmer que le pays produira deux fois plus d’électricité renouvelable en 2030 qu’il ne produit d’énergie apparait en effet plus que fantaisiste, quand on sait que l’Algérie ne dispose que de 400 mégawatts installés jusque-là.

Que faire du gaz de schiste?

Le changement de ton concerne la “rationalisation de la consommation nationale d’énergie en général, dont le gaz naturel, y compris à travers la consommation de l’électricité”. Le président Bouteflika demande que les “efforts” en ce sens soient maintenus, ce qui signifie que de nouvelles augmentations des tarifs d’électricité sont à envisager. Le programme est ambitieux: économiser 42 milliards de dollars à l’horizon 2030, réduire de 9% la consommation d’énergie gr$ace à un programme national de développement de l’efficacité énergétique, comprenant notamment l’isolation thermique de 100.000 logements par an et la conversion au GPL de plus d’un million de véhicules particuliers et de plus de 20.000 autobus.

Il reste à savoir ce que le gouvernement fera sur un terrain particulièrement controversé: le gaz de schiste. Selon le ministère de l’énergie, l’Algérie disposerait d’un potentiel en gaz d schiste supérieur à celui du gaz conventionnel, 20.000 milliards de m3 contre 16.000 milliards. Est-il inclus dans les plans du président Bouteflika quand il “ordonne la poursuite et l’intensification de la prospection des ressources en gaz naturel”?

La malédiction de Kadhafi poursuit Sarkozy

Beaucoup d’Algériens se réjouissent, secrètement ou publiquement, des malheurs de Nicolas Sarkozy.

Abed Charef (Le QO, jeudi 18 février 2016)

A Paris, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour une sordide histoire de comptes de campagne trafiqués. L’ancien chef de l’Etat français est aspiré par une spirale qui va non seulement détruire toutes ses ambitions de revenir au pouvoir, mais qui va certainement le forcer à consacrer toute son énergie à éviter la prison, au vu des charges qui pèsent contre lui.

A Tripoli, les libyens entrevoient ce qui peut constituer le bout du tunnel. Alors que leur Etat n’existe plus, que le pays est déchiré entre tribus et organisations rivales, les principales tendances politiques se sont enfin mises d’accord pour former un gouvernement d’union nationale, étape nécessaire pour, peut-être, entamer le long chemin de la reconstruction d’un Etat.

Il était temps: l’autre Etat, celui du fameux Daech, qui se veut transnational, et qui veut gouverner l’ensemble d’une Oumma chimérique, a établi un fief en Libye, et menace d’utiliser ce pays comme base de départ pour étendre son influence en Afrique du Nord, dans la région du Sahel et en Méditerranée, juste en face de l’Europe.

Dans les capitales européennes, précisément, des experts militaires, assistés d’analystes, de stratèges chevronnés, d’éminents spécialistes et de lobbyistes, planchent sur des plans d’attaque destinés à reconquérir la Libye, pour en extirper Daech et les groupes jihadistes. Ils établissent des stratégies, cherchent des partenaires, définissent des objectifs, évaluent les coûts et cherchent des financements pour mener leur opérations, se demandant si le pétrole libyen sera suffisant pour payer la facture qu’ils présenteront lorsqu’ils auront réinstauré la démocratie en Libye !

Aventurisme

En Tunisie voisine, c’est un tout autre calcul qui prévaut. Le seul pays arabe à avoir survécu au « printemps » dévastateur sait ce qu’une nouvelle intervention militaire en Libye va engendrer: la mort, la dévastation, la destruction de ce qui reste de la Libye, des milliers de réfugiés, et une multitude de groupes jihadistes qui vont se répandre dans toute la région. Cela rappelle d’ailleurs une histoire vécue il y a cinq ans, celle à laquelle avait activement participé Nicols Sarkozy, et qui avait abouti à la destruction de la Libye. Le flamboyant chef de l’Etat français, après avoir fait échouer un séduisant projet méditerranéen, se lançait dans une guerre destinée à établir la démocratie dans le monde arabe. Peu après, les mêmes stratèges et les mêmes guerriers tentaient la même formule en Syrie. Pour aboutir à un résultat effrayant.

Cela n’absout pas les potentats locaux, et ne diminue en rien leur responsabilité dans la déchéance de leurs pays. Cela n’épargne pas non plus ceux qui aspirent à leur succéder, et qui font preuve d’un nihilisme destructeur, tant ils font preuve d’aveuglement face à l’engrenage qui emporte la Libye, la Syrie, l’Irak, et le Yémen et d’autres contrées. Cela montre, enfin, à quel point un pays comme la Tunisie se trouve désarmé face à une terrible machine qui menace de le broyer.

C’est quoi, un crime ?

En arrière plan, se trouve évidemment l’Algérie qui, à défaut d’imposer son point de vue, a réussi à ne pas se laisser emporter. Et aujourd’hui, face aux va-t-en guerre, l’Algérie et la Tunisie serrent les rangs. Pour une fois, les deux pays jouent la même partition. Pas uniquement en raison de la fraternité, mais parce que l’intérêt froid des deux pays le commande. L’instabilité en Libye coûte cher aux deux pays, à la fois à cause du manque à gagner direct, et du dispositif, très lourd, qu’il faut mettre en place pour se prémunir des possibles retombées.

Une nouvelle intervention militaire en Libye provoquerait une véritable catastrophe. C’est l’analyse qui domine à Tunis et à Alger, mais les deux pays n’ont pas les moyens militaires pour empêcher les Occidentaux de se lancer dans une nouvelle aventure. Que leur reste-t-il à faire ? Rappeler inlassablement les vertus de l’action politique. Rappeler quotidiennement, à travers les expériences encore en cours, l’impasse à laquelle mène l’aventurisme de type Sarkozy.

Ce qui nous ramène, précisément, au début de cette chronique : les malheurs de Nicolas Sarkozy. Beaucoup d’Algériens se réjouissent, secrètement ou publiquement, des malheurs de l’ancien président français. Ce ne sont pas les raisons qui manquent. Mais dans toutes ces attitudes, on ne peut occulter cette injustice suprême : Sarkozy n’est pas inquiété pour avoir contribué à la désintégration d’un pays, la Libye, ni pour avoir provoqué, par ricochet, la destruction d’un autre pays, le Mali ; il n’est pas menacé pour avoir, peut-être, reçu de l’argent de Kadhafi -l’affaire est en cours d’instruction- ; il est poursuivi pour une vulgaire affaire de fausse facture.

Les morts libyens et maliens ne comptent pas.

Un peu de tenue, général Mediène!

 

Généraux, moudjahidine, anciens hauts responsables, ont une fâcheuse tenace à se laisser entrainer dans des batailles absurdes. Un peu de tenue, messieurs !

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 11 février 2016)

 

Général Toufik Mediène, garde-à-vous!

Vous avez dirigé les services spéciaux algériens pendant un quart de siècle ; vous avez incarné le pouvoir ; vous l’avez exercé ; vous étiez, à tort ou raison, crédités du droit de vie et de mort sur les Algériens ; vous avez, par votre action, prétendu sauver l’Algérie, vous avez fait la fortune des uns et ruiné les autres. Vous avez fait de votre silence un symbole fort de la gestion de votre image et de votre puissance.

Quand vous avez quitté vos fonctions, on pensait que votre parole serait rare, et en or. On attendait que vous produisiez des analyses de haute teneur sur la sécurité du pays, sur les menaces potentielles qui pèsent sur l’Algérie et sur son environnement géostratégique. Votre carrière, votre formation, votre profil, votre statut de moudjahid, tout plaidait en ce sens.

Mais vous avez tout gâché. Vous avez rompu votre silence à deux reprises, pour dire des banalités effrayantes, une fois pour défendre un membre de votre premier cercle, et une seconde fois dans le cadre d’une polémique indigne, après des propos tout aussi indignes de l’ancien premier ministre Abdelhamid Brahimi.

Réveillez-vous, général. Un peu de tenue. Vous avez été général de corps d’armée de l’armée algérienne. Vous avez été élevé au plus haut grade de l’armée algérienne, et vous avez obtenu la plus haute décoration de l’Algérie. On attend d’un officier général qui atteint ces fonctions et ces honneurs qu’il reste droit dans ses bottes, qu’il reçoive les balles sans broncher, et qu’il ne se rende même pas compte qu’on parle dans son dos, pour le dénigrer. Ce genre de détail ne doit pas avoir de prise sur lui.

Civils et militaires

Un peu de tenue, M. Abdelhamid Brahimi! Vous avez été officier de l’ALN, et premier ministre de l’Algérie indépendante. Vous êtes économiste, vous avez fait des études poussées et vous enseigné dans de grandes universités. Vous vous présentez comme un adepte de l’éthique dans la gestion des affaires du pays. Vous avez été exilé pendant un quart de siècle à cause de vos convictions.

A votre retour, on attendait de vous des analyses sur la morale en économie, sur l’éthique politique, sur les institutions et les mécanismes à mettre en place pour assurer une bonne gouvernance, peut-être un discours novateur et un plaidoyer en faveur de l’économie islamique. Mais vous avez, vous aussi, choisi, pour votre première déclaration publique, de descendre très bas, pour abaisser tenter d’abaisser un homme supposé vous avoir fait du mal.

Réveillez-vous, Monsieur Abdelhamid Brahimi. L’Algérie mérite mieux que ça. Elle attend de ses hommes politiques, anciens ou actuels, une attitude à la hauteur des fonctions qu’ils ont assumées.

Le général-major Kamel Abderrahmane a lui aussi été entrainé dans une dérive similaire. Ancien patron de la fameuse DCSA, la Direction Centrale de la Sécurité de l’Armée, ancien chef de région militaire, gravement blessé en 1988 déjà, il a été trainé dans la boue par une presse aux ordres, dans le cadre d’une cabale visant à le détruire. Aujourd’hui à la retraite, il a décidé de parler parce qu’il se sent de nouveau visé.

Patron de la DCSA, le pays attendait de lui, après une carrière de près d’un demi-siècle, qu’il livre des réflexions sur la manière dont le pays pourrait améliorer sa sécurité dans les années et les décennies à venir, sur la nature des menaces qu’il a eu à affronter et celles qu’il entrevoit.

Engrenage fatal

Mais lui aussi, il a été tiré vers le bas, par des histoires de délation et des propos indignes. Il est alors entré dans un engrenage destructeur, où on parle de diffamation, de trafic de drogue, de tribunaux et de faux témoignages. Et qui parlera de batailles, de champs de bataille, de stratégie, de tactique militaire?

Avant lui, d’autres généraux-majors avaient avait été mis en cause dans un cadre professionnel. Le général Hassan, d’abord, le général Mejdoub ensuite. Celui-ci a été démis de ses fonctions. Sa famille était alors montée en première ligne pour dénoncer une cabale, vraie ou fausse.

Non, général Mejdoub! Ce n’est pas ainsi qu’un officier général de l’armée algérienne réagit. Il doit rester debout, droit dans ses bottes. Il doit subir les coups sans broncher. En période de tempête, il doit être en première ligne pour recevoir les balles en pleine poitrine et protéger son pays, son armée, son unité, sa famille.

Faut-il encore parler de ce qui est supposé opposer Yacef Saadi et Zohra Drif, Amar Benaouda et Khaled Nezzar, et tant d’autres encore ?

Que vous soyez civils ou militaires, en poste ou à la retraite, appartenant à la première ou à la troisième génération, secouez-vous. Relevez la tête. Mettez-vous au garde à vous si vous êtes militaire. Faites un dernier effort pour léguer aux Algériens un modèle de fierté, de dignité, d’orgueil! Les querelles Nezzar-Betchine, emportez les avec vous dans vos tombes. Laissez aux Algériens des modèles dont ils peuvent être fiers. L’Algérie vous a honorés en vous confiant de hautes responsabilités. Elle vous a donné de la grandeur. Que vous méritiez ces responsabilités ou non, préservez cette grandeur. Faites un dernier geste pour l’Algérie : regardez vers le haut, ne vous laissez pas tirer vers le bas.

La baisse des importations, un signal controversé

La baisse des importations peut signifier que le pays maitrise mieux ses importations. Mais à la longue, elle peut devenir un sérieux handicap.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 9 février 2016)

Faut-il se féliciter de la baisse des importations? Le gouvernement répond par l’affirmative. Il en est même très heureux, car pour lui, c’est, avec la hausse du dollar et la baisse des prix des produits alimentaires sur le marché international, l’une des meilleures nouvelles d’une année 2015 plutôt difficile. La baisse des revenus extérieurs du pays impose des restrictions, que le gouvernement tente de concrétiser par tous moyens. Et c’est de bonne guerre, pour un gouvernement sans cap, dont le souci principal est de tenir la baraque sans trop dégâts, en attendant un retournement de conjoncture avec un hypothétique rebond du prix du pétrole.

En 2015, les importations ont fortement baissé. Sur les neuf premiers mois pour lesquels les chiffres sont disponibles, on est à -11%, encore loin des 40% de baisse des exportations. La balance commerciale demeure donc fortement déficitaire, ce qui pousse le gouvernement à augmenter la pression sur les importations, pour obtenir de meilleurs résultats en 2016. Il a recours à différentes formules, très classiques : baisse du dinar, ce qui provoque un renchérissement automatique des importations, mise en place de système de licences, etc.

Pour le reste, il doit se contenter de discours et d’incantations. Ainsi, le gouvernement évoque régulièrement la hausse de la production nationale qui se substituerait aux importations. Mais il n’a pas de leviers pour influer réellement sur ce volet.

Les mains liées

En signant des accords de libre échange tous azimuts, notamment avec l’Union européenne, le gouvernement se retrouve les mains liées. Il s’est privé de la possibilité d’agir sur les taxes douanières pour favoriser le produit algérien. Le pays ne dispose pas non plus d’une base industrielle significative susceptible de constituer une alternative à l’importation.

Car même avec une croissance à deux chiffres, il faudrait une décennie pour que la production industrielle double sa part de marché en Algérie. C’est dire l’ampleur du rattrapage qui reste à faire, et que le pays n’est visiblement pas en mesure d’assurer, si on s’en tient aux chiffres de la croissance durant les dernières années, et des difficultés liées à l’investissement. Avec la baisse des recettes de l’Etat, qui assurait le gros des investissements durant la dernière décennie, l’objectif semble encore plus difficile à atteindre.

L’investissement extérieur n’est pas en mesure de prendre le relais. D’ailleurs, l’Algérie fait comme si elle n’en voulait pas. Avec la règle du 51/49, c’est tout un pan de l’investissement qui est abandonné. Il est en effet difficile d’envisager que des firmes étrangères performantes prennent risquer de s’installer en Algérie pour mettre leurs fonds à la disposition de bureaucrates qui passent le plus clair de leur temps à attendre les instructions du leur tutelle.

A côté de ces handicaps, l’Algérie doit subir les conséquences de deux erreurs d’appréciation. La première est liée à cette vision selon laquelle il faut investir pour substituer le produit local à l’importation. Cette perception ne tient pas compte d’une donnée fondamentale : les frontières ont virtuellement disparu, et il n’est plus possible de tout fabriquer pour un marché fermé, tel qu’on envisageait les choses à la moitié du siècle passé.

Dérives

Une telle démarche conduit à une multitude de dérives: on s’installe dans un  monde hors concurrence, on n’évalue pas l’évolution des coûts et des prix à l’international, on se prive des progrès extraordinaires que permettent les innovations techniques et, au bout du compte, on procède à des investissements qui meurent à courte échéance parce qu’ils ne sont pas connectés à l’économie mondiale.

La seconde erreur est de croire que la baisse des importations est un bon  signal. Certes, cela peut être vrai dans un premier temps : cela signifie une baisse des gaspillages, une meilleure maitrise des transferts de devises, une élimination partielle des transferts illicites, ainsi que la fin du rattrapage pour certains produits. Mais cela est conjoncturel, car sur le fond, la machine industrielle est très dépendante de matières premières et de produits-semi-finis importés. Une baisse des importations signifie dès lors un ralentissement de l’activité économique.

Pour l’économie algérienne, le signe le plus probant ne serait donc pas la baisse des importations, mais l’augmentation du volume des échanges extérieurs, avec une balance équilibrée ou excédentaire. Importer pour 100 milliards de dollars n’est pas dangereux quand on exporte autant ou plus. Mais cela, le gouvernement ne peut le faire. Ne pouvant mener une action de fond qui assure une montée en cadence des exportations, il se contente de fabriquer les produits primaires (ciment, rond à béton), et de multiplier les entraves et les difficultés à l’importation, pour les ramener à un niveau proche des exportations d’hydrocarbures. Dans un tel scénario, la baisse des importations, si elle devait durer, deviendrait une nouvelle source d’inquiétude.

Avec la nouvelle constitution, l’Algérie se trompe d’enjeu

 

Seuls 0.2% des parlementaires ont voté contre la nouvelle constitution. Comment lire un tel chiffre et que penser de la représentation politique nationale?

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 8 février 2016)

Le projet de révision constitutionnelle proposé par le président Abdelaziz Bouteflika a été adopté dimanche 7 février à une écrasante majorité lors d’une réunion commune des deux chambres du parlement. Le texte devait obtenir la majorité des trois quarts des votants. Il a fait mieux : 499 députés ont voté pour, 16 se sont abstenus et seuls deux, sur 517 votants, se sont prononcés contre le projet. Un tel score, avec seulement 0.2% des voix contre, pour un texte d’un tel contenu, soulève de vraies interrogations sur la santé politique d’un pays. En dix points, les remarques que suscite la démarche.

  1. Un texte voté à 500 contre deux devrait donner à réfléchir à tout homme politique. Même le Coran, dans un pays musulman, n’obtiendrait pas un tel score dans le cas où le vote serait libre. Cela signifie que la représentation nationale est totalement faussée, et non représentative. Aucun pays sérieux ne peut afficher des chiffres aussi absurdes.
  2. Le vote favorable au texte confirme que la frange de la classe politique algérienne acquise au pouvoir est prête à avaliser n’importe quel projet pour se maintenir dans les grâces de ce même pouvoir. En 2008, les mêmes partis, avec parfois les mêmes députés et sénateurs, avaient voté la révision abrogeant la limitation des mandats présidentiels. Aujourd’hui, ils font le chemin inverse. Une classe politique aussi détachée du peuple, aussi dénuée de convictions, devient dangereuse pour le pays, pour sa sécurité et pour sa cohésion.
  3. Des mensonges éhontés ont été proférés sur le contenu de la nouvelle constitution. Contrairement à ce qui a été dit, il n’y a pas de séparation des pouvoirs, le rôle du parlement n’a pas été élargi, et le régime mis en place donne au chef de l’Etat tous les pouvoirs. Celui-ci n’est responsable ni devant le parlement, ni devant aucune autre institution. Il fait et défait les gouvernements, mais ne porte pas la responsabilité de l’action gouvernementale.
  4. Les motivations qui ont été avancées pour justifier le nouveau texte sont fausses. Il n’y a évidemment pas de renforcement de la démocratie, mais une consécration de la dérive apparue depuis 1992, et accentuée jusqu’à la caricature sous Bouteflika : il y a un seul pouvoir, celui du président de la république. C’est le seul point sur lequel le président Bouteflika est cohérent : il a abrogé de fait le poste de chef du gouvernement dès sa prise du pouvoir en 1999, et il a consacré ce choix en faisant du premier ministre un simple coordinateur de l’action gouvernementale.
  5. La nouvelle constitution adapte l’ancien texte à l’état de santé du président Bouteflika, ni plus ni moins. Le texte délègue au premier ministre certaines actions formelles -présider des réunions du gouvernement- nécessaires pour le fonctionnement de la machine administrative, mais non vitales pour le pouvoir. Celui-ci reste largement informel. Personne n’est, aujourd’hui, en mesure de dire qui dirige réellement le pays.
  6. En contrepartie, la nouvelle constitution offre quelques concessions, pour obtenir les voix de clientèles potentielles. Langue amazigh, hommes d’affaires, journalistes, chacun reçoit un cadeau à sa mesure. A part la langue amazigh, les autres marchandages sont indignes d’un texte constitutionnel. A peine devraient-ils figurer dans les résolutions d’un congrès d’un parti de seconde zone.
  7. L’Algérie n’avait pas besoin d’une révision de la constitution. Elle a simplement besoin de croire et d’appliquer une constitution, aussi mauvaise soit-elle. Et dans une constitution, il n’y a pas que le texte, il y a aussi, depuis Montesquieu, « l’esprit des lois», particulièrement quand il s’agit d’une loi fondamentale. Respecter la constitution aujourd’hui, c’est se demander si un président de la république qui ne peut participer aux forums internationaux, aux sommets, ni négocier pendant des heures et des heures des accords vitaux pour le pays, est apte à occuper un poste aussi sensible.
  8. Il n’y a pas eu débat sur la constitution. Il y a eu monologue du pouvoir, pour vanter les mérites du nouveau texte, par les mêmes acteurs qui auraient vanté les mérites de n’importe quel autre document, pourvu qu’on leur assure un maintien ou une promotion dans le système. Le prototype de ce personnage politique est M. Ahmed Ouyahia : éradicateur avec les éradicateurs, partisan de la réconciliation plus tard, ultralibéral du temps des accords avec le FMI, défenseur de l’économie étatique quand les caisses de l’Etat se sont remplies, et le revoilà qui s’apprête à redevenir partisan de la limitation des mandates et ultralibéral. Il suffit de demander.
  9. L’opposition, dispersée, affaiblie, n’a pas été en mesure d’influer sur l’évènement. Elle demeure totalement impuissante face à un pouvoir enfermé dans sa logique de survie. L’opposition n’a pas réussi à trouver les bonnes réponses sur un plan politique, organisationnel, sur la manière d’imposer des thématiques et d’organiser le combat. Peu importent les raisons, le résultat est là. Elle devra faire preuve de lucidité pour se rendre compte que sa démarche constitue l’une des impasses du pays. Elle est, d’une certaine manière, une impasse symétrique à celle dans laquelle s’est enfermé le pouvoir.
  10. Le pouvoir pense qu’à travers cette constitution, il apporte, momentanément, une réponse aux problèmes de l’heure. C’était vrai pendant une période : on pouvait régler les problèmes internes du pouvoir par une manœuvre de ce type. Ce n’est plus le cas. L’Algérie est un pays d’envergure. En plus des responsabilités internes -préserver l’unité et la cohésion nationales, maintenir la sécurité et la stabilité, réformer les institutions et l’économie, etc.-, le pouvoir a des responsabilités internationales, avec la situation en Libye, au Mali, en Tunisie, au Sahara Occidental, etc. affronter de tels défis avec des méthodes aussi désuètes frise l’irresponsabilité.

Du PPA, Zeddine, l’OS, FLN-ALN au FFS: le testament de Hocine Aït-Ahmed, vu par Mouloud Hamrouche

Lors de la cérémonie du 40ème Jour du décès de Aït Ahmed, organisée samedi 6 février 2016 au Palais de la culture Moufdi-Zakaria, à Alger,  Mouloud Hamrouche a rendu hommage au militant, au chef de l’OS, au diplomate et à l’universaliste Hocine Aït-Ahmed.

 

Voici le texte de sa déclaration:

 

Du PPA, Zeddine, l’OS, FLN/ALN au FFS

Mesdames, Messieurs,

 

Restituer le parcours d’un militant, penseur, organisateur, diplomate et fin stratège en cette circonstance est un exercice hardi. Résumer tant d’événements et tant de tournants historiques qu’Ait Ahmed a impactés et traversés l’est plus.

Hocine Aït-Ahmed a eu un parcours de combat exceptionnel, et a joué un rôle multidimensionnel. Toujours pour un et même but, toujours pour un et même idéal. L’indépendance et la liberté pour ses concitoyens et son pays.

Il a été maintes fois affligé par la mort de tant de compagnons tombés au champ d’honneur et par d’autres qui avaient renié leur serment, déserté le combat, dévié de la trajectoire ou simplement changé de camp.

Il a connu des moments de gloire, d’exaltation, de tristesse et de chagrin. Mais l’homme a gardé sa foi en ses concitoyens et en leur cause.

Théoricien de la guerre populaire révolutionnaire, combattant et chef de l’Organisation Secrète (l’OS), représentant et porte-parole du mouvement nationaliste à l’extérieur FLN/ALN, il se révèlera à cette occasion un fin diplomate, un expert hors pair des rapports mondiaux, des relations internationales et des enjeux de la guerre froide Est/Ouest. Il recommandera à ses compagnons d’exploiter toutes ses failles et toutes ses opportunités.

La patrie lui doit deux œuvres monumentales qui ont marqué le cours de l’histoire de la renaissance de l’Algérie.

La première, c’est son rapport au comité central à l’occasion du congrès de Zeddine en 1948 qui débouchera sur la création de l’Organisation Secrète (l’OS)

La seconde, c’est son étude envoyée de prison au Comité de Coordination et d’Exécution (C.C.E), né du congrès de la Soummam, pour la formation d’un Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA).

À la suite de l’effondrement de l’ordre légal algérien un certain 05 juillet 1830, le nouvel ordre colonial de peuplement va tenter une double substitution. Substituer la souveraineté algérienne par la souveraineté française, et remplacer la population algérienne, promise au statut de l’indigénat, par une autre population de colons.

Les Algériens qui avaient perdu leurs structures légales et leur liberté ont refusé de renoncer ou d’abdiquer leur souveraineté. Les résistances de l’Émir Abdelkader, d’Ahmed Bey et de nombreuses autres résistances populaires sporadiques locales de 1830 à 1880 en témoignent. Des révoltes éclataient en permanence jusqu’à celle du 08 mai 1945 qui a fait des dizaines de milliers de victimes.

Sans gouvernement et sans structures centrales, ces résistances et ces révoltes ont été l’œuvre d’humbles algériens qui l’ont payé de leurs vies, de la vie de leurs familles et de leurs tribus.

Ces farouches résistances et ces ténacités ont inspiré le rapport de Zeddine.

En effet, la création de l’OS est venue combler ce déficit. Cette création avait pour but de déceler les volontés à travers les régions du pays, de les réunir et de les préparer au combat final. L’OS, à ce titre, a été la première expression d’une volonté nationale hors cadre de l’ordre colonial; et le début d’une représentation nationale réelle. Cette volonté et cette représentation ont connu leur aboutissement et leur apogée avec le déclenchement de la guerre de libération nationale en 1954. Tous les responsables et la majorité des moudjahiddine de la première heure étaient d’anciens membres de l’OS. L’OS, à ce titre, est l’ancêtre de l’ALN. L’ALN est l’ancêtre de l’Armée Nationale Populaire (ANP).

Inspirateur du GPRA 

C’est également à Ait Ahmed que l’on doit l’idée de la création d’un Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA), pour affirmer l’existence de la personnalité internationale de l’Algérie.

Imprégné de la même idée et guidé par la même conviction qu’avec l’OS, Ait Ahmed conseilla de transcender tout clivage tribal ou régionaliste, en donnant un caractère national et institutionnel aux volontés et aux discours que les nationalistes développent. Le GPRA sera une institution qui représente le peuple et exprime sa volonté. Un peuple qui combat pour restaurer son État, retrouver sa liberté et son indépendance. Le GPRA sera aussi l’idée-force pour la mobilisation des masses algériennes.

Constituer un gouvernement provisoire de la république algérienne, c’était donner une autorité officielle à l’Algérie combattante et un interlocuteur au gouvernement français. C’était, surtout, confirmer et annoncer au monde la renaissance de l’État algérien. Il prévint ses compagnons tout en les pressant de former un tel gouvernement, car le FLN risque d’être considéré comme un parti politique qui se bat avec des armes à l’intérieur d’un ordre colonial.

Il a écrit un peu plus loin dans sa lettre: « dans cette phase, la notion de l’État au niveau international est plus pertinente que les notions de liberté et d’indépendance ». C’est ce qui a permis d’afficher que la souveraineté nationale réside en dernier ressort dans le peuple et pas uniquement dans des structures légales reconnues.

Faut-il rappeler que l’État a été reconnu a partir de septembre 1958 avec la formation du GPRA par le Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA)?

Faut-il, ici, maintenant et à cette occasion convoquer l’histoire d’un combat? Pas toute l’histoire, mais quelques moments forts. Une histoire non encore écrite dans les manuels scolaires. Une histoire qui s’est abritée dans nos cœurs et dans nos mémoires, comme elle s’était abritée dans les cœurs et mémoires des militants du PPA, de l’OS et du FLN/ALN qui nous l’ont transmise. D’autant qu’il y a aujourd’hui une sorte de révisionnisme qui ne dit pas son nom.

L’héritage des pères fondateurs

Conscients, les pères fondateurs ont opté pour un État national central, indépendamment de la forme de l’organisation du territoire national et du mode de son administration, imprégnés qu’ils étaient de ce que des historiens et des essayistes ont toujours affirmé, que notre pays a tout le temps souffert de l’absence d’un pouvoir central qui aurait pu déboucher sur l’édification d’un État national. En conséquence le pays a subi des échecs à répétition face à des invasions étrangères, malgré les résistances farouches et couteuses des Algériens. Les envahisseurs et conquérants ont toujours réussi à réduire cette résistance, poche par poche et village par village.

Le but des pères fondateurs était l’indépendance et l’édification d’un État souverain. Ils ne pouvaient concevoir un État national souverain sans un peuple souverain. Sans cette souveraineté, il ne peut y avoir de liberté ni de citoyens libres.

Il faut que cet État soit d’essence démocratique dans ses institutions et dans son fonctionnement, pour que les Algériens demeurent libres et souverains.

Bien plus, il faut que l’État national soit aussi social. Le terme social prend ici une autre connotation que celle née de la lutte de classes ailleurs. Conscients de l’état de dénuement et de misère de leurs concitoyens, les pères fondateurs ont inscrit le caractère social de l’État au même titre que la souveraineté nationale et la démocratie.

Cela signifie que le développement futur devra se faire au profit de tous les Algériens et au bénéfice de tous les constituants nationaux.

L’édification de l’État, son fonctionnement démocratique et social doivent se faire dans le cadre des valeurs de l’Islam. L’Islam est religion du peuple, l’État ne doit ni heurter ses valeurs ni les instrumentaliser.

Faut-il rappeler que l’ordre colonial a, durant cent trente ans, tout fait pour contrôler, administrer et instrumentaliser l’Islam? En guise de refus et de défense, la population a pris sous son contrôle la pratique religieuse. C’est pourquoi l’Islam était un facteur de préservation et de résistance. L’Islam comme la souveraineté se sont abrités dans le cœur des Algériens et non dans des structures.

Faut-il rappeler aussi que durant toute la période de la guerre de libération nationale, aucun traître ou autre déviationniste n’a été jugé et condamné au nom de la religion?

Le mouvement national, du PPA, de l’OS et du FLN/ALN, a réfuté les postulats/dictats coloniaux sur lesquels a été inventé la fiction « l’Algérie terre française habitée par des citoyens Français et des indigènes, sujets français musulmans.»

C’est pourquoi l’Identité algérienne et la nationalité algérienne sont fortement enracinés et fortement précieuses. Les pères fondateurs, en clamant haut et fort l’identité algérienne, n’ont jamais contesté les identités locales ou régionales. Mieux, ils ont fait d’elles des constituants de notre identité, de notre nationalité et de l’unité de notre pays.

Seul un État démocratique

C’est pourquoi, seul un État démocratique et social est à même de préserver et protéger les droits et libertés de tout constituant et de chacun des algériens.

Comme vous pouvez le relever, la demande démocratique a été formulée et revendiquée au même moment et au même titre que l’indépendance. La démocratie est un impératif hautement plus important qu’un mode de gouvernance. Les pères fondateurs l’ont porté au même titre que la liberté et l’État national. Cessez de croire, cessez de dire et de faire croire qu’elle est née avec le projet américain pour le moyen Orient et l’Afrique du Nord. Cessez de répéter que la démocratisation est une conspiration occidentale ou une contagion d’un certain printemps arabe.

L’État algérien sera un État démocratique ou il ne survivra pas.

C’est le verdict des initiateurs de la renaissance du pays. Observez bien la justesse et la pertinence de leur projet. Il a été la réponse adéquate à la question de la colonisation de peuplement et à la négation identitaire. Il est aussi un gage précieux pour que le pays ne retombe plus dans les affres, les faiblesses et les antagonismes du passé qui ont fait qu’il était devenu colonisable et colonisé.

Ce projet était et est toujours le meilleur rempart pour le pays, son unité, sa liberté, la liberté de tous ses citoyens et la meilleure protection pour chacun des constituants nationaux.

Cet acte fondateur qui a débuté avec le rapport d’Ait Ahmed au congrès de Zeddine, conforté par la création de l’OS et concrétisé ensuite par la création du FLN/ALN, a été plus qu’une guerre pour le recouvrement de notre indépendance et notre liberté. Il a été aussi pour notre identité, pour la souveraineté du peuple et de la libre pratique religieuse.

Ce projet ambitionnait que les Algériens gouvernent librement leur pays.

Combien parmi nous savent ou se souviennent que nous n’avions pas d’identité nationale ni de nationalité? Nous n’avions pas le droit d’accéder au statut de citoyen car notre territoire a été spolié. Nous étions candidats à l’extinction.

Le passé éclaire l’avenir

C’est grâce à la vigilance des pères fondateurs, à leur intelligence et à leur capacité de mobilisation et d’organisation que notre peuple a pu renaitre et recouvrer son identité et sa nationalité. De ce fait, des algériens accèdent aujourd’hui à d’autres nationalités.

En cultivant l’oubli et en instrumentalisant l’histoire afin de justifier et légitimer l’exercice du pouvoir, on a voulu tribaliser et lyncher les héros de la grande épopée du renouveau de la nation algérienne. L’épanouissement de notre identité est malmené. L’édification de notre État national protecteur de tous les droits et de toutes les libertés est retardée. La défense de chacun de nos constituants et des valeurs de notre religion n’est pas totalement assurée.

Notre système de gouvernance, fondé sur un fonctionnement clanique, reproduit d’anciens clivages et rivalités menant à des fragilités et faiblesses. Ce sont ces facteurs que l’ordre colonial avait utilisés et exploités pour effacer la personnalité internationale de l’Algérie, détruire sa souveraineté nationale et diluer son identité.

Demain sera-t-il comme hier, ou bien réussirons-nous à instaurer la primauté du national sur le tribal et du collectif sur l’individuel, pour un État démocratique et social, protecteur de toutes les libertés, contre toute omnipotence sauf autre que celle de la loi ?

Un peuple souverain, ce sont des hommes et des femmes libres et des citoyens égaux.

Certes, la proclamation de Novembre n’a pas tranché la question de la gouvernance à juste titre. Car les pères fondateurs avaient foi et confiance en leurs concitoyens pour élire leurs gouvernants et les congédier.

Ce sont des citoyens souverains et libres qui accomplissent la dimension démocratique de l’État national en se donnant des institutions et des règles qui les gouvernent. C’est à eux aussi de concrétiser sa dimension sociale, en instaurant des règles de contrôle, de la responsabilité/comptabilité et la censure de la gouvernance.

L’État démocratique et social, à même de garantir et de protéger nos droits et nos libertés, est toujours en suspens, alors qu’il est le seul à pouvoir garantir les droits de tous les constituants, petits et grands.

L’État national a été rétabli par le peuple, par les enfants de ce peuple. L’État algérien n’a pas été rétabli par une quelconque autorité interne ou externe, ou par une faction ou un clan, mais par l’ensemble des constituants de la nation.

Le retour de Si El Hocine au pays en 1989 a été à la fois un espoir retrouvé et une contribution à l’ouverture politique. Il avait estimé que la constitution du 23 février 1989 allait réenclencher le processus de refondation de l’État algérien démocratique et social.

Sa candidature aux présidentielles de 1999 a été pour lui l’occasion de rencontrer, de nouveau, l’Algérie de ses rêves, de retrouver l’esprit qui était le sien et celui de ses anciens compagnons du PPA, de l’OS et du FLN/ALN. Ainsi que les militants FFS, son parti post indépendance.

Fortement enraciné dans le village de ses ancêtres. Fortement ancré et attaché à cette terre, son pays, l’Algérie. Cet enracinement et cet ancrage ont fait de lui un Nationaliste sans concession. Plus encore, ils ont fait de lui un Maghrébin sans faille et un militant engagé pour les causes arabes notamment celle de la Palestine. Il a aussi été un humaniste et un universaliste.

Est-ce que ce sont toutes ces dimensions qui ont fait que le tribaliste s’en revendique, que le régionaliste s’en revendique, que le nationaliste s’en revendique, que le maghrébin s’en revendique et que l’internationaliste s’en revendique ?

Est-ce pour toutes ces raisons que dès l’annonce du décès de Si El-Hocine, des éloges, des hommages et des glorifications ont fusé de partout et de tous, même de ceux qui n’ont jamais apprécié sa fidélité au serment fondateur de la renaissance de l’Algérie et sa ténacité pour la liberté et la démocratie ?

Auraient-ils souhaité aussi prononcer la petite phrase « mission accomplie» ? Ce qui aurait permis de tourner la page, d’oublier le serment fondateur de l’Algérie, d’innocenter toutes les désertions et de justifier tous les reniements? Mais les Algériens et surtout les jeunes, conscients et lucides ont clamé haut et fort leur attachement à la liberté et à la démocratie.

Du PPA, Zeddine, l’OS, FLN/ALN au FFS: le testament de Hocine Aït-Ahmed

Mouloud Hamrouche à Batna: l’Algérie est dans l’impasse

Mouloud Hamrouche a donné une conférence à Batna, samedi 6 décembre. Voici les comptes-rendus de presse.

1- Article paru dans El-Watan, 6 décembre 2015: l’Algérie est dans l’impasse

http://bit.ly/1LWc5KP

2- Dans Libertéhttp://bit.ly/1Rxe7rT

3- الخبر:

حمروش يؤيد « صون وحماية » حقوق اللواء حسان

« ضباط الجيش ليسوا مناضلين سياسيين »

 http://bit.ly/1OHumlm

4-  Sur le Huffington Post: A Batna, Mouloud Hamrouche évoque les « pères fondateurs » et appelle au réveil de la « volonté nationale »

5- Tout sur l’Algérie: La situation est plus grave qu’on le pense, http://bit.ly/1QoeF2C

6- Sur le blog de Abed Charef: http://bit.ly/1lkexpr

Mouloud Hamrouche à Batna: l’Algérie est dans l’impasse

Déclaration de Mouloud Hamrouche au forum du journal El-Hiwar, samedi 10 octobre 2015

Mouloud Hamrouche ancien Chef de Gouvernement

Au Forum du journal El-Hiwar

Déclaration Liminaire

Mes propos qui vont suivre n’ont pas pour but de mystifier, de déranger ou de plaire, mais de décrire une situation qui ne peut plus s’accommoder ni de renvoi ni de dissimulation ni de tromperie. Mes propos n’ont pas pour but d’accuser ou de récuser des personnes en particulier.

Vous vous souvenez que j’avais lancé, en mars 2014, à l’occasion du forum du quotidien Liberté, un appel à trois éminents responsables les plus hauts placés leur demandant de profiter de l’opportunité qui s’offrait à eux afin de trouver une issue constructive à la crise qui dure depuis plus d’un quart de siècle. Manifestement, ils n’ont pas pu ou n’ont pas voulu saisir cette occasion.

En avril dernier j’avais averti l’opinion dans une déclaration à un journal électronique TSA, que l’occasion était passée et que ces responsables n’avaient plus la possibilité d’opérer la souhaitable mutation.

Notre système politique ne sait pas comment finir cette crise, sa crise, qui a trop durée et mettre un terme aux échecs successifs.

Tous les choix et toutes les options opérés depuis l’indépendance n’ont pas abouti ou peu. Les projets qui visaient à développer et conforter la société, à immuniser la souveraineté, à renforcer l’indépendance, à développer l’économie, à rétablir l’État national et à édifier une société libre et solidaire n’ont pas abouti.

La situation se caractérise par des précarités permanentes des hommes, des programmes et des projets. Elle est marquée par des instabilités, des dénigrements et des remises en cause à la fois des hommes, des projets, des programmes et des choix.

Tous les hommes qui étaient en charge par le passé ont été incriminé mais jamais les règles et les modes de gouvernance. N’est-il pas trop facile et réducteur ? Bien sûr les hommes ont leur part de responsabilité dans ces échecs. Ils n’ont pas pu déceler les dysfonctionnements ni anticiper les conséquences et leurs incapacités d’y remédier ne sont pas les moindres.

Cette gouvernance à laquelle a été soumis le pays n’a engendré que des échecs et des impasses. Des pays de même catégorie que le notre avec un potentiel modeste et moins d’atouts ont mieux réussi et nous devancent sur tous les plans.

Les faux débats et les faux-fuyants qui nourrissent le maintien du statu quo n’ont de raison que la préservation d’une sacro-sainte règle de cooptation qui permet d’alterner des hommes et des équipes.

Cette règle, demeurée stable et inamovible, a empêché des hommes de réussir et des choix politiques, économiques d’aboutir.

Cette sacro-sainte règle sert à nourrir des rivalités et des luttes de clans. Elle a besoin de gardiens de temple pour fonctionner et les broyer pour survivre.

Cette règle empêche les citoyens et la société de s’épanouir, de se projeter et de se donner un destin. Pire, elle déstructure l’idée nationale, recrée des situations et des comportements qui poussent la société à reproduire son passé. Comme elle détruit la volonté nationale au profit des penchants régionalistes. Plus grave, elle livre notre religion et notre identité à des agressions et des régressions incommensurables.

Ce statu quo, qui n’est jamais une solution, a été conservé aux prix de la destruction des quelques avancées et progrès réalisés sur le plan politique, économique et sociale. Il est maintenu malgré le danger qu’il fait peser sur le pays, sur son devenir et sur son unité.

Comme si ces épreuves n’étaient pas suffisantes. Voilà un autre désastre socio-économique qui risque d’arriver d’ici trois ans suite à la chute drastique des recettes des hydrocarbures.

En résumé, le pays est face à deux menaces inéluctables pour les quels le statu quo est complètement inopérant :

  • Les frictions et luttes entre les tenants du statu quo qui considèrent que la survie du système commande le remplacement d’hommes par d’autres.
  • Absence de solution immédiate au problème de double chute de la production et des recettes pétrolières.

Nos conseillers, comme Le FMI, sont de bons conseils et de piètres remèdes. Toutes les suggestions, propositions qui ont été avancées sont techniquement recevables pour une économie en crise. Elles sont inopérantes à cause de la spécificité structurelle de notre économie. Les réalités économiques algériennes ne sont pas totalement saisies et maitrisées et les recommandations qui en résultent ne sont pas toujours fiables.

Les problèmes auxquels fait face l’économie ne sont pas uniquement de natures économiques classiques. Aucune solution de type économique et financière n’aura d’effet. Il n’y a pas de solutions rapides pour le court terme.

Les mesures prises ou qu’on peut prendre ou celles sévères écartées, pour le moment, ne sont et ne seront d’aucune efficacité tangible avec les formes actuelles des gouvernances économiques.

Tout ajustement classique risque d’aggraver la situation des entreprises et des ménages. La dépréciation du Dinar a déjà amputée de 30% le pouvoir d’achat, la valeur des actifs nets des entreprises et annihilé par avance les ajustements des prix de certains produits notamment énergétiques que le gouvernement envisageait d’opérer.

Notre pays n’est pas dépourvu d’atouts et de potentialités. Ces atouts et ces potentialités ne sont pas des solutions mais des moyens. Ils nécessitent une réponse politique et des réponses économiques. Car, dans une situation qui incite à la mystification et à la perversion, tout acte non étudié, non expliqué, non explicité, non assumé et contrôlé réveillera toutes les instabilités. Le pouvoir politique et le pouvoir d’achat est un couple en harmonie ou en divorce.

Seul un vrai projet, porté par des élites et soutenu par les citoyens, a des chances de sortir le pays de l’impasse économique et financière.

Deux atouts peuvent servir d’appui à un tel projet.

  • L’important pouvoir d’achat des ménages.
  • Le fonds de réserve et de régulation.

Cela est réalisable à travers un projet validé par un consensus national où tous les constituants sociaux seront partie prenante. Pour cela, les dirigeants, les élites et les citoyens, doivent s’armer de lucidité, ensuite, uniquement ensuite de courage et détermination s’ils veulent enclencher une nouvelle dynamique économique et sociale de progrès et de solidarité. Pour cela aussi, il faut une gouvernance économique stratégique qui ne remet pas en cause l’économie de marché et qui soumet les capitaux marchants de l’État aux forces du marché et aux contrôles économique et financier y afférents.

Cette démarche permettra de faire adhérer toutes les potentialités nationales à l’intérieur et celles qui sont à l’extérieur. Elle permettra de faire face à la menace terroriste externe et aux menaces d’instabilités politique et sociale internes.

Le pays doit prendre résolument le chemin de la réussite. Un chemin fait d’apports de réflexions, de lucidités, de compréhensions et d’engagements. Il est fait aussi d’adhésion, de mobilisation et de discipline.

Quand il y a une volonté nationale il y a un chemin national. Quand il ya un chemin national il ya places pour tous et des solutions pour tout.

Le choix est de vivre une crise pour toutes les solutions ou vivre toutes les crises dans une impasse.

Alger le 10/10/2015

Déclaration de Mouloud Hamrouche au forum du journal El-Hiwar, samedi 10 octobre 2015

التوافق الوطني والحكم الرشيد

محاضرة للسيد مولود حمروش، رئيس الحكومة سابقا

سيدي بلعباس 20 ديسمبر 2014

يحضرني وأنا في هذه المدينة الجميلة عهد البطولات والتضحيات التي عرفتها هذه الناحية الغربية من جزائرنا. تحضرني تضحيات وبطولات الأمير عبد القادر ورجالاته. وأحمد باي وبومعزة ولالة فاطمة نسومر, ومقاومة أولاد سيد الشيخ والمقراني وبومزراق والشيخ الحداد والبراكنة وابن ناصر بن شهرة وبوعمامة والشيخ آمور في جبال الطاسيلي والزعاطشة.

تضحيات هؤلاء ودماؤهم وبطولاتُهم كانت عربونا عن حبنا، نحن الجزائريين، للحرية ودفاعنا عنها ودليلا على تمسكنا بهويتنا وتعلقنا بديننا وارتباطنا بأرضنا. كما كانت برهانا على طبيعة الهجمة الاستعمارية الاستيطانية وعلى شراسة جحافل جيشه وقوة سلاحه وبطش ضباطه.

غير أن حبنا للحرية وتمسكنا بالهوية وتعلقنا بديننا وارتباطنا بأرضنا لم تكن كافية لوحدها لمنع حريتنا أن تسلب وأرضنا أن تحتل وحقوقنا أن تهضم وهويتنا أن تلغى. لقد انتهت المقاومات البطولية، في كامل جهات الوطن، وعلى الرغم من الكلفة والتضحيات الجسام، قلت خلصت إلى بنتائج مأساوية ترتب عنها فقداننا للحرية والاستيلاء على أرضنا وطمس هويتنا وتعرض ديننا لمحاولة التشويه.

لكنني لست هنا من أجل أن أحاضر عن البطولات والتضحيات التي قدمها الآباء والأجداد بل لبيت دعوة الإخوة المنظمين من أجل الحديث عن توافق وطني جديد وعن الحكم الرشيد.

إن استحضار ظروف إخفاق المقاومة الوطنية بقيادة الأمير وإخفاق المقاومات الشعبية في المناطق الأخرى من البلاد له دلالته المفيدة. فاستسلام الداي التركي يوم 05 جويلية 1830 قد أدى إلى انهيار « الدولة » ومع هذا الانهيار تشتتت الإرادة الوطنية وتبعثرت الجهود. ولم تقو إرادات محلية على التصدى لعدو قوي بعدده وقوي بسلاحه وقوي بتكوينه وبانضباطه.

وباضمحلال ملامح الدولة ظهر قصر الإرادة الوطنية وزالت كل سلطة مركزية وغابت كل قدرة على التنظيم والتعبئة الأمر الذي قلص من قدرة الجزائريين على المقاومة، على  الرغم من شجاعتهم وتضحياتهم السخية، وأدى إلى عجزهم عن الاحتفاظ بحريتهم والاحتفاظ بوطنهم وبهويتهم. ساهم هذا الاختلال بقسط كبير في عدم تحقيق كل المقاومات الشعبية المتعددة لغايتها.

بالرغم من ذلك فإن هذه التضحيات والبطولات هي التي رسمت لنا، فيما بعد، الطريق المؤدي إل النصر وشكلت رافدا لوعي وطني جديد ونسجت روابط اجتماعية أقوى بين مختلف مكونات المجتمع وبلورت بقوة هوية الأرض وهوية الشعب. وكان ذلك بداية لتوافق وطني لم تعرفه الجزائر طيلة قرون سابقة.

وقد استخلص الوطنيون الدرس ووظفوا هذا التوافق لبلورة إرادة وطنية بإضفاء التنظيم والانضباط. وسهروا على أن تساهم كل مناطق البلاد في بناء هذه الإرادة وأن يشعر كل مكون اجتماعي أنه جُزء لا يتجزأ  منها.

ويمكن القول إن المقاومات الشعبية والانتفاضات المتقطعة والمتكررة مرورا بانتفاضة 08 ماي 1945 كانت مخاضا لتوافق وطني بفضله كان نوفمبر 54 الذي كلل بنصر مبين.

ويعود الفضل في هذا إلى رجال الحركة الوطنية وعلى رأسهم رجال المنظمة السرية الذين نسجوا علاقات عبر مختلف مناطق البلاد ليؤسسوا لإرادة وطنية مجددا على مستوى وطني بتوطينها في قلب كل مكون اجتماعي وروح كل جزائري. وسميت هذه المجوعة بالوطنيين لأنهم تجاوزوا قبيلتهم ومنطقتهم الجغرافية والمكون الاجتماعي الذي ينتمون إليه.

 Beaucoup d’auteurs ont privilégié uniquement le sens patriotique de ce terme.

بفضل جهدهم تم توحيد كل مكونات الشعب الجزائري وتجنيدها في حرب التحرير. بفضل هذا التوافق تم إعلان الثورة وبفضله تم تكوين جبهة وجيش التحرير ألوطني وبفضله تم إنهاء النظام الاستعماري الاستيطاني وبفضله تمت استعادة هويتنا الجزائرية واستعادة حريتنا واستعادة وطننا كاملا.

غير أنه بات واضحا اليوم وبعد نصف قرن من الاستقلال بأننا لم نحصن بما فيه الكفاية حريتنا وحرية كل جزائري مهما كانت منطقته أو المكون الاجتماعي الذي ينتمي إليه. ولم نُقِم دولتنا الوطنية بشكل متين. كما لم نحصن أمن بلادنا بشكل قاطع ومأمون.

إن إقامة دولة وطنية لا تزول بزوال الرجال والحكومات ولا تتأثر بالحروب والأزمات في حاجة إلى توافق وطني جديد تغذيه إرادة وطنية. على أن تتحول هذه الإرادة الوطنية إلى مؤسسة دائمة اسمها الدولة الوطنية. فالدولة الوطنية ليست شيئا مبهما وليست أشخاصا وليست حكومات أو مجموعات تتداول على السلطة.

الدولة الوطنية أولا وأخيرا إرادة وطنية والإرادة الوطنية تتكون من إرادة كل جزائري ومن إرادة كل مكون اجتماعي ومجموع المكونات الجزائرية. دولة جزائرية بهذه الأبعاد وبهذا الانخراط العام ستكون البنت البكر لحريتنا التي افتقدناها 130 سنة والبنت البكر لإرادة جزائرية وطنية تشكلت خلال المقاومات والثورات عبر هذه الحقبة المريرة. دولة الوطنية ترمز لحريتنا وترمز لإرادتنا. إن ديمومة الدولة ستغذي حريتنا وتحمي إرادتنا باستمرار.

ولهذا قلت أن على الدولة الجزائرية أن تحمي الحرية وتحمي كل الحريات والحقوق. لأنها من حرية الجزائريين نشأت ومن حرية الجزائريين تتغذى وبحرية الجزائريين تعيش وتستمر.

 الجزائر في حاجة لدولة وطنية حامية لهوية الجزائر والجزائريين حامية لحرية كل جزائري حامية لكل الحقوق وحامية للإرادة الجزائرية وحامية لكل أمن البلاد والعباد وحقوقهم وأموالهم وممتلكاتهم مهما كان لون أو طيف الحكومات التي تتعاقب على السلطة. دولة تحمي الحريات ولا تصادرها. دولة تضمن الحقوق ولا تنشئ حقوقا. إن دولة جزائرية بهذه الأبعاد ستعتبر أن أي هدر للحرية أو تقييد لها يعد تهديدا لها وزعزعة للإرادة الوطنية وإخلالا بتناغم مكونات المجتمع وعرقلة لعمل النظام المؤسساتي.

 

الفرق واضح بين البحث عن توافق وطني من أجل إعادة الاعتبار لدولتنا الوطنية ولوظائفها بل لوظيفتها وبين السعي لتشكيل حكومة أو حكومة ائتلاف أو تشكيل طاقم حكم جديد.

توحي طبيعة الانسداد القائم بغياب إرادة وطنية وبتغييب كل سلطة رقابية. كما توحي بعجز الجميع عن الانطلاق جديا في البحث عن توافق وطني وصياغة مضمونه. انه لأمر خطير ولا يمكن أية حكومة مهما كانت تركيبتها أن تواجهه حتى ولو نعتت بحكومة حكم رشيد.

الحكم الرشيد والديمقراطية

 الحكم الرشيد والديمقراطية مفهومان مختلفان وقد يلتقيان.

الديمقراطية أسلوب حكم يلائم بين مقتضيات الطاعة والانصياع للسلطة واحترام القانون بعدم عرقلة السير العادي للمصالح العامة والخاصة ويلائم بين مقتضى حفظ الحريات فردية كانت أم جماعية وحماية الحقوق مهما كانت طبيعتها. يتعلق الأمر هنا بكيفية ممارسة السلطة أو الحكومة لوظائفها بشكل يبعد الأنانية والمحاباة. ويتأتى ذلك بفرض فصل السلطات ووجود مؤسسات دستورية نشطة وساهرة على وظائفها ودورها. كما يتأتى بوجود سلطات رقابة مستقلة ووجود سلطات مضادة، des contre-pouvoirs، أدوات قادرة قانونيا على مواجهة أفعال السلطة وأقوالها. ومن هنا جاءت أهمية حرية القول أو حرية التعبير وحرية الصحافة وصحة المعلومة المقدمة وهي أدوات سلطة مضادة بامتياز.

 إن آليات الديمقراطية ترتبط أساسا بمعضلة الوصول إلى السلطة وممارستها وبمسألة القيود الرقابية القبلية والبعدية المفروضة على أفعال من يمارسون السلطة.

أما الحكم الرشيد فهو مصطلح مستعار من الحقل الاٌقتصادي. وهو يعني فيما يعنيه التوظيف العقلاني للإمكانيات البشرية والاستغلال الرشيد للوسائل والاقتصاد في استعمالهما. ويقوم الحكم الرشيد على ثلاثة مبادئ أساسية:

المساءلة:

المساءلة على كل الأفعال والإمكانيات الموضوعة تحت التصرف. والمحاسبة على كل تجاوز أو خطأ مدنيا كان أو جنائيا.

الشفافية:

الشفافية سواء في المجال السياسي أو الاقتصادي تعني حق الاطلاع على كل القرارات وعلى أسبابها وأثارها أو الدافع إليها وعن نتائجها وعن كلفة المشاريع وعن إجراءات تأمينها وحرية الوصول إلى المعلومة المتصلة بها.

وضعية قانونية أو حالة قانونية:

أي أن يكون المسؤول أو المتصرف مؤهلا لممارسة هذه الوظيفة أو المنصب بحكم القانون ويملك حق إصدار القرار.

في أي نظام ديمقراطي الحكم الرشيد يكون مضمونا بآلية الديمقراطية ومحمي بأدوات وإجراءات اختيار الحكومات والمسؤولين المنتخبين ومساءلتهم. ويبقى المجتمع حينها سيدا عبر مؤسسات دستورية وأجهزة الدولة وإداراتها الدائمة ومؤسسات الرقابة والقوانين.

أؤكد من جديد بأننا في أمس الحاجة إلى توافق وطني يحفظ هويتنا الجزائرية ويحفظ وحدة أرضنا ويضمن أمن بلادنا وأمن كل جزائري من جهة ويعيد الاعتبار لهيبة الدولة الوطنية ولوظائفها والوقار لوظائف الحكومة وإدارتها من جهة أخرى. وأن هذا التوافق سيحمي الانسجام ويعزز الانضباط ويضمن مشاركة كل المكونات الاجتماعية في الحياة الوطنية باطمئنان وأمان. لإن مكونات مجتمعنا لم تعد تتناغم اليوم مع ممارسة سلطات مطلقة بدون سلطات مضادة. كما لم تعد تستسيغ وجود سلطة عمومية أو مهام غير عادية بدون تفويض قانوني وبدون رقابة. إن البحث عن هذا التناغم وهذا التلاؤم هو من صميم مصلحة الجزائر وأمنها ومن مصلحة كل الجزائريين وأمنهم ومن مصلحة كل مناطق البلاد وأمنها ومن مصلحة كل مكون اجتماعي.

وبمقتضي هذه الأمور أصبح تجديد العهد مع توافق وطني جديد أمرا حتميا. ويجب أن يشكل هذا المسعى رغبة السلطة والأحزاب والنخب ولاسيما نخبة الأجيال الجديدة ورغبة المجتمع المدني والنقابات.

ومن أجل هذا الهدف على النخب الوطنية خاصة نخب الأجيال الجديدة أن تعبر عن إرادتها وعن إصرارها على الوقوف في وجه أي انحراف وأن تتجند لتفادي أي انهيار وضمان استمرار المشروع الوطني.

إن استقلالنا كان أكبر من مسألة استعادة السيادة لقد كان نهضة لهويتنا وكان اعتمادا لمشروع وطني.

شكرا على إصغائكم وأنا في انتظار أسئلتكم

التوافق الوطني والحكم الرشيد

Consensus National et Bonne Gouvernance

Conférence débat animée par M Mouloud Hamrouche,
ancien Chef de Gouvernement
à Sidi Bel-Abbes, le 20 décembre 2014
(Résumé)

Le but du consensus national recherché est de réaliser un saut qualitatif et de mettre l’État à l’abri des contingences et menaces nées des dernières remises en cause des normes juridiques édictées par les Nations-Unies.
Le consensus est indispensable pour sécuriser la volonté nationale, renforcer la cohésion de la nation et préserver la stabilité sociale. Le consensus est la conséquence d’une adhésion libre des citoyens. Cette adhésion libre légitime l’État et sa force de contrainte.
Pour que l’État national fonctionne et assume ses pouvoirs régaliens, le consensus national va confirmer les deux exigences indispensables à la suprématie de l’État national.
1- L’État dispose légitimement de forces de défense et de sécurité pour protéger le peuple, le pays, ses frontières et ses intérêts.
2- L’État incarne la volonté nationale, protège tous les droits et toutes les libertés et dispose des administrations pérennes.
A ce titre le consensus national est indispensable pour le renforcement de l’État national, et il nécessaire pour la mise en place de l’État de droit et pour que la loi prime en tout lieu et en toute circonstance.
Le consensus national nouveau est une exigence pour réhabiliter l’État national et non pour légitimer un gouvernement ou un pouvoir.
L’État national protège notre identité nationalité et notre territoire. Il assure notre sécurité et la sécurité de nos intérêts. Il défend nos droits et les droits de chacun d’entre-nous. Il ne crée pas de droits.
L’État de droit est caractérisé par :
• Des normes hiérarchisées, constitution, lois et règlements, où chaque règle tire sa légitimité de sa conformité aux énoncés supérieurs,
• une séparation des pouvoirs qu’une constitution organise par identifications et attributions de compétences.
• L’égalité de tous, personnes physiques ou morales devant la règle de droit.
• la responsabilité des gouvernants, face à leurs actes ou décisions ou absence de décisions. Là nous sommes déjà dans le domaine de la gouvernance.
La Bonne Gouvernance
La bonne gouvernance, relève quant à elle d’un consensus politique et/ou électoral. Il arrive parfois, qu’un pays recours à un gouvernement d’union nationale à la suite d’une crise politique (ne pas confondre avec une crise nationale). Un gouvernement ne peut être totalement l’État. Il ne peut être un substitut à l’État. Il dispose de moyens légaux de l’État, sous conditions.
Issu de la théorie micro-économique et de la science administrative anglo-saxonne, la notion de « bonne gouvernance » a été diffusée dans les années 1990 par la Banque mondiale, comme la condition nécessaire des politiques de développement en mettant l’accent sur la gestion des ressources économiques et sociales.
La bonne gouvernance est l’exercice de l’autorité, politique, économique ou administrative pour gérer les affaires d’un pays, d’une entreprise ou d’un projet.
La gouvernance repose sur trois principes fondamentaux :
– la responsabilité,
– la transparence,
– l’état de droit ou une situation de droit
La responsabilité est l’obligation de répondre de certains de ses actes de gouvernance. Être comptable de ses décisions et de ses non décisions.
La transparence en matière politique ou économique, porte sur la communication des décisions et leurs motivations, sur la façon dont elles sont prises, sur les coûts réels des projets, sur les questions de sûreté du fait d’une activité ou d’un projet, sur l’accès à l’information. La difficulté est de savoir si l’information que le citoyen reçoit est sincère et correspond à la réalité.
Notre gouvernance à nous s’est épuisée dans des crises coriaces en tout genre malgré les efforts et les sacrifices consentis. Les déficits et les impasses touchent tous les secteurs, économique, social, éducatif, administratif et politique.
Nos constituants sociaux ressentent amèrement l’absence d’équité et le manque de solidarité. Ils ne veulent plus s’accommoder d’un pouvoir souverain sans contre-pouvoir ni d’un pouvoir d’autorité ou de mission sans habilitation par la loi et sans un contrôle.
C’est pour toutes ces raisons que nous avons besoin, à nouveau, d’un consensus national. Il y va de notre intérêt, de notre sécurité et la sécurité de toutes les régions du pays et de tous les constituants sociaux.
La finalité de ce consensus est de chercher à renforcer la cohésion nationale, maintenir une plus grande harmonie entre tous nos constituants sociaux, réhabiliter et renforcer l’État. Il ne s’agira nullement de pouvoir ou de partage de pouvoir, de gouvernement ou poste.
Notre État est né de la volonté de chacun des Algériens, de chacun des constituants sociaux de notre pays. Il est né aussi des sacrifices de ceux qui sont morts sur l’autel de notre liberté en résistant à la colonisation durant plus d’un demi-siècle, dans toutes les régions du pays et de toutes les régions du pays.
C’est pourquoi notre État doit défendre les libertés, toutes les libertés et tous les droits, car il est né de la liberté des Algériens et la liberté de l’Algérie.
Un tel État avec de telles dimensions et de telles adhésions survivra aux hommes, aux gouvernements et aux crises.

Consensus National et Bonne Gouvernance

Réhabiliter l’Etat, primauté de la loi, prépondérance de l’action politique

Mouloud Hamrouche a animé une conférence à El-Oued, samedi 15 novembre, sur l’Etat national et les libertés

Voici l’introduction de sa conférence:

Sommes-nous un peuple unique ? Nous avons un pays magnifique, mais nous avons des difficultés à être libres.

Nous n’arrivons pas à construire et à maîtriser notre avenir. Nous sommes incapables de gouverner le pays tout en respectant les droits et les libertés des citoyens et la souveraineté de la société. Le non-respect des droits conduit à des révoltes et à des instabilités. Notre gouvernance s’épuise dans une crise coriace, malgré les efforts et les sacrifices consentis. L’impasse touche aujourd’hui tous les espaces : économique, social, administratif et politique, y compris les partis.

Les dernières évolutions en matière de prises de position, de concertation et de prix énergétique démontrent l’extrême fragilité qui caractérise notre pays, le gouvernement, les partis et l’économie nationale. Le régime ne peut plus rebondir et donner un nouvel élan à l’Algérie. Les partis ne peuvent, quelles que soient leurs attitudes et leurs positions, à eux seuls, construire un consensus national, garantir sa mise en œuvre et lui assurer une stabilité.

La voie du consensus signifie que toute proposition, d’où qu’elle vienne, d’un parti, du pouvoir ou de l’opposition dans sa diversité, n’est qu’une contribution parmi tant d’autres. Elle ne doit pas s’inscrire dans une logique de compétition ou être liée à des échéances politiques, mais converger pour sortir le pays de ses impasses. L’objectif, in fine, est de savoir comment mettre un terme au cycle de violence et éviter de rentrer, à nouveau, dans une instabilité politique et sécuritaire. La société peut se laisser tenter par toute déroute ou toute dérive.

L’urgence n’est pas à l’affaiblissement du pouvoir ou des partis ni à l’implosion des oppositions. Elle n’est pas non plus au maintien du statu quo ni à ramener un passé révolu. Car la désaffection et le discrédit sont réels. L’urgence est à la réhabilitation de l’Etat et de ses fonctions pérennes, à la primauté de la loi et à la prépondérance de l’action politique.
C’est avec ces conditions que nous pourrons construire un consensus national et assurer, dans la paix et la sécurité, un avenir pour les enfants de l’Algérie.

Quel prix payer pour sortir de la crise ?

La crise est là. Il reste simplement à savoir comment l’Algérie en sortira. De manière volontaire et organisée pour atténuer le coût ? Ou dans la violence et la douleur ?

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 4 février 2016)

Peut-on attendre un rebond du prix pétrole ? Dans quels délais ? Et à quel niveau? La réflexion économique en Algérie ne dépasse guère cet horizon. Elle reste concentrée sur le baril, une véritable obsession pour le gouvernement, son ministre des finances et ses prévisionnistes. Tout est passé au crible : les raisons de la chute des prix, les hypothèses de rebond, les arguments qui pousseraient l’Arabie Saoudite à changer de cap, l’impact du retour de l’Iran sur le marché, la baisse de la croissance en Chine, les retombées d’une paix éventuelle en Libye et en Irak, et les moyens dont dispose l’Algérie pour passer l’étape difficile qui se dessine, quand les réserves de change seront épuisées.

Ces questions sont abordées sous tous les angles, avec une recherche désespérée d’hypothèses optimistes. Un geste saoudien, une baisse de rentabilité du pétrole de schiste américain, un retour de la croissance en Chine, un boom économique en Inde, qui prendrait le relais de la Chine, un hiver froid en Europe et en Amérique du Nord, rien n’est oublié.

Dans tous ces facteurs qui pourraient avoir un impact sur le prix du pétrole, une évidence s’impose : l’Algérie ne dispose d’aucun levier pour changer le cours des choses. Elle n’a pas le moyen d’influer sur quoi que ce soit. Ce qui donne ce sentiment d’impuissance face à l’adversité : face à un montage économique qui s’écroule, le gouvernement se trouve désarmé, se demandant par quel bout entamer le redressement.

Indicateurs au rouge

L’année 2016 accentue ce sentiment d’impuissance. Avec la sécheresse qui s’installe, des difficultés supplémentaires se dessinent pour l’agriculture, avec des importations supplémentaires en perspective, alors que les ressources financières diminuent. Les incantations des uns et des autres n’y feront rien. La saison agricole est d’ores et déjà compromise, et tout le monde se prépare des plans pour limiter les dégâts.

S’agirait-il d’une volonté délibérée de noircir le tableau, comme le suggère le premier ministre Abdelmalek Sellal, quand il évoque les critiques de ceux qui s’inquiètent de la situation actuelle? A l’évidence, non. Ces clignotants constituent en faut une description banale d’une situation économique que connait aussi bien le gouvernement que le FMI, le FCE, Nabni, les syndicats, les experts et les simples citoyens. Il y a simplement une différence de perception de la situation: pendant que les uns cherchent les moyens de dribbler, pour passer entre les gouttes et survivre à la tempête, d’autres tentent de regarder les choses telles qu’elles sont, pour essayer d’ébaucher de vraies solutions, avec les ressources dont dispose le pays.

Enjeux

La langue de bois gouvernementale ne fait guère illusion. Le discours sur la nécessité d’encourager les investissements pour diversifier l’économie, sur les partenariats « Rabah-Rabah », sur l’essor de l’industrie, le renouveau de l’agriculture et le formidable potentiel dans le domaine des services ne tiennent pas face aux blocages multiples qui empêchent le pays de décoller.

C’est là que situ le nœud du problème : comment dépasser ces blocages, et comment ensuite construire un édifice viable ? Ce n’est ni une nouvelle constitution, ni des lettres du président de la république, ni des circulaires du premier ministre qui vont offrir en issue. Cela commence par un changement de perception de la crise, de ses causes, de ses effets et de ses enjeux.

Pour l’heure, quelques certitudes émergent. Le dispositif politique et économique actuel ne peut mener à une sortie de crise : c’est lui qui y a mené le pays, en l’entrainant dans une frénésie de cigale quand il fallait être fourmi. Aujourd’hui que l’hiver est venu, il est tout aussi dangereux de croire que l’été reviendra vite et avec lui l’abondance : un nouveau rebond du prix du pétrole ne résoudra pas la crise, il ne fera que provoquer de nouvelles illusions.

La crise est là. D’une manière ou d’une autre, le pays devra faire l’effort pour en sortir. Il reste simplement à savoir comment, et à quel prix. La sortie de crise se fera de manière volontaire, organisée, en acceptant de payer un prix raisonnable, en matière de pouvoir d’achat, de confort, de bien-être ? Ou bien se fera-t-elle au prix d’une sérieuse récession économique, dans la douleur, la violence, l’affrontement? Ou encore, et ce serait le pire, auprès d’émeutes violentes, de troubles, avec leurs répercussions incontrôlables?

Savoir si le gouvernement sera remanié après l’amendement de la constitution, qui y fera son entrée et qui en sera exclu n’a aucune importance. Savoir quel chemin empruntera l’Algérie pour sortir de la crise, qui contribuer à en atténuer le prix, constitue le grand enjeu du moment.